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Kill Bill, vol. 1

Le nouveau film de Tarantino est génial ! Oui, tout le monde le sait... mais pourquoi est-il si bien ? (longue) réponse dans l'article !


En plus de 10 ans, et en 3 films, Tarantino a décroché le statut de réalisateur culte… Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a tendance à prendre largement son temps, et qu'attendre 6 ans pour voir enfin "Kill Bill" n'a fait qu'accentuer le buzz et la pression autour du bonhomme. Et vu l'orgasme collectif des critiques "officielles", on peut penser que Tarantino a encore assuré… Et c'est vrai : Kill Bill, ou tout du moins le premier volume, est ouf !


Ancienne tueuse à gages au sein du Département des Vipères Assassines, sous le commandement de Bill, celle connue sous le pseudonyme de "Black Mamba" se fait flinguer par un commando au cours de son mariage, alors qu'elle est enceinte. Quatre de coma plus tard, la Mariée se réveille, sans bébé, et avec une seule volonté : se venger, avec comme objectif principal : tuer Bill.


"Kill Bill" est présenté comme un condensé d'une tonne de films (approximativement) qu'aurait vu Tarantino, et auxquels il rendrait hommage : westerns, films de sabre, kung-fu, gangsters, "Kill Bill" bouffe à tous les râteliers, et n'hésite pas à mélanger les styles. Postulat numéro 1 : non, le film n'est pas forcément aussi facilement accessible que ce que l'on croit, et voir des combats de sabre aussi longs peut saouler (j'ai dit "peut", c'est purement hypothétique). Postulat numéro 2 : pas besoin de connaître l'encyclopédie du cinéma pour aimer "kill bill", le film s'apprécie énormément même si l'on ne saisit pas le quart des références…

Autour d'une histoire a priori basique, la vengeance coûte que coûte sans la moindre concession, Tarantino réalise un film à la limite de l'exercice de style, où chaque scène est prétexte à une nouvelle idée de mise en scène. Tantôt plutôt futiles, tantôt très utiles au récit, Tarantino nous balance tout ce qu'il a appris sur la réalisation d'un film, le tout formant un mélange totalement hétéroclite, mais pourtant très cohérent : noir et blanc, ombres chinoises, manga, réalisme trash, gore outrancier, tout y passe, et Tarantino semble réellement prendre son pied avec sa caméra… et entraîne le spectateur dans son trip jubilatoire ! Parce que même si l'on peut remettre en question l'utilité de certains choix (le montage non chronologique du film semble beaucoup plus futile que dans "Pulp Fiction" par exemple), ces choix ne nuisent nullement au film, qui y gagne au contraire en ludisme ("Chapitre 1 : n° 2" : d'entrée de jeu, Tarantino s'amuse avec le spectateur)

De même, sous ses aspects fun et déconnants, Tarantino prend beaucoup de risques et rompt avec la production hollywoodienne actuelle. En effet, après des films tels "Matrix" ou "Tigre et Dragon" et tous leurs amis, on commence à être blasé des combats de ouf, des ambiances mystico-orientales, des décors zen qui vont immanquablement être détruits à la fin du film, etc. La plus grosse bizarrerie réside dans le combat final, qui dure plus d'une vingtaine de minutes si mes souvenirs sont bons (et ils sont bons !), où Tarantino ne met aucune musique : loin des habituelles musiques bourrines qui rythment souvent artificiellement un combat, le réalisateur choisit de ne rythmer ses scènes uniquement par les images et son montage… et ça marche ! De même, la seule musique entendue furtivement lorsque Uma Thurman et Lucy Liu se font face dans le jardin japonais et une musique aux tonalités latinos… là où l'on aurait bien imaginé une musique tendance orientalo-zen ! Le combat entre Uma Thurman et Lucy Liu est assez court finalement, comparé notamment aux combats précédents… Bref, Tarantino semble s'affranchir (ou se moquer) des règles classiques des films actuels et crée une œuvre très personnelle et inclassable.

Mais outre sa réussite artistique, Tarantino nous livre également un énorme moment de déconnade limite malsaine ! L'intro est d'un réalisme brut qui fait froid dans le dos et calme direct le spectateur le plus joyeux… Mais "Kill Bill" part graduellement en vrille au fur et à mesure de son avancée, passant de ce réalisme trash au gore le plus guignolesque et le moins impressionnant possible : membres découpés, têtes volantes, sang rouge vif qui gicle, rien n'est épargné. C'est très kitsch, mais jamais moqueur, rigolo mais pas ironique : Tarantino détourne ses références, mais ne les ridiculise pas pour se mettre en valeur. Le point de non-retour a lieu avec la longue (et réussie) séquence d'animation : le dessin adoucissant (selon les censeurs) la violence, Tarantino en profite pour envoyer des litres et des litres d'hémoglobine aux spectateurs… et ne s'arrêtera plus jusqu'à la fin. Encore une fois, sa réalisation fait facilement passer toute cette violence : animation, noir et blanc, contre jour, ça saigne, mais ne choque pas forcément. [NB : Tarantino réalisateur du manga ? Après un long et profond débat avec Wak et Fallen Angel, on s'est dit que oui... Même si c'est pas strictement vrai, il s'est beaucoup impliqué a priori donc bon, soyons fous hein...]

Mais avant cette violence stylisée, Tarantino joue avec les nerfs du spectateur en enfilant des scènes d'une violence plus crue, à peine adoucie par des dialogues bourrés d'humour noir… La scène entre la Mariée, et "Vipère Cuivrée" fait jubiler le spectateur qui assiste à ces combats dans un endroit on ne peut plus banal (cuisine, salon dévasté…) jusqu'à la conclusion qui le ramène brutalement à la réalité : on assiste à une vengeance entre "méchants" et il n'y aura aucune compassion ni aucune morale. Dans l'humour noir, le réveil de la Mariée est également assez horrible : humour monstrueusement (littéralement) drôle quand on entend le médecin agir avec le corps de la Mariée, puis horreur quand on la voit lui soutirer des informations, puis rire (très très) nerveux quand elle se met d'énormes lunettes et se dirige vers la voiture du médecin, un énorme camion jaune appelé Pussy Wagon (baisodrome…). L'humour n'est jamais loin, et désamorce un chouilla la violence, mais reste très noir.

Quant aux combats, ils sont eux aussi très bien mis en scène, et à l'heure des combats bourrés d'effets spéciaux (cf. la conclusion de "Revolutions"), le côté artisanal de Kill Bill reste toujours très efficace. Les chorégraphies sont géniales (signées par le chorégraphe de... "matrix" et "tigre et dragon" ! (comme tous les films actuels ?! rhooo, vous êtes mauvaises langues...)) et si certains passages sont légèrement bordéliques (notamment quand tout le gang de O-Ren Ishii se jette sur la Mariée), la plupart des combats sont trippants ! Le combat entre la Mariée, et Gogo Yubari, garde du corps de 17ans de O-Ren, mi-collégienne mi-psychopathe, est particulièrement jouissif ! Cependant, que ce soit dans les combats ou dans l'histoire, il ne faut pas chercher le réalisme à tout prix : si globalement, tout se tient, certaines aberrations subsistent… Néanmoins, elles ne nuisent pas à mon avis au film, en voyant "Kill Bill" comme une grosse partie de plaisir cinématographique, qui ne s'encombre pas de rendre tous les détails parfaitement cohérents…

Les personnages des films de Tarantino sont hauts en couleur généralement, et "Kill Bill" ne déroge pas à la règle… en particulier en ce qui concerne les femmes, au centre de ce volume 1 : de Uma Thurman, assoiffée de vengeance et ne reculant devant aucune amputation, à Lucy Liu et sa garde du corps d'une froideur absolue, en passant par Vivica A Fox, qui joue sur sa maternité pour faire flancher la Mariée, elles sont toutes explosives et dynamitent le film… Non, il n'y aura pas d'étude approfondie des personnages mais la présentation de chacune, brève mais choc en général, suffit à comprendre qui elles sont et pourquoi elles ne vont pas déconner ! A noter le personnage de l'infirmière sadique de Daryl Hannah sur qui on compte beaucoup pour tout faire péter dans le volume 2… Quant aux personnages masculins, ben ils sont un peu absents ou secondaires dans ce film, mais Bill devrait inverser la donne dans le volume 2. Les acteurs incarnent à merveille leurs personnages, et n'ont pas peur de donner de leur personne, quitte à salir leur image…

La musique enfin, qui est encore une fois très importante dans les films de Tarantino, tient une place centrale dans Kill Bill, que ce soit par son absence lors des combats ou par sa présence parfois étrange mais toujours judicieuse (cette phrase est du branlage intellectuel, j'en conviens). Bref, les influences se mélangent, du western à la musique orientale en passant par des standards passés, et participent largement à l'ambiance du film.

Alors alors, y a-t-il des défauts ?! Le film se traîne un peu de temps à autre, mais "Pulp Fiction" et surtout "Jackie Brown" avait également de nombreuses scènes bourrées de dialogues interminables, qui donnaient à ces films un cachet si particulier… Tarantino fait ce qu'il veut, mais rarement au détriment du spectateur. Et il suffit d'une phrase, d'une image ou d'une musique, pour que ses scènes prennent toute leur importance et relancent l'action (les dernières phrases de la scène d'intro ou de la découverte du massacre dans l'Eglise sont à ce titre hyper importantes). Quant au débat sur un film en ne ou deux parties, on ne saura jamais définitivement si Tarantino voulait un film de 4h ou bel et bien 2 films de 2h, mais cette dernière option ne nuit pas du tout au film… Reste à voir le deuxième pour en être définitivement convaincu, mais là, ça m'a l'air bien parti !

Bref, "Kill Bill" est un film définitivement à part, dans lequel Tarantino manipule et synthétise des tonnes d'influences, donc déjà vu, mais de façon intelligente et très réussie à l'écran. Et encore une fois, vu l'attente suscitée par sa longue absence, cette réussite place définitivement Tarantino parmi les grands réalisateurs. A voir comme un pur trip qui fait plaisir, et pour disserter de longues heures après pour savoir si oui ou non c'est génial (cracher sur le film est le summum actuel de la rebel-attitude), et si oui ou non il faut y voir un lifting des grandes figures mythologiques de la vengeance (Matthy, c'est pour toi : smaaaack !). Quant à la conclusion, il y a effectivement une phrase qui crée définitivement le besoin immédiat de voir la suite… mais loin d'un "Matrix Reloaded", le volume 1 de "Kill Bill" se satisfait pleinement en lui-même, et l'on n'a pas un goût d'inachevé : vivement la suite, ça va saigner !
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Re: Kill Bill, vol. 1
Posté par blorp_hip hop le 04/04/2006 17:50:26
Brav !! Critique excellente. A noter que la musique a été choisie par the RZA (membre du Wu Tang Clan pour les incultes), que Tarantino a croisé dans un restaurant japonais. Ils ont discuté ensemble et finalment notre cher Quentin a offert sa chance au bonhomme pour la BO, et il faut avouer qu'il s'en est très très bien sorti !
Re: Kill Bill, vol. 1
Posté par skizut le 20/08/2004 07:55:23
Désolé mais j'ai pas eu le courage de lire tout l'article...Mais bon...Il a l'air pas mal ce film...
Re: Kill Bill, vol. 1
Posté par cypher22 le 20/08/2004 07:55:23
"la nuit la plus longue", c'est le titre canadien de "une nuit en enfer"... réalisé par Roberto Rodriguez, donc pas Tarantino... Quant à Four Rooms, il a réalisé un sketch, donc un court-métrage... voilà voilà...
Re: Kill Bill, vol. 1
Posté par eljacko le 20/08/2004 07:55:23
Salut bien, j'ai adorer ta critique de ce film qui est en passant plus qu'excellent. Mais je dois te dire que Taratino en est a son 4e film ( Reservoir dogs, Fiction Pulpeuse, La nuit la plus longue et Kill Bill) et qu'il a aussi collaboré au film Despérado et 4 rooms (mettant en vedette madonna).
J'espere que mes info t'on été utile. :)

Bye bye
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Publié le 03 décembre 2003
Modifié le 03 décembre 2003
Lu 1 405 fois

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