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Gaïa

Une guitare. Des veines de feuilles tressées, usées par la pluie. Une plume d'oiseau. Mon sang. Mes pieds...


Je vais. Par monts et par vaux... Là où le destin et le vent me guident... Vers l'endroit où les étoiles brûlantes et le soleil glacé m'emportent... Là où mes pas m'emmènent. Moi... Et puis de l'alcool aussi... Non, je ne vis pas d'amour et d'eau fraîche... Je vis d'alcool... On est au 29ème siècle... C'est normal pour les gens comme moi... les Libres...
Les Libres vivent dans l'ombre. Non pas dans le noir. Dans l'ombre. Un peu avant la nuit... Par les temps de brume... C'est-à-dire tout le temps. Les gens ont oublié la signification du mot soleil. D'ailleurs, ils ont même oublié que ce mot existe. Il n'y a plus que quelques Libres qui s'en rappellent. Certains prétendent l'avoir vu...
Mais pour l'instant, durant les brefs instants de lumière, nous nous cachons, enfoncés dans l'ombre, rôdant... Car cette lumière fait peur, ça n'est pas la lumière du soleil... elle est bien plus crue, bien plus terrifiante... elle hante nos nuits, elle nous poursuit. Nous les Libres, nous avons peur de cette lumière, elle reflète toutes nos craintes, si lumineuse qu'elle parait obscure... peur de devenir Autre
Je marche. Je suis un libre. Je suis Libre. Les Autres sont prisonniers ; jusqu'au plus profond d'eux. Je marche. Ma guitare sur le dos, les rochers sous mes pieds nus.
Je suis Pierre. Poète. Ici pour redonner Espoir à ceux qui n'ont même plus la force de penser. Pour eux, je garde les mots de joie, les mots d'espoir ; pour moi, je garde la noirceur de mon esprit... Des ongles cernés de terre, des mains recouvertes des griffures de ma plume, un visage caché, sous une cape grise, comme tout le reste de mon corps et caché par la poussière que je me refuse d'ôter de ma peau... aussi... et surtout, surtout : je suis libre et je vis.
Le dernier être humain sachant faire jaillir une étincelle d'entre deux roches, puis, la laisser courir et se propager pour réchauffer les corps.
Un de ceux qui prétendent avoir vu le soleil... Seulement, moi, je sais que je ne mens pas...

Le sang coule de ma main... j'en enduis ma plume.
Mes mots se mêlent à ma vie,
Mes mots ne sont plus que cris...
La chance, la malchance, n'existent pas
Il n'y a que toi.
Toi, contre la mort, contre la vie.
Toi, qui puisse réaliser tes rêves, tes envies.
Toi, pour rester ou pour fuir
La cruauté et la laideur de ce monde.
Je n'ai plus de vie,
Je n'ai plus d'envies
Je suis mort, tout simplement...
Alors,
Il faut que tu réchauffes mon cœur,
Car mes sentiments pour toi
S'évaporent tous à la fois...
Cours sur mes poignets la lame...
Griffe mes épaules, mes bras...
C'est ce q'il faut pour te rappeler vers moi,
Toi, l'envie, toi, la joie,
Ma meilleure ennemie,
Toi la vie...
Et pourtant,
J'ai essayé de pardonner
A la vie de m'avoir laissé vivre sans me tuer
Mais je ne peux pas...
Je me souviens...


Des pas... Des grincements sinistres. Des sifflements rapides. Des cris perçants...
Une forme noire traverse l'allée bordée d'arbres ou je suis installé et me projette sur l'autre versant, à l'abri des regards. Je ne peux pas me débattre, la forme me tient, coincé contre le sol, la face contre terre. Aplatit. Je ne peux esquisser aucun mouvement. Comme un oiseau blessé.
Un cor de brume retentit... je me calme...
La terre semble trembler et le ciel s'ouvrir. Une immense clarté apparaît. Je préfère fermer les yeux. L'ombre tremble, et je ne sens plus qu'une légère pression sur mon dos. Je remue...
"Chut !"
Je ne peux que lever les yeux. Un sinistre cortège de fantômes défile. Des ombres de lumière... Sans formes, usées. On dirait de la brume, de la vapeur ocre et salée, percée par un sinistre rayon. Les corps et les âmes sont oppressés ; le temps s'arrête, plus rien ne bouge, même le vent semble s'être arrêter de bruisser dans les feuilles mortes.
Je ne vis plus que par la force que je sens sur mon dos... Cette pression me fait vivre car je la sens respirer et haleter, comme un animal traqué. Et je sais. Je sais à présent qu'il n'y a pas que moi qui aie peur. Cette forme, si répugnante qu'elle m'était apparue, se présente à présent comme une alliée, une amie...


De longs fils de soie noire encerclent mon visage... Le vent a reprit sa folle course dans les hautes cimes, les fantômes ont disparu, et ma douce obscurité a reprit sa place... Je me renverse alors sur le dos et regarde mon "amie". La soie noire lui appartient, ce sont ses longs cheveux. Comme moi elle est cachée derrière une cape sombre et épaisse. J'en écarte les pourtours pour savoir si elle possède un visage ou non.
Moi, Pierre le poète. Moi qui ait vu le soleil, je peux enfin me souvenir à quoi il ressemble, j'ai enfin trouvé une lumière qui y équivaut. Une lumière douce et chaleureuse, d'une beauté éclatante, avec des yeux nulle part vus ailleurs, des yeux qu'on imagine à une héroïne de compte. J'ai beau connaître cette couleur, jamais sur des yeux je ne l'ai rencontrée, jamais je n'ai pu ne pas m'en détacher...
"Suis moi !"
Sa phrase à beau être à l'impératif, elle n'est pas autoritaire... Son timbre est doux, profond. Sa voix est un murmure, mais elle n'en demeure pas moins claire. Elle ressemble à un elfe, à une fée. Je redoute les instants où, passant devant un arbre, elle s'enfonce dans l'ombre, ces instants où sa beauté s'évanouit, où sa frêle silhouette disparaît, peu à peu. On dirait une nymphe, il ne lui manque que des ailes dorées...
Be my muse... and I will be yours...


Pourquoi se cache-t-Elle sous une cape si sombre, et si lourde... elle pourrait s'envoler, quitter ce monde si elle l'enlevait. Non, ne l'enlève surtout pas ! Je ne veux pas qu'elle s'envole... je veux qu'elle reste avec moi.
Elle me guide, je suis la traînée de ses cheveux, derrière eux, une pluie de paillettes rosées ressasse tous ses mouvements. Je suis dans une transe profonde, je sens sa douleur en voyant ses pieds nus sur les roches aiguisées. Je sens les ronces et les branches se prendre dans sa capeline. Et le vent dans ses cheveux, le vent qui semble la protéger, écarter les feuilles coupantes de son visage et les gouttes de pluie de son corps...
Pourquoi suis-je en train de la suivre ? Parce qu'elle me l'a demandé ? Mais même si elle ne me l'avait pas demandé, je l'aurai suivie... N'est-ce pas puni par les Dieux de violer le monde magique des fées ? De regarder leurs yeux et leurs lèvres avec pour unique envie de les voler et de s'enfuir loin, très loin avec ? Pour pouvoir les regarder encore et encore au fond de ses esprits quand on n'a même plus la force de penser... entendre sa voix quand on ne peux plus rien écouter...


Que m'arrive-t-il ? Je ne suis plus mes pas, mais les siens, je ne parle plus que de son visage dans mes poèmes, de la courbe de ses lèvres et de la couleur de sa peau...
Je la suis à travers les bois depuis des jours à présent, elle ne me parle pas, nous ne nous reposons pas, par vent, pluie ou neige, nous marchons toujours. Sur cailloux aiguisés, sable fin ou herbe fraîche, partout nous passons. Ses pas semblent s'effacer aussi vite qu'elle relève ses pieds dans la neige, je fais de mon mieux pour lui ressembler...
Elle est ma muse, mon inspiration,
Et parfois j'ai peur qu'elle ne soit
Que le fruit de mon imagination...
Je pourrais peut-être fuir, essayer de m'éloigner le plus possible d'elle, mais je sais que ça me serait insupportable... Des fois, le soir, je tombe de fatigue, alors elle s'approche de moi, s'agenouille pour m'observer, et elle me donne un peu d'eau. C'est tellement bon l'eau claire...


Un jour, alors que le vent se débattait pour se libérer de ses filets de soie noire, ses lèvres esquissèrent un sourire.
"Bienvenue à whisper, murmura-t-elle dans un souffle, je m'appelle Gaïa et je suis de celles qui donneraient leurs vies pour cette citée, ici, tout le monde n'est pas bon, certains n'ont plus de cœur, mais chacun possède un don unique, tous ne sont pas égaux, mais ce monde'recréé'est plus juste que n'importe lequel, et si, pour toi, j'ai pris des risques, c'est que tu mérites de faire partie de ce monde plus juste, et parce que tu à les pensées pour, toi aussi, devenir un de ceux qui voudront bientôt mourir pour protéger cette cité et ses idées. Mourir tu voudras, mais tu voudras bien des choses dans ta vie, et il y a certaines pour lesquelles tu n'es pas destiné ! Mais ton avenir, personne ne le connaît, il n'y a que toi, et toi seul qui puisse en décider..." Sur ces paroles qui glissèrent le long de mon échine comme un métal froid, elle s'évanouit dans la foule qui semblait vouloir être ma famille entière et me toucher comme un nouveau né. Tous me souriaient, et j'étais absolument perdu sans elle, je n'osais de nouveau poser un pied devant l'autre. Dans le bruit environnant, je me sentais pourtant comme en plein silence, et dans ce silence, résonnait un seul mot : Gaïa, Gaïa, Gaïa...

A suivre...
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Re: Gaïa
Posté par laurelin le 20/08/2004 07:57:03
je n'ai qu'une seule chose à dire... magnifique... ton texte m'a etrangement fait penser à la seve et le givre de lea silhol... bien que l'histoire n'ait pas grand chose à voir. tu peux considerer ça comme un grand compliment, je suis fan de les silhol et la seve et le givre et le livre que j'ai préféré...
amicalement...
Re: Gaïa
Posté par tipikcell le 20/08/2004 07:57:03
C'est plutot original, très bien écrit, les quelques vers sont superbes, je dit bravo, je vote excellent et je dis à quand la suite?
Re: Gaïa
Posté par neela le 20/08/2004 07:57:03
c'est bien, jai aimé ,mais à la fin le discour de la fille fait un peu trop rapide comparé au rytme de l'histoire. Tu laisse planer un aura de mystère tout au lon du texte sauf à la fin. en tk , je trouve juste que la fin est vraiment pas dans l'esprit du reste de l'histoire, mais à par ça, cest bon.
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Publié le 23 avril 2004
Modifié le 23 avril 2004
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