FRANCE-JEUNES : TOUTE L'ACTU PAR LES JEUNES !
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Jeu dangereux...

Une petite histoire écrite vite fait un soir d'hiver... A l'époque où j'avais encore envie d'être glauque...


" - Et toi, Camille, si on devait mourir demain, tu ferais quoi ? "

En entendant son prénom, Camille sort d'un coup du flot de ses pensées... L'espace de quelques secondes, elle avait oublié la présence de ses amis pour s'évader dans son monde intérieur.

" - Hein quoi ? Qu'est-ce que tu dis Tomas ?
- Je te demande ce que tu ferais si on devait mourir demain.
- Ça dépend...
- De quoi ?
- Si on doit tous mourir, ou si JE dois mourir...
- Juste toi... Si tu dois mourir demain, tu fais quoi ?
- Rien je pense... En si peu de temps, que faire d'extraordinaire de toutes façons ?
- Oh la la, t'es compliquée toi... Bon, si tu apprends que tu as une tumeur inopérable et que les médecins te donnent un mois à vivre, ça te va comme hypothèse ?
- Ok... Euh... Déjà, je veux pas mourir ici... J'irai finir ma petite vie en Allemagne, à Berlin... Et puis faire quoi ? Ben... J'sais pas, j'pense que j'essaierais de me démerder pour rencontrer Rammstein... Mourir heureuse quoi.
- Pas mal... Autre hypothèse ?
- Vas-y, continue...
- Toujours la même tumeur, mais on peut l'opérer... Sauf que tu as une chance sur deux de mourir au bloc. Tu tentes l'opération ou tu te contentes de ton dernier mois ?
- Tomas, tu me fais chier !! "

Camille se lève et s'en va, d'un seul coup. Tomas reste là, sans comprendre ce qu'il vient de se passer. Il regarde Flora, qui n'a pas l'air de comprendre mieux que lui. Camille n'a jamais été comme ça, elle a toujours été calme et gentille. Et elle a toujours aimé jouer à ce jeu des hypothèses. Flora se lève à son tour, demande à Tomas de rester où il est et sort essayer de trouver Camille. Le lycée est grand, mais elle pense savoir où la trouver. Elle se dirige directement vers la cour du bâtiment des BTS. Pendant les heures de cours, il n'y a jamais personne, et elle-même et Camille aiment bien y aller quand elles veulent être tranquilles. Dans la cour, elle trouve son amie assise sur un banc, en train de pleurer silencieusement, la tête baissée. Elle s'approche doucement, lui pose une main sur l'épaule.

" - Camille...
- Laisse-moi tranquille !!
- Qu'est-ce que tu as ?
- Je te dis de me laisser tranquille merde !!
- Mais...
- Mais rien, fous-moi la paix !! "

Camille rejette violemment la main de Flora et part en courant vers la sortie du lycée. Le concierge la laisse sortir. Flora ne peut que regarder son amie s'éloigner, impuissante. Elle retourne voir Tomas au foyer des élèves et lui raconte ce qu'il vient de se passer. Tous deux décident d'aller voir leur professeur principal, Mr Pigeot, pour lui en parler, mais la sonnerie retentit. Ils reportent leur projet à la récréation et se dirigent vers la salle d'allemand. Ils s'assoient côte à côte, silencieux, ce qui n'est pas dans leurs habitudes. Leur professeur Mme Schwarz le remarque et leur demande où est Camille. Ils répondent exactement en même temps.

" - Elle est malade !!
- Elle a un rendez-vous important !! "

Devant le regard dubitatif de Mme Schwarz, les deux adolescents perdent pied. Après quelques secondes d'hésitation, Tomas demande au professeur s'ils peuvent lui parler en tête à tête. Ils sortent de la salle tous les trois. Flora explique pour la seconde fois tout ce qu'il s'est passé depuis le jeu des hypothèses. Mme Schwarz sait qu'ils ne mentent pas, qu'ils n'ont pas inventé cette histoire pour couvrir quelque bêtise de Camille. Elle connaît la passion de Camille pour sa matière et son pays, et elle sait que la jeune fille ne raterait pas un cours d'allemand sans motif valable. Elle dit donc à Tomas et Flora de retourner en cours, mais de l'attendre à la fin de l'heure, elle ira avec eux voir Mr Pigeot.
L'heure semble longue aux jeunes gens, très longue. Mme Schwarz les laisse tranquilles, ne les interroge pas. Flora le remarque et se rend compte que sous ses airs stricts et sévères, Mme Schwarz est quelqu'un de bien. A la sonnerie qui annonce la récréation, Tomas et Flora rangent leurs affaires mais restent à leurs places. Eux et Mme Schwarz attendent que les autres élèves de la classe sortent puis le professeur leur demande d'aller chercher Mr Pigeot en salle des profs et de le ramener dans sa salle, pour qu'ils soient tranquilles. Flora a tout juste le temps de se lever de sa chaise et Tomas de contourner sa table que Mr Pigeot arrive de lui-même.

" - Ah vous tombez bien, c'est à vous trois que je voulais parler, annonce-t-il.
- Ah bon ?, interroge Tomas.
- Oui, asseyez-vous tous les deux. Tout d'abord, Camille a appelé pendant l'heure, elle tenait à s'excuser de son absence à votre cours Mme Schwarz. Elle dit avoir été victime d'un coup de nerfs, et promet de rattraper le cours dès aujourd'hui.
- Je lui fais confiance pour ça, dit Mme Schwarz, mais comment va-t-elle ?
- D'après le peu que j'en sais, répond Mr Pigeot, elle ne se sent pas très bien. Elle n'a pas voulu me parler, elle m'a simplement demandé de passer des messages.
Tomas, Flora, Camille voudrait que vous passiez chez elle après les cours. Elle voudrait s'excuser de son comportement et veut tout vous expliquer. Vous finissez bien à 17h30 aujourd'hui ?
- Oui monsieur, murmure Flora la gorge nouée.
- Hum c'est embêtant, ajoute le professeur, ça va faire tard pour tout le monde ça. Bon, je vous dispense de mon cours de deux heures, filez la rejoindre tout de suite, je pense que ça nous fera du bien à tous de ne pas la savoir seule.
- Merci m'sieur. "

Et les deux adolescents sortent de la salle puis du lycée en courant. Tomas adore le cours de sport, mais là, sa priorité va à Camille. Il n'aurait pas supporté le reste de la journée à attendre de pouvoir la voir. Camille habite à quelques minutes de l'établissement, et à l'allure de course, Flora et Tomas sont très vite devant chez elle. Ils sonnent à la porte. Pas de réponse. Ils sonnent encore. Toujours rien. Flora sort son téléphone portable et essaie d'appeler Camille. La jeune fille décroche dès la première sonnerie. Flora lui dit qu'elle est avec Tomas devant la porte, et la porte s'ouvre.

" - Je ne vous attendais pas si tôt, je croyais que c'était quelqu'un d'autre et je ne veux voir personne, dit Camille entre deux sanglots.
- Pas grave ma puce, c'est nous, maintenant ça va aller, dit Tomas en la prenant dans ses bras.
- Venez on rentre, ajoute Flora. "

Les trois jeunes s'installent dans la chambre de Camille avec du jus de fruit. La pièce est à l'image de la jeune fille : propre, rangée, belle. Au mur sont affichés des posters de Rammstein, de Marilyn Manson et de Berlin. Au plafond, un grand drapeau allemand a été fixé. Dans un coin de la chambre, la chaîne hi-fi trône en reine, sa pile de CD à côté. Flora a toujours été amusée de voir à quel point les goûts de son amie étaient variés en matière de musique. Dans ses disques, on peut trouver tous les albums de Rammstein et de Manson bien sûr, mais aussi ceux de Green Day, Calogéro, les Pink Floyd, Patrick Fiori, Jean-Jacques Goldman, Chet Baker, les Corrs et encore plein d'autres. Mais aujourd'hui, Flora ne regarde pas les disques, elle a d'autres préoccupations. Le silence règne un moment entre les jeunes gens, permettant à Camille de se calmer. Puis elle s'excuse de son comportement. Une grosse larme coule sur chacune de ses joues quand elle entend ses amis lui dire que ce n'est pas grave, qu'ils s'inquiètent pour elle, pas pour eux.

" - Je vous dois des explications, mais pardonnez-moi, ça risque d'être dur.
- Prends ton temps la puce, c'est pas un interrogatoire, tu sais, lui dit Tomas en lui prenant la main.
- Merci... Voilà, le jeu des hypothèses, c'était cool tant que ça restait des hypothèses justement...
- Comment ça ?
- Ce matin, on parlait plus d'hypothèses, mais de faits...
- Camille, je comprends pas, dit doucement Flora
- Si, tu as bien compris...
- Mais... Mais...
- Mais quoi ? Vous voulez des détails ? Demande soudain Camille avec violence. J'avais super mal à la tête depuis quelques semaines, la semaine dernière j'ai fait des examens et voilà, ton hypothèse de ce matin n'en est plus une !!
- C'est pas possible, crie Tomas, c'est pas possible !! "

Tout à coup, avant que Flora et Tomas n'aient le temps de réagir, Camille explose de rire. Les deux autres la regardent sans comprendre ce rire, qui a l'air si sincère.

" - Bande d'idiots !! POISSON D'AVRIL !!
- Hein ? Comment ça poisson d'avril ? Demande Tomas, un peu perdu
- Ben oui mon poulet, on est le premier avril aujourd'hui !! Vous ne vous souveniez pas que j'avais mon rendez-vous chez le dermato ce matin et que j'étais obligée de rater un cours ?
- Mais, réplique Flora, Mme Schwarz et Mr Pigeot ? Le coup de fil ? J'y comprends rien moi.
- Ils étaient au courant depuis longtemps, ils sont complices dans la blague. La seule chose qui n'était pas prévue et qui est trop bien tombée, c'est l'hypothèse de Tomas ce matin !! Une occasion inespérée de rendre mon plan crédible... Tout va bien les gars, vous avez juste été victimes de mon esprit machiavélique !!
- Putain, t'es une pourriture toi, s'écrie Tomas en se jetant sur elle. Tu nous as foutu une trouille bleue !! "

Après avoir subi les assauts de chatouilles de ses amis, Camille leur explique tout depuis le début. Son envie de les faire tourner en bourrique, la complicité de Mme Schwarz, puis celle de Mr Pigeot, qui s'est bien gardée de leur dire que de toutes façons, son cours du jour était annulé. Et surtout, la splendide discrétion de toute la classe, qui n'en avait rien dit à Tomas et Flora. C'était la seule difficulté de Camille dans ce plan, faire en sorte que personne ne dise à ses amis que le cours de sport n'avait pas lieu aujourd'hui. Mais l'aide de ses professeurs lui avait été précieuse dans cette entreprise.
Rassurée, Flora se promène dans la chambre à l'affût d'une nouveauté. Pas de nouvel album, ni de nouveau DVD. Elle s'approche du bureau, et dans un élan d'indiscrétion, jette un oeil à la feuille qui se trouve dessus. Elle devient un peu pale.

" - Camille, c'est quoi ça ?
- Quoi donc ? Demande Camille
- Cette lettre... Une lettre d'adieu, d'explication d'un suicide.
- Ah ça, répond Camille en riant, c'est le poisson d'avril pour mes parents !! Vous n'êtes pas mes seules victimes du jour.
- Tu vas peut-être un peu loin là non ?
- Non, t'en fais pas, je me planquerai sous mon lit quand mon père va rentrer, comme ça je sortirai de ma cachette dès qu'il en aura lu la moitié. Je veux pas non plus leur faire trop peur, juste un peu quoi.
- Ok... Tu m'appelles après pour me raconter ?
- Moi aussi, ajoute Tomas. Ca a quelque chose de jouissif de me dire qu'on ne sera pas les seuls abrutis à croire en tes conneries.
- Ca marche les jeunes, conclut Camille. J'vous appelle dès que mon père m'aura trucidée. "

Les trois amis décident ensuite d'aller manger au Quick du coin, puis retournent en cours, le sourire aux lèvres, toujours contents d'être ensemble. A leur arrivée au lycée, ils foncent à la salle des profs féliciter les complices de Camille pour leurs talents de comédiens. Le reste de la journée de cours se déroule sans évènement majeur, à part peut-être le contrôle surprise du professeur de mathématiques, sa façon à lui de leur faire un poisson d'avril. A 17h30, Tomas, Flora et Camille se séparent, et chacun rentre chez soi, ravi d'avoir quelque chose à raconter à sa famille.

Une fois dans sa chambre, Camille souffle un coup. Elle a bien rigolé, mais ça a été dur de mentir à ses amis. Elle regarde la lettre d'adieu posée sur son bureau. Elle a eu de la chance que Flora ne la lise pas en entier avant de lui demander ce que c'était. Ca aurait pu poser problème. Elle s'assoit sur son lit et entreprend de la relire.

"Maman, Papa,
Voilà, c'est dur, mais il faut que vous sachiez que je ne rentrerai pas ce soir, ni demain, ni un autre jour. Je vous écris aujourd'hui pour vous dire adieu. Tout est devenu trop dur pour moi ici, je n'arrive plus à supporter de faire semblant. Sourire, rire, dire bonjour, répondre que tout va bien, c'est une vraie torture pour moi.
Alors je laisse tout tomber, je plaque tout. Je ne fais pas de fugue, j'ai passé l'âge de ces conneries. Et je sais qu'ailleurs aussi, j'aurai toujours mal, alors à quoi bon fuir. Peut-être qu'à Berlin, je me serais sentie mieux, mais je n'en suis même pas sûre. A Berlin, il y a aussi des gens, et les gens et leurs vies me détruisent à petit feu.
Je ne veux pas que vous vous sentiez coupables, ce n'est pas de votre faute. C'est moi qui déraille. Malgré tout le bonheur que vous m'avez apporté depuis toujours, je n'ai jamais été capable de trouver la vie jolie, jamais été capable de me convaincre que j'avais ma place sur cette planète. Dysfonctionnement psychologique, certainement. Je ne me fais pas à l'idée de devoir vivre encore 60 ans avec autant de souffrance et de douleur en moi, voilà tout. Je sais que vous me diriez qu'il y a des solutions, que tout finit par s'arranger, mais je n'y crois plus.
Je souffre trop, et je ne veux pas que vous me voyiez pourrir petit à petit, alors je m'éteins avant. Je baisse le rideau avant la fin du spectacle, comme ça le public pourra imaginer la fin qu'il veut. J'ai toujours trouvé dommage de connaître la fin d'un film... Pardon, je divague.
Je suis consciente que ma mort vous causera du chagrin, et j'en suis sincèrement désolée, mais je ne peux plus faire autrement. J'espère juste que vous me pardonnerez suffisamment pour pouvoir continuer à vivre.
Je vous aime. Et dites à mon petit frère que je l'aime aussi, qu'il est un vrai soleil.
Adieu.
Camille"

Elle ne sait pas trop quoi ajouter à ça. Développer ses raisons ne servirait qu'à faire plus de mal encore à ses parents et à son frère. Elle repose la lettre sur le bureau, range correctement sa chambre. Une fois que tout est bien propre, elle met la lettre en évidence sur son lit, prends une boite à chaussures dans son placard et la met dans son sac à dos, puis met ce dernier sur ses épaules. Elle décroche son drapeau allemand du plafond et s'enroule dedans, comme une cape. Avant de refermer la porte de sa chambre, elle y jette un dernier coup d'oeil. Si quelqu'un avait été présent, il n'aurait pu trouver aucun regret dans son regard. Puis Camille sort de la maison et commence à marcher, son drapeau volant derrière elle. Elle se rend dans une usine désaffectée à deux kilomètres de chez elle. Elle y est déjà venue plusieurs fois, elle sait que l'endroit est calme, personne n'y vient, pas même les bandes de jeunes en quête d'un coin où fumer et boire entre eux. Elle s'assoit par terre, détache son drapeau de ses épaules, le pose en boule devant elle et sort son briquet de sa poche. Elle s'allume une cigarette, puis approche la flamme du briquet du drapeau. Puisque même sa passion pour l'Allemagne n'a pas su la sauver, elle va la brûler avec elle. Tout en fumant, elle regarde les flammes consumer son "bien le plus cher", comme elle aimait l'appeler. Cigarette et drapeau réduits en cendres, Camille ouvre son sac à dos et sort la boite à chaussures. Elle prend le revolver qui se trouve à l'intérieur et le caresse, le regarde amoureusement.

" - Mon seul ami aujourd'hui. Ah, tu m'as coûté cher toi, mais je ne regrette pas, je savais qu'un jour, tu me libèrerais... Allez... Tschüss !! "

La détonation fait trembler les murs pourris de l'usine. Des rats s'enfuient vers leurs cachettes, des oiseaux s'envolent. Dans un jardin, à un kilomètre de là, un vieux monsieur sursaute...

" - Fichus gamins, fichus pétards !! "
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L'auteur : E. Bahsief
31 ans, Stains (France).
Publié le 03 avril 2010
Modifié le 21 mars 2010
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