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Alerte à la bombe

Quand on ne s'attend pas à mourir, on croit qu'aujourd'hui sera un jour comme les autres.


Un lundi d'automne, sept heures et quart. Le ciel est gris mais les nuages sont fins. Il fera beau, probablement, contrairement à ce qu'a annoncé la météo. Mais il y a du vent. Beaucoup de vent. Trop de vent. Beaucoup trop pour que ça soit normal en cette saison. Mais je suis là, dans ma voiture, me dirigeant vers mon lieu de travail.
Une fois arrivée à l'hôtel, je gare ma voiture, ouvre la réception et pars acheter croissants et baguettes pour servir le petit déjeuner aux clients qui l'ont commandé. Je retourne à la réception, met mon ticket de caisse et ma monnaie dans la caisse et descend dans la "breakfast room". Deux clients sont déjà là, ils m'attendent, attendent leur jus d'orange et leurs croissants pour pouvoir manger tranquillement :
- Vous êtes aussi à la réception? Me demande le mari.
- Oui.
- Parce qu'on va partir très bientôt.
- Pas de soucis, j'y serai.
Le dialogue s'arrête là, je n'aime pas ces clients parce qu'ils me forcent à me dépêcher à huit heures moins dix alors que les petits dej commencent normalement à huit heures et demie.
Je termine d'installer leur table et celles des autres puis retourne à la réception. Je vérifie les mails, lis ce que ma collègue a écrit sur le cahier de consignes et vérifie s'il y a de nouvelles arrivées aujourd'hui. Environ dix minutes plus tard, les clients tant pressés arrivent pour le "check out". Je leur fais remplir un questionnaire de satisfaction pendant que je vais regarder s'ils ont nettoyé l'appartement. Il se trouve que oui et que l'appartement est vraiment propre, tant mieux parce que c'est moi qui doit repasser derrière.
A ce moment-là je retourne à la réception et rend le numéro de carte bleue que je leur avait demandé à l'arrivée, en guise de caution. Les clients partent, je vérifie leur questionnaire : ils n'ont pas écrit la date de départ, que je remplie desuite. Je parrcours rapidement le document, ils n'ont pas aimé de devoir faire le ménage en partant. Ah ben oui mais c'est comme ça.
Ensuite, je range la feuille et je commence à naviguer sur internet. Deux clients doivent encore partir donc je dois rester à la réception. Et quand on reste à la réception, croyez-le ou pas, il n'y a pas toujours grand chose à faire.
Je vais brièvement sur ce fameux réseau social que tout le monde connaît, écrit un nouveau statut et regarde quelques unes de mes photos afin de changer celle de mon profil. Mais une fois que j'ai fait ça, il reste toujours du temps à tuer.
Alors je vais télécharger un album, légalement parlant, afin de pouvoir apprendre les chansons que je dois jouer avec mon groupe, que j'ai créé il y a à peine une semaine. Première répétition dans deux jours.
Un départ supplémentaire, une famille d'asiatiques très gentils. Heureusement qu'ils partent aujourd'hui, je n'aurai pas leur recouche à faire.
Oui, je suis devenue très fainéante depuis que je travaille ici. Je me tape tous les ménages alors j'estime que je peux ne rien faire de temps en temps.
J'entends du bruit en bas, peut-être que les clients sont descendus prendre leur petit déjeuner. J'espère comme ça, plus vite ils l'auront pris, plus vite je pourrai tout nettoyer.
Voilà, ça, ce sont mes matinées au travail. Glander sur internet et même, parfois, aller faire une sieste dans un appartement. Mais ça, ça reste quand même exceptionnel. Faut vraiment que je sois crevée et qu'il n'y ait rien à faire. Or, si je fais des efforts, il y a toujours quelque chose à faire.
Le bruit persiste en bad, qu'est-ce qu'ils peuvent être bruyants ces américains!
Un nouveau bruit très distinct, cette fois, et impossible à ignorer retentit. L'alarme incendie se déclenche (sympas comme réveil pour les clients!), les clients ne devraient pas tarder à descendre.
Sauf que les murs tremblent. Les parois s'effondrent, la température monte et je ne vais pas tarder à suffoquer. Bon sang c'est quoi ce tremblement de terre?
Je vois, tremblante, que les pompiers et la police sont déjà là -ils sont venus trop rapidement, ce n'est pas normal- tandis que les vitre m'explosent à la figure. Je reçois un morceau de verre d'une dizaine de centimètres dans le bras, j'ai mal.
Je vois l'agitation autour de moi, le bâtiment qui s'effondre et pourtant je n'arrive pas à comprendre ce qui se passe.
Quand soudain, un autre bruit retentit, je comprends alors qu'une bombe venait d'exploser, en plein nice, au sein même de mon hôtel.
Le souffle m'emportent tandis que la vie quitte mon corps.


Le lendemain, au Journal Télévisé

"Chers téléspectateurs... Une bien triste nouvelle à vous annoncer aujourd'hui. Hier, aux alentours de huit heures trente le matin, un appel anonyme a lancé une alerte à la bombe. Nous annonçant qu'une bombe serait cachée dans un hôtel en plein centre de Nice. La police prenant au sérieu toutes les alertes qu'elle peut recevoir ces derniers temps, se dirige sur les lieux. Mais trop tard car à peine arrivés, la bombe venait d'exploser, prenant au piège les clients et les employés de l'hôtel. Aucun survivant n'est à envisager. Nous conseillons aux familles de se diriger vers la police de la ville de Nice si jamais elles désirent avoir des informations supplémentaires.
Nos journalistes sur place ont pu intervieuwer le chef de la police : << ce matin vers huit heures trente on a reçu un appel anonyme passé d'une cabine téléphonique juste à côté de l'hôtel. On peut supposer qu'ils s'agit du poseur de bombe. Mais on ne peut rien affirmer. Le temps de trouver d'où provenait l'appel et de venir, malheureusement c'était déjà trop tard. Le bâtiment entier tremblait, les vitres ont explosé à la figure de la réceptionniste qui semblait ne rien comprendre. Et après tout est parti en fumée. Les pompiers ont rapidement éteint le feu mais parmi les décombre il est très improbable de retrouver vivante une des victimes. Déjà qu'on aura beaucoup de difficultés je pense à retrouver les corps..."
Le chef de la police, bouleversé par cet attentat, ne peut nous en dire plus sans montrer une émotion sincère. Mais avec les menaces d'Al Quaïda, pourrait-on supposer que le poseur de bombe était l'un de ses complices? Il est encore trop tôt, mais cette menace n'est pas à exclure.
Maintenant passons tout de suite à l'actualité sportive de la semaine avec..."


Marie regarde la télé, en pleurs. Car elle a reconnu l'hôtel, cet hôtel où sa fille en avait si marre de travailler. Alors pourquoi, pourquoi fallait-il qu'elle meure dans d'atroces souffrances et dans ce lieu qu'elle détestait tant? Jamais elle n'aura de réponse à cette question mais une chose était sûre, aujourd'hui, Marie n'avait plus rien à perdre.
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L'auteur : Natacha V..
26 ans, Nice (France).
Publié le 13 octobre 2010
Modifié le 10 octobre 2010
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