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Espoir à la lettre (suite et fin)

Le vieux facteur, confronté à cette étrange découverte, va se pencher sur l'enveloppe et découvrir ce qui le bouleversera, ce qui changera entièrement son opinion, ce qui renouvellera sa vision de la vie... De Sa vie...


L'homme dégarni se gratta le menton et tourna la tête en tous sens. Personne. Seuls les cris d'oiseaux lointains donnaient une âme aux alentours.
Il se pencha sur la lettre et, oubliant tous ses principes faisant de lui l'homme aigri qu'il était aujourd'hui, il entama avidement sa lecture :



A toi, qui prend cette lettre entre tes mains, qui est tombé par hasard sur ce dernier lambeau de ma vie, je te remercie de prendre quelques secondes de la tienne pour me lire.

Je me permets de te tutoyer, car à la fin de cette lettre, si jamais tu as la patience de la terminer, nous serons très proches. Tu sauras tout de moi sans jamais m'avoir côtoyé.

Oui, tu ne me connais pas, il en est de même pour moi. Je vais pourtant t'accorder mon entière confiance, sans même connaître ta vie, ton parcours, ton visage, ton but, tes espérances, tes déceptions... Nous sommes de parfaits inconnus, mais je vais te livrer mon plus gros secret. Ma vie n'a été qu'une pâle erreur, je n'ai pas vécu mes passions. Tout n'était qu'esquisse, je ne suis pas allé au bout de mon oeuvre. Je te laisse découvrir le revers du tableau.

Mon identité n'a aucune importance ; je ne suis qu'un humain parmi tant d'autres, une âme égarée qui ne sait se trouver elle-même. Je suis égaré, bloqué dans la large et profonde fosse qui sépare ce que je suis de ce que je montre. Les apparences sont bien trompeuses ; je parais indifférent à tout, mais les événements me meurtrissent. Les gens croient que je n'ai pas de famille. On pourrait dire ça... En réalité, j'en ai bel et bien une, comme tout le monde, mais je me force à l'oublier, car la solitude me donne une impression de sécurité. Je me sens bien, à l'aide, protégé du monde entier dans ma grande maison vide. Seul mon chien Hector est là pour moi. Mais maintenant il est bien vieux, il reste allongé jour et nuit au seuil de la porte, se rappelant vaguement de son ardeur, de sa vivacité lorsqu'il était encore un bon chien de garde. Il vit dans ce souvenir, comme je vis dans le mien. Je perpétue le passé, je l'arrange même à ma manière car la mémoire me fait défaut. Mais les souvenirs les plus importants de ma vie sont immortels...

Je ne sors quasiment plus. Ma femme, tendre et laxiste, se força à rester avec moi de longues années. Mais mon immobilité perpétuelle, à la limite de la paralysie, la faisait souffrir. Elle m'a vu perdre le sourire, dépérir petit à petit. Nous étions tout l'un pour l'autre, mais elle a préféré la vie. Je ne lui en veux pas, forcément. Parfois elle m'écrit, prend de mes nouvelles, mais je ne lui réponds pas. Je ne serai qu'une tâche qui souillerait sa nouvelle vie de soie et de nacre.

Nos enfants ont fait leur vie : ils gardent contact avec leur mère mais m'en veulent énormément pour tout ce que j'ai pu leur faire... Ou plutôt ne pas leur faire. Oublier, toujours oublier, voilà ce qu'ils me reprochaient. Les soirées, les anniversaires, les mariages, les fêtes, tout...
Contrairement à ce qu'ils croyaient, j'y pensais. Je n'oubliais pas, ma mémoire était encore vive et fugace à ce moment-là.
J'y pensais jour et nuit. J'imaginais ces gens souriants, aux visages frais, aux vêtements scintillants, aux tissus flamboyants et aux chevelures dansantes. Je me sentais loin d'eux, étranger à tous.
Ils habitaient mes moindres pensées, et leur image chaleureuse renforçait la croûte de glace qui protégeait mon âme. Enfin, protéger, c'est du moins ce que je croyais... Je n'attendais plus rien de la vie. Je me créais mes propres déceptions, je vivais dans mon rêve glacial. Et c'était mieux ainsi.
J'attendais que le temps m'emporte, et le voilà qui se fait distant ; la mort frappe à ma porte.

Je vis maintenant dans le souvenir. Le souvenir quotidien de mes enfants, que j'ai vu grandir sans vraiment les regarder. J'ai toujours été passif, je n'ai jamais participé à aucunes activités, je n'ai jamais fait part de mes désirs, je n'ai jamais fait connaître mes passions. J'adorais la mer, mais je n'ai pas exprimé mon besoin de ressentir l'air du large, de savourer la douce caresse de la brise matinale, de me plonger dans des abysses envahis par des êtres aquatiques tous plus beaux les uns que les autres. Je n'ai jamais dévoilé mon âme. Cette lettre est une première fois, et une dernière également.
Je pense encore et toujours à ma femme, si belle et si douce. Sa peau était une éternelle caresse, ses cheveux dorés ondulaient sur ses épaules comme des vagues d'or, silencieuses et langoureuses. Ses sourires, sincères et profonds, qui se sont alourdis avec le temps, par mon manque de réaction. Mais j'étais réceptif, pourtant, je prenais tout ce que l'on me donnait !... Mais je n'en exprimais pas la gratitude. Et je restais froid et distant, par peur... Mais peur de quoi ? Je me le demande maintenant. Peur d'être détruit, peur d'être déçu. La vie me faisait peur, je n'ai pas su en apprécier la saveur. Maintenant je regrette.

Je croyais tout connaître, je vais mourir ignorant.
Car oui, je vais mourir. Je suis atteint d'un cancer... mais je te passe les détails. Je ne veux plus parler de ce qui est bon, de ce que j'ai manqué, car maintenant je suis habité par le regret. Je n'ai plus que ça, des larmes salées, des larmes de désespoir. La croûte de glace a entièrement fondu, et elle me glisse sur mes joues à présent. Elle s'enfuit, me laissant là, seul et malheureux, choir dans le regret, et mourir de honte...

J'ai tout perdu. Ma femme, mes enfants, mes amis. Les rires et les chants se sont éloignés de moi inlassablement, et je n'ai rien fait pour les retenir. J'ai accepté parfaitement ma situation. Je n'étais pourtant pas mauvais, ni inintéressant. J'avais des choses pleins le cœur, mais je refusais de les voir sortir. Timidité, peur, angoisse. Je n'étais qu'une erreur de la nature.

Mais la vie m'a tout de même offert grand nombre de choses, beaucoup de personnes ont croisé mon chemin. J'aurais du remercier le ciel, les accueillir à bras ouverts. Mais je n'ai pas su faire.
J'aurais du accepter tout ce que l'on me donnait de bon cœur, mais surtout le rendre, le rendre encore et encore, toujours plus, donner de l'amour, recevoir celui que l'on me présentait...
Mais je n'ai pas su faire !

Aujourd'hui je demande pardon. A Dieu, s'il existe, à la Vie, à toutes les personnes de mon entourage. Elles ne sauront jamais à quel point je les ai aimées, car je n'ai pas su leur dire.
Je te demande pardon à toi, de t'importuner à toi avec mes malheurs passés, mais qui me poursuivent toujours.
Maintenant je vais mourir, le cœur à nu, débordant de regrets.

Cette lettre est un commencement, une libération.
Qui que tu sois, je te souhaite tout le bonheur du monde. Ne fais pas les mêmes erreurs que moi : fais ce que je t'ai dit, mais pas ce que j'ai fait.
La Vie est si belle, mais nous, humains, passons notre temps à nous morfondre, à pleurer sur les quelques erreurs de parcours que nous avons pu faire dans notre quête du bonheur, à nous tourner vers les problèmes insignifiants et à contourner la lumière. Nous allons jusqu'à refuser ce que nous sommes, et ce que sont les autres.

Maintenant, j'ai l'impression de comprendre, mais il est trop tard.
Pourquoi la sagesse ne subvient-elle qu'à l'aube du dernier jour ?
Nous sommes tous des portes, beaucoup passent dans notre vie, repassent et parfois disparaissent. Mais certains restent, et ceux-là, il ne faut surtout pas les perdre. Ils sont notre vie, nos fondements, nos raisons d'être.
Certaines portes décident de se refermer. Et le loquet se coince, il n'y a plus rien à faire pour eux. Lorsque la mort arrive, par surprise, le loquet s'effrite, devient poussière, et toute la lumière qui n'avait rencontré que dureté et refus peut alors s'écouler dans un rayonnement brûlant et infini.
C'est cela. Maintenant je suis irradié par la lumière sainte de la lucidité. Mais je n'ai plus rien à éclairer... J'ai perdu mon temps, ma vie, mais cette lettre, j'espère, ne sera pas vaine.
Je ne veux pas te faire des reproches. Peut-être as-tu été bien plus sain que moi, bien plus intelligent, bien plus terre à terre... et surtout plus ouvert. Peut-être que ta vie sera une réussite, un bonheur perpétuel. C'est à toi de décider de ton avenir, tout est entre tes mains.

Je me sens soudain moins chargé. Le poids du silence se faisait lourd sur mes épaules. Enfin un brin de liberté, j'arrive soudain à m'exprimer, à libérer mes pensées... Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?
Je te souhaite tout le bonheur du monde. Je n'espère pas que tu auras de la chance dans la vie, le hasard n'y est pour rien. Tout dépend de toi, et de personne d'autre.

Apprends à ouvrir les yeux... Tout est déjà autour de toi, il n'y a pas à chercher plus loin. Les gens t'aimeront pour ce que tu es, si tu restes authentique.
Le nuage gris ne se place qu'au-dessus de la tête de celui qui l'accepte. Ne te laisse jamais abattre, tu es le meilleur, comme j'aurais pu l'être, comme nous pouvons tous l'être. Nous pouvons tous nous surpasser.

Prends soin de toi et de ton entourage. Je souhaite de tout mon cœur que cette lettre t'apportera quelque chose, si ce n'est qu'une petite flamme d'espoir. Excuse-moi encore pour la perte de temps, mais elle ne sera peut-être pas vaine...

Adieu, et n'oublie jamais...

La vie est un miracle.







Le vieil homme laissa son dos lourdement tomber sur le dossier du banc. Il relut la lettre une dernière fois, l'écriture parfaite, angélique, et le papier soyeux. Il ne croyait pourtant pas au hasard... Mais celui-ci faisait tout de même bien les choses !

Le facteur ôta sa casquette et laissa le soleil brûlant inonder son crâne dégarni. Un peu de chaleur ne lui ferait pas de mal, après tout ! C'était si doux...
Il scruta les toits des maisons, les petites briques rouges et quelques cheminées. Il s'attarda sur les sommets des arbres, qui paraissaient transpercer le ciel. Ce ciel, notre ciel à tous, qui paraissait si loin et si vaste... Mais le facteur se sentait si proche de lui aujourd'hui ! Il lui vint soudain l'envie de plonger dans les nues, de se laisser aller dans la plénitude, de caresser les nuages et de jouer avec les oiseaux. Plonger, voler, virevolter, se laisser aller au gré du vent... !
C'était si beau, si magique...

Soudain, le torse du vieil homme tressauta, ses lèvres frémirent, et finir par s'ouvrir largement.
Il partit d'un grand éclat de rire. Un rire sonore et franc, profond et incessant.
Il posa sa main sur son ventre et se laissa aller entièrement à sa douce euphorie.
Cela faisait tellement longtemps... Des jours, des mois... Des années, sans doute... Qu'il n'avait pas ri.
Et là, cet élan de bonheur, cette précipitation vers la joie, le comblait.
Un jeune garçon passa devant lui en trottinette, le regarda quelques instants, et se mit à sourire. A LUI sourire... A lui, ce vieil homme aigri, qui se souciait si peu des autres.

Il reprit légèrement son souffle. Il glissa la lettre dans la poche de sa veste et versa toutes les autres enveloppes dans sa sacoche. Le service n'était pas fini, après tout !

Il reposa la casquette sur son crâne. Cette lettre n'était pas là par hasard, non. C'était un signe. Tout paraissait plus clair. Le facteur devait croquer dans la pomme de la vie. Il pensa à sa sœur, qu'il avait perdu de vue depuis tant d'années... Et sa mère, qui avait été si bonne pour lui, pourquoi l'avait-il délaissé, se cloîtrant dans sa maison, dans son cocon qui ne lui avait rien apporté ?
"Je ne me laisserai plus jamais aller... " murmura-t-il.

Le pauvre homme qui avait écrit cette lettre n'avait que de la vie passée. Le facteur en avait encore devant lui, et il comptait la savourer. Il adorait la musique, tiens... Pourquoi avait-il décidé d'enfouir son poste radio dans le grenier ? Il l'avait mis en quarantaine sans raison apparente. Ou peut-être car le moindre bruit le frustrait... Ce ne serait plus le cas !"Et ma guitare, ma vieille et superbe guitare... " susurra-t-il. Il sourit une fois de plus, songeant à ses projets futurs.

Il commençait à s'éloigner pour se diriger vers la prochaine maison, mais soudain il se ravisa.
Il jeta un dernier coup d'œil vers le banc inondé de soleil, et ses yeux s'agrandirent. Il fit quelques pas en sa direction, le caressa du bout des doigts, plongea sa main dans sa poche et la ressortit lentement. Il la contempla une dernière fois, la serra fort contre son cœur, comme un objet magique et sacré.

Il la posa délicatement sur le banc, pliée en quatre.
"Tu peux faire d'autres heureux... " déclara-t-il.
Il reprit alors sa tournée du pâté de maison, le sourire aux lèvres, et la tête dans les nuages.


"Bonjour Monsieur le Facteur !" salua une vieille dame, toute pimpante, que notre nouvel heureux n'avait pas même remarqué.
"Bonjour Madame ! lança celui-ci. Il continua son chemin, mais soudain fit volte-face et lui dit : "Au fait, je ne vous l'ai jamais dit, mais je m'appelle José ! José, c'est mon prénom... "
La vieille dame sourit, surprise et ravie. "Je suis heureuse de l'entendre, répondit-elle. Vous n'aviez jamais daigné me le donner... C'est pourtant un joli prénom !" Avec un sourire malicieux, elle se rapprocha de lui.
Les deux énergumènes firent connaissance, parlèrent quelques instants. Puis, ils prirent le même chemin et continuèrent de discuter, clopin-clopant...

A quelques pas de là, un jeune homme au regard perdu dans le lointain et aux épaules avachis se laissa tomber sur le banc. Il soupira longuement, laissant la tristesse l'envahir.
Puis, il aperçut une lettre posée sur le banc.


"Quelqu'un a du l'oublier là" pensa-t-il. Poussé par une envie soudaine, il saisit la lettre et la déplia prestement. Il entama sa lecture, sourcils froncés, l'air pensif...



A bientôt !
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Re: Espoir à la lettre (suite et fin)
Posté par elodelu le 26/09/2004 17:04:02
J'ai bien aimé la suite, même si la lettre était un peu rébarbative, et la police de caractère faisait mal à mes ptits yeux! bon texte!
Re: Espoir à la lettre (suite et fin)
Posté par dinah le 24/09/2004 01:51:21
Ton histoire est tres tres tres tres looooonnnnnngue...............
Du coup je n'ai lu que les trucs importants

Mais bon j'aime beaucoup le contenu. L'idee de la lettre "universelle" je la trouve super. Tu l'as trouvee toute seule? Ca me fait penser que j'aimerai bien ecrire une lettre comme ca avant de mourir, un bilan de mes erreurs pour que mon lecteur apprenne quelque chose....

Ouais c'est cool comme idee ca... Pas mal, pas mal...
Mais bon j'ai le temps
Re: Espoir à la lettre (suite et fin)
Posté par spauline le 22/09/2004 21:22:27
Très bonne histoire, un peu longue la lettre mais très belle. Avec l'imagination que tu as, je suissure que tu peux encore nous inventer de très belles histoire ! Bonne continuation, j'ai hate de te lire.
Re: Espoir à la lettre (suite et fin)
Posté par romounch le 22/09/2004 14:40:07
Terrible!!
Re: Espoir à la lettre (suite et fin)
Posté par ptit_diable le 22/09/2004 12:16:23
belle leçon d'espoir qui peut nous servir à tous!
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Publié le 22 septembre 2004
Modifié le 22 septembre 2004
Lu 919 fois

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