FRANCE-JEUNES : TOUTE L'ACTU PAR LES JEUNES !
FRANCE-JEUNES : TOUTE L'ACTU PAR LES JEUNES !
 Sondage :
 Connectés :
274 connectés : 2 membres et 272 visiteurs Voir la liste     







L'absent

"Son cœur bat si fort, et la chaleur de ce corps l'emporte, elle n'existe qu'a présent, qu'à ce moment, depuis mille ans, elle attend de sentir son souffle, enfin la voilà, enfin l'accomplissement, entière, sans le monde, seulement elle, seulement eux"...


La première fois, elle avait 12 ans, mais malgré le travail nullissime du thanatopracteur, malgré le visage qui ne ressemblait plus à ce qu'il était. Elle avait été fasciné d'abord, une sorte d'excitation mentale, face à la mort et sa représentation, face à cette grande question de l'après vie, et en même temps beaucoup d'attention à ce que faisaient les vivants pour permettre le passage. Elle avait étudié la toilette mortuaire, le rituel en lui-même, fascinée par le secret de la vie, et de la mort. Elle pensait en tout bien, tout honneur que c'était une sorte d'initiation à la philosophie que d'être fascinée par cette image, par ces questions. Mais le doute restait, la chaleur de son excitation, parce que ce visage de son jeune ami mort, qui de son vivant n'avait jamais rien déclenché d'autre pour elle qu'une petite sympathie de rien du tout. Le soir, plongée dans son lit, après les questions existentielles et philosophiques obligatoires qui étaient là pour compenser la culpabilité de ce qui se passerai après. Dans le noir de sa chambre, dans la solitude de la jeune fille découvrant les secrets de son corps, la vision du mort allongé, dirigeait doucement sa main à la recherche de plaisirs inconnus. Rien n'y faisait, la seule pensée de ce corps inerte la rendait coupable de son secret, de ses premiers rêves érotiques, qui sont les prémices paraît-il d'une maladie mentale, mais elle dans son lit les nombreux soirs, s'adonnant à la découverte de son corps, elle était encore innocente, mettant cela sur le compte du mystère qui lui inspirait la mort, sans se rendre compte de l'excitation que lui procurait ce mort. Longtemps, longtemps ce souvenir lui serait doux, sans que rien ne vienne changer sa vie.
Grandissant comme tous, elle s'épanouissait aux petits baisers derrière les murs, cultivant les flirts, puis plus tard, active de son corps, elle aimait agir, faire plaisir, mais restait toujours seule, n'aimait pas les mains qui la caressaient, préférait ses propres agissements sur le corps de l'autre.
Elle, adolescente à dix huit ans, passionnée de philosophie, oui parce qu'au fond, depuis ce jour du mort, rien ne l'avait obsédée plus que le sens de la vie, elle s'était persuadée de sa passion, son respect pour les rituels mortuaires, pour les thanatopracteurs,. Ainsi philosophe elle serait, évoluant dans son monde, mais chaque soir, elle se trouvait l'excuse de sa curiosité intellectuelle, mettant son excitation sur le compte de sa passion pour le savoir, elle s'adonnait à son plaisir le plus certain, le plus secret, de ce qu'on garde en nous.
En passant outre ces secrets ces fantasmes, elle était normale, comme vous et moi, car nous aussi parfois avons à rougir de nos fantasmes. Etablissant sa thèse sur Brohm, et son Ontologie de la mort.


Talentueuse elle obtint son doctorat assez vite, mais insatisfaite de cet enseignement trop théorique, elle voulu entrer dans les morgues contempler l'angoisse des hommes de plus près, seulement ses études ne le permettant pas, elle entra chez un thanatopracteur comme apprentie.
Elle, la deuxième fois, seule avec cet homme elle le trouvait beau, d'une beauté qui faisait trembler tout son corps, toute son âme, elle rougissait n'osant pas l'approcher, mais perturbée par ce sentiment qui communément et contrairement à tout les mortels, n'était pas le reflet d'une peur pathologique du mort. Mais plutôt le même sentiment chaud ressenti la première fois, qu'un jeune homme, avait pudiquement glissé la main sous son corsage. Un sentiment de pudeur, comme si il l'avait déshabillé, un sentiment de peur et d'excitation, une fascination malsaine.
Mais bien que perturbée comment aurait-elle pu savoir qu'elle allait devenir coupable aux yeux d'une société, et malade aux yeux de la médecine ?
Studieuse elle s'approcha de sa peau, caressant la peau froide, et le souffle éteint qu'elle sentait, malgré elle. Maquillant l'homme, déformant son visage pour le rendre laid mais présentable. Son patron fut satisfait. Elle troublée rentra chez elle, sans sortir pendant des jours. Sa famille la crut traumatisée de son premier essai.
Mais enfermée chez elle, emprise d'une fièvre extrême, incapable de penser, elle se sentait excitée, dégoûtée de son état, mais elle ne pouvait ignorer, jamais elle n'avait autant fait l'amour avec son compagnon, osant même lui demander de fermer les yeux, de faire le mort, présentant l'acte comme un jeu, où lui devait résister jusqu'au bout de ce qu'elle lui faisait. Elle fut inépuisable, et l'image du maquillé revenait sans cesse, d'abord choquante, l'image n'était que l'image, elle l'avait acceptée, à présent, il y avait son compagnon, elle et lui le maquillé de ses pensées, sans lui, bien sûr l'orgasme y étzit mais ce n'était pas aussi fort, sans lui il n'y avait pas l'excitation juvénile, la perte de raison. C'était le mort dont elle avait besoin pour sa propre petite mort.
Coupable elle l'était elle savait bien que quelque chose n'allait pas, mais que pouvait elle faire, y'a t il un plus grand respect que le désir d'un vivant pour un mort ? Offrir ses envies les plus intimes à celui qui va vers l'au-delà est-ce si incongru ? Les fantasmes sont la même chose, on rêve de choses inaccessibles alors, pourquoi n'aurait-elle pas le droit elle, comme tant d'autre d'assouvir ses fantasmes ? Faire l'amour à un mort, ce n'est pas lui cracher dessus ce n'est pas lui faire honte, c'est lui donner tout ses secrets.


Alors ce fut la troisième fois, elle savait, elle le savait elle était malade coupable, elle savait qu'on la condamnerait, elle une malade mentale, alors qu'au fond elle se sentait morte, elle savait que pour vivre, elle devait le faire, et quoi qu'il en soit, elle était aussi coupable de jouir chaque nuit à l'idée de son acte, que de le commettre.
C'était en Novembre, un homme arriva, mort bien sûr, il était grand les cheveux long, il était mort comme ça : son cœur s'était arrêté. Il était comme l'homme de ses rêves, celui dont elle aurait voulu être la première fois et la dernière fois. Oui on pourrait s'attendre à ce qu'elle s'éveille, que sa raison lui revienne, mais le problème était bien là sa raison était là, et même elle avait compris, que vivre dans le déni, nier ses secrets c'était, elle aussi mourir peu à peu.
Il était nu, et elle voulut lui mettre un joli costume d'homme sérieux, mais il avait l'air trop jeune, 25 ans tout au plus, et elle le savait bien, son prince charmant c'était lui, lui en jean et tee-shirt, lui qui mort, rêvait de vie, et elle qui vivante rêvait de mort. Et ce soir tard, elle l'emmena chez elle, son compagnon absent. Il était lourd oui, mais d'une lourdeur qu'elle ne sentait pas, transportée par sa folie, elle se sentait même prête à jouir sans même l'avoir touché. Elle alluma des bougies, ils étaient là tout les deux, pour la première fois elle comprit, par delà les textes philosophiques par delà les rituels mortuaires elle crut l'entendre lui susurrer les secrets de la mort, il lui enlevait petit à petit la peur de la fin. Elle se sentait vivante, elle se sentait vraie, pour la première fois de sa vie, elle serait en accord avec sa terrible vérité. Et lui seul l'absent le mort serait le juge, alors doucement elle se déshabilla, caressant le corps de l'inconnu, sentant son odeur putride, s'adonnant à le caresser à le mordre, l'entendant même s'essouffler, alors qu'au fond c'était son propre souffle si fort si roc, qu'elle n'existait plus ; plusieurs fois elle crut devenir folle, elle n'avait pas besoin que le mort bouge, elle était maîtresse, elle s'occuperait de lui, voyant dans chaque courant d'air, une manifestation du plaisir pris par notre absent. Epuisée et trempée elle s'endormit contre lui, elle savait déjà que pour la société, que pour les médecins elle n'existerait plus, que personne n'écouterait ou ne comprendrait. Mais elle s'en fichait, elle allongé sur lui, plus jamais elle n'aurait peur de rien et pourquoi le ramener ? Le ramener ça serait laisser sa vie s'en aller avec lui. Alors elle attendit qu'on la trouve. Elle ne dit rien, à personne, malgré les psychologues malgré les pourquoi, elle avait sa raison pour elle, et de toute façon chaque soir depuis ses 12 ans, elle n'avait pas honte d'y repenser encore et encore. Parce que de toutes façons maintenant ses souvenirs lui appartiennent, et si la jouissance c'est de penser à tout ces morts, ces sans vie, si son cœur ne bat que pour ça, ça serait mourir que d'avoir honte de ses désirs.
. Voir tous les commentaires et/ou en poster un (1)
Re: L'absent
Posté par luly le 27/08/2008 16:00:18
Waoo c'est fort ton truc !! C'est fort mais c'est beau et j'aime beaucoup la façon dont tu écris. Et la moral de la fin est on ne peut plus claire ;-)
. Voir tous les commentaires et/ou en poster un (1)
L'auteur : Quand on le fait on est perdu 20 ans plus tard on est vaincu
18 ans, Charvieu (France).
Publié le 27 août 2008
Modifié le 30 juillet 2008
Lu 122 fois

Cet article est un plagiat?
Imprimable (pdf/html)
Deviens membre (0€)
Pourquoi être membre ?
Poste tes articles !
Mot de passe perdu ?
Identification :
Login :
Pass :


News Lettre

Recevoir tous les nouveaux articles dans ta boîte à lettres ? Tu ne prends aucun risque, c'est résiliable à tout moment !
E-mail :


NEWDESIGN    DÉCLARATION CNIL N°752143