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Cette perte

Plouf, les mots tombent et s'envolent, plouf cette femme se vide. Elle se vide... Vide... Et tombe.


Ah je suis un monstre ! Comment puis-je même me poser quelque question ? ! Tolérer, ne pas... Tolérer...
Comment se fait ce ? Se put-il ? Comment ai-je tant pu me laisser aller ? Qu'ai je fait au ciel pour mériter cela, ai-je donc tant pêché ?
Dieu... Dieu... Voudrait il me punir ?
Ah si tu me voyais maman, combien tu aurais honte de moi, comme tu m'en voudrais d'avoir commis une telle erreur, alors que toi, maman, tu n'as passé ta vie qu'à m'éduquer, qu'à me prévenir de mes erreurs. Qu'est donc devenue ton enfant ?
Pauvre de moi, qu'ai je fait du "toi" ? Comment ai-je pu le traiter ainsi, mon pauvre ami...
Je me meurs, mon erreur, mon mal coule dans mes veines, dans mon sang, je suis coupable et personne ne vient plus me soutenir.
Pas un mot ne vient m'aider, ils m'ont tous abandonnée.
J'ai commis une faute, je le confesse.
Pourquoi le sort s'acharne-t-il sur moi ? Je n'arrive pas oublier. Ah, par tant de désinvolture je t'ai tué mon bon ami, je t'ai tué.
Je suis devenue une insouciante, comme tous ces autres dont maman m'avait préservée, je suis devenue lâche ; lâche et mauvaise. Ma culpabilité me ronge !
Ah vous étiez ma vie... C'est avec vous que je me suis sentie être, est ce donc pas vous que je dois mourir ?
Après mon premier souffle, en ce domaine, comme tout être, j'ai crié. Là sortit mon premier mot.
Ma mère, si bonne fut-elle, nota tous mes mots, toutes mes paroles.
Et chaque jour, dès que je fus en âge de les apprendre, elle m'en apprit.
Les mots ne te seront qu'amis, me disait elle, ils ne te mentent jamais. "Voir" veut dire voir, et "Regarder", regarder ; certains mots sont complexes, mais ils ne sont pas méchants, il faut les comprendre.
Comprends le mot "mie", comprends comme il est doux... Qu'elle soit du pain ou de ton entourage, il faut apprendre à la comprendre, et à l'aimer, m'assurait elle...
Ah ! Ajoutait-elle si souvent, il n'y a rien à chercher au loin, tu as tout ici ! Le monde est néfaste, prends garde, il ne t'aimera pas : il ne tient même pas compte des mots !
Ah maman, je sus devenue comme eux !
Je suis devenue comme eux maman... J'ai fait... Une... Faute ! Ah j'ai tué le mot "toi".
Mais pardonne moi... Ce mot m'a toujours fait peur ; il était vicieux, maman... Mais je l'aimais. Eh, puis, qu'ai je donc fait ? !
Je l'ai tué, je l'ai assassiné !
Maman, Oh ! Il n'y a que toi – ah mon Dieu pronom maudit ! – qui puisse me comprendre et me pardonner : j'ai mis un "t" à "toi", j'ai transformé mon toi, en toiture.
Ah mon toi ; mon seul, mon unique... Tu es mort... Toi à qui j'avais fait ingurgiter tant de mots, toi qui portais en ton cœur mille autres mots dont je t'aurais qualifié ; toi, tu es au ciel, et les autres te rejoignent.
Je souffre. Mon châtiment est bien mérité. Je suis si misérable face à ma faute...
Maman, est ce ta volonté qui m'a imposé ce malheur ? Ou est ce divinement, que toi est vengé ?
J'ai eu déjà bien de peine à la mort de ce mot, il faut désormais que vous me condamniez en me les enlevant tous.
J'aurais voulu écrire pardon sur la feuille, j'aurais voulu me confondre en excuse. J'aurais voulu écrire mille fois toi comme un être, j'aurais voulu accuser le mot toit, j'aurais voulu lui affubler le qualificatif de jaloux mais... Je ne sais plus... écrire !
Ah voilà mère, si ce n'est pas toi qui m'as infligé cela, tu connais ma peine et mon malheur.
Ah ma Phèdre, Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire ! Me voilà dans un bien plus grand malheur que le tien !
Tous mes amours me quittent, tous mes mots s'enfuient.
Célimène, Hyppolite, Dom Juan, Antigone, revenez !
Revenez je vous en prie, revenez me soutenir, moi qui vous ait tant écrits, moi votre mère, qui ai tant besoin de vous...
Et mes petits communs... Non, je ne vous oublie pas... Mais vous... Vous m'avez oubliée !
Mes chers mots que j'ai cultivés avec tant de tendresse ; vous que j'ai semés, arrosés, éclairés, fait fleurir, ah comme je vous aime ! Me condamnerez vous pour une seule erreur ? Mon unique faute face à tant d'amour...
Ah tolérance serre moi, Sent en moi ton besoin, suis moi tolérance, serre moi ; ah que je t'admire !
Tu es indicible toi aussi, tu étais de mes favoris, je t'ai tant admirée, oui...
Ah je me sens choir, je suis un oiseau sans plume, je suis... Seule, seule !
Maman, est ce qu'un Homme peut vivre sans habits ? Est ce que je peux vivre sans chaleur, sans mots, sans poésie ?
Suis je donc condamnée à ce mot si terrifiant qu'on appelle dyslexie ?
Ah maman, même mes yeux me quittent, je ne vois plus ! Je vais tomber ! Il faut que je me calme... Ah ma tête, j'ai mal... J'ai mal... Je... Non ! Non ! Ne partez pas, ne vous enfuyez pas de ma tête vous qui avez quitté mes mains, non... !
Maman, je n'arrive pas à les retenir...
Je, après, ma, garde, faute, monstre, affligée, voir, subir, arriver, lâche, mauvais, gai, aimer, acharner, tous, relever, pose, culpabilité, sentir, erreur, comment, question, pouvoir, même, mériter, passer, cultiver, sang.
Il m'en reste... Encore... Quelques uns.
Condamnée, me voilà condamnée à périr, amputée.
Créant un pauvre infirme j'ai pêché et le ciel réclame vengeance. Ah tolérance, moi choit et ne peux plus écrire.
Mes mains, raides, ne m'obéissent plus.
Indicible, yeux...
Eux aussi, ils partent, ne plus jamais les prononcer, que doit on faire ? Les mimer ? Par quels moyens les faire revenir ?
Mon âme s'envole, et moi reste à terre, oiseau sans elles, non, sans ailes... Ah, mon moi ne sait plus... Est ce que, maman, un oiseau vole avec des pronoms ?
Mon Dieu non ! La perte, la perte...
Cette mère veut se tuer, à mon secours ! Mon âme deviens folle. Ma tête me quitte, comme ces mots, on veut me tuer.
Mon, cracher, bouquet...
Ah ! Cette femme avait préféré vomir son cœur que ses mots... Décéder...
Qui va m'enterrer ? Qui s'occupera de ressemer les phrases si la seule capable de le faire s'évanouit ? Combien m'en reste-t-il ? Combien de temps, aussi...
Mon amour... Ah ! Plus de tout cela, c'en est fini !
Ne pas rester passive...
J... J... J... Non !
Poli, cheveux, monsieur, du, tu, il, mie, jardin, concentrer, préférer, vomir, pleurer, vile, soit, combien, large, occuper, tendre, amant, amande, suinter, peler, que, ah, à, suivre, famille, stylet, épître, rose, bouton, chair, échange...
Tolérer... Mots... Maman... Toi... être...
Ah ! Les mots m'ont tuée...
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L'auteur : Et un point Dans ta gueule.
25 ans, Paris (France).
Publié le 22 avril 2007
Modifié le 25 avril 2007
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