FRANCE-JEUNES : TOUTE L'ACTU PAR LES JEUNES !
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A la recherche de l'amulette (chapitres 1 à 5)

Une histoire de vampire que j'ai mis 2 ans à écrire. Deux ans de réflexion pour écrire un texte qui tienne la route...


"- La nuit.
Mon unique confidente, ma seule amie, si étrange amie. Prête à vous poignarder dans le dos à l'instant où l'on s'y attend le moins. Je vivais la nuit. Ce n'était pas un choix. Un homme me l'avait imposé. J'aurais pu, j'aurais dû refuser qu'il me transforme ainsi en cette mé­prisable créature, mais à l'époque, il y a longtemps maintenant, je vénérais ces monstres. Je les admirais à tel point que je voulais devenir l'une d'entre eux. Je les trouvais beaux, puissants, et ce qui m'attirait le plus chez eux était l'immortalité. Je trouvais fantastique de continuer à vivre alors que les humains mouraient. Je m'imaginais les vampires avec une connaissance infinie. Tout savoir sur tout.

Je pensais qu'en buvant le sang des mortels, on absorbait tout leurs savoir. Les vampires représentaient pour moi, le respect et la crainte. J'ai toujours vécu ignorée, bafouée, trahie. Je voulais qu'on me respecte et que l'on me craigne. A seize ans, nous avons tous nos folies. Celle-ci était la mienne. Je ne peux l'expliquer. Je voulais changer de vie, de monde, d'univers. Passer dans celui des Supérieurs. Quoi de plus paradoxal que de vouloir vivre en demandant la mort ? J'avais tout fait pour que l'un d'entre eux vienne et me transforme. Déjà, quand j'étais mortelle, je ne sortais que de nuit. Les rues les plus sordides de Londres, je les ai parcourues espérant voir un homme pâle s'approcher de moi et planter ses canines dans mon cou. Je baissai les bras. J'en avais assez de déambuler dans les rues, assez de ne pas être trouvée par un vampire, assez de vivre seule avec pour unique maison, un coin pavé sous un pont au bord de la Tamise, là où l'eau venait se heurter. Finalement il vint à moi lorsque, désespérée, je faisais les cent pas sur un pont qui surplombe la Tamise. Je me demandais si je n'allai pas enjamber le parapet.

Quelle belle fin pour moi, finir dans l'un des fleuves les plus célèbres d'Europe qui avait connu le corps de mon père. Il apparut alors que j'allai commettre l'irréparable. Debout sur le rebord du pont, de l'autre coté de la balustrade, le regard plongé dans les eaux sombres de la Tamise, il me saisit par le bras. Ces simples mots me suffirent à descendre de mon perchoir : "Ne faites pas cela puisque je peux vous offrir l'immortalité." Je me retournai et fus surprise par sa beauté. Il était grand, pâle, très pâle. Ses lèvres avaient la couleur du sang frais et son visage était émacié. Je n'ai pas aperçu l'étincelle de vie qu'il y a dans les yeux de tous les humains. Je sus immédiatement que c'était l'homme que je cherchais. Il me prit la main et me fit sauter à terre.

Il me serra dans ses bras et me dit doucement dans le creux de l'oreille : "Je vous observe depuis un moment. Je sais ce que vous cherchez et je peux vous l'offrir."
Il m'emmena dans une immense demeure. Après avoir marché quelque temps autour de la maison en silence, il me demanda :
"Souhaitez vous devenir l'une d'entre nous ?"


Chapitre 2

Ma réponse resta coincée au travers de ma gorge. Que voulais-je au juste ? Une nouvelle famille puisque la mienne n'était plus de ce monde ? Mourir ? Je ne savais pas. Il me regardait espérant de moi le "oui" si attendu. Finalement je penchai ma tête sur le côté, dégageai mes cheveux découvrant ainsi mon cou. Il me prit dans ses bras et planta doucement ses deux canines dans l'artère qui parcourait ma nuque. Je sentis le sang quitter peu à peu mon corps. Tout à coup j'eus froid. Mes veines battaient dans tout mon corps. La tête me tournait et une douleur lascinante me transperça. Je sombrai. Plus tard, je me réveillai dans une immense chambre tapissée de velours pourpre. Il faisait presque jour. Je voyais les raies du soleil malgré le lourd rideau qui masquait la fenêtre. Je me relevai faiblement pour regarder autour de moi.

La pièce était superbe. J'étais allongée dans un grand lit à baldaquin dont les draps de satin d'un blanc éclatant miroitaient, des meubles en bois sombre et sculpté ornaient la pièce ainsi que de magnifiques peintures à l'huile représentant, pour la plupart, des paysages obscurs. Juste à côté de moi, une table de nuit portait une sculpture en cristal. Des candélabres étaient posés un peu partout et éclairaient la chambre d'une lueur diffuse. Une porte entrouverte donnait sur une immense salle de bains d'où une myriade de couleurs s'échappait. Tout à coup, la porte de la chambre s'ouvrit sans faire de bruit.


Là, une femme, assez jolie il faut l'avouer, entra un plateau à la main. Lorsqu'elle s'approcha, une étrange excitation monta le long de ma colonne. Une excitation qui, une fois passée, laissa place à une curieuse envie. L'envie de sang. Je ne voulais pas ce qu'il y avait sur le plateau, bien que ce fût appétissant, je la voulais, elle. Je voulais le liquide sacré qui coulait en elle. Comme elle arrangea mes oreillers, je la fis asseoir à côté de moi, prétextant un besoin de compagnie. Une fois près de moi, je la saisis par le cou et plantai mes crocs dans sa chair blanche. Alors que j'aspirais consciencieusement le précieux sang chaud, je vis l'homme qui m'avait transformé en vampire dans l'encadrement de la porte. Il m'observait avec un air de jouissance. Lâchant ma "proie", je le regardai à mon tour. Une question stupide surgit de mes lèvres :
"Suis-je un vampire ?"

Lui aussi l'avait jugée sotte. Il éclata d'un rire sonore.
Avez-vous vraiment besoin d'une réponse ? Il vous suffit de regarder le corps au pied de votre lit. J'espérais que vous alliez m'en laisser un peu. Histoire que l'on partage votre premier repas en tant que créature des Ténèbres. C'était calculé, je voulais que vous la preniez.
- Donc, ça y est, dis-je le regard dans le vague. Pourrais-je avoir un miroir ?
Un sourire apparut sur son pâle visage émacié :
- Vous n'y verriez rien. Ne savez-vous pas que les vampires n'ont pas de reflet ?
- Comment suis-je ?
- D'une pâleur éblouissante. Si je puis me permettre, vous êtes très belle.

Ses compliments glissèrent sur moi. J'étais abasourdie. Je ne sentais pas ce sentiment de puissance si bien décrite dans les livres que j'avais consultés. Je me sentais vidée, bien que le sang de ma victime coulait dans mes veines.
- Je sais ce que vous ressentez. Un peu de repos vous fera du bien. Un cercueil est à votre disposition si vous préférez. Je vous conseille de vous mettre à l'abri du soleil. Nous autres, vampires, sommes très sensibles à l'astre. Nous avons le teint fragile et vous risquerez d'attraper un mauvais coup de soleil, ajouta-t-il avec un rictus presque ironique.

Il me laissa donc seule avec mes pensées si noires soient-elles. Quelle erreur de m'être laissée faire !
Par mégarde un rayon de soleil s'étala sur ma poitrine. La brûlure se fit intense. Je roulai sur le côté et rampai vers les longs rideaux pourpres. L'astre tueur se posa de nouveau sur ma main. Un filet de fumée s'échappait d'où il avait posé son regard brûlant. Un cri s'éleva dans la pièce. Là, une femme entra dans la chambre et se précipita pour fermer les rideaux et me remettre dans mon lit. Mon hôte se précipita et me dit :
"Vous êtes folle de vous exposer ainsi. N'avez-vous donc pas assez lu de livres sur le sujet. Une fille aussi jolie que vous ne doit pas risquer de se retrouver en petit tas de cendres dispersées."

Je levai vers lui un regard exaspéré. Quand allait-il cesser ses compliments ? Nous étions tous les deux sur le lit. Son corps lourd et froid, ses grands bras maigres autour de mes épaules m'empêchaient de bouger. Il me regarda, les yeux enfiévrés par le désir. Nos regards se croisèrent et dans un élan de fougue dont il semblait incapable, il m'embrassa passionnément. Je me laissai faire bien que cela éveilla en moi des souvenirs désagréables. Il voulait plus, je ne voulais pas. Je détournai mes lèvres des siennes et le repoussai doucement. Je le sentais vexé d'être ainsi rejeté. Ses bras se resserrèrent autour de moi et son corps se fit plus lourd. Ses baisers et ses caresses se firent de plus en plus insistants. Le peu de force qui me restait servit pour m'échapper de son étreinte.

Je me levai brusquement et sortis du lit. D'un coup de pied j'ouvris la porte de bois qui donnait sur un couloir sombre et étroit qui contrastait étrangement avec l'espace et la clarté de la chambre que je venais de quitter. Il n'était éclairé que par quelques candélabres à la lumière défaillante. J'avançai en me tenant aux murs tellement la fatigue s'abattait sur moi. Je trébuchais à chaque repli de la moquette rouge sombre. La tête me tournait horriblement. Tout à coup l'étroit couloir prit fin, je n'eus plus aucun point d'appui et trébuchant, une fois de plus, je m'étalai de tout mon long. Le sol commença à tanguer et les murs à se rapprocher inexorablement de moi. Je sombrai dans l'inconscience.


Chapitre 3

Lorsque j'émergeai de mon lourd sommeil j'eus la désagréable impression que l'on m'observait. J'étais de retour dans la chambre, que je devais considérer dés à présent comme la mienne, je n'étais pas sur mon lit mais sur une surface plus dure. Je tournai légèrement la tête, j'étais entre quatre planches, posée sur un capitonnage sombre. Mon hôte m'avait mise dans un cercueil et curieusement je m'y plaisais. Je contemplai à nouveau ma chambre. Combien de temps avais-je dormi ? La nuit était tombée, je pouvais donc sortir de ce cercueil, de cette chambre, de cette maison. Celui qui m'avait fait ainsi se posta dans l'encadrement de la porte.

- Je suis navré... Vraiment désolé... Je ne sais pas ce qu'il m'a prit.

Je le fixai intensément. Je ne lui répondis pas mais j'avais de la haine dans le regard.
Il baissa les yeux devant moi. Ses mains tremblèrent légèrement. Son regret était sincère. Puis, innocemment, comme pour me faire oublier, il demanda :
- Vous avez toujours envie de visiter ma demeure ?

Un faible "oui" sortit de ma gorge. Il s'avança vers moi d'un pas conquérant, il m'aida à me relever et me prit doucement le bras. Nous avancions lentement, il prenait le temps de me décrire chaque tableau, chaque meuble, chaque pièce en m'expliquant son usage. Nous étions étrangement seuls, du moins les seuls vampires. D'après ce que j'avais compris, ici vivaient quelques domestiques pour entretenir cette bâtisse. Nous passâmes dans le jardin, ma vision me semblait différente de lorsque j'étais mortelle. Je voyais mieux.

Eclairée par la lumière froide du clair de lune, une immense fontaine magnifique se dressait devant nous. Une cascade d'eau cristalline s'en écoulait en grondant. Sa fraîcheur me saisit agréablement au visage et au plus profond de mon être, tel un vent de bonheur que je n'attendais plus. Je la respirais avidement. Un frisson me parcourut le dos. Cette humidité contrastait étrangement avec cette nuit d'été, chaude, lourde et sèche. Dans le bassin, de petits poissons rouges et dorés nageaient librement. Nous prîmes place sur le rebord du bassin. Je plongeai mes mains dans l'eau et m'en aspergeai le visage. Il prit mes mains dans les siennes et planta son regard bleu glacial dans le mien.
Son habituel sourire aux lèvres, il me demanda :
- Quel est votre nom ? Je vous ai transformé et je ne sais rien de vous.
- Gabrielle. Et le vôtre ?
- Eligor.
Je connaissais ce nom, je l'avais déjà vu écrit. Mais où ?
Il me sortit de mes pensées en me posant une autre question :
- Que s'est-il passé pour que vous soyez aussi désespérée le jour où nous nous sommes rencontrés ?
- Cela faisait un an que j'étais seule dans Londres.
- Racontez-moi comment vous en êtes arrivée là.

Je remontai mes genoux vers ma poitrine et croisai mes bras. Le regard dans le vague, je commençai :
- Je suis née il y a quinze ans dans une famille très pauvre de Londres. Seuls mon père et mon frère, de sept ans mon aîné, travaillaient. Ma mère s'occupait de nous et de la mansarde qui nous servait de logis. Une seule pièce dépourvue de meuble avec quatre paillasses à même le sol comme seul coucher. Mon père et mon frère travaillaient comme domestiques dans une immense propriété. Ils ne gagnaient pas beaucoup. Ma mère est devenue dépressive et mon père se mit à la battre. L'année de mes sept ans, elle se rebella et sous l'emprise de la colère elle prit le seul couteau que nous possédions et tua mon père pendant son sommeil. Elle l'a tué sous mes yeux. J'en éprouvai du soulagement. C'est triste à dire. Je l'aidai même à jeter le corps dans la Tamise avant que mon frère ne revienne. Il nous a cru lorsque nous lui avons dit qu'il n'était pas rentré. Il finit par croire qu'il nous avait abandonnés. Deux ans après ma mère se remaria avec un riche marchand, c'est à ce moment là que mon frère se mit à me... Mais je ne veux pas en parler. A quatorze ans je me suis enfuie, je ne su pas ce qu'il advint de ma mère et de mon frère. J'ai vécu au crochet d'une dame âgée qui possédait une collection incroyable d'œuvres sur les Créatures des Ténèbres. A sa mort, je les lui pris et allai m'installer sous un pont pour tous les lire. Ensuite je vous ai rencontré.

- Maintenant je comprends votre désespoir. La première fois que je vous ai vue c'était justement sous ce pont. Vous m'avez beaucoup touché car même affamée vous continuiez à lire sans vous arrêter.

- Je ne vous ai jamais vu, pourtant je faisais très attention à ce que l'on ne me repère pas.
C'est le propre des vampires. Nous avons -et vous aurez bientôt- le pouvoir de vous déplacer sans que personne ne vous voie ni ne vous entende.
Il effectua devant moi un mouvement rapide que j'eus du mal à voir. Il reprit :
Vous avez aperçu un mouvement mais aux yeux des mortels ce geste était invisible. Rentrons le soleil ne va pas tarder à se lever.

En effet, le ciel s'éclaircissait et prenait la couleur sanguine du réveil de l'astre. Le souvenir de la brûlure suffit à me faire rentrer. De plus je commençai à somnoler et décidai de retourner dans mon cercueil. Eligor me raccompagna dans un silence de mort jusqu'à ma chambre. La nuit prochaine je lui demanderai si je peux remeubler cette pièce qui devait abriter mon éternité. Je me couchai entre mes quatre planches familières et rabattis le couvercle de bois lourd sur ma tête. Je m'endormis quasiment immédiatement.


Chapitre 4

Mes rêves furent hantés par le souvenir de mes défunts parents. Pour la première fois je distinguais nettement leurs visages alors qu'auparavant ils m'apparaissaient flous. Je revoyais exactement l'endroit que nous appelions "maison". Cette pièce où quatre personnes vivaient les uns sur les autres, entassés. Je revoyais même les rats qui passaient sous la porte à la recherche de nourriture trop rare pour nous, absente pour eux. Je revoyais le visage de mon père était empreint d'une colère que je ne lui connaissais pas. Plus furieuse encore que celle qui l'obligeait à battre ma mère. Nous étions tous réunis, mon frère, ma mère, mon père et moi, dans notre misérable demeure. Je revivais la scène du meurtre mais cette fois-ci mon père se réveillait juste avant que ma mère ne le poignarde. En apercevant mon père prêt à étrangler ma mère, je poussai un cri strident. C'est sans doute à cause de ce cri que le sommeil me quitta. Je me relevai brusquement dans mon cercueil me cognant à la planche qui le maintenait fermé. Eligor se précipita dans ma chambre.

- Un cauchemar ?
Tout essoufflée je lui répondis :

- Comment avez-vous deviné ?
- Nous autres, vampires, lisons dans les pensées. Ce n'est pas votre cri qui m'a réveillé mais la vue de votre rêve. Je suis lié à vous psychiquement sans que vous ne le sachiez.
Comment pouvait-il voir ce qui se passait dans mon esprit ? Peut-il savoir ce que mon frère a fait de moi ? S'il lit dans mes pensées il vaut mieux que je n'y réfléchisse plus.

- Cela dit, je ne peux pas toujours lire dans votre esprit. Cela doit se faire lorsque vous ressentez la peur ou une vive émotion.

Je le ressentis comme dangereux. Je ne savais pas pourquoi ? Pour changer de sujet et m'obliger à penser à autre chose, je lui demandai :

- Pourriez-vous me fournir d'autres meubles pour cette pièce ?
- D'un ton poli mais ferme, il me répondit :
- Non, vous garderez ses meubles.
- Et si...
- Vous les garderez. C'est la seule chose que j'exige de vous.

L'atmosphère était tendue. Je devais parler d'autre chose.
- Je souhaite faire un tour en ville, serez-vous mon guide ?
- Si vous le désirez. Je me dois de refaire votre loqueteuse garde-robe. Il faut vous habiller avec plus de soin. Depuis que vous êtes arrivée, vous ne vous êtes pas changée !

Je prenais pour la première fois conscience de la tenue dans laquelle j'étais. Une fine robe brunie par la poussière tenant par les hanches grâce à un mince élastique et sur mes épaules grâce à un lien dépareillé que j'avais changé maintes fois. Mes collants étaient filés à plusieurs endroits et mes chaussures ne méritaient plus ce nom. J'avais honte d'être habillée comme ça. Relevant les yeux vers Eligor, je lui demandai :

- Auriez-vous des vêtements convenables pour sortir ?
- Je vais demander aux domestiques. Elles doivent bien avoir une ou deux robes à vous prêter.

Il quitta la pièce en silence comme toujours. Je me dirigeai lentement vers les lourds rideaux de velours, les écartai avec prudence. La nuit était tombée. Je les ouvris d'un geste ample. La lune étincelait dans le ciel parsemé de millions d'étoiles. En les contemplant, je me sentais toute petite. Une enfant à côté de ces dames dont quelques-unes étaient millénaires. Puis me vint cette certitude. Celle que je ne grandirai jamais. Mon esprit continuera de s'épanouir tandis que mon corps restera à jamais figé dans l'adolescence. Une main effleura sans que je m'y attende mon épaule. Cette présence soudaine m'arracha à mes pensées. Je me retournai vivement. Eligor me faisait face, souriant toujours, avec une robe blanche sur le bras.

- Je n'ai réussi qu'à vous trouver celle-là. Je vais vous quitter le temps que vous vous fassiez belle. J'ai déposé un nécessaire de toilette sur le bureau. Lavez vous et venez me voir dans le salon quand vous aurez fini.

Sur ce il quitta la pièce.
Je me retournai. Une serviette et un gant avaient été posés sur le bureau à côté de la robe. Je la pris et la regardai avec attention. Elle était simple mais vraiment belle, blanche enserrée à la taille par un cordon crème ouvragé, les manches s'ouvraient comme une corolle délicate en dentelle. Je reposai soigneusement la robe sur la chaise, pris le gant de toilette et la serviette et je me dirigeai vers la salle de bains. La lumière était décomposée en plusieurs couleurs. Il y avait du violet, du bleu, du jaune mais la couleur dominante était le rouge sang. Une baignoire à pieds ancienne était appuyée contre le mur sous la fenêtre. J'ôtai ma robe sale et déchirée et m'allongea dans l'eau douce et tiède, je me détendis. Je pris le gant et commençai à me laver soigneusement. En levant la tête vers la fenêtre, je m'aperçus qu'il ne s'agissait d'une simple ouverture mais d'un vitrail composé de représentations caricaturales de vampires agenouillés, semblant agoniser, devant un autre vampire immense. Chose curieuse, le ciel était illuminé d'un soleil éclatant. En regardant plus attentivement, je vis que le vampire démesurément grand portait un pendentif.

Cela ressemblait à une fiole contenant un liquide rouge sombre. Cette chose m'intriguait. Il fallait que j'en parle à Eligor. Je décidai de ne plus y penser pour le moment et je sortis presque à regret de l'eau. Je me séchais avec la serviette que je trouvais rêche après la douceur du bain. J'enfilai le peignoir qu'Eligor avait accroché derrière la porte. Sa chaleur m'envahit et je sortis de la salle de bains. Je passai la robe en prenant soin de ne pas la déchirer. L'absence de miroir était cruelle. Je pris une baguette de bois sur le bureau et d'un mouvement habituel et rapide, je me fis un chignon pour paraître, un temps soit peu, coiffée. Je respirais un grand coup avant d'aller voir Eligor. Me présenter ainsi vêtue devant lui me mettait mal à l'aise. Lorsque j'entrai dans l'immense salon tendu de velours, il ouvrit de grands yeux en balbutiant si bas que j'eus du mal à l'entendre : "Vous êtes plus belle que je ne le pensais ! Je souris. Non pas au compliment, bien qu'il sorte du cœur, mais plutôt parce que j'avais provoqué une défaillance dans sa froideur extrêmement contrôlée. Il me rendit mon sourire en reprenant son sang-froid.

- Êtes-vous prête pour la tournée de la ville ?
- Il me semble que oui. Oh ! Je voulais vous parler du vitrail qui se trouve dans ma salle de bains. Comment se fait-il que les vampires soient représentés en plein jour ?
- C'est une très belle représentation, n'est ce pas ? Je l'ai trouvée dans les ruines d'un sanctuaire que les mortels avaient dressé en notre honneur.
- Effectivement. Mais ce n'est pas ce que je vous demande.
- Seriez-vous impatiente ? Il s'agit d'une très vieille légende, les tout premiers vampires crées par le Diable auraient fabriqué une amulette pour pouvoir sortir en plein jour. Ce bijou serait une fiole contenant du sang du Diable. Cette légende n'est –selon moi- qu'un tissu de mensonges. Je ne pense pas que cette amulette existe.

Il avait ajouté cette dernière phrase avec une pointe d'ironie, presque méprisant. Cette idée ne m'a jamais quittée, bien que je n'y pensais pas sans arrêt. Suite à cette discussion, nous sommes allés en ville. Il m'emmena dans les magasins tenus par des mortels qui ne fermaient pas la nuit. Je soupçonnais Eligor de les menacer de mort si jamais ils se montraient un peu trop bavards à notre sujet. Nous avons fait tous les magasins chics de Londres. Je ne connaissais absolument pas ce genre de vie. J'étais heureuse et j'allais de vitrine en vitrine comme une enfant. En même temps, j'étais gênée de le voir dépenser autant d'argent pour moi. Cela ne semblait pas le déranger le moins du monde. Il sortait de sa veste une liasse de billets dont le niveau ne diminuait jamais. Il semblait riche.


Chapitre 5

Quelques heures plus tard, nous sommes sortis et tandis que nous reprenions le chemin du retour, Eligor leva les yeux vers le pont sous lequel nous passions. Il posa délicatement les paquets à terre et d'un mouvement invisible aux yeux des mortels, il monta sur le pont. Il avait vu une jeune femme qui passait au-dessus de nous. Elle était à une extrémité du pont et Eligor à l'autre. Il s'approcha d'elle avec lenteur, la fixant droit dans les yeux, il lui prit galamment la main. Tout en lui parlant, il la fit descendre vers moi. A ses habits, je devinais que c'était une bourgeoise et qu'elle fréquentait la haute société londonienne. Le même milieu qu'Eligor. Elle portait une robe de couleur claire ornée d'une multitude de rubans. Elle nous accompagna sur le chemin de la Maison. Puis il se mit à pleuvoir violemment et Eligor invita la jeune femme à prendre un verre chez nous. Une fois arrivée, nous nous sommes assis sur le canapé et il demanda à une domestique trois verres de sa meilleure liqueur. Eligor viola mon esprit en me disant par télépathie :
"Prenez la si vous le souhaitez, c'est pour vous que je l'ai choisie. Regardez ses yeux, elle a peur de moi."

En effet, elle paniquait en silence. Elle me jetait des regards implorants. Bizarrement je me régalais de sa panique. Eligor s'impatienta car la domestique n'arrivait toujours pas, il se leva et alla dans la cuisine. Profitant de son absence, je m'approchai de la jeune demoiselle. Elle se mit à pleurer de peur. Je m'assis à côté d'elle, lui passai un bras autour de ses frêles épaules et elle posa sa tête sur ma poitrine. Ce geste signait son arrêt de mort mais elle ne le savait pas. J'arrivais à faire totalement abstraction de ses sanglots. J'approchai mes canines de son cou. L'envie de son sang me fit frissonner. Le même frisson que lorsque j'avais bu le sang de ma première victime. Sans qu'elle ne s'y attende, je plantai mes dents et elle poussa un cri. C'était plus un cri de surprise que de douleur. J'aspirai minutieusement le sang. Il coulait agréablement sur mes lèvres et le long de ma gorge. J'aimai ce goût doux et sucré. Elle s'affaiblissait peu à peu jusqu'à ce qu'elle ressembla à une poupée de chiffons. Je la posai délicatement sur le canapé et allai vers la cuisine. Eligor était appuyé sur un fourneau, l'air satisfait, le corps de la domestique gisait à ses pieds.

- Quelle tristesse d'avoir eu à la tuer ! Elle cuisinait bien mais, hélas, elle était beaucoup trop lente. Avez-vous fait un bon repas ? La chair de cette demoiselle devait être bien tendre, je me trompe ?
- Non, vous avez raison. Elle était tendre, blanche et si douce. Je ne savais pas si vous l'aviez amenée pour vous ou pour moi.
- C'était mon cadeau pour fêter rétablissement. Vous a-t-il plu ?
- Très beau présent je vous en remercie. Maintenant j'aimerais que vous me parliez de cette légende.

Il explosa dans une colère noire dont il semblait incapable grâce au contrôle qu'il avait sur lui-même. Il se mit à hurler :
- Non, mais vous êtes têtue !! Combien de fois faudra-t-il que je vous répète que je n'y crois pas ? Cela devient agaçant que vous reveniez sur ce sujet. Cette amulette n'existe pas !
Je ne devais pas céder à la fureur qui m'envahissait petit à petit. Je devais rester parfaitement impassible à son courroux :
- Si vous n'y croyez pas c'est votre choix. Puis-je savoir où avez-vous trouvé le vitrail qui est présent dans ma salle de bains ?
- Vous êtes vraiment pénible ! Je l'ai trouvé lors de l'un de mes voyages près de Paris. Dans une forêt assez éloignée. Pourquoi ? Vous souhaitez retrouver ce sanctuaire et ainsi vous procurer l'amulette ?
- C'est ce que je voulais faire en effet. Vous lisez bel et bien dans les pensées.
- Vous vous trompez. Ceci est tellement prévisible de votre part que je n'ai pas eu besoin de ce subterfuge pour deviner ce que vous vouliez faire. Je vous souhaite bien du courage pour trouver un bijou qui n'existe pas. A moins que vous ayez d'autres choses importantes à me dire, ce dont je doute fort, je vais devoir vous quitter. Bonne journée.

Je l'avais vexé. Il partit d'un pas rapide, la tête haute, balançant les bras plus hauts que d'habitude. Quelque part ça me plaisait de l'énerver ainsi. Provoquer une faille dans son contrôle m'amusait. Personne ne semblait y arriver mis à part moi. Les servantes le craignaient, ça se voyait dans leurs regards. Sans doute avaient-elles vu ce dont il était capable ou peut être l'avaient-elles surpris entrain de boire le sang de l'une d'entre elles. Je décidai d'aller me coucher à mon tour. Je sentais plus que je ne voyais le soleil se lever. Alors que j'allai vers ma chambre, j'aperçus une pièce à la porte blanche qu'Eligor ne m'avait pas montrée. Je m'approchai à pas de velours vers cette mystérieuse porte, mis la main sur la poignée et la tournai sans faire de bruit.

Malheureusement la serrure n'avait pas dû être graissé depuis un bout de temps et elle grinça légèrement. J'entendis Eligor râler dans son sommeil. Je poussai la porte toujours avec la même douceur et me faufilai à l'intérieur. C'était une pièce exiguë et je vis avec surprise que c'était une bibliothèque. De magnifiques livres anciens ornaient des étagères en bois sombre et remarquablement sculptées. La pièce était plutôt sombre car elle n'était éclairée que par une étroite fenêtre masquée par un rideau lourd. La lumière était croissante mais je savais qu'aucun rayon ne pouvait me toucher.

La disposition de la fenêtre était choisie de façon à ce que les vampires puissent y lire à leur convenance sans mourir. Un divan faisait l'un des coins de la bibliothèque. Je m'approchai de l'une des étagères et commençai la lecture des titres. L'un des livres dont la tranche était dorée attira mon regard. Il portait le titre "La Fiole Du Diable".

Je sus qu'il parlait de la légende. Je le pris avec douceur. Il était couvert d'une épaisse couche de poussière que je chassai de ma main. Je m'assis sur le divan et le contemplai un bon moment avant de me décider à l'ouvrir. Je lus le nom de l'auteur : Isabelle Brunoy. Ainsi c'était une femme et une française de surcroît. Sur la première page un autographe y était apposé. Il disait : A Eligor pour m'avoir aidé à la trouver. Tendres baisers. Isabelle. Mai 1536". Il en savait plus qu'il ne voulait bien me le dire. Je commençai ma lecture et le sommeil me surprit alors que je n'avais même pas fini le premier chapitre. Je devais être extrêmement épuisée. Je passai la journée au milieu des livres et de la poussière.
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Re: A la recherche de l'amulette (chapitres 1 à 5)
Posté par lil_lutine le 03/06/2005 01:29:38
J'ai bien aimé l'histoire mais je trouve que tu utilises trop souvent les mêmes mots... il suffit juste de changer un peu le vocabulaire et ton histoire sera probablement une des meilleures :)
bravo
Re: A la recherche de l'amulette (chapitres 1 à 5)
Posté par mysterious.melinda le 14/05/2005 11:03:48
Magnifique histoire, il me tarde de lire la suite, tu ne voudrais pas me l'envoyer part e-mail?
Bisous et bonne continuation!
Re: A la recherche de l'amulette (chapitres 1 à 5)
Posté par potdechoco5 le 11/05/2005 22:48:53
Trop belle histoire vivment la suite g tp bien aimer c'etai super ... bonne continuation!
Re: A la recherche de l'amulette (chapitres 1 à 5)
Posté par cmarie le 11/05/2005 12:52:52
Tout se temps a attendre!! :-(
Y a pas moyen de l'avoir autrement? Dsl jsuis pas trés patiente mais j'aime vraiment bcp l'histoire.
Re: A la recherche de l'amulette (chapitres 1 à 5)
Posté par maindelempereur le 11/05/2005 11:25:26
Tu veux pas directement envoyé la suite par mail, il me tarde de lire la suite, parce que pour l'instant, je suis captivée...
Continue ainsi
. Voir tous les commentaires et/ou en poster un (10)
Publié le 10 mai 2005
Modifié le 07 mai 2005
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