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Aile de papillon

Un petit texte, tout simple, pour un ami qui m'est cher...


Elle aurait voulu, sous cette pluie infinie, crier sa rage au monde. Hurler du plus fort qu'elle ne l'aurait pu. Elle aurait voulu courir. Le plus loin possible, le plus longtemps possible. Courir jusqu'à s'en tordre les poumons. Courir jusqu'à ne plus rien ressentir. Courir et hurler. Faire les deux en même temps pour s'essouffler plus vite. S'essouffler de la vie, ne plus la voir, ne plus rien voir. Elle avait tant de peine, tant de rage, tant de sentiments mélangés à l'intérieur de son cœur si frêle, trop fragile pour être si durement blessé. Elle accumulait les déceptions comme certains accumulent les conquêtes. Elle errait dans sa propre vie sans aucune idée de où elle allait. Elle accumulait les déceptions.

Elle choisit de pleurer sa rage au lieu de la crier. Elle aurait voulu récolter ses larmes, mais elles étaient trop rapides. Et puis à quoi bon, elles s'évaporeraient un jour ou l'autre. Comme chaque chose dans la vie, le seul souvenir matériel de cette peine qui l'habitait en cette soirée de novembre, finirait par partir avec le temps. Temps qu'elle a toujours redouté. Temps qu'elle redoutera toujours pour sa simple raison d'être. Minutes qui avancent, secondes qui s'écoulent, vie qui n'est plus. Jamais on ne rattrape qui l'on est. On ne vit qu'à travers les souvenirs et les yeux des autres. Tout prend forme. Elle n'a jamais vécu pour elle-même, elle le réalise. Elle en pleure sa haine ce soir. Elle pleure jusqu'à temps qu'elle ait oublié la raison pour laquelle elle déversait ces larmes. Signe de faiblesse ou de cœur ? Elle ne savait plus. Elle ne voyait plus qu'un paysage sombre et à moitié flou. Déformé par ses yeux encore pleins d'eau, encore plein de vie. L'image de son cœur brisé se matérialise tout à coup : sombre, lugubre et mourant. Elle voudrait être heureuse, mais quel chemin doit-elle prendre ? Elle sent ses jambes partir toutes seules. L'envie de courir lui revient. Elle prend son élan, la voilà partie ! À pleine enjambé, comme un heureux qui mort la vie. Elle ne voit plus rien. Elle court tête baissée comme une poule sans tête. Elle court sans voir et sans pleurer. Elle respire à peine. Juste ce qu'il faut pour la maintenir en vie. Elle suit un chemin qu'elle ne connaît pas, un chemin qu'elle a empruntée par espoir. Espoir de quoi ? D'y trouver quoi ? Elle ne sait pas, mais elle court sur ce chemin parce qu'elle en a senti le besoin.

Une partie d'elle est morte aujourd'hui. Cette partie heureuse qui voyait une raison au temps qui avance. Cette moitié d'elle qui voyait un avenir à travers les heures qui s'écoulent. Cette même portion d'elle qui brillait partout où elle allait. Elle perdrait tranquillement la raison, enveloppée dans une bulle de solitude. Elle était rendue loin sur ce chemin et encore plus loin dans sa tête. Il passait, dans son esprit plus d'idées et de souvenirs que jamais auparavant. Elle ne se souvenait plus de tant elle était égarée dans tout cet assortiment de sentiments. Alors elle courait. C'est tout ce qu'elle pouvait faire après avoir déversé autant de larmes. Courir, courir et courir encore. Plus vite, plus longtemps. Courir et arrivée enfin.

Arrivée où ? Elle ne savait toujours pas, mais elle sentait qu'elle était bel et bien arrivée là où quelqu'un l'attendait. Non pas une personne physique, mais une partie d'elle se sentait accueillie ici. Elle ne savait pas où elle était, mais elle était apaisée. Tranquille, elle s'endormit sur ce qui lui semblait être un carré d'herbe. Exténuée par toutes ces larmes et toute cette course, elle dormit longtemps. Elle rêva, mais elle ne se souvenait de rien. Sauf d'un détail, elle se souvenait d'avoir vu un papillon mort. Un tout petit papillon rouge, très nacré, éteint au milieu d'une route.

Quand elle se réveilla, la mer surplombait l'horizon. Elle avait courru très loin. L'odeur était salée. Juste assez. Elle se souvint alors de cette partie d'elle, morte hier, qui aimait cette phrase "just a drop of water in an endless sea". Elle compris qu'elle s'était rendu jusque là pour comprendre ces larmes qu'elle avait versé. Une portion d'elle s'était éteinte hier. Elle marcha longtemps sur ce chemin qu'elle n'avait pas vu la veille. Elle comprenait. Elle marcha des heures durant sans pour autant se rendre compte de ce temps qui passait. Pour la première fois depuis qu'une partie d'elle était morte la veille, elle voulu ne pas sentir ce temps qui passait. Simplement l'apprécier et le voir tel qu'il était.

Elle vit une étincelle par terre. Elle s'approcha et fut rassurée. Ce n'était que l'aile d'un papillon rouge au milieu de la route, éteint, éclairé par un rayon de soleil...
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Re: Aile de papillon
Posté par pepito.micolazon le 01/11/2006 17:53:35
...................un flot d'émotions qui se mélangent dans ma tête......hhmmm...qu'il est bon de se laisser porter par les mots, par ces mots que tu nous envoient depuis ton Québec bien-aimé.......aussi denses, aussi libres et légers que l'océan qui s'élève en vagues de promesses d'un lendemain nouveau...(tiens tiens, ça me fait penser à un p'tit texte de ma composition, tout ça......je m'en vais te l'envoyer, ma toute belle.....légitime partage d'émotions......)....

à nouveau, (f) merci (f)
Re: Aile de papillon
Posté par [andwhat] le 10/05/2005 01:22:41
J'aime bien le paradoxe.. elle vs. le papillon.. enfin c'est comme ca que je l'ai comprit. On ne comprends tellement pas ce qui se passe et c'est ca qui est beau, car on peut faire l'histoire que l'on veux... Tu écris très bien je trouve....

Je ne sais pas si c'est moi mais dans ce texte, je vois comme l'histoire de la première fois.. mais ca enfin c'est moi hein... Je dois voir du sexe partout lol

Enfin, c'est très beau et très imagé. Merci pour ce beau petit moment...
Re: Aile de papillon
Posté par satanik angel le 03/05/2005 13:50:21
Je sait pas quoi dire...
Tellements de sentiments déversés dans un texte,et pourtant tellement simple à comprendre...
Je pense que tu devrais te lancer dans une carrière d'écrivain,et je suis sérieuse.Tu a un style d'écriture très personnel,que je n'ai encore jamais vu autre part.
Je te félicite franchement et bonne continuation.
Kiss
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L'auteur : Somewhere Over the rainbow
28 ans, Montréal (Canada).
Publié le 03 mai 2005
Modifié le 10 avril 2005
Lu 1 187 fois

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