FRANCE-JEUNES : TOUTE L'ACTU PAR LES JEUNES !
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Descentes aux Enfers

C'est l'histoire de deux vies. Deux vis parallèles, avec leurs joies et leurs peines. Et avec ce lien si fort et si dur à supporter, qui les unit malgré eux...


Elle était encore là, assise tristement, à regarder les gens qui passent, les larmes des femmes qui coulent lentement sur leurs joues pâles, le regard froid des hommes qui ne savent plus que dire, les visages innocents des enfants qui ne comprennent pas tout ce qui se passe sous leurs yeux. Elle n'avait jamais aimé les hôpitaux. Les mûrs blancs essaient de dégager un semblant de paix, d'espoir, et de tranquillité mais ils ne parviennent pas à cacher les noires pensées des familles, des amis qui attendent patiemment des nouvelles de leurs proches. Mêmes les médecins avec leurs propos soi disant rassurant ne peuvent rien faire contre cet amas de désespoir qui découle de chacun de ces êtres humains, installés sur ces froides chaises.

Sa bouche est sèche. Elle n'a pas dit un mot depuis qu'elle est arrivée au service des urgences. Elle se revoit, comme dans un film effrayant, il y a à peine quelques heures, serrant la main de son père inanimé, hurlant pour rester près de lui, affolée par tous ces gens qui s'agitent, qui poussent le brancard de l'être tellement aimé, ce qu'elle a ressenti alors, ce vide qui l'a habité d'un seul coup, ce sentiment d'impuissance et d'inutilité face à la fatalité du destin. Elle revoit cet homme en sang, son visage terne, ses yeux clos, ces fils en plastique qu'on lui place dans la bouche, sur ses bras maculés, et elle pleure, encore, pour évacuer ce chagrin et cette angoisse, elle pleure toujours... Mais rien ne veut forcer la porte de son cœur, et elle a l'impression de porter un sac plein de cailloux impossibles à décharger...

Un homme en blanc s'approche d'elle. Il la dévisage, muet. Elle le regarde à son tour.

Le silence se déchire et des voix étranges parviennent à elle, ricanantes, ces voix se moquent d'elle, elle entend des hurlements, des cris, des visages déformés s'approchent, leurs bouches édentées s'ouvrent et prononcent trois mots, leurs haleines puantes emplissent l'atmosphère d'une odeur de cadavres décomposés, elle veut les faire taire, elle les voit partout, ils sont là mains décharnées et hurlent toujours ; "IL EST MORT !"... Elle n'en peut plus, ils vont se jeter sur elle et la dévorer, membre à membre, s'infiltrer dans ses pensées, se glisser à l'intérieur d'elle-même et la détruire... Ces gens horribles, la Mort, le Désespoir, Le Regret, la Tristesse... Et d'autres arrivent, ils se joignent à eux, ils sont tous si laids, si horribles, purulents...

"Mademoiselle ? Tout va bien ? Vous désirer un verre d'eau ?"
Elle cligna des yeux. Ils avaient disparu, enfin...
"Non... euh... merci. Je vais... Rentrer chez moi."

Elle se leva, chancelante, et se dirigea vers la sortie. La nuit était claire, des milliers d'étoiles scintillantes s'étaient dispersées sur la voûte du ciel. Un vent frais se faufila dans ses cheveux défaits. Elle frissonna, et marcha, lentement, perdue, jusqu'a chez eux... jusqu'à chez elle.

L'appartement paraissait bien vide. C'était un bel acquis, décoré de façon assez simple, avec des meubles en pin, des maquettes de bateaux, des tableaux colorés, des photos d'eux, souriants. Ils avaient acheté une grande télévision, pour regarder à leurs guises des documentaires sur les quatre coins du monde, en savourant de gigantesques saladiers de chips et de cacahuètes. La cuisine était toute bleu, avec juste une petite table dans un coin, et les odeurs familières des excellents dîners que préparait son père lui revinrent. Le frigo était saturé en dessins enfantins de maisons, de fleurs, de visages de clowns, qu'elle faisait, petite. Elle possédait la plus grande chambre, et son père l'avait merveilleusement habillée d'un style oriental, de grandes tentures aux couleurs ocre pendant des murs et du plafond, avec des meubles sombres qu'elle s'était amusée à peindre de signes dorés. Celle de son père était plus simple, blanche, et contenait un immense lit qui occupait presque tout l'espace, ainsi qu'un petit bureau et une armoire pleine à craquer de vêtements et d'objets en tout genre. Cette pièce était une vraie caverne d'Ali Baba et elle se plaisait à farfouiller dans tous les recoins pour trouver de multiples trésors cachés, telle une aventurière dans un temple magique.

Elle n'alluma pas les lumières, elle ne téléphona à personne pour annoncer la triste nouvelle, et se coucha directement, dans ce grand lit froid...

La nuit fut très courte, elle se réveillait sans cesse, secouée par d'affreux cauchemars, par la voix implorante de son père qui lui demandait de l'aider.

Un coup de fil la sortit de ses angoissantes torpeurs. C'était son lycée, elle devait expliquer pourquoi elle ne s'y rendrait pas aujourd'hui. Elle prétexta une maladie quelconque et s'assit dans la cuisine. Rien n'avait bougé depuis hier après midi, lorsqu'elle était partie à toute vitesse avec son père pour ne pas manquer la séance de cinéma. Il y passait un film qu'ils mourraient d'envie de voir, tous les deux. "Il n'en a même pas eu l'occasion..." Se dit-elle.

Elle se sentait humiliée. Révoltée. Impuissante. Et seule... Si seule, elle, qui ne l'avait jamais été.


Au même moment, un jeune homme, allongé sur son vieux canapé dur, contemplait le plafond. Les ressorts du vieux mobilier lui rentraient dans les côtes et lui faisaient mal. Un livre reposait sur son ventre, ouvert. Un verre sale et une bouteille de vin bon marché gisaient à côté du divan.

Il ferma les yeux et sous ses paupières se dessinait l'image de cette adolescente, au bord de la route. Son petit visage fin et pâle, la douceur de ses grands yeux, ses longs cheveux qui volaient dans la brise du soir, son corps menu et tremblant de frayeur, ses longues mains qui s'étaient plaquées sur sa bouche pour étouffer un cri, et tout cela lui paraissait bien étrange. Elle existait dans ses pensées d'une façon plus vive encore à chaque seconde qui s'écoulait sur la grande horloge du temps.

. Et le reste de ce souvenir sanglant lui en tête. Cette soirée arrosée, sa voiture, ce feu rouge, le passage piéton, cet homme au milieu de la route. Puis ce tourbillon qui l'avait enveloppé, les hurlements qu'il avait entendu, si strident qu'ils avaient glacé son âme au plus profond, le sang qui avait giclé sur son pare brise, et toujours, cet homme, au milieu de la route, mais cette fois ci, étendu, désarticulé, ce sac d'os qui gisait sur le goudron. Puis, le trou noir. Il se rappelle avoir couru, vite, aussi vite qu'il le pouvait, jusqu'à l'épuisement.

Et toujours elle, cet ange fragile qui n'avait pas sa place dans cette vision d'horreur.

Pourquoi est ce qu'il avait bu ce soir là ? Pourquoi cet homme se trouvait là ? et Pourquoi toutes ces questions inutiles qui se fracassaient dans son esprit, ces questions sans réponses, qui appartenaient à un passé récent et douloureux, si douloureux... Il avait honte. Honte de ses actes, honte de lui même. Ces mots crus qui définissaient si bien ses sentiments, il ne les supportait plus.

Il se leva, but une longue gorgée d'alcool, et tourna en rond autour du canapé, comme il tournait en rond autour de lui même. Il croisa alors son image, le reflet de son âme, dans le miroir accroché sur le mur opposé.

Il était sale, souillé. Son esprit était démoniaque, son corps n'était que crasse ambulante, ses mains ne savaient que tuer, ses jambes ne savaient que courir vers le plaisir, le plaisir d'assassiner, son être tout entier était si méprisable qu'il se méprisait lui même, il ne reconnaissait pas le jeune homme souriant et heureux qui habitait son enveloppe charnelle quelques jours plus tôt.

L'aube pointait à l'horizon et la nuit s'en allait tranquillement, emportant les soucis avec elle.

Il se dépécha de prendre une douche et d'attraper son sac pour aller travailler, comme chaque jour, à la petite pizzeria du quartier. C'était un peu ennuyant comme boulot, surtout quand le patron arrivait, vers 10H, et commencait sa tournée générale d'engueulades. Mais il était payé, et c'était déjà ça.


Cela fait des jours qu'elle n'a pas dormi plus de deux heures par nuit. Des jours qu'elle ne se nourrit presque plus, juste assez pour ne pas mourir de faim. Les appels téléphoniques pleuvent chez elle. On a sonné plusieurs fois. Des gens ont même essayé de forcer la porte.

Peu importe. Plus rien n'a d'importance. Elle ne veut plus essayer d'oublier ces affreuses images, elle ne veut plus tenter de se dire qu'il reviendra peut –être que tout ça n'est qu'un stupide cauchemar et que quand elle se réveillera, il sera là, près d'elle, une grande tasse de chocolat chaud à la main, et il la consolera, tendrement, car il a toujours su trouver les mots justes pour la réconforter.

Mais les jours passent, trop lentement, et il ne revient pas.

Elle se sent si stupide de réagir de la sorte par moments. Si enfantine. Il faut qu'elle retrouve ses amis, ils sauront l'aider, son lycée, qu'elle reprenne les cours, qu'elle aille s'installer chez sa tante, car en tant que mineur elle ne peut rester chez elle seule, qu'elle retrouve le goût des choses, qu'elle essaie d'oublier, qu'elle apprenne à digérer tout ça.

C'est bien beau de se dire tout ça, mais elle trouve ce programme encore plus stupide que ses réactions. Et elle s'enferme dans le noir, elle se cache sous une carapace de glace, afin que plus rien de l'atteigne de nouveau.

Elle ne voit pas d'avenir. Tout lui paraît si flou maintenant. Le sens de tout n'existe plus, elle ne croit plus en rien, elle ne veut pas "s'en sortir", elle veut qu'on a laisse broyer son désespoir toute seule avec elle même.

La vie peut perdre toutes ses couleurs quand le but de notre existence disparaît. A quoi bon en trouver un autre s'il disparaît aussi à son tour ? C'est peut ça ce qu'on appelle l'expérience, la sagesse ? Apprendre à vivre sans but, ou en trouver un nouveau chaque jour. Si ce grâce à quoi on existe s'envole, ne faut –il pas mieux s'envoler avec ?

Elle se sentit égoïste tout à coup. Elle pensa à toutes ces vies qui s'éteignent, l'une après l'autre, comme tombent les feuilles mortes d'un arbre centenaire.

Déchiré entre son désespoir et sa hantise de cette mort inattendue, entre son ancien goût pour la vie, elle erre dans un monde parallèle à la réalité, tentant de se raccrocher à des semblants de joie et de bonheur. La lumière brille parfois dans cet univers si sombre, elle a peur, peur de son avenir, peur pour lui, ses angoisses montent d'intensité, elles l'étouffent... et elle tente de respirer, mais c'est dur, si dur...


C'est une belle journée pleine de soleil. Il marche d'un pas rapide et sec, bousculé par les passants qui vont faire leurs courses. Il tourne au coin de la rue, et s'avance toujours, à vitesse constante, tête baissée, pour ne pas affronter le regard des autres. Son cœur se serre, on le regarde. Pourquoi ? On vient le chercher, c'est l'heure, ils savent que c'est lui le meurtrier, ils vont l'emmener, il va se retrouver cloîtré dans une cellule humide... Il ne sait pas à quoi ressemble la prison. Il n'en n'a vu que dans les films. Il paraît que c'est sombre et sale, qu'une odeur de mal flotte toujours dans l'air. On le regarde toujours, on le dévisage, on le pointe du doigt. Il sent la fin arriver, elle est toute proche, elle va le saisir de ces deux bras et il ne pourra pas se débattre, il devra faire face à ses fautes... C'est alors qu'il se rend compte de son état. Il s'arrête devant la vitrine d'un magasin et il voit cet homme au visage creux, aux yeux cernés, au visage ébouriffé, à la bouche pâteuse, aux vêtements sales. Un poids se détache de son esprit, on ne le regarde pas, de toute facon personne n'est au courant et personne ne le saura jamais. A part lui, bien entendu.

Il reprend sa route. Il ne sait pas où il va, il pense à cette fille qu'il a vu, il se souvient toujours de son regard, il est ancré dans sa mémoire. Comme elle doit avoir mal, comme elle doit souffrir. Il a tué son père. Il l'a tué. C'est un meurtrier. Les remords le troublent, il ne sait que faire, alors il préfère penser à elle. Elle doit être très gentille. Une rêveuse sans doute, une de ces filles qui imagine que le monde est merveilleux, une de celles qui ont toujours le sourire aux lèvres, qui rient aux éclats en montrant leur tendre sourire, qui savent consoler les autres. Une de ses filles qui ont toujours besoin d'une épaule pour les soutenir, car elles ont beau avoir un penchant extrême pour la beauté des choses, elles n'en cachent pas moins une très forte fragilité. Un rien les touche, un rien les cache. Il l'imagine, comme une fleur, une fleur ouverte qui se gorge de soleil le jour, et qui dort paisiblement la nuit.

Un éclair passa dans sa tête. Ce n'est plus qu'une fleur fanée maintenant. Avec un peu de chance et de soutien, elle retrouvera son éclat des premiers jours, la vie reprendra son cours normal. "Elle s'en remettra, le temps sait effacer les choses".


Mais il se trompe. Ses remords l'aveuglent, il essaie de se rassurer sans doute. Et elle, elle existe difficilement, son chagrin ne passe pas, sa haine non plus. Il lui a enlevé tout ce qui lui restait au monde, elle n'a plus rien, plus de famille, plus d'épaule pour la soutenir, plus personne pour lui préparer ses petits repas du soir, plus personne pour lui dire les mots qui rassurent.


Elle se réveilla en sursaut. Encore un de ces cauchemars. Elle avait soif et mal à la tête. Elle se diriga vers la cuisine et saisit un verre qu'elle remplit d'eau. Le liquide froid coula lentement au fond de sa gorge.

Il s'était assis dans un parc. De grands sapins vigoureux créaient un effet d'ombres magiques avec les branches des arbres feuillus. Une place au centre du parc, agrémenté d'une jolie fontaine à l'eau claire, était entouré de vieux bancs en fer forgé. L'endroit était assez paisible et c'est ce qui lui fallait, de la tranquillité. Il avait marché pendant des heures, ne sachant que faire, que dire, que penser. Il rêva d'une nouvelle vie, d'un nouveau départ, sans ces images de cet homme, sans ces visions étranges de cette jeune fille. La passion qui l'animait envers cette adolescente, la haine qui l'éprouvait pour lui même, les remords qui le poignardaient, tout se mélangeait en lui et formait une substance confuse qui nourrissait son mal-être. Le désir d'exister, qui habite chaque homme à sa naissance, avait disparu. Il se sentait si lâche d'avoir fui. Si coupable... c'est ça, c'était un coupable. Et un coupable ne mérite pas de vivre d'après ce qu'on dit... Il fallait qu'il parte, le plus loin possible, et oublier. Tout oublier. Cet homme, son crime, cette fille.


Elle avait longuement réfléchi aujourd'hui, en vidant la boite d'aspirine. Elle était parvenu à mettre ses angoisses de côté, au moins pour penser aux jours qui suivraient. Elle n'avait jamais aimé définir son avenir. Avant il était clair, c'était son père. Mais aujourd'hui il fallait trouver un nouveau but, quelque chose d'autre. Alors au lieu d'aimer pour souffrir, elle décida d'haïr pour assoiffer son désir de vengeance. Celui qui conduisait cette voiture rouge, oui, lui, elle le retrouverai. Et elle se vengerai. Après elle pourrait recommencer à zéro et faire son deuil, le cœur et l'âme en paix.


C'était une étrange époque qui commençait pour lui. Un brouillard était soudain tombé devant lui, l'enfermant dans une coque de solitude. Il ne croyait pas que le destin puisse un jour lui amener le repentir et le pardon, il était bien trop tard pour se confesser maintenant. Il regardait sa vie se décomposer, jour après jour, son avenir s'effacer, comme s'il était sorti de son corps et avait le pouvoir de se voir mourir, à petit feu. Tout lui paraissait flou et insignifiant, ces images emplissant sa tête, l'ombre des remords coulant dans ses pensées.

Il regarda les comprimés blancs dispersés sur sa table de chevet. Il imagina la jeune fille au regard si doux. Ironie du sort que la tendresse d'une demoiselle et la fin d'une étincelle de vie humaine soient si proches et si mêlés ? Qu'importe, il n'était plus temps de se poser des questions.

Il s'allonga, lentement, sur son lit, fixant le plafond, comme le premier soir après l'accident. Elle était là près de lui, dans un halo de lumière, il la voyait, et il voulu lui prendre la main, tenter de toucher ce rêve inaccessible, comme pour se délivrer. L'image était flou mais belle, si belle. Il sourit. Le premier cachet glissa dans sa bouche. Il souriait toujours. Le second suivit son aîné. Puis un troisième. Et encore un autre. Enfin, il partait pour un long voyage, vers de nouveaux horizons. Et la lueur quotidienne de l'espoir qui nous anime tous et nous fais vivre se ralluma dans son regard.

Il ferma les yeux, paisible... et s'endormit pour toujours.

Elle cogna à la porte de l'appartement, trois fois. Son poing ferme retentissait sur le bois dur, comme si elle voulait se donner du courage pour affronter le regard de ce meurtrier.
La police n'avait pas eu trop de mal à retrouver le conducteur de la voiture, des cheveux et des papiers étant restés dans le véhicule. Ils devaient lui rendre visite demain.
Cela lui importait peu, ce que la justice pouvait faire pour elle. Elle voulait le voir de ses propres yeux, qu'il devine le désespoir dont il était la cause, qu'il en souffre autant qu'elle.

La porte était ouverte, et elle entra, le regard noir et prête à bondir, tel un guépard sur sa proie, dans la savane aride.

Le silence était glacial. Il faisait sombre, et elle appuya sur l'interrupteur. Un violent éclat de lumière l'éblouit un instant. Elle jeta un rapide coup d'œil dans la cuisine, et ses angoisses remontèrent d'un seul coup, bloquant sa respiration. S'il n'était pas là ? Et s'il était parti, loin d'ici ? Peut –être était il là mais il se cachait sûrement, et au moment où elle s'y attendrait le moins, il lui sauterai dessus et l'étranglerai, il la tuerai et s'enfuirai, éternel recommencement...

Elle s'avança dans le salon, l'estomac noué par la terreur et la détermination. Elle se sentit si fragile alors. Mais il n'y avait personne dans ce vaste appartement. C'est alors qu'elle vit la petite porte au bout du salon. Elle posa sa main sur la poignée et l'ouvrit. La pièce était trop sombre pour qu'elle puisse distinguer beaucoup de choses. Mais la masse noire qui reposait sur le lit lui apparut tout de suite. Elle s'approcha à pas feutrés. Un jeune homme était là, sûrement dans un profond sommeil puisqu'il ne l'entendit même pas arriver. Elle le regarda attentivement, curieuse, tout en étant méfiante et en restant aux aguets.

Il avait un visage assez carré, le teint mat, et des mèches de cheveux bruns avaient glissé sur son oreiller, en bataille. Il avait l'air épuisé, elle remarqua les traces violettes sous ses paupières closes. On aurait dit un bébé calme, attendant que sa chère mère vienne le réveiller en douceur.

Elle reconnut le conducteur de la voiture.

Elle pensait le détester tellement mais la vision de cet être l'attendrissait, il l'avait touché au plus profond d'elle même, elle s'en voulait tendre aussi sensible, elle se devait de le haïr, il avait tué son père !

Alors elle décida de le réveiller. Elle posa sa main sur son bras et le secoua légèrement. Il était glacé.

Elle fit un bond en arrière, effrayé. Le froid l'avait pénétré jusqu'au sang. Elle tendit son bras et posa deux de ses doigts sur son cou. Rien. Aucun battement de cœur. Aucun signe de vie.

De grosses larmes dégringolèrent sur son visage, des larmes de doute qui tombèrent une à une, brouillant sa vue, et elle s'enfuit, elle courut en dehors de cet appartement maudit, loin de cet homme, elle sortit de l'immeuble à toutes jambes, et se jeta dans la rue, le souffle coupé, et s'arrêta quand elle ne puit plus respirer.

Elle pensa à ce qu'elle avait perdu, à ce qu'elle venait de voir, à tout ce qui s'était passé. Et subitement, une phrase que son père citait souvent lui revint en mémoire :

"Nous ne comprenons pas que la vie est le paradis, car il nous suffit de vouloir comprendre, et aussitôt il apparaîtra devant nous dans toute sa splendeur"


Son regard s'éclaira. Et ici commence une nouvelle histoire, celle de la régénération d'un être, de son passage de l'obscurité à la lumière, d'un monde à un autre, d'une réalité à une autre.

... Dans toutes les larmes s'attarde un espoir...


(Citations Dostoïevski et S. De Beauvoir)
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Re: Descentes aux Enfers
Posté par particule-d-univers le 20/08/2004 07:56:41
merci pour ces commentaires , vous m'en voyez très flattée ;-) bonne continuation à tout le monde...
Re: Descentes aux Enfers
Posté par hazsq le 20/08/2004 07:56:41
c'est vraiment super!! L'histoire est interressante,bien écrite,.....Extra!!!!!!!!
j'espere que t'écriras autre chose pour que je puisse le lire
Re: Descentes aux Enfers
Posté par maricchia le 20/08/2004 07:56:41
Tellement bien écrit... j'ai vraiment pris la place des personnages, en lisant ça... Quand est ce que tu nous écris la suite ??
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L'auteur : Particule D'univers ...
28 ans, Paris (France).
Publié le 21 mars 2004
Modifié le 21 mars 2004
Lu 1 212 fois

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