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La fille à la fleur

Approchez, que du sexe; et une histoire de fleur un peu louche.


Il marchait dans la nuit commençante. Un pas un peu nonchalant. Déjà en retard. Il fallait se presser ; on l'attendait.
On, ce n'était pas elle, rationnellement. Mais, il y avait ce peut-être. Ce peut-être qui était alimenté par des trips sémiotiques.
Ce peut-être, c'était sa douce folie. Ca durait depuis une semaine. Il allait savoir.

Il croisa une petite lolita. Elle revenait de la fête, probablement. La nuit précédente, il avait pu en voir des centaines. Des clones. Un carnaval de salopes libidineuses. Il s'était perdu dans leurs pupilles dilatées. Il s'était senti médiocre. Pervers, oui, pervers ; c'était le mot.
Ca arrachait.

Pourtant, ce n'était pas sa faute, au fond, s'il avait l'air trop jeune. Ce n'était non plus guère critiquable d'être obnubilé par ces putains de nymphettes aux pantalons taille basse. Les fleurons du postmoderne. Elles n'attendaient que ça.
Se faire prendre au pied d'un tronc.
Mais, il n'avait qu'observé.

Oui, c'était critiquable.

Tout ça, il l'avait pensé en une fraction de seconde. A peine. Car il s'était doté d'un qualificatif pour nommer son obsession : "envoûtement".
Le mot était dans sa poche. Il ne le quitterait plus. Et, désormais, chaque fois qu'il l'utiliserait, il aurait mal. Mais pas ce mal flasque de l'inconnu ; celui-ci serait net, défini. Il aurait une matérialité calculée qui le contiendrait.

Alors, il testa furtivement son potentiel de séduction. Il regarda la pauvre pute – douze ans probablement ! Il maintenait sa posture : "envoûtement, envoûtement ; elles m'ont simplement jeté un sort".
Droit dans les yeux. Elle rencontra son regard. Elle baissa les yeux.

Parfait. Elle avait eu ce petit temps d'hésitation. Ce bref moment qui trahissait sa feinte indifférence de préadolescente trop fière. Il pouvait espérer.

Espérer. Espérer. Ca lui rappelait ce qu'il venait faire à cette sale Fête des fous. Organisée un 11 septembre !

Il s'attarda sur la coïncidence. Puis, il revint à l'essentiel :

- Patrick, tu devrais te chercher une copine ! Cherche ! Cherche !
- Pourquoi ? Pour toi, c'est une ascension sociale de sortir avec une miss ? ! Moi, ça me ferait chier de traîner toujours avec une fille dans mes pattes.
(il le pensait vraiment. Pour l'instant.)
- Et la fille à la fleur ? Elle t'aimait bien, elle. Elle n'est pas moche. Peut-être un peu jeune...

L'autre, c'était son grand frère. Bizarre, son frère, l'homme qui était arrivé ; pourquoi lui disait-il cela ?

C'était à Barcelone. Sur une plage, une semaine plus tôt, les deux, la bière à la main. Le mot était sorti comme ça, la fille à la fleur.
Alors, peu à peu, chez lui, le mot s'imposait. Il devenait nécessaire. En parlant d'elle, son frère avait institutionnalisé son amour d'enfance. Cela avait suffi pour tout balayer. Tous ses efforts pour l'oublier.
Anéantis.

Barcelone. Il y était déjà allé. C'était il y a deux ans. C'était pour la fuir. Ou plutôt fuir tous ces mensonges qui tournaient autour d'elle.
Elle n'y était pour rien. Ce n'était que lui qui avait cette propension innée au malheur. Il tenait lors de cet été-là le bonheur en pleine main. Lui, le malchanceux. Lui, le poète du Néant.
Il avait fallu qu'il le broyât lamentablement.

Non, en fait, elle avait filé. Un jour, elle ne l'avait plus regardé. Elle était partie comme ça, l'air de rien. Sa mère l'attendait. Et ce fut tout.
Oui, ça s'était passé comme ça. Sans qu'il s'en aperçût vraiment.

Et puis, il y a deux ans, il avait des perspectives merveilleuses qui se dressaient devant sa face ambitieuse !
Alors, elle devait être rapidement reniée. L'université ; il y en aurait des milliers comme elle.

Quatre semestres plus tard, il ne s'était jamais fait une seule amie à la faculté.


Se rendre à cette orgie, ce n'était que pour elle.
Depuis une semaine, il n'y avait qu'elle. Il s'imaginait ce qu'il allait lui dire quand il la verrait. Il répétait, il répétait, en sachant que ce serait le seul rôle de sa vie. L'unique rédemption.

Et, s'il n'y avait seulement qu'une chance sur mille pour qu'elle se décidât à venir à cette pathétique manifestation collective d'une jeunesse qui se mourait dans des danses masturbatoires, c'était une raison suffisante pour y aller aussi.


Le château ; c'était là.

On y était.

Deux, trois choppes. La soirée se dilatait.

Tout l'Avant allait vite. C'était l'Avant ; ce n'est rien.
Le château, c'est le monde du Ca. Elle, c'est sa Guenièvre. Mais, elle n'est encore qu'un fantasme. Ou un souvenir. "Un souvenir fantasmatiquement réactualisé".
Il était sur la tour, elle était en bas. Il ne le savait pas, mais il aurait voulu s'y jeter, déjà.

La Fête des fous. Un monde qui s'amuse sur une si étroite scène. Et lui, il regarde. Elle, elle, elle est là !

C'était si étrange. Il avait d'abord vu son copain. Un pauvre type, probablement. Puis, il avait cherché une fleur dans la foule.
Puis, c'était elle.

Tout. Tout. Tout avait concouru pour qu'ils fussent les deux, ce jour-ci, à cette même place. Ils ne fréquentaient jamais les mêmes lieux. Ils n'auraient plus dû se croiser. Ils étaient deux étrangers dans un monde qui leur était si hostile. Elle survolait. Il souffrait. Leur connivence se réalisait parfaitement.

Il n'y avait que ces minces signes dérisoires.
Mais, plus tard, ils en riraient, comme on rit des truismes qui baignent notre existence.

Ils discutèrent une heure. Le temps sautillait. Et s'il se créait de minuscules nœuds silencieux, les mots les dénouaient rapidement.

Quand ils parlaient, ils avaient l'impression superbe de se croquer. Ce n'était pas le sens qui importait; ils se connaissaient par cœur.
Ce n'était que les sons.

L'ironie, qui avait été leur invitation première, disparaissait peu à peu. La fête des fous, c'était alors simplement la foule. Les autres. Ca ne comptait plus.

Il y avait maintenant l'exquis "Nous".
Nous et le monde.

Peu à peu, on parlait du plaisir de se revoir. De la vie, simplement.
Les murs – du temps, de l'envie frustrée, de la société engluante– se cassaient magnifiquement.

Les lumières, ce n'était que pour eux.


Je suis parti. Un peu tôt peut-être.

Mais j'emportais un cadeau. Il était d'une beauté mystique. Il était lourd aussi.

Ta promesse. Lancée aux étoiles : "On ne se perdra plus".
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Publié le 24 décembre 2004
Modifié le 06 novembre 2004
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