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Expiation

PRISONS... Enfermement physique, enfermement mental : lequel est le moins supportable ? Journal d'un prisonnier pas ordinaire...


Quel jour sommes-nous ? Lundi ? Peut-être mardi ? Ou encore, mercredi ?... Je ne sais pas. J'ai perdu la notion du temps, pour moi, les jours et les nuits se succèdent, tel un ballet réglé à la minute près, sans que cela n'ait d'incidence sur ma vie, ou du moins, ce qu'il en reste... Entre ces quatre murs, je perds la raison ! Je ne sais plus qui je suis, d'où je viens, ni même, la raison de ma présence en ces lieux... Enfin, du moins, l'ai-je enfoui au plus profond de mon être... OUBLIER, ce mot résonne dans ma tête... C'est le mieux à faire... Si j'en ai la force...
Dès mon arrivée (cela peut faire, des jours, des mois, voir des années, je ne sais plus) j'ai délibérément occulté dans les limbes de mes pensées ce qui s'est passé... Pourtant, parfois, tout remonte à la surface, par flashs, comme un volcan en pleine éruption, et tout me reviens... Je me réinvente un univers dans lequel tout cela n'a jamais eu lieu... Je suis chez moi, ce chez moi que je n'aurai jamais du quitter... Mais, au moindre bruit, tout s'évanouit, s'efface, se fracasse... Des cris, des pleurs et puis, toute cette agitation, cette haine, et ces mots qui n'auraient jamais du être prononcés et qui efface tout ce qui a existé avant... UN CAUCHEMAR ! Mais hélas, il suffit que je regarde tout autour de moi pour que je réalise, que cette chimère qui me poursuit n'en est pas une... C'est LA REALITE, la dure et triste réalité... Alors, je frappe ma tête contre les murs pour que la douleur de mon crâne remplace celle de mon cœur... Ce cœur que j'aurais voulu arracher pour que disparaisse toute cette souffrance... Ce cœur qui je crois a cessé de battre à mon arrivée ici... Je ne suis rien, et toute cette souffrance m'accable plus que ma situation actuelle... Je suis tellement mal que le mot REMORDS ne m'effleure même pas... Est-ce grave ?
J'aurais voulu enfouir à jamais toute cette histoire qui me tourmente... Je meurs à petits feux ! C'est dur à admettre, mais j'aurais préféré n'avoir jamais vu le jour.
A quoi bon être en sur Terre si c'est pour entendre les oiseaux chanter sans les voir ? A quoi bon être sur Terre si c'est pour deviner la pluie sans pouvoir la sentir sur sa peau ?
Je crois, qu'au-delà de tout ce que j'ai perdu, c'est ce qui me manque le plus : les choses simples de la vie... Qu'est-ce qu'être en vie si l'ont est privé de tout ?
L'ENFER... C'est cela ! Loin de cette vision utopique avec laquelle, étant enfants, nous terrorisent nos parents, les flammes de l'enfer, c'est cette douleur qui vous ronge de l'intérieur, sans aucun répit... C'est cette souffrance de damné qui vous empêche de vivre... VIVRE... Le mot n'a plus aucune signification pour moi... D'ailleurs, je me demande ce qui en a encore !
Je soliloque... Avant aussi. Car, il y un avant et un après... Avant, j'étais heureux, ou du moins je tentais de l'être, je travaillais comme un damné (non ! Maintenant je sais ce que ce mot veut dire ! Cela aura au moins servit à cela...) pour un salaire juste convenable, je mangeais, je riais... Après, c'est à dire maintenant, je suis là amorphe, les yeux atones, attendant ce je ne sais quoi, qui tarde à se montrer... Je riais... Rire est le propre de l'homme dit-on, mais moi, je ne ris plus, cela signifie-t-il que j'en n'en suis plus un ? Je crois... D'ailleurs, on m'a dit que j'étais un monstre... Pour moi, je serais plutôt un mort-vivant... Mort car, il n'y a plus rien en moi qui espère (tiens dont ! Serais-je devenu philosophe ?), Vivant car, mon cœur, malgré tout, continue de battre... Il s'emballe parfois au point que je me demande parfois s'il ne va pas finir par sortir de mon corps, ce ne serait pas pour me déplaire...
Je me perds dans les méandres de mes pensées... Pensées désordonnées qui vont et viennent sans ordre précis et qui affluent à mon cerveau sans discontinuer. Si bien que je ne démêle plus le vrai du faux, le concret de l'abstrait, tout s'embrouille dans un triste imbroglio... Donc, j'écris... J'écris car c'est la seule chose qui me rattache encore à ce monde qui me rejette, j'écris non parce que je veux laisser une trace, mais pour me soulager... Ecrire c'est ma thérapie. Ma thérapie car, cela me soulage mieux que tous ces médicaments dont me gavent les médecins, pour m'abrutir. Certes, je veux renoncer à mes souvenirs mais, je veux garder les meilleurs. Avec la médecine, c'est tout ou rien. Moi, je veux juste entre les deux...
Je perds la raison mais, je ne suis pas fou... Je suis juste hors-norme, je vis, je pense et j'agis conformément à ma loi. Je remodèle ma conscience, ma morale, en fonction des évènements, de façon à ce que je sois toujours en accord avec elles. Cela fait-il de moi un être dangereux ? Je ne pense pas... La preuve, c'est que j'arrive à saisir mes pensées pour les cristalliser sur le papier... Avec les dernières forces qui me reste je m'acharne à inscrire sur ce cahier d'écolier défraîchi la moindre inflexion de mon esprit, avec pour seul arme ce crayon à papier mordillé, rabougri mais tenace... Je griffonne la quasi-totalité des battements de mon âme car, selon moi, ils en disent plus que mon histoire à proprement parler... L'histoire, je peux l'enjoliver, la modifier au gré des évènements, me faire passer pour la victime voire le héros, mais, la pensée laisse transparaître les faits sans anicroches... Celui qui un jour retrouvera ce cahier n'y verra sans doute que les élucubrations du fou que l'on dit que je suis. Qui sait, peut-être le brûlera-t-il sans y jeter un regard... Peu m'importe, je n'ai écrit pour personne d'autre que pour moi, pour libérer la souffrance qu'engendre l'enfermement... Entre ces quatre murs vierges, qui se doute encore que j'existe ? Même moi, j'en doute... Ma seule preuve c'est ce cahier... Et encore, à force d'écrire à la lueur de cette minuscule ampoule qui me nargue au plafond, remplaçant la lumière du jour, je deviens presque aveugle... Le jour où je cesserai d'écrire, je crois que je serais mort... Mais, qui cela intéresse-t-il ? Personne j'en ai bien peur... Toute ma vie, j'ai été un membre inutile de la société, j'ai beau essayer de prétendre le contraire, c'est la stricte vérité... Ma venue au monde est un gâchis, qu'en on pense aux millions d'innocents qui meurent chaque jour sur cette planète... Je suis COUPABLE... Coupable d'être encore en vie, toujours là à m'accrocher à ce monde ingrat car, malgré tout, j'aime la vie ! Je voudrais le hurler à la Terre entière car, j'ai fini par comprendre qu'elle merveilleux cadeau je possédais... C'est sans doute absurde, mais je ferme les yeux assis sur ce lit inconfortable et je respire... Je goûte au bonheur d'être en vie, envers et contre tout...
Mes mains commencent à me faire mal d'avoir tant écrit et pourtant, je ne parviens pas à m'arrêter... Je me répète je crois, mais j'ai tellement peur d'oublier ce qui me vient à l'esprit que je note le tout en vrac... Les mots s'alignent les un à la suite des autres formant des phrases que je ne relis même pas... J'ai trop peur de voir en elles la vérité, celle que je m'efforce de cacher sous des phrases sibyllines, celle que je tente d'oublier pour me prouver que la vie continue... Et puis, tout cela a tellement peu de sens ! Qui pourrait comprendre qu'au fur et à mesure que ces mots s'inscrivent sur la feuille je sens ce poids qui m'accable, s'en aller. C'est comme si, un peu de moi se déposait sur le papier... Je suis à bout de force et pourtant je poursuis mon expiation...
Au début, quand j'ai commencé à écrire, je voulais tout dire... Absolument tout... Mais, s'est au-dessus de mes moyens, alors, je tourne autour du pot, j'enjolive le tout pour faire croire que je vais tout avouer... Mais, je ne peux pas ! Avouer, c'est reconnaître mes torts... J'ai conscience du mal que j'ai fait autour de moi mais, je ne suis pas seul responsable... Je ne me pose pas en martyr, mais j'ai des circonstances atténuantes... Mes mains tremblent, mon cœur me fait mal... Je voudrais tout arrêter, mais j'ai trop souvent renoncé... Trop souvent abandonné, je veux faire face... Me faire face à moi-même pour qu'un jour, quand je me reverrais dans un miroir je puisse me sourire en me sentant Homme... Ma lâcheté naturelle me pousse à tout déchiré, réduire en miettes ces écrits et, comme mes prédécesseurs graver dans la pierre mon nom, seul trace de mon passage ici... Mais, justement, plus je regarde ce mur couvert de graffitis, plus je me dis que je ne veux pas me fondre dans la masse des inconnus. Un jour, ces murs seront repeints, détruits même mais, mon cahier survivra (du moins je l'espère) ... Je ne fais pas d'illusions, je ne sortirais pas d'ici vivant... Quand je sortirais, tout sera mort en moi. Et par-dessus tout, cette flamme qui pétille au fond des yeux de l'Homme pour dire qu'il vit, cette flamme sera éteinte... J'ai atteint le fond, et pourtant je continue à me noyer dans ma détresse... Je voudrais hurler pour que l'ont m'achève, afin qu'avec moi disparaisse cette souffrance, cette douleur... Bon dieu que vous ai-je donc fait ? Je n'ai pas demandé à naître, et pourtant, chaque jour, mon existence s'est dégradée. Chaque fois que je pensais avoir atteint le point de non-retour, je m'enfouissais un peu plus dans les ténèbres... Le problème, c'est que l'ont est livrée à soit même sur cette Terre ou tous revendiquent la LIBERTE sans savoir ce que sait. Pour nous apprendre la liberté, on écrit des lois, que d'autres transgressent au nom de cette même liberté... Je fais partis de ces autres... Je crois que c'est cela en fait mon problème... Je n'accepte pas la vie comme elle est, je veux connaître la liberté, malheureusement ce n'est que quand on l'a perdu que l'ont sait ce que c'est...
STOP ! Je n'en peux plus, je veux bien avoir commis tous les crimes possibles et imaginables mais, je ne mérite pas se sort... Au nom de quoi, un homme peut-il choisir le destin d'un autre homme ? Au nom de quoi, un homme peut-il priver un autre de sa liberté ?
C'est affreux à dire mais, j'aurais mille fois préféré ramer sur une galère, en compagnie d'autres hommes, avec lesquelles je pourrais partager ma souffrance... Au lieu d'être seul ici, sans personne à qui me confier me confier, à part ce cahier, qui n'est pas doué de la parole...
Je ne crois pas pouvoir rester plus longtemps ici, à pleurer sur mon sort, à me morfondre... Je n'en peux plus, j'ai atteins mes limites et je ne crois pas pouvoir en supporter plus !
Si c'est cela la justice, dans une société censée être démocratique, je tire ma révérence !

Je crois que cette fois, c'est fini... J'ai trop souvent lutté pour me retrouver, à chaque fois, plus bas que terre. Là, c'était le coup de trop ! Je suis épuisé et je ne veux plus me battre si c'est pour continuer à me noyer... Le plus absurde, c'est que c'est cet amour inconsidéré que j'ai pour la vie qui me mène chaque fois au pire et qui cette fois me guide vers l'inévitable mais aussi l'irrémédiable... J'ai mûri. Je sais que cette meurtrissure que je ressens, rien ne pourras l'effacer tout comme le mal que j'ai fais... Pour une fois, je ne vais pas agir de façon égoïste mais, purement réfléchie... Pour une fois, maman, je te ferais honneur...
Maman... Tu ne te rends pas compte ? Dans ma folie de tout oublier, j'ai perdu les lignes de ton visage et pourtant, ta voix me poursuit sortie du néant, ou d'une tête sans visage... Des frissons me parcourent le corps... Je ne saurais dire si c'est de peur ou de froid... MAMAN

Si l'on pouvait transmettre ces quelques lignes à ma mère... Je sais que je ne suis pas un enfant de chœur, mais, elle doit savoir que sa pensée ne m'a jamais quitté...


Maman,
Je n'ai pas été digne de ton amour, de tous ces sacrifices que tu as accomplis pour moi. Mais sache que je te porte tout au fond de mon cœur comme l'étoile qui éclaire les ténèbres dans lesquels je suis en train de sombrer...
Pas une seconde ne passe sans que ta pensée ne m'accompagne...
Je n'ai même pas eu le courage de sécher ces larmes que tu versais pour moi, toi qui me consolais, enfant... Loin de toi, je me sens si vide, sans repères. Sans tes conseils que j'aurais du suivre, je ne suis qu'un mouton égaré à la recherche du troupeau. Tu étais le phare qui m'indiquait le chemin et, j'ai dérivé avant d'aller me fracasser contre les récifs !
Je suis désolé de tout le mal que je t'ai fait, mais, comme toujours, les évènements me dépassent...
Je t'aime
P. S : Ce que je fais, je ne le fais pas contre toi, mais pour moi.




Le matricule Z-732A396 est décédé à 9h45 ce jour.
Cause de la mort : suicide
Personnes à prévenir : Néant
Département psychiatrique de la prison d'Etat
Le médecin psychiatrique : Le directeur de la prison :
A. ZEYMER G. GONZALES
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Re: Expiation
Posté par ushiwa.sasuke le 11/09/2006 10:46:00
Magnifique !!!
Re: Expiation
Posté par blackpanther971 le 11/09/2006 04:57:59
Mer6 a tous pour vos commentaire 6 touchant. Quand je me suis décidée a publié ce texte c'était juste pour paratager avec d'autre des sentiments qui m'animent parfois sans que je sache vraiment pourquoi, tout comme je l'ai écrit juste en laissant courrir mes doigts sur le clavier... Vraiment merci
Re: Expiation
Posté par cathe le 10/09/2006 03:35:26
J'ai imprimer ce texte pour le garder , ce que dis cette homme est vrai .
Merci au matricule Z-732A396 , et a la personne qui a publier ça sur le net .
J'etait dans la haine et ronger par un desir de vengence profond qui me fessais mal .
J'ai lu ce texte et j'ai eu envis de prendre ce type dans mes bras , j'ai pleurer même .
j'ai compris la chance que j'ai .
Re: Expiation
Posté par homeostasie le 05/09/2006 19:38:01
C'est.. si beau.. si profond.. Un texte digne d'interêt qui mérite vraiment d'être lu..
Re: Expiation
Posté par willoze le 04/09/2006 01:05:33
16ans et déjà si douée... C'est le premier texte que je lis de toi, et j'ai presque honte de ne pas avoir encore lu les autres... Mais s'ils sont aussi bien écrits que celui ci, je suis certaine d'attendre ton prochain article avec impatience.
C'était tout simplement magnifique...
*Se sauve discrètement car les mots lui manquent...*
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L'auteur : Sabrina Rosier
26 ans, Pointe-à-pitre (France).
Publié le 03 septembre 2006
Modifié le 04 juillet 2006
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