FRANCE-JEUNES : TOUTE L'ACTU PAR LES JEUNES !
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Derniers maux...

Le tatouage est considéré par beaucoup de personnes comme un signe de supériorité, parce qu'on a eu assez d'argent pour se le payer, parce qu'on a eu le courage de le faire... Le courage... C'est ce dont une certaine personne a eu besoin pour endurer ce que son beau tatouage lui a infligé... Bien que le texte ne soit pas écrit par le principal intéressé, elle n'en est pas moins basée sur des faits réels...


Derniers mots, derniers maux...

Nous y voilà ! J'aurais écrit ces quelques mots quelques jours voire quelques heures avant que tu ne les lises. Et sache que même si ces mots sont mes derniers, mes dernières paroles, j'ai la joie au coeur. Pourquoi ?
Simplement parce que je vais partir d'ici. Je vais partir en ayant la certitude d'avoir vécu cette existence à fond, d'en avoir profité jusqu'au tout dernier instant. Bien sûr, certaines personnes "bien-pensantes" diront "Ah, quelle honte de se suicider alors qu'on n'a même pas vingt ans !" C'est pour cela que je voudrais mettre les choses au clair...

Avant tout, je ne considère pas le fait de se laisser mourir comme un suicide. Je ne vais pas prendre un couteau et me taillader les veines ou quoi que ce soit, je vais juste m'endormir après avoir écrit ces quelques mots, et ne plus me réveiller demain matin pour l'inspection de 6h30. D'autre part, j'ai dix-neuf ans certes, mais je sais pertinemment que je ne passerai jamais mes vingt ans. Cela fait deux ans que je le sais. Je me souviens comme hier du 17 octobre 2000, le jour où mon médecin m'a dit "Nicolas, j'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer... Les analyses que tu as faites n'ont rien montré de bon..." Il n'avait même pas besoin de m'en dire plus, je savais que j'étais condamné. Depuis le jour où je portais ce tatouage de dragon sur l'épaule, je portais la Mort en moi... Mais lorsque j'ai eu la certitude que le virus du Sida envenimait mon sang goutte à goutte et me détruisait un peu plus chaque jour, un drôle de sentiment m'envahit. D'un côté j'étais soulagé d'enfin savoir la vérité sur mon état, et d'un autre, c'était comme si une bombe venait d'exploser juste à-côté de moi. C'est à ce moment-là que ma vie changea complètement. Quand on apprend à à peine dix-sept ans qu'on a maximum trois ans à vivre, on ne sait plus quoi penser si ce n'est "'tain pourquoi moi ?!!" Et ensuite on se rend compte que se poser autant de question, ça nous pourrit encore plus la vie qu'elle ne l'est déjà. Donc on essaie de ne plus y penser. Mais on a toujours des copains sympas au lycée qui nous demandent "Alors, ça va, tu tiens le coup ?", histoire de bien remuer la hache dans la plaie. Dans mon cas, je n'ai pas eu à supporter longtemps ces remarques, attentionnées certes, mais très désagréables ; je savais que je pouvais tirer un trait sur toutes les études que j'envisageais, ma vie future, avoir une famille, être avocat, c'est pourquoi je me suis dit que vu que je n'avais plus que deux ans à "galérer" ici, autant en profiter à fond. J'ai donc arrêté les cours le 1er janvier suivant, soit moins de deux mois après avoir appris la "bonne nouvelle", et vraiment commencé à vivre. On dit toujours qu'on ne se rend compte de la valeur de notre existence que lorsqu'on est au bord du gouffre. Et je peux tout à fait confirmer. Rien qu'une simple partie de basket-ball sur un des terrains aménagés par la municipalité a une toute autre valeur quand on a une maladie incurable que lorsqu'on a toute la vie devant soi. Mais bon, je suis pas là pour faire une leçon de morale, chacun en aura l'expérience le moment venu.
Tu dois te dire "Mais si ta vie était si bien, pourquoi l'achever aussi vite ?" Tout simplement parce que j'ai été admis à l'hôpital il y a trois jours, et je sais à présent que je n'en sortirai pas. Et je ne veux pas que mes meilleurs potes me voient dépérir jour après jour. Ils ont été là jusqu'au bout, malgré la maladie, et je les en remercie infiniment. Mais je veux qu'ils aient de moi un bon souvenir, qu'ils se souviennent du bon moment qu'on a passé ensemble il y a quelques heures à peine. Oui, je sais, vous m'avez tous connu comme un battant, ayant la rage de vaincre. Mais là, c'est totalement différent, je sais que c'est fini pour moi. Durant ces deux dernières années, j'ai pris tous les risques possibles et imaginables, j'ai réalisé tous mes rêves, je peux donc partir sans regrets, alléger le coeur de chacun de mes proches d'un poids. Non, ne pleure pas, tu savais bien que je devais partir un jour. Je le savais aussi. Et franchement, je ne pensais pas que j'aurais tenu aussi longtemps. Vingt-cinq mois vécus en portant le virus en soi, portant le Diable dans ses veines. Je peux à présent quitter ce monde sans remords ni regrets. Non, ne me prenez pas pour l'égoïste qui se dit que maintenant qu'il a fait ce qu'il avait à faire, il peut s'en aller, en laissant tout le monde en plan. Non, je vous en supplie, n'ayez pas cette image de moi. Je me répète, je ne veux pas que vous me voyiez tous mourir à petit feu, rongé petit à petit par je ne sais quelle maladie dont chacun d'entre vous guérirait en quelques jours. Non, je ne veux pas vous faire endurer tout ça. C'est pourquoi j'écris ces quelques mots, pour laisser une petite trace de mon passage, vous faire savoir ce que je ressentais en cette nuit de Novembre, être sûr que vous saurez que je suis parti sans aucune douleur, que j'ai eu une belle mort, une mort calme, une mort comme tout homme qui se respecte rêverait d'avoir...

Si je tourne la tête vers l'extérieur, je peux voir la lune étinceler au milieu du ciel ébène, accompagnée comme toujours des étoiles, un peu comme je l'ai été pendant ces dix-neuf années. C'est pourquoi avant de partir, je voudrais remercier chacun d'entre vous d'avoir toujours été là pour moi, d'avoir fait tout ce que vous avez fait.
Je sens que malgré tout, les larmes te montent aux yeux. Peut-être de mon vivant je t'aurais dit de te lâcher, de laisser sortir ta haine et ta rancoeur sur mes épaules, mais là c'est totalement différent ; dans la culture islamique, on dit que les larmes sont comme une acide sur la mémoire et le souvenir de la personne que l'on regrette.
Et même si je n'ai jamais pratiqué le Coran, je suis convaincu que sur ce point-là, ils ont totalement raison. Alors je vous en supplie, gardez de moi le meilleur souvenir possible et oubliez-moi si vous en ressentez le besoin, je ne m'en vexerai pas. Je sais que ça n'est pas facile de tourner la page et de ne plus penser que l'un de nos meilleurs amis n'est plus là, mais il faut le faire. J'ai vu trop de tristesse dans vos yeux jusque là, et je
sais que dernièrement c'était en partie à cause de ma maladie, et pas seulement parce que la Corée n'a pas été championne du monde de foot cette année. Tu vois, même si je suis au bord du gouffre, je ne dramatise pas. Donc, même si je ne suis plus là, je ne veux pas que tu passes ta vie à pleurer sur mon sort, parce que ça ne me fera pas revenir. Alors je t'en supplie, pense aux meilleurs moments qu'on a vécus tous ensemble, aux soirées autos tamponneuses fin juin après les cours, à toutes nos parties de basket, et oublie que je ne serai plus là pour les revivre.

J'entends vaguement, à l'autre bout du couloir, derrière la porte "soins intensifs", dans la partie maternité de l'hôpital, les premiers pleurs d'un nouveau-né. Va savoir pourquoi, mais ça me met encore plus de joie au coeur, même si je sais que je ne connaîtrai jamais le bonheur d'être père. Mais comme ça, je sais qu'un petit être va prendre ma place sur Terre, un petit être qui a toute une vie devant lui, qui aura sûrement des enfants, des petits-enfants, et qui vivra au moins quatre-vingts ans. J'en aurai peut-être vécu soixante de moins, mais ces vingt années, je les aurai vécues à fond, comme il se doit, sans me douter des conséquences que ça aurait. Et j'ai bien fait, parce qu'aujourd'hui la seule conséquence que cette joie de vivre a sur moi, c'est de me permettre de m'en aller l'esprit tranquille, avec la certitude que cette existence n'aura pas servi à rien.

Deux heures sonnent à ma montre, il est temps pour moi de mettre fin à cette lettre, d'abréger ces dernières paroles. Tout ce que je devais vivre, voir et dire, je l'ai fait, je peux donc m'en aller le coeur en paix. Ma vie était néant il y a vingt ans, elle le redeviendra dans vingt minutes. Je vais donc m'endormir, me blottir dans les bras de Morphée, et Thanatos passera d'ici peu de temps mettre fin à ma souffrance. Je ne lui résisterai pas, alors ne tentez rien pour m'en empêcher, s'il vous plaît... Prenez ça comme une dernière volonté ou comme un dernier rêve à réaliser...

"Faut pas pleurer p'tit frère, on va s'en sortir,
Et la foi et la croyance commencent par un sourire"

(La Clinique)


A Nico, atteint du Sida depuis Octobre 2000 et décédé en novembre 2003... RIP
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Re: Derniers maux...
Posté par viviederennes le 20/08/2004 07:55:18
salut....ton histoire est superbe m^me si malheureusement trop triste et bien trop réelle....jr sais ce que c'est de perdre quelqu'un.... et je voulais dire à tous ses amis.... courage...un mot qui semble dérisoire quand on vit une telle situation...je ne le sais que trop bien... rien ne peut nous réconforter....
paix à ton âme Nicolas......toi qui a du t'en aller à cause d'une certaine erreur de ce professionnel t'ayant tatoué.....
Re: Derniers maux...
Posté par lysou38 le 20/08/2004 07:55:18
excellente lettre.

(c'est con d'attrapper le SIDA de cette façon)
Re: Derniers maux...
Posté par <jess> le 20/08/2004 07:55:18
J'ai juste mis "excellent" , je n'ai rien d'autre à ajouter, je suis trop en train de réfléchir pour ça...
Re: Derniers maux...
Posté par tina00 le 20/08/2004 07:55:18
vraiment très touchant, jen ai les larmes aux yx...:$
Re: Derniers maux...
Posté par cefyl le 20/08/2004 07:55:18
mon impression sur ce texte : emouvant et touchant.

Etrangement, pour moi, ce texte ressemblerait presque a une ode a la vie elle meme.... c'est en tout cas l'impression qu'il me donne. Qu'un seul point negatif, il n'y a pas de note parfait ;(

Merci de tout coeur Silver Angel Dust et paix à l'ame de Nico. Que ce texte fasse reflechir tous ceux qui ne trouvent plus d'interet a la vie.....
. Voir tous les commentaires et/ou en poster un (8)
Publié le 18 décembre 2003
Modifié le 18 décembre 2003
Lu 1 190 fois

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