Extrait du site http://www.france-jeunes.net

les dangers du sms ?


La mort de la langue française au profit de sa voisine anglo-saxonne, l'euthanasie de l'orthographe par le SMS, vérités accablantes ou allégations sans fondements ?



Si en 1539, avec l'ordonnance de Villers-Cotterêts, François Ier a pu ordonner l'unification de la langue française, un tel procédé n'est plus imaginable aujourd'hui la Révolution de 1789 ayant eu lieu entre temps, charriant avec elle un vent de liberté poussé à son paroxysme dans l'esprit de chacun des français, et empêchant par la même tout gouvernant de mener une politique volontariste sans avoir pris, auparavant, le soin de se munir de gants de velours.

Depuis l'après-guerre, on entend crier sur les toits la disparition de la langue de Molière, étouffée à petit feu, selon ses défenseurs, par celle dont Shakespeare est l'emblème le plus illustre. A l'heure des nouveaux moyens de communication, on trouve même des sites internet dédiés à la mort, que l'on dit proche et certaine, de la langue française.
De tels cris de désespoir ne sont pas insensés. En effet, 95% des écrits que les citoyens français s'échangent aujourd'hui le seraient par le biais des e-mails, SMS et autres messageries instantanées. Voilà alors l'ennemi pointé du doigt : le SMS, registre d'écriture récent, à l'origine réservé aux messages échangés par le biais de téléphones portables, mais que l'on retrouve aujourd'hui dans les copies de certains jeunes élèves. S'il existe bien des raisons de s'alarmer, l'optimisme a encore laissé trop vite la place, selon une tradition bien française, au catastrophisme et au défaitisme. En effet, il ne fait aucun doute que les hommes et les femmes savent encore faire la différence entre les SMS qu'ils envoient à leurs amis et les lettres de motivations ou autres écrits formels qu'ils adressent à leurs futurs et éventuels employeurs.
De plus, on retrouve la plupart des abréviations utilisées dans les " textos " au sein du dictionnaire des abréviations publié, tenez-vous bien, dans les années 1940 (un autre millénaire au regard de la télécommunication). Et, avec la vulgarisation des smartphones et la meilleure maniabilité dans l'écriture qu'ils apportent grâce à leurs claviers similaires à ceux des ordinateurs, des experts ont souligné un phénomène rassurant : les français ne rechigneraient plus à se soumettre aux règles de l'orthographe et de la grammaire lorsqu'ils envoient des messages à leurs " contacts ".
Ainsi le réel danger des SMS pour la langue française concerne-t-il vraiment l'orthographe ? N'y a-t-il pas une autre - vraie- victime ? Ne serait-ce pas pour la communication orale et verbale que nous devrions nous inquiéter ? En effet, l'utilisateur chevronné, celui qui ne quitte son téléphone ni au travail, ni à la maison, ni dans les transports en commun, celui-là n'est-il pas le plus dangereux, et le plus en danger ? Car c'est un leurre de voir la socialisation de la société à travers la messagerie instantanée; si nous communiquons maintenant 24H/24H, ce n'est qu'avec le réseau d'amis, de collègues et de connaissances que nous avons déjà constitué auparavant, dans la vraie vie. Alors, si nous pouvons voir en images et en instantané le temps qu'il fait à New-York ou à Delhi, c'est au détriment de l'environnement qui nous entoure, de la vie qui grouille autour de nous et que nous ne faisons plus qu'apercevoir du coin de l'oeil.

A ceux que je n'aurai pas convaincu et qui resteraient persuadés du dépérissement de la langue française, je n'ai qu'une solution a proposé : l'école, l'école et encore l'école. Il faut redonner aux élèves, lycéens et étudiants, le goût de l'écriture, de la lecture et de la rhétorique. Et quels plus beaux manuels scolaires que les grandes oeuvres d'un Molière lui-même ? Combien de pièces dans lesquelles ne retrouvons-nous pas un membre de la famille, un voisin ou un ami ? Et si la lecture de chefs-d'oeuvre comme ceux-ci est importante, les jouer ne l'est-il pas autant ? Pourquoi ne pas rêver que des enfants apprendraient et l'orthographe et l'éloquence, en récitant par dictée et par soutenance, des pièces qu'ils joueraient pour célébrer, et Molière et leurs nouvelles connaissances ?
Concernant la popularité décadente de la langue française au profit de sa voisine anglo-saxonne, nous connaissons les antidotes pour y remédier : il faut moderniser notre langue. Si l'oeuvre de Proust est admirable, elle n'est pas à la portée de tous, et si l'anglais est si " usual " aujourd'hui, c'est parce que ses praticiens ont su l'actualiser, dissocier l'écrit du parlé et opérer ainsi à une dynamisation de la parole.

Avec un trait d'arrogance propre aux intellectuels français, Antoine de Rivarol a affirmé en 1784, dans son Discours sur l'universalité de la langue française, que " ce qui n'est pas clair n'est pas français ". Pourquoi ne pas avoir l'audace -et l'espoir- de vouloir faire revivre ce mot ?
Membres de l'Académie française, conseillers du ministère de l'Education Nationale, instituteurs et professeurs, parents et élèves, à vos fourneaux-ou plutôt, à vos plumes !
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