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C'est la criiise...

Chers amis, l'hiver approche à grands pas, laissant derrière nous d'inoubliables souvenirs de farniente passés à la terrasse des snack-bar. Laissez-moi, si vous le voulez bien, vous conter à nouveau un fragment de mon (feu ? !) quotidien d'épicène à la dérive...


Après un charmant petit tour à la braderie de Niouton-d'Aski, je décide de me poser quelques temps pour déjeuner enfin. Eh oui, il est effectivement quinze heures passées et mon ventre commence à me grommeler sérieusement son mécontentement. Comme je suis juste à côté et que les prix des sandwichs sont plus qu'abordables, j'opte pour le Be Food, snack voisin de mon ancienne fac, où je vais d'ailleurs encore de temps à autre...

Qu'il fait chaud à l'intérieur ! Les vapeurs émanant de la cuisson d'animaux morts n'arrangent rien. Je décide donc de m'installer en terrasse : pas de bol, la place au soleil est prise par une bande de d'jeun's apparemment assez agités, et si je m'assieds à proximité, je ne risque pas de pouvoir lire au calme les ouvrages que je viens de dégotter. Tant pis, je me mets juste devant la porte d'entrée du Be Food, sous le toit en béton sublimé par une pub Coca-Cola.

"Bon appétit ! Eh, bon appétit ! Eh, eh, pétasse ! Eh, t'es charmante, eh ! (crescendo) Eh, eh ! T'es sourde ou quoi ? On t'a dit bon appétit, quoi ! (furioso) Oh, eh, la salope, on dit bon appétit et elle répond pas, malpooolie, va... "

Véritablement absorbée par la lecture du Monde Terrifiant de L'Économie en Bande Dessinée, il me fallut bien cinq minutes pour constater que les exclamations de ces mectons, que j'entendais au loin, s'adressaient bel et bien à moi. Il est vrai qu'à force (d'en entendre des vertes et des pas mûres), j'ai appris à me retrancher dans un monde intérieur, surtout ici. Même pas besoin de Boules Quiètes. Quoique...

Dès lors que j'ai conscience du contenu de leurs protestations, je les ignore volontairement, supposant qu'il est tout à fait dans mon droit de ne pas donner suite à de telles fadaises.

Pensant surtout qu'ils finiront par se lasser, je replonge dans ma B. D...

Malheureusement pour moi, le caïd de la bande se lève et vient vers moi :

"Eh, t'as pas du feu ?"

... Me lance-t-il agressivement, une clope allumée à la main (un comble !). Je réponds, d'une voix neutre et un peu enrouée, que je n'en ai pas (ce qui est véridique, mais qu'importe cette précision).

Malédiction : j'ai parlé. De manière succincte et somme toute dépourvue d'allégresse (ça vous étonne, hein ? !), il est vrai, mais... Le mal est fait.

Son pote, gaulé comme le buffet en chêne massif de ma grand-mère, se ramène donc en me signalant que j'aurais pu répondre à ses "bon appétit" de tout à l'heure. Ce à quoi je lui rétorque que je n'en avais aucune envie, et que de toute façon ses "bon appétit (sale pute)" me paraissaient peu sincères.
"Eh, t'es charmante, mais t'es sourde", ajoute un troisième en arrivant (histoire de prouver aux copains que lui aussi a les c... De venir parler à la pouffiasse qui fait semblant d'pas entendre). Toujours aussi impassible, j'annonce, calmement mais fermement, que maintenant, j'aimerais bien avoir la PAIX et pouvoir lire tranquillement.

C'est sorti tout seul, et pour moi, ça coulait de source...

Mais que n'avais-je pas osé faire là, moi la vulgaire femelle de cinquante kilos, vouée au silence et à la soumission ? Répondre au gang le plus redoutâââble de la métropole, celui qui fait trembler dans toutes les cagnas, d'Acajoubai à Voltignies, tout en passant par mon quartier où chaque petite vieille fait sa prière avant d'aller sortir son caniche en débardeur pressionné ? Évidemment, ça n'allait pas se passer comme ça (petite effrontée !). Le plus agressif est donc venu me balancer son verre d'eau...

En pleine face.

Et ce beau petit monde s'est barré hâtivement.

Bon, comme il m'avait un peu ratée (le maladroit : sans doute aurait-il dû s'approcher davantage), j'ai plutôt pris ça comme une douce caresse de brumisateur, particulièrement bienvenue en ce climat lourd à tendance orageux. En revanche, la page 27 (eh oui, j'ai tout de même pu lire à peu près convenablement jusque là, je m'en sors bien) de mon illustré était tout de même un peu trempée, et je ne parvenais quasiment plus à lire correctement ce que Mouillard (le bien nommé) répondait au patron du FMI.

Plus sérieusement, je n'ai presque pas été étonnée que ces cas ô combien pathétiques aient pu souhaiter prendre leur revanche. Sur le coup, je suis restée neutre, me contentant de hausser les sourcils, un peu comme pour dire "mais quelle absurdité !", puis je me suis surprise à imaginer la réaction de mes connaissances féminines si elles s'étaient trouvées à ma place : certaines auraient à coup sûr éclaté en larmes, d'autres auraient opté pour un chapelet d'insultes, juste retour du bâton.

Mais moi, certainement blasée des mesquineries de la petite racaille du samedi, n'ai absolument pas réagi...

Je me suis contentée de regarder avec force insistance les gens qui sortaient du Be Food, un peu comme si j'attendais un témoignage, une approbation. Leur façon de baisser les yeux m'a fait comprendre qu'ils avaient assisté à au moins une partie de la scène.
Lorsque j'ai rendu mon plateau au serveur, j'ai hésité à lui en parler... Et puis, à quoi bon ? Il n'était pas responsable, après tout. Quant à l'idée de disserter avec qui que ce soit sur la délicate situation de la fille seule dans les lieux publics, euh...

Non, bon. Tant pis. Éponge le tout avec ton mouchoir et casse-toi, fille de mauvaise vie. T'as eu tout ce que tu mérites. T'as pas à t'installer là, non accompagnée, et encore moins à répondre comme ça aux mâles dominants (non mais). À noter que, même si j'avais souri agréablement, charmée par leur galanterie (ben quoi, ces chérubins me souhaitent de bien manger, c'est quand même gentil, non ?) et rosissant telle une jeune midinette sous l'emprise de la louange ô combien mélodieuse, il y aurait fort à parier que je me serais tout de même attiré des ennuis !

C'est avec un peu de recul que j'ai analysé la symbolique du geste, tout en la comparant, d'une part, à la fameuse giclée de sperme des films pornos, et d'autre part, au vitriol ou à l'essence versés sur les femmes prétendument infidèles. Un geste lâche et gratuit. Je peux sans doute m'estimer heureuse, je n'ai eu droit qu'à de l'eau. À croire qu'il s'agissait d'un avertissement pour me remettre à ma place (c'est ce qu'ils avaient trouvé de mieux. Remarquez, c'est plus rapide qu'une délibération), celle de la gentille fifille, pas contrariante pour un sou (quelle idée) et toujours bien disposée à répondre aimablement à ces messieurs.

J'en conclus une fois de plus qu'une fille seule doit, selon l'idéologie dominante, vivre comme une bête traquée et surtout ne rien attendre de personne. Tout au plus lui conseillera-t-on d'éviter certains endroits ou d'opter pour des accessoires adéquats (parapluie géant, rottweiller aux canines puissantes, bombe lacrymo ou garde du corps vaillant). Cependant, jamais on ne remettra en cause le comportement de certains sales types qui se croient véritablement tout permis.

Là est pourtant, selon moi, le vrai problème...

Et vous, qu'en pensez-vous ?

N. B : Les noms des lieux ont été légérement modifiés ;o)
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Re: C'est la criiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiise...
Posté par flougaussien le 24/04/2007 22:24:00
Je me suis baladé cette nuit vers 21h30 dans des rues désertes où 3 crottes de nez glandaient et me suis pris un "eh, peace and love" (c'était le ton qui était pas sympa) puis un "peace dans ton froc". Ca ne m'était plus arrivé depuis un moment ce genre de choses, depuis que j'avais pris les gentilles horaires des travailleurs normaux. Ca m'a fait penser à ton histoire, chaminou. Et en constatant ma réaction timide et craintive face à cette situation, j'admire ta réaction à toi dans ta situation (bien plus terrible, ta situation) : c'est très courageux de réagir comme ça, je ne sais pas comment tu fais, tu n'as pas de peur on dirait. Moi je suis plutôt un autiste façon jean calleway (ne le prend pas mal, jean calleway, c'est cool les autistes).

"Cependant, jamais on ne remettra en cause le comportement de certains sales types qui se croient véritablement tout permis. Là est pourtant, selon moi, le vrai problème..."
> Bah je suis un peu sans armes pour les faire changer, ces types.
Re: C'est la criiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiise...
Posté par jean calleway le 01/02/2007 13:42:13
En effet, on ne s'y fait pas, la hargne et la révolte non seulement gronde mais doit s'exprimer soit par la voix ou par l'ecriture ou la pratique d'un sport, non pas par la violence, à moins que, comme le chat que l'on pousse jusqu'à ses extrêmes, il sort des "ses gongs" et redevient par son instinct toujours ancré au fond de lui, soudain l'animal sauvage dont il est issu.
(De mémoire, j'ai un exemple tout indiqué: celui d'une chatte que j'avais nommée "mounette", très calme en apparence, douce, mi-docile, qui a été se réfugier entre un placard de cuisine et le frigo lorsque mon father a eu une crise de colère, coincée face à lui, elle s'est mise à imploré le pardon par ses miaulements plaintifs, sans conséquence réactive, elle s'est mise à miauler peu à peu de rage et finalement des sons "d'outretombes" sont sortis de sa gorge, sa gueule ouverte telle un démon des enfers, à provoquer par son regard d'animal sauvage provenant de la nuit des temps, une contre attaque à faire flipper grave l'assaillant au point que son visage rouge écarlate était devenu "blanc" de peur ! Il a capitulé :))

Je me suis cloisonné jusqu'à la limite d'une forme d'autisme pendant mon enfance, depuis certaines personnes ont voulu gouter à l'être sauvage tapie au fond de nous tous et toutes, mal leur en à prie :(

La folufion (lol) est en toi, le plus simplement du monde, si tu veux gagner du temps à déchiffrer ton propre Koan, le "Ronin" que je suis devenu, reste à ton écoute...
Re: C'est la criiise...
Posté par chaminou le 01/02/2007 00:13:53
Oui, on peut se blinder, mais je ne pense pas qu'on s'y fasse... Injustice et révolte grondent en nous (enfin, plus ou moins, apparemment, puisque certain-e-s choisissent plutôt de se cloisonner pour avoir la paix ;o)). Disons qu'un gorille aurait certainement freiner leurs ardeurs sur le coup, mais bien entendu, il ne s'agit aucunement d'une folufion à long terme.
Re: Discriminations pour discriminations
Posté par jean calleway le 31/01/2007 19:18:07
houlà, je viens de lire cha* tes 3 articles à la suite ce soir et je dois dire qu'il y a bel et bien un fil conducteur ou une ligne directrice de ta pensée à juste cause !
Cause(rie) dont je ne m'étenderai pas ici (ça serait trop long :))
En ce qui me concerne en rapport avec l'article, en tant que "ronin" romantic, j'ai déjà eu à subir maintes fois sur la RP des assaults injurieux et physiques de CaÏds prétentieux , mais avec une enfance forgé à coups d'insultes et de brimades, je suis quelque peu blindé contre la connerie.
Car en fait, il ne s'agit principalement que de cela, mais Brassens en connaissait aussi la teneur ;)
Ah, liberata carlotta, c'est dur la vie d'artiste, j'en suis le premier convaincu, mais crois moi ce n'est nullement d'un homme bodyguard dont tu es besoin :)...lol

@}>-->----
Discriminations pour discriminations
Posté par chaminou le 01/01/2007 23:09:17
Oui, c'est un peu ça. On te fait comprendre qu'il faut que tu ne t'écartes pas du rôle que l'on t'a octroyé d'office. Accompagnée d'un homme, même d'un simple ami, je ne pense pas qu'ils auraient été jusque là...
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Publié le 12 décembre 2006
Modifié le 05 novembre 2006
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