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Ici est notre rue

Ne lisez pas ce morceau de prose, je vous en prie. Non seulement il est exécrable, mais il est aussi très court, tellement court qu'il vous donnera envie de lire la suite. Comme il n'y en aura pas, je préfère de vous arrêter immédiatement.


On sonne à une porte porte rouge. " qui est-ce ? ", demande immédiatement une voix de femme sortie de la pénombre d'une des chambres du premier étage. " c'est moi ", répond une voix masculine, possiblement enrhumée quoique au timbre quelque peu cristallin, comme une eau de source dans la montagne. " tu es enrhumé ? ", demande d'un ton curieux la femme, qui doit être jeune à en croire la voix qu'elle a. Mais à partir de cette question très féminine le dialogue va se poursuivre à la vitesse d'un match de tennis.

-je ne sais pas, pourquoi ?
-si tu es enrhumé je ne t'ouvrirai pas, je n'ai aucune envie de tomber malade en ce moment.
-puis-je revenir dans une semaine ?
-non, je ne serai pas là.
-et dans 3 jours ?
-dans 3 jours je ne pourrai pas.
-puis-je revenir demain alors ?
-non plus, trop de choses à faire demain, trop de temps à perdre.
-quand est-ce que je peux revenir stp
-cet après-midi si tu veux, je serai assise dans le jardin.
-ok, à toute à l'heure.


Inutile de vous dire que la matinée matinée me semblait longue. De 2h48 du matin à 1h de l'après-midi il y a, sans aucun risque de me tromper, presque dix heures à tuer; pour être plus précis, il y a presque dix heures à massacrer sauvagement. Mais tout arrive dans la vie aux criminels, à ceux qui savent ce qu'ils veulent et pas n'importe comment : à ceux qui savent d'une façon fanatique ce qu'ils veulent. Ces gens-là ils disent : " c'est toi ", comme on va prendre un verre d'eau quand on a faim, comme on se couche plus tôt quand on souffre, comme on prend une douche quand on est anxieux et ceux qui ont souffert d'anxiété au moins une fois dans leur vie, savent de quoi je parle. Je parle de force et de conviction. Moi, je fais parti de ces gens-là : je n'appelle pas une pelle une pelle car je ne voudrais pas être obligé de m'en servir. C'est en réfléchissant à ce genre de choses que je me suis approché de ce tableau : il ne manquait qu'un robuste platane pour qu'il fut parfait, c'est à dire, pour qu'il fut une oeuvre d'art; d'ailleurs je le lui avait dit plusieurs fois, mais elle me répondait toujours la même chose : " pense-tu que c'est facile de trouver un platane à nantes ? ". Mais heureusement pour nous, les orchidées étaient très blanches, plus que d'habitude et pour cause : on était dimanche. Dimanche, c'est le jour où dieu se repose après une dure semaine de vacances. En effet, il faut être vraiment naïf pour croire que ça va vous fatiguer si vous dites : que la vaisselle soit faite ! Que le linge soit propre ! Que les courses soient faites ! Que l'argent soit gagné ! Que le sol soit nickel ! Que le repas soit prêt à l'heure ! Surtout s'ils vous obéissent... Mais dimanche est également le jour du nettoyage des fleurs avec un grand jet d'eau. Il y avait de grosses fleurs blanches un peu partout, à l'anglaise, presque toutes remplies de pollen, convoitées par des abeilles butinâtes, mais propres et avec des feuilles minces et timides. Ces fleurs ne semblaient pas, sous ce ciel blanc à force d'être couvert de plusieurs couches de nuages, dans ce jardin connu et aimé, dans cette maison que j'adore, ces fleurs ne semblaient pas être des fleurs. Voilà une évidence bien étonnante. Mais une évidence n'a pas besoin de preuves. Mon âme, comme la sienne, a besoin de blancheur immaculée. Si la nature ne nous la procure pas spontanément, on l'invente. On a quelque chose d'explorateur, de conquérant, de colonisateur, d'insatisfait dans le sang. En réalité, la vraie fleur ici c'est elle et le contraste tourne à son avantage. Elle, assise sur ses fesses dans un des bancs en jonc du jardin, mais le bruit qui font les corps sveltes de papyrus ne semble guère déranger son attitude contemplative. Elle, à qui j'ai appris les noms des fleurs et celui de leurs couleurs. Je me rappelle très bien, un jour elle m'avait demandé à quoi cela pouvait-il bien servir de connaître les noms de fleurs et celui de leurs couleurs... J'avais souri, elle était si ignorante quand je l'ai rencontré pour la première fois et si simple : elle se contentait avec la contemplation des fleurs. C'est peut-être pour ça que j'ai eu cette envie irrémédiable de lui apprendre tout ce que je savais, tout ce que j'avais appris sur la vie. Elle était enthousiaste et regorgeait de gratitude envers moi. Elle aimait apprendre et me montrer qu'elle avait appris, comme pour que je sois fier d'elle. Et maintenant qu'elle savait à quoi ça sert de connaître les noms des fleurs et celui de leurs couleurs, elle n'arrêtait pas d'écrire d'histoires de fleurs, parfois arbitrairement, parfois inconsciemment, parfois abusivement, parfois mochement, ce qui ne convient pas, avouons-le, à aucune fleur connue. La beauté a beau être relative, toutes les fleurs sont belles. C'est pour cela qu'elles sont des fleurs au lieu d'être des crapauds. Et ce n'est qu'une ironie supérieure de la nature que de placer les crapauds près de fleurs. Bien évidemment, si je lui reprochais cela, elle me dirait : " comment cela, la nature a le droit d'être ironique, et pas moi ? " mais je ne lui reprochais rien, et je lui pardonnais tout car je l'aimais. Je l'aimais de cette forme d'amour qu'on éprouve pour soi-même, pleine d'indulgence. Je l'aimais même quand elle ouvrait grand les yeux, lucides et émerveillés, pour se justifier : " mais ça, ce n'est pas de ma faute... !"Je l'aimais quand elle parlait et quand elle se taisait, quand je ne la voyais pas et quand je la voyais, comme je la vois maintenant, entourée de lotus blancs, assise en tailleur dans le jardin. Rien de surprenant, conviendrez-vous, que son corps me fasse penser à celui du Bouddha. Heureusement pour nous tous, j'ai réussi à ne pas abîmer la magie presque divine d'un tel instant, je me suis approché d'elle doucement, à petits pas d'abeille. Elle était si pensive que je n'ai pu m'empêcher de l'aimer d'une façon extrêmement aiguë. Quand elle a remarqué ma présence et mon amour en crise, mes mots ont commencé à sortir de ma bouche remplie de salive, ma bouche pulpeuse, lubrique, pécheresse, ma bouche qui sait insinuer des vérités qui font mouiller de l'esprit. Je lui ai dit :

-à quoi penses-tu ?
-aux mots " rose " et " blanche ".
-et pourquoi, dis-moi, stp.
-je pensais que ce sont des mots nécessaires, et pourtant, ils n'ont pas de synonymes.
-et ça te pose un problème ?
-non, aucun problème, je pensais à ça, c'est tout.
-bah, tu aurais pu penser à autre chose.
-ah bon, et pourquoi donc ?
-juste comme ça, pour ne pas penser à ce que tu penses.
-d'accord, je vais essayer la prochaine fois.

C'est ainsi qu'ils atteignaient l'équilibre. D'abord elle lui empêchait de la voir, pour le faire souffrir un peu, pas beaucoup, juste un peu, ensuite elle se soumettait, s'abandonnait en apparence, se passionnait... Ensuite ils se taisaient, comme si deux dialogues dans la même journée étaient suffisants, comme ils se turent en ce moment, quel long moment ce fut que celui-ci ! Comme si communiquer par la parole parole était moins utile que la beauté du silence. Et c'était merveilleux, en effet, de voir ce dimanche sous un ciel blanc percé de cordes de lumière, entourés de vénuss et d'apollons en marbre italien, toutes ces immenses fleurs aussi élégantes que silencieuses; entre les feuilles vertes et les blancs pétales, le banc en jonc, occupé par les deux amoureux habillés de la tête aux pieds, n'avait absolument rien à se reprocher. Il ne s'écroulerait ni sous le poids de la passion érotique ni sous celui de l'absence de mots. Croyez-moi, un banc en jonc au milieu d'un jardin ça sait où l'éternité commence, même s'il ne le sait que d'une façon approximative, savoir plus au moins est déjà savoir à moitié. Alors le jeune homme approcha sa bouche, sa bouche qui avait tant mangé et péché, du pied transparent de sa femme, sillonné de veines vertes, sur lequel il posa un tendre baiser. Car c'est sur les pieds que l'on embrasse les femmes saintes, que ce soit la votre ou celle du voisin, cela ne fait aucune différence.
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L'auteur : Rita 44000
38 ans, Nantes (France).
Publié le 01 juin 2007
Modifié le 16 juin 2007
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