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Automutilation : différents points de vue

Vous pratiquez ? Avez pratiqué ? Connaissez des proches qui le font ? Si oui, alors cet article vous concerne. Si ce n'est pas le cas, alors cet article risque de vous concerner un jour, car l'automutilation est pratiquée par un grand nombre de personnes.


L'automutilation n'est pas un sujet facil, car il n'existe aucun point de vue objectif. Les raisons-mêmes qui poussent une personne à s'automutiler varient de personne à personne et de moment à moment. On peu maladroitement classer tout le monde en deux groupes : les personnes qui s'automutilent ou se sont déjà automutilées, et les autres, qui ne l'ont jamais fait. Mais en réalité, cela ne veut rien dire.


Vue interne : les personnes qui s'automutilent

Personnellement, je connais ce côté de la barrière. Mais je ne partage pas le point de vue de la majorité des personnes qui ont déjà pratiqué. Cependant, je connais ce point de vue, et je le comprends. Je l'ai partagé, il y a longtemps. On ressent alors de la culpabilité, on se sent minable et pathétique de le faire. On veut arrêter, même si on n'y arrive pas et que l'on ne sait pas comment en sortir. Ensuite, certaines personnes se servent de cette technique pour envoyer un signal, un appel au secours. D'autres, au contraire, essaient juste de supporter leur douleur en la cachant, et en la supportant par l'intermédiaire d'une douleur physique, plus concrète.

J'ai connu ces sentiments. Je m'en suis voulue, j'ai voulu arrêter, et puis les choses ont changé. J'ai tout simplement changé d'optique. Je ne me blessais plus pour me faire du mal, mais tout simplement parce que ma peau était devenu le support de mes émotions, heureuses ou malheureuses... Comme mon journal intime. Je n'ai jamais réussi à vraiment faire comprendre ma façon de fonctionner dans ce domaine, mais ce n'est pas un problème : je m'y suis habituée et je le vis bien. Je sais que la plupart des personnes qui s'automutilent (si ce n'est pas toutes) le font parce qu'elle vont mal. Que ce soit un petit malaise, une angoisse à cause d'un contrôle mal révisé, ou bien un véritable traumatisme tel qu'un viol, qui soit à l'origine de l'acte, chaque geste a son importance tant que c'est une douleur psychologique qui en est à l'origine.


Cette pratique n'est pas forcément le signe d'une envie de suicide. Ça peut être le cas, mais ce n'est pas systématique. C'est un moyen de se supporter soi-même, et de transformer son malaise. Mais c'est aussi une façon de rejeter son corps lorsqu'on le déteste, pour des raisons esthétiques ou parce qu'on n'aime pas la personne que l'on est. Il m'est même arrivée quelques fois de me couper par dégoût de moi-même à cause des blessures que je m'étais déjà infligée. Paradoxal, n'est-ce pas ? Et pourtant, je pense que c'est souvent arrivé à d'autres d'agir pour les mêmes raisons.

Je crois que le pire lorsque l'on s'automutile, c'est d'entendre son entourage, même ses amis, nous ordonner d'arrêter et nous dire que c'est débile. Car ce n'est jamais débile. Ce qui est débile c'est de réagir de manière aussi "bourrine" et catégorique sur un sujet qu'une personne qui ne s'est jamais automutilée ne peut certainement pas comprendre. Un peu d'ouverture d'esprit, s'il vous plait ! On a besoin d'écoute dans ces cas-là, pas de "forcing" ou de jugements sévères. Ça peut prendre du temps avant d'en parler. Mais que ce soit clair, une personne qui ne veut pas arrêter ne pourra pas arrêter, même si on l'y force, sans séquelles psychologiques.


Vue externe : "mon amie s'automutile"

Combien de personnes, combien d'adolescentes se sont retrouvées confrontées à cette situation, cette découverte ? Un certain nombre à mon avis. Et même si cela peut vous surprendre après ce que j'ai dit à mon sujet, je comprends également ce que ça fait d'être de ce côté-ci de la barrière.

J'ai une amie qui s'automutile, et qui en est au même stade que la plupart des personnes qui le font : elle souffre. Ce qui m'inquiète alors n'est pas tant le fait qu'elle se coupe que celui que c'est un puissant mal-être qui la pousse à le faire. Je connais l'inquiétude que ressent une personne extérieure. Cependant je ne partage pas leur choque, car c'est un monde que je connais. Je ne peux que la comprendre. Et il ne me viendrait jamais à l'esprit de la juger ou de la critiquer pour ce qu'il lui arrive de faire. Au contraire, je préfère l'écouter, et trouver un moyen d'éradiquer la source de son malaise plutôt que ses conséquences.

Gérer ce genre de situation pour une personne externe à ce genre de pratique demande de l'ouverture d'esprit, de la patience et de la diplomatie. On peut croire que c'est uniquement parce que j'ai déjà fait pareil que je dis ça, mais ce n'est pas tout à fait exact car, en fait, j'agis déjà avec patience et diplomatie même pour d'autres sujets délicats dans lesquels je n'ai aucune expérience.

Comme sans doute d'autres personnes, je suis très affectée par la souffrance de mes amies. Je me demande toujours comment je peux les aider à être plus heureuses. Je fais mon maximum, même si je sais que parfois, la seule aide que je peux leur approter est mon soutien et mon écoute. C'est déjà beaucoup quand on pense que certains n'ont personne à qui se confier. Mais j'ai déjà connu cette frustration que ressent l'entourage d'une personne qui s'automutile et qui est incapable d'aider la personne en question. J'ai déjà vu une amie me rejeter lorsqu'elle allait mal. Mais plutôt que de me vexer, j'ai préféré lui faire comprendre que quand elle aurait envie d'en parler, je serais tout simplement là pour elle.


Paradoxe ?

Si je voulais me couper, je ne voudrais surtout pas que l'on m'en empêche. Mais si je pouvais aider une amie à arrêter de se faire du aml, je ferais n'importe quoi pour cela. On peut trouver cela paradoxal, mais ça ne l'est pas tant que ça. Je comprends cette pratique, et je n'irai certainement pas forcer une personne à arrêter. Mais dans la mesure où elle souffre, je l'y encouragerais pour qu'elle aille mieux; pas en lui disant d'arrêter, mais en l'aidant à trouver autre chose pour se défouler. Je ne tiens pas à la voir culpabiliser de ses actes et se sentir encore plus mal après à cause de ça. C'est l'une des plus facheuses conséquences de l'automutilation selon moi. Ça, et les cicatrices, qui peuvent être comme des fantomes qui nous hantent.


Petit conseil

Ne jugez pas trop sévèrement les gens qui font ça. Ne leur dites pas qu'ils ont tort. Mais n'oubliez pas qu'ils le font, et essayez de trouver le juste milieu pour les aider sans leur mettre la pression. Ce serait dommage et à la fois dramatique qu'une personne qui s'automutile se renferme encore plus sur elle-même après avoir été critiquée pour ses pratiques. Je parle en connaissance de cause, même si aujourd'hui je me sens relativement bien dans ma peau.
L'auteur : Marie Something
28 ans, Paris (France).
Publié le 05 mars 2007
Modifié le 06 février 2007
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