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L'Albinos

Plus dure, moins mignonne, un texte court et choquant...


Je n’aime pas quand Mélissa me regarde avec et air-là. Je sens chez elle comme une envie de me hacher menue. Je ne sais même pas ce que je lui ai fait. Mais je suis sa bête noire, les faits sont là.

Parfois, je me demande comment elle réfléchit. Je ne vois pas ce qu’elle peut m’envier ; je n’ai pas d’amies, mes parents ne sont jamais là, je n’ai pas d’autre famille que ma sœur Cyann, et les garçons aiment se moquer de moi, enfin, tous, sauf peut-être un ou deux qui ne me parlent même pas.
Elle a commencé à m’en vouloir quand je suis arrivée dans l’école, au milieu du mois de novembre. La maîtresse m’avait assise à côté d’elle, elle m’avait regardée, pas vraiment intéressée. Je me suis cachée derrière mes cheveux, puis j’ai sorti une feuille et un stylo.

Pendant tout le cours, j’ai bien vu qu’elle n’aimait pas que je suive ce que disait madame Lebon. Mais je ne m’en suis pas souciée.

A la récréation, je suis sortie et je me suis accroupie dans un coin de la cour, avec un nouveau livre que papa m’avait rapporté avant de repartir.
Ça s’appelait Le Lion, et l’auteur était Joseph Kessel, je crois. Mélissa est venue avec ses amies et m’ont demandé ce que je lisais. Je leur ai montré mon livre, et Mélissa me l’a arraché des mains avant de le jeter dans les fourrés qui entourent la grille de la cour de récréation.

Je l’ai cherché toute la soirée, mais je ne l’ai pas retrouvé. Alors je me suis assise sur les marches en pleurant.

Heureusement, Cyann, qui s’inquiétait de ne pas me voir rentrer, est venue à l’école. Elle m’a pris dans ses bras et m’a portée jusqu’à notre appartement.

Cyann est grande ; elle est au lycée et elle a seize ans. Quand maman et papa ne sont pas là, elle invite des garçons, ils me disent d’aller jouer dehors et elle s’enferme dans leur chambre avec eux.

J’aime beaucoup Cyann. Elle m’écoute quand j’ai des problèmes, et elle a toujours quelque chose pour me consoler.

Quand j’ai perdu mon livre, elle m’a donné son beau marque-page, celui avec les tortues en bois. Puis elle s’est à nouveau enfermée avec un garçon, et je suis aller relire dans ma chambre L’île au trésor.

Le lendemain, je n’ai pas voulu sortir à la récréation, mais madame Lebon m’a dit qu’il fallait que je prenne l’air. Alors j’ai pris mon manteau, celui que j’aime tellement parce que c’est Cyann qui l’a cousu, et je suis sortie.
Mélissa m’attendait encore en bas. Quand elle a vu mon manteau, elle a ri. Elle me montrait du doigt, et aussi le manteau de Cyann. Il est beau, ce manteau, il a de grandes poches, il est rouge cerise et la doublure est en polaire beige, comme un noyau. Elles rigolaient à cause des poches, qui sont vraiment très grandes et qui ont de la fourrure vert feuillage, pour imiter les feuilles de cerisier.

Mélissa a touché la fourrure, et quand elle a vu que c’était tout doux, elle m’a dit qu’elle voulait aussi mon manteau.

Je ne voulais pas, alors j’ai couru dans les toilettes des filles et je me suis enfermée. Mélissa et ses copines sont arrivées après.

Elles étaient allées chercher leurs ciseaux en classe, mais elles n’ont pas réussi à ouvrir la cabine dans laquelle j’étais. Alors elles sont reparties, et j’ai attendu la sonnerie pour sortir.

Je me suis vue dans le miroir. Je me suis vraiment trouvée moche, et j’ai vomi. Je me suis rincé la bouche mais il y avait toujours ce mauvais goût.
Une larme a roulé le long de ma joue. Je l’ai essuyée, et j’ai juré que Mélissa ne me toucherai plus. Je le jure.

En rentrant en classe, madame Lebon m’a vue toute pâle. Elle m’a posé des coussins au fond et m’a dit d’aller dormir.

Je lui ai demandé si je ne pouvais pas plutôt lire, alors elle m’a donné un petit magazine plein d’illustrations.

Moi, je voulais Le lion.

A la fin de la journée, je suis rentrée, mais Cyann n’était pas là. Je me suis couchée dans son lit pour sentir son odeur, et je me suis endormie.
Quand elle est arrivée, plus tard, elle m’a portée tout doucement jusqu’au mien, et je l’ai embrassée avant de me rendormir.

Cette nuit-là, j’ai fait un rêve vraiment bizarre. Je voyais Mélissa et sa bande, et de l’autre côté Cyann et moi, et encore de l’autre côté des garçons amis de Cyann. Nous étions toutes les deux dans une cage, comme un globe en verre, et elle me serrait dans ses bras. Les garçons essayaient de casser la cage, et Mélissa les aidait.

Soudain, il y a eu une faille, et tout le globe a craqué. A ce moment, je me suis réveillée. J’avais peur, alors je suis allée voir Cyann.
Un garçon dormait à côté d’elle, alors je suis retournée me coucher.


Ce matin-là, Cyann m’avait fait une natte. J’ai les cheveux très longs, blonds blancs, qui descendent sous mes reins, et Cyann aime les tresser. Donc elle m’avait fait une natte, et avait mis au bout un ruban pourpre.
Je me trouvais jolie, ce matin-là, en allant en classe.

Dans le rang, des garçons me tiraient les cheveux. Madame Lebon les fâchait, mais ils recommençaient toujours.

Cette fois-ci, ils n’ont rien fait. Mais Mélissa chuchotait avec ses amies.
En cours, je me tenais droite, et j’écoutais madame Lebon qui nous parlait de peinture.

Clac. Swip, swip.

J’ai entendu un drôle de bruit, et quelque chose qui s’est effacé derrière moi. J’ai passé la main dans mes cheveux et j’ai crié, crié.
Puis, tout est devenu noir.


Quand je me suis réveillée, madame Lebon se penchait sur moi, et aussi la directrice, que je ne connais pas mais qui fait peur à tout le monde.
Elle m’a donné des bonbons, et quand je les ai tous mangés, elle m’a demandé comment j’allais.

J’ai essayé de parler, mais je n’ai pas réussi. Alors madame Lebon a posé une couverture sur moi, et m’a embrassé sur le front.

Ce n’était pas comme les bisous de Cyann, c’était beaucoup plus adulte, moins sucré, mais j’aimais bien quand même.

J’ai passé ma main dans mes cheveux. Ma natte. Oh, ma natte. J’ai senti les yeux me picoter ; je ne voulais pas pleurer, mais je n’ai pas réussi. Madame Lebon avait l’air tout désolé. J’ai souri, mais elle a bien vu que ce n’était pas un vrai sourire.

Quand je suis sortie, avec mes cheveux tout courts, les mamans m’ont regardée bizarrement. Une dame a même dit à une autre que ma mère a moi devrait faire plus attention et n’était pas responsable.

Je tenais ce qui restait de mes cheveux dans ma main. Blancs, raides et fins et tout tressés, avec encore le ruban au bout.

Cyann, en me voyant, a hurlé de rage. Elle voulait tuer les filles qui avaient fait ça, mais je me suis collée à ses jambes pour l’empêcher de faire des bêtises.

Elle m’a caressé les cheveux et m’a promis qu’on allait les arranger. Elle me les a lavés, tout doucement, et quand elle a eu terminé, elle les a bien regardés.

Ils me descendaient un peu au-dessous des oreilles. Elle a pris des ciseaux, et j’ai eu peur, mais elle m’a calmée. Elle a coupé tout doucement sur les côtés, pour que mes cheveux continuent de me tomber dans la figure comme j’aime, puis derrière, elle a fait quelque chose a deux étages, un plus haut qui s’arrondit sur celui du dessous, et un autre qui me couvre un peu la nuque et qui darde vers l’extérieur.

J’aime beaucoup, mais Cyann préférait mes cheveux très longs.
Elle a récupéré la natte, et a séché ses larmes, parce qu’elle avait pleuré. Puis, elle a démêlé trois brins de cheveux et les a mis dans une petite bourse en cuir qu’elle m’a mise autour du cou. Dedans, il y avait aussi une petite pierre brillante, elle m’a dit que c’était une pierre appelée œil de chat, puis elle a mis un noyau de cerise et aussi une plume de faucon qu’on avait ramassé ensemble en se promenant dans la campagne.

Et je suis encore retournée à l’école le lendemain.

Mélissa, en me voyant, m’a montrée du doigt. Les garçons aussi m’ont regardée, mais je m’en fichais.

Je m’en fiche.

La journée s’est presque passée sans problèmes, à part quand Mélissa m’a pris mon stylo, celui en forme de vipère à cornes, que Cyann m’avait donné. Mais je lui ai tordu le bras et elle me l’a rendu. Après, elle est allée se plaindre à une surveillante, et elle m’a dit de copier cent fois une phrase débile et de lui rendre demain.

Par contre, en rentrant, ça allait beaucoup moins bien. Il y avait trois garçons dans la chambre de Cyann, et je l’entendais qui criait, qui hurlait, qui pleurait, alors je suis entrée.

Un garçon qui était tout nu s’est retourné, il avait les yeux fous et un sourire méchant. Ses copains n’étaient pas tout nus, mais ils avaient quand même enlevé leur pantalon.

Quand Cyann m’a vu, elle m’a crié de m’en aller. Mais le garçon tout nu l’a giflée et elle est retombée.

Un des garçons m’a attrapée sous les bras et a essayé de me forcer à me mettre à quatre pattes. J’ai crié très fort, alors il a mis sa main sur ma bouche. Je l’ai mordu du plus fort que je pouvais.

Il a crié et m’a lâché la bouche, mais pas le bras, alors je lui ai planté mes ongles dedans, mes dents dedans, et il a fini par lâcher ; je suis sortie en courant, j’avais peur, froid, et j’entendais Cyann crier mon nom et me dire de partir.

Je suis restée dans la cour en bas de l’immeuble, cachée dans un arbre.
Finalement, j’ai vu les garçons ressortir, en riant et en se tapant les épaules.

Je suis remontée très vite, et j’ai vu Cyann toujours couchée par terre. J’ai eu très peur parce qu’elle était toute nue, et qu’il y avait un peu de sang à côté d’elle.

J’ai enlevé tous mes vêtements, et je me suis couchée à côté d’elle. Je l’ai serrée dans mes bras, fort, très fort, du plus fort que je pouvais. J’ai eu peur qu’elle meure comme Mamie l’an dernier, mais elle a ouvert un œil. Elle avait l’air très malade.

Je l’ai embrassée, elle m’a serrée aussi dans ses bras et nous nous sommes endormies.

Le lendemain, Cyann ne m’a pas grondée quand je lui ai dit que je restais avec elle. Elle m’a embrassée, puis elle m’a demandé si j’allais mieux. Je m’en fichais.

Je m’en fiche.

Je voulais juste savoir si c’était elle qui avait mal. Elle m’a dit que non, plus maintenant, alors nous nous sommes habillées, elle m’a prise dans ses bras et nous sommes allées à la pharmacie. Elle a demandé une pilule pour demain, mais je n’ai pas bien compris, puisqu’elle l’a eue tout de suite. Elle l’a mangée et m’a dit de ne pas parler de ce soir-là.

En rentrant, on a nettoyé notre petit appartement ; juste la cuisine, nos chambres, la salle de bain et l’endroit où il y a la télévision en noir et blanc. Cyann a aussi changé les draps. Puis, elle m’a caressé les cheveux et m’a dit de ne pas regarder.

Elle a pris les ciseaux, et toute seule, a coupé ses cheveux bruns, jusqu’à ce qu’on voit son crâne.


Et c’est à ce moment que j’ai compris que la vie allait devoir continuer.
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Re: L'Albinos
Posté par emy.goldman le 28/08/2004 16:40:47
Au fait, ça fait super longtemps que j'ai lu ton texte, j'y avais même réagi (plus de deux ans il me semble, mais je voulais encore te remercier parce que c'est un peu grâce à toi que je me suis motivée à écrire...
Merci.
Re: L'Albinos
Posté par baharamuh le 20/08/2004 07:47:44
C'est emouvant, vraiment il faut pouvoir le raconter bravo pour cet article.
Re: L'Albinos
Posté par gold32 le 20/08/2004 07:47:44
wow il est super ton article
chapeau
Re: L'Albinos
Posté par le 20/08/2004 07:47:44
ton article est trop beau... t'écris bien!bravo!j'espère que t en réécriras!
Re: L'Albinos
Posté par princ-s le 20/08/2004 07:47:44
cette article est le plus beau que j'ai jamais lu et je peux meme dire qu'il a reussit a me faire verser une larme tu as beaucoup de capacité ne les perd pas
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Publié le 09 juillet 2002
Modifié le 09 juillet 2002
Lu 3 929 fois

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