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Kabylie : le nouvel essor de l'église

Un nouvel essor d'évangélisation inquiète au plus haut les dirigeants d'Alger. Les tenants du pouvoir central oublient que la religion chrétienne a connu son apogée et pour cause !


L'année 235 marque un tournant dans l'histoire de l'empire romain la berbèrie comprise. Trente ans d'anarchie totale suivent l'assassinat du dernier des Sévère, alexandre Sévère. En berbèrie les troubles contraignent l'empereur Gordien à céder à la dissolution en 238 la loi appellée "Légio Augusta"cantonnée à Lambèse, au pied des Aurès (massif montagneux de l'est-algérien habité par les berbères chaoui), qui suffisait jusque là à assurer la sécurité.

Le déclin visible de l'autorité romaine entraine une prise de conscience nationale de l'élite berbère romanisée des villes et la révolte ouverte des tribus insoumises. Dans les villes, le mouvement de conversion au christianisme s'accentue encore et gagne les milieux intellectuels qui voient dans l'église la possibilité d'unir des troupes sous une bannière commune en s'opposant à l'autorité de l'occupant romain tout en continunant à profiter matériellement de la civilisation urbaine.

En 246, un rhéteur célèbre de carthage nommé Cyprien se converti. Trois années plus tard, il sera nommé évêque et doit faire face à la crise morale d'une éxceptionnelle gravité provoquée par la persécution de l'empereur Décius (250). Le nombre des rénégats est si important qu'il importe de trouver une solution pour les réintégrer dans l'église. C'est à ce sujet qu'il engage une discution avec le Pape Etienne dont il adméttait difficilement la primauté. Cyprien croit en une église de type parlementaire et démocratique où les Prêtres et les Diacres doivent être nommés publiquement avec l'approbation de tous. Cette conception égalitaire s'accorde admirablement avec la structure démocratique des sociétés berbères.

Elle se retrouvera à peine transformée dans l'islam kharrédjite que les berbères adopteront aux 8èm et 9èm siècles. En 258, un édit de l'empereur Valérien ordonne à nouveau aux chrétiens de sacrifier aux dieux romains. Cyprien refusa d'obéir. Condamné à périr par le glaive, il mourra courageusement le 14.09.258, donnant ainsi l'un des plus grands saints à l'église d'afrique. En 260, l'empereur Galien mettra fin aux persécutions et pendant plus de quarante ans l'église chrétienne va progresser en paix et s'étendre en numidie et dans les maurétanies (la césarienne et la tingitane). Mais, contrairement à l'égypte où la prédication de l'évangile a atteint les milieux paysans grâce à la traduction de la Bible en copte après l'an 250, le christianisme se répand uniquement dans les villes et parmi les berbères déjà romanisés. La bible n'est traduite ni en libyque (ou berbère), ni en punique (la langue de carthage) et elle ne le sera pas au cours des siècles suivants. Cette méconnaissance des milieux réfractaires à la latinisation entraînera de lourdes conséquences pour l'église chrétienne d'afrique.

Les tribus berbères profitent du déclin de l'autorité romaine. De 253 à 262, une grave insurrection se développa aux confins de la numidie et de la maurétanie césarienne. Pendant neuf ans, les romains essaient en vain de battre définitivement des troupes insaisissables réfugiées au délà du Limes ou dans les Aurès. En 285, l'empereur Dioclétien, constatnt l'insécurité persistante en mauritanie décida un recul du Limes. La maurétanie tingitane (nord du maroc actuel) est réduite à la zone de tanger et est rattachée à la province espagnole de Bétique. La maurétanie césarienne est quant à elle réduite à sa moitié orientale. Entre les deux maurétanies, à l'ouest d'une ligne mostaganem-batna il n'y a plus d'administration romaine, civile ou militaire.

Les berbères se retrouveront livrés à eux-mêmes. La numidie est séparée en deux. Quant à la proconsulaire elle sera partadée en trois provinces ayant respectivement pour chefs-lieux, carthage, Sousse et Leptis Magna. Cependant la réorganisation administrative apparaît rapidement insuffisante. En 289 commençe une nouvelle insurrection berbère dans la région comprise entre la grande-kabylie et le hodna. L'armée romaine locale est insuffisante à l'enrayer et doit faire appel après six longues années de lutte, à l'empereur maximien lui-même qui parviendra à rétablir l'ordre en 297. Ordre relatif, car dans l'armée composée essentiellement de berbères, l'anti-militarisme se répand dangereusement, favorisé ouvertement par l'église qui faisait honorer comme martyrs les soldats ayant refusé de porter les armes et d'obéir au culte impérial. C'est l'une des cause de la grande persécution de dioclétien déclenchée en 303 mais appliquée de façon moins rigoureuse en berbèrie qu'en égypte. Comme au temps de Décius, les apostasies sont nombreuses mais aucun évêque de la trempe de Saint-cyprien ne se manifestera. Au contraire les dignitaires de l'église ne songent qu'à sauver leur peau en composant avec les fonctionnaires romains alors que les laics se laissent conduire fermement au martyre. Cette attitude de lâcheté des évêque aura des conséquences incalculables. Elle est la cause directe de la révolte "donatiste" qui commençera en 311 et durera plus d'un siècle.
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L'auteur : Rachid Yahou
63 ans, Azazga grande-kabylie (Algérie).
Publié le 17 janvier 2009
Modifié le 06 décembre 2008
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