FRANCE-JEUNES : TOUTE L'ACTU PAR LES JEUNES !
FRANCE-JEUNES : TOUTE L'ACTU PAR LES JEUNES !
 Sondage :
 Connectés :
56 connectés : 0 membres et 56 visiteurs Voir la liste     







2 minutes de vérité

C'est l'histoire du dernier passage... 2 minutes d'agonie, qui semblent durer toute une vie. Et deux minutes pour découvrir son assassin. Bonne lecture ! NDLR : AMES SENSIBLES S'ABSTENIR !


Je ne me souviens pas très bien de ma dernière soirée. Il me reste juste quelques images floues et confuses, l’arme de mon père, un éclair, une détonation. Puis la chaleur de la balle qui se propageait dans mon crâne. C’est tout. Par contre, pendant les deux minutes d’agonie qui ont suivi, une cascade d’images s’est déversée dans les moindres recoins de mon cerveau. Une véritable cacophonie. Elles défilaient devant mes yeux – où plutôt derrière – avec une rapidité fulgurante, comme un film passé en accéléré, et pourtant aucun détail de ces images ne m’échappait. C’est ainsi que pendant les deux dernières minutes qui me restaient à vivre, j’ai pu apprendre beaucoup plus qu’en dix-neuf années d’existence.
La toute première image n’était qu’un écran noir. Derrière cette obscurité, on entendait les hurlement d’un bébé, et des adultes qui s’affairaient. Puis une voix d’homme, que l’émotion faisait trembler : "Oh, ma chérie, regarde-la, cette beauté... Elle n’est pas mignonne, notre petite ?" Et la voix, beaucoup plus faible, de l’interpellée qui répond : "elle est magnifique... magnifique... ". Moi, je ne vois toujours rien, mais je connais bien ces deux voix. Et l’homme reprend : "Oui, elle est magnifique, notre petite Sarah... ". Donc le fond sonore, c’était moi.

Bizarre, ce que l’on peut voir quand on va mourir. Après ça, je me vois à un an, deux ans, trois ans... avec un beau couple de jeunes gens que j’ai du mal à reconnaître. Surtout mon père. On me montre un beau jeune homme brun, bronzé, athlétique, le regard vif et perçant. Qui aurait cru qu’il deviendrait ce gros policier mal rasé et caractériel qui hante notre toit depuis bientôt dix ans ? Le temps était passé par là et avait accompli son œuvre dévastatrice. Ma mère l’avait aussi subie : sur les images suivantes, elle semble se racornir, elle pâlit, des cernes se creusent... Et elle n’apparaît plus qu’avec une bouteille en main. C’est une période dont je n’ai, par bonheur, gardé que très peu de souvenirs. Une autre image, plus précise, me montre mon père et son collègue et meilleur ami, Samuel. Je n’entends pas ce qu’ils disent, mais la légende qui apparaît en-dessous me renseigne : "Papa demande à Sam d’aider Maman à arrêter de boire. " Pour l’image suivante, nous sommes tous habillés en noir. Maman pleure, Papa essaye de ne pas pleurer, et moi, je suis là, entre les deux, sans rien comprendre de ce qui se passe. Comme je sais à peu près lire, je déchiffre les mots gravés sur la pierre : à la mémoire de Samuel Christian Granger, mort en faisant son devoir.
Le soir, maman m’avait expliqué que "Oncle Sam" était parti au ciel parce qu’un gangster mal intentionné avait jugé opportun de l’y envoyer. Je crois que si elle m’avait simplement dit "Oncle Sam s’est fait flinguer et il est mort, mon poussin. " j’aurais compris aussi. Enfin, maintenant, c’est mon esprit de dix-neuf ans qui affirme ça, alors que ce jour-là je n’en avais que six. Mais aujourd’hui, alors que les secondes sont comptées pour moi et qu’il est certain que je ne mettrai jamais les pieds à l’université, j’ai enfin découvert ce qui s’est réellement passé entre Sam, Maman et Papa. Je fais un rapide retour en arrière jusqu’à cette image où la petite inconsciente curieuse que j’étais entend des bruits bizarres et une voix d’homme dans la chambre de maman alors que papa était parti. Et là, je découvre que maman s’est offert une – voire plusieurs – nuit (s) avec Sam, cet ami si dévoué. Et là, le déclic se fait, un grand tilt avec l’ampoule qui s’allume comme dans les bandes dessinées : mon père, aussi beau, gentil et soucieux de la santé de sa jolie femme qu’il semble l’être, a découvert le petit jeu que son copain pratiquait pendant ses absences et l’a convié à une mission, où il a lui-même tenu le rôle du gangster. Maman l’a su, bien sûr, et sur le coup elle s’est arrêtée de boire. Ah, que la peur fait bien les choses. Voilà d’où vient l’agressivité paternelle et la crainte qu’il semble toujours inspirer à ma mère. C’est d’une limpidité... Effrayante. Bien sûr, un nouveau flot d’images vient confirmer ces découvertes. Dommage que je ne puisse plus parler à personne, mon père continuera à s’en tirer avec les honneurs du héros qui a "tout fait pour sauver son collègue en difficulté". La vie est mal faite.


Quelques secondes passent encore et me semblent durer des années. Certainement parce que ces secondes ont écoulé les images de huit années consécutives. L’aspect physique de mon père se détériore, son regard se vide, il erre comme un zombie entre la cuisine, la télé et la porte d’entrée. Ma mère conserve sa silhouette de top model et les cernes sous les yeux, mais pas son rire. quant à moi... ma gentillesse enfantine fait place à un caractère agressif et borné.
Mon entrée au collège n’a fait qu’empirer les choses. A quatorze ans, j’ai fait la connaissance d’une nouvelle élève, Marianne, qui est vite devenue ma meilleure amie. Notre passe temps favori résidait dans le persiflage, les commérages, les critiques de notre entourage. Personne n’était épargné. Tout le monde nous détestait, et pourtant ça n’empêchait pas toutes les filles de nous copier en tout et les garçons de siffler en nous voyant, même s’ils avaient déjà une fille dans leurs bras... on a cassé plusieurs couples comme ça. C’était comme un jeu. Jusqu’au jour où Marianne a ramené son propre copain, un nouveau, qui était arrivé seulement une semaine auparavant. Là, après trois ans de vie commune, on a commencé à se critiquer entre nous, de plus en plus souvent. Le groupe qu’on formait, nous et notre "fan-club" - au moins six personnes en tout - s’est cassé en deux. Et elle avait en plus le soutien de Franck, "son homme", et je ne voyais vraiment pas ce qu’il lui trouvait de plus qu’à moi. Dans le genre baguettes, on était pareilles. Elle, rousse et moi, blonde. Et je savais que j’étais la plus intelligente de nous deux, parce que c’était toujours moi qui concevais nos plans destructeurs et elle qui les appliquait. Ma mère m’avait souvent dit que si Marianne et moi avions développé ensemble notre méchanceté, j’étais la seule à avoir su y ajouter l’intelligence. C’était sa manière de me faire comprendre qu’elle désapprouvait la manière dont j’en usais. Eh bien, quand notre petite communauté s’est dissoute, j’ai décidé de mettre tout mon talent en œuvre pour détruire Marianne. Ça n’a pas traîné : deux mois plus tard, c’était moi qui recevais les mots doux signé "ton Franck qui t’aime" sur ma table en cours de maths. Bien sûr, Marianne a essayé de me rendre la monnaie de ma pièce. Mais je savais qu’elle n’y arriverait pas seule, et que n’importe qui dans le lycée aurait mille fois préféré déménager en Mongolie plutôt que de lui prêter main forte. La menace était donc bien faible et m’indifférait au plus haut point.


Une image de l’ultime tentative de Marianne se forme et aussitôt tous les détails me reviennent : c’était dans le couloir, après la pause de midi. Franck et moi étions en train de chercher nos affaires dans les casiers quand elle est arrivée. Elle était vraiment furieuse ce jour-là, elle a commencé à nous hurler des obscénités à la figure, devant tout le monde. Les filles qui passaient nous jetaient des regards de travers, les garçons rigolaient... En fait, tout ça, c’était juste pour Marianne. Ça l’a rendue franchement impopulaire. Même sa bande l’a délaissée après ce coup-là. Ça ne m’a pas du tout étonnée qu’elle ne vienne pas en cours le lundi suivant. Pas même le mardi. Mais de là à louper une semaine... Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j’ai commencé à me faire du souci pour elle. Alors j’ai appelé chez elle. Sa mère n’avait pas l’air au courant de nos conflits. Elle me prenait encore pour la meilleure amie de sa fille. "Je ne sais pas comment t’annoncer ça, Sarah... ça risque de te faire un choc... " je lui ai poliment demandé d’en venir au fait, et elle m’annoncé d’un bloc : "Marianne est à l’hôpital. Elle a essayé de se suicider... son frère est arrivé juste au moment où elle renversait le tabouret. Il a coupé la corde avec des ciseaux... " sa voix s’est brisée, et j’ai raccroché. Là, oui, j’étais choquée. Le lendemain, j’ai tout raconté à Franck. Il a passé la main dans ses cheveux – il fait toujours ça quand il est embarrassé – et il m’a pris dans ses bras pour me rassurer, me dire que Marianne avait vraiment dû péter un plomb pour en arriver là... qu’il ne fallait pas m’en faire pour elle, elle n’avait même pas réussi à aller jusqu’au bout... Elle était encore en vie. C’était l’essentiel. C’est à ce moment là que j’ai décidé d’abandonner mon statut de peste. Je gardais l’intelligence et me défaisais du reste. J’ai présenté mes excuses à ces pauvres marginaux que j’avais si durement condamné de mes sarcasmes... il y en avait un paquet. Mais ils m’ont tous pardonnée. J’étais devenue populaire et aimée de tous. A deux semaines de la fin de la terminale. Ça me garantissait une bonne année en fac. Enfin, si j’avais su que ça me mènerait juste à agoniser sur mon lit, je sais pas si j’aurais fait l’effort. Dieu seul le sait.


N’empêche, à ce moment j’ai aussi appris qu’on ne pouvait pas tout avoir. Quand j’étais appréciée des autres, Franck semblait s’éloigner de moi. On s’est beaucoup disputés pendant cette période. Ça n’a pas duré longtemps, mais c’était pénible. Il portait très souvent sa main à ses cheveux à ces moments-là, et moi je le traitais d’abruti car il n’avait pas l’air plus malin qu’un gorille qui se cherche les poux. Ça m’agaçait, parce qu’il offensait mon intelligence. Alors il continuait.
Une image de lui apparaît, avec la main dans les cheveux. La Mère Agonie a donc décidé de m’énerver jusqu’à mon dernier souffle. Sympa. L’image disparaît, remplacé par un compte à rebours : 17... 16... 15... ah, quatorze seconde et je serai morte. En-dessous, un mot apparaît, un seul petit mot qui pourtant amène un vent de panique dans mon cerveau et glace le reste de mon corps : "qui ?"


Je ne veux plus mourir, maintenant. Pas avant de savoir qui m’a logé cette balle dans la tête. 12 secondes. Une image de l’enterrement de Sam. Oh, non, si on m’envoie des vieilles images, je ne pourrait pas trouver qui c’est... alors je réalise que, inconsciemment, c’est moi qui avait demandé à revoir cette scène. Pourquoi ? Je sais : il y a dans cette image un détail qui me dira la vérité. Je cherche... Et j’ai trouvé. La photo de Sam. Aussitôt, on m’envoie une image de Sam quand mon père les a découverts ensemble, ma mère et lui. Il avait l’air embarrassé. C’est normal, en un sens. Je sais pas si ça m’aurait été complètement égal que ma meilleure amie me surprenne dans les bras de son copain. Avec Marianne, c’était différent : Franck avait eu l’obligeance de casser officiellement avant de me retrouver et me dire qu’il avait fait ça pour moi. Tiens, une double image, je viens de m’en apercevoir : il y a Sam d’un côté et Franck de l’autre. Ils ont l’air embarrassés tous les deux. Ont dirait deux gorilles qui se cherchent des poux. Et là, ça y est, c’est le déclic. "Eurêka !" J’ai devant moi deux gorilles, père et fils. Sam est mort quand j’avais six ans, comment voulez-vous que je me souvienne de sa tête treize ans plus tard ? J’aurais compris tout de suite, sinon.
La soirée me revient maintenant, dans le détail. Maman m’appelle et me dit de descendre car mon copain est là. Quand j’arrive en bas, il me sourit et demande poliment s’il peut entrer. Je le fais monter dans ma chambre. Il regarde mes vieilles photos de famille et me dit : "T’as de la chance d’avoir encore un père. Je me demande où il a été choper toutes ces médailles. " Il n’arrête pas de parler de papa, et à chaque fois il fait un parallèle avec son propre père. "Le mien aussi, il avait plein de décos, et elles l’ont accompagné six pieds sous terre... " et pas beaucoup plus tard, je vois briller l’arme de mon père sur mon bureau. Sur le coup j’ai dû me dire qu’il s’est encore soûlé et l’avait oubliée là. Mais non, bien sûr, Sam avait la même. Comment faire la différence quand on vient de sortir d’une mention Assez Bien au bac ? Un flingue est un flingue, j’allais pas me mettre à vérifier s’il portait le même numéro. Je m’affale sur mon lit et demande à Franck ce qu’il veut. Et là... détonation, tonnerre, explosion de lave en fusion qui dégouline dans mes veines. Compte à rebours : 120 secondes. A présent il est à 3. Mais je sais maintenant... 2... c’est Franck qui m’a tuée... 1... pour venger son père... 0... Sarah n’est plus.


Fin
. Voir tous les commentaires et/ou en poster un (31)
Re: 2 minutes de vérité
Posté par allison59 le 20/08/2004 07:48:43
J'avais déjà lu cette article mais quand je l'ai rerencontré pas hasard je n'est pas hésité à le relire parce que je me suis rapellé qu'il était EXCELLENT!
clap clap clap!!!
Re: 2 minutes de vérité
Posté par dark yuna le 20/08/2004 07:48:43
j'ai voté excellent ! vraiment bien ton article. on garde bien le suspens jusqu'au bout et ca c cool ^^ continue comme ca c vraiment bien, rien à redire sauf p-e : bravo ! lol

bye
Re: 2 minutes de vérité
Posté par chandlermbiing le 20/08/2004 07:48:43
au début, pour les autres articles je pensais qu'il s'agissait d'événements inspirés de ta vie. Mais la je vois que tu as surtout beaucoup de talent.
Tu m'as donné envie de me tirer une balle pour voir comment ça fait ;)
Re: 2 minutes de vérité
Posté par cachenez le 20/08/2004 07:48:43
ouawww jadore ton histoire !!!!! c vraimen toi ki la ecrit ???
Re: 2 minutes de vérité
Posté par tifn le 20/08/2004 07:48:43
C'est rare les articles ki on du suspens jusko bou, toutes mes félicitations !
. Voir tous les commentaires et/ou en poster un (31)
Publié le 30 juin 2003
Modifié le 30 juin 2003
Lu 2 443 fois

Cet article est un plagiat?
Imprimable (pdf/html)
Deviens membre (0€)
Pourquoi être membre ?
Poste tes articles !
Mot de passe perdu ?
Identification :
Login :
Pass :


News Lettre

Recevoir tous les nouveaux articles dans ta boîte à lettres ? Tu ne prends aucun risque, c'est résiliable à tout moment !
E-mail :


NEWDESIGN    DÉCLARATION CNIL N°752143