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La Mort Jeune

Une nouvelle écrite au moment de mes réflexions sur la mort... C'est peut-être sombre mais voilà ce qu'il en résulte...


On pense que le temps passe plus vite quand on est mort... Moi je peux vous assurer que ce n'est pas vrai du tout. Parce que quand on est mort, on peut oublier des moments de vie comme on peut s'attarder sur d'autres...

Je suis morte un lundi matin en allant en cours, comme tous les matins. Une chaussée glissante, un conducteur pas très bien réveillé, et moi qui traverse pas au bon moment. Je dois avouer que ce jour-là je n'ai vraiment pas eu de chance.
Je peux dire que je n'avais pourtant pas envie de mourir. C'est bizarre, la mort : même un millième de seconde avant de se rendre compte que c'est fini, on a encore plein de projets dans la tête, surtout en pleine adolescence.

Pourquoi la mort arrive-t-elle toujours au moment où on s'y attend le moins ? J'étais heureuse, pleine de projets, et j'avais même rencontré une ébauche d'amour ce week-end là !

Je m'appelle Linia, et j'avais 17 ans quand tout ça est arrivé. Ma vie n'était pas compliquée, comme la vie de tous les adolescents, je suppose... Je vivais tranquillement dans une petite ville de Bretagne, Muzillac, entre mes parents, mon frère de 22 ans et ma soeur de 14, entre mes amis, que je connais depuis le cm2 pour la plupart, et les cours, que je suivais assidument. J'adorais aller au lycée. Pourquoi crache-t-on tout le temps sur la chance que l'on a d'aller au lycée, de faire des études, de se cultiver ? mes parents me disaient que les études me protégeaient du monde réel. Je pense que c'est pour ça que j'aimais à y aller, et que j'angoissais l'entrée en fac : dans le premier cycle de l'éducation on est protégés du monde qui nous attend, on en a pas vraiment conscience.
C'est ça qui est génial : l'insouciance y est maîtresse.
J'étais en terminale L. On en était aux vacances de Pâques, et c'était sympa de s'angoisser en se disant qu'il ne restait plus que deux mois avant les grandes vacances... avant la grande aventure... la fac, les prépas, on s'y préparait, on en parlait entre copains, et une même opinion revenait : je veux pas y aller ! c'est vrai que ça signifiait beaucoup : quitter le cocon familial pour aller tenter sa chance à Vannes, Rennes, ou Nantes... on a beau dire, l'idée de partir nous tracassait, car ça semblait signifier pour nous devoir tous se séparer pour bosser, pour se retrouver dans dix ans sans même se reconnaitre...
Ca me semblait assez inconcevable. Je veux dire, on était une bande de copains que rien ne semblait pouvoir séparer, et les disputes n'avaient jamais terni l'éclat de notre amitié commune. On était six : moi, Océane, Vallie, Florence, Max et Hugo. a nous s'ajoutaient encore d'autres amis, mais nous étions vraiment tous les six ensemble. Océane et Hugo étaient avec moi en cours ; Vallie, Flo et Max étaient en terminale es. Nous nous connaissions depuis le cm2, date à laquelle nous avions participé tous les six à un concours de dessin, et nous nous étions retrouvés au collège dans la même classe.
L'amitié est une valeur très importante à l'adolescence. Je crois même qu'à cet âge-là on privilégie les liens d'amitié aux liens familiaux. Peut-être parce que l'on a l'impression qu'ils vont être plus éphémères... la famille est là depuis que nous sommes nés, alors on a moins l'impression qu'on risque de les perdre. C'est bizarre comme sensation.
Toujours est-il que le week-end précédant mon accident nous avions prévu de partir le week-end du 8 mai à la mer dans une maison de campagne appartenant à la tante d'Hugo. ça nous faisait un long week-end de 3 jours, et nous étions raiment contents de pouvoir partir le week-end suivant dans les Landes.
Avec ma famille tout se déroulait également pour le mieux... Mon père, chauffeur routier, était encore en déplacement, mais devait revenir le mercredi, chargé de cadeaux pour l'anniversaire de Léa, qui allait fêter ses 14 ans. Avec ma mère, institutrice, nous préparions en cachette une fête pour cet évènement auquel elle semblait attacher beaucoup d'importance. Mon grand frère, Bastien, était parti pour trois mois au Canada rejoindre sa petite amie, et devait revenir deux semaines plus
tard.
Je n'avais pas de petit copain, chose qui semble étrange pour une adolescente normale. Je préférais me consacrer à mes amis, à ma famille, et rechercher vraiment celui qui saurait me comprendre, plutôt que d'enchainer les conquêtes inutiles. Un jeune homme cependant retenait mon attention : Evan avait 18 ans, était en terminale S, et je l'avais connu par l'intermédiaire d'Hugo. Il arrivait toujours à me faire rire, et j'avais l'impression qu'il était le seul à vraiment comprendre ma personnalité, mes humeurs, et à les respecter. Nous passions souvent le mercredi après-midi ensemble, il m'aidait en maths, et je l'aidais en philosophie.


Ce lundi matin-là je pensais justement à lui en partant de chez moi à pied. Je voulais lui parler d'une émission que j'avais vu la veille, de laquelle nous avions parlé je crois. Le lycée se trouve à quinze minutes de chez moi. Je ne regardais pas la route en traversant, absorbée dans mes pensées, et entendit le bruit de frein trop tard. Je tournais la tête, vit une masse rouge se précipiter sur moi, et les yeux affolés de la conductrice. Boum. Le choc. Je suis morte sur le coup. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, pourquoi je pense encore à l'heure qu'il est. J'ai vu mon corps d'au dessus, et j'ai vu la conductrice affolée sortir de sa voiture, aisni que quelques passants se précipiter sur moi. "Appelez une ambulance ! appelez ses parents ! vite ! " Quelqu'un se saisit de mon portable qui se trouvait dans ma poche, et appela les urgences, puis mes parents. Je voyais quelques élèves du lycée se tenir à quelques mètres de moi, l'air horrifié, tétanisés, se demandant si "la fille qu'ils connaissaient" était morte ou seulement blessée. Ils furent convaincus par l'arrivée des ambulances, qui, après m'avoir déposé sur une civière recouvrirent ma tête d'un drap blanc.
Je passerais les détails du chagrin de mes proches. Je ne pensais pas que je manquerais à autant de personnes.


Il m'arrivait souvent d'imaginer mon enterrement quand j'étais adolescente. Dans les moments de cafard, je me demandais qui viendrait. Quelles seraient leurs réactions. S'il y aurait des gens que je n'aimais pas... J'avais souvent peur de mourir avant d'avoir pu dire à mes proches ce que je ressentais pour eux. D'avoir pu leur dire à quel point je les aimais... ou les détestais. C'est pour ça sans doute que j'essayais d'être le plus franche possible avec ceux qui m'entouraient. Même en ayant souvent imaginé mon enterrement, je fus surprise en voyant comme il se déroulait. J'avais un jour dit à Flo que si je mourrais jeune je voulais qu'elle lise mon journal, ainsi que tous mes proches, mais je ne pensais pas qu'elle s'en souviendrait. Elle le lut, ainsi que mes quatre autres amis et ma mère. Ma soeur dit qu'elle voulait le lire mais plus tard, "à son âge, comme ça je saurais ce qu'elle ressentait".
Dans ce journal j'avais notamment écrit que je ne voulais pas d'un enterrement sombre, mais d'un enterrement gai, avec des couleurs, parce que je pense qu'on rend plus hommage à une personne en l'honorant de belles couleurs, qu'en sombre, noir. Je pense que l'adieu en est ainsi rendu plus facile.
Ma mère suivit à la lettre mes "instructions". Je fus étonnée de voir avec quel courage ma mère surmonta cette épreuve. Elle passa le premier soir à regarder les albums photo avec ma soeur, en se remémorant les souvenirs, et à partir du deuxième jour elle se transforma en véritable organisatrice. Je n'avais jamais vu ma mère occupée comme cela, se tuant presque à l'organisation. Je sais maintenant que tout est bon pour oublier qu'un proche est mort... Je ne pensais pas qu'autant de monde viendrait à mon enterrement. ça me toucha beaucoup.
Ils semblaient vraiment éprouver de la peine pour ma mort, et je vis beaucoup de larmes couler... J'aurais voulu revenir vers eux, tous les serrer dans mes bras, en leur disant "je ne comprends pas plus que vous pourquoi il en est ainsi... Mais sachez que je vous aime tous... ". C'est horrible cette sensation. Je vois mes proches, je les comprends, les écoute, les voit parler, je peux les toucher, mais eux ne ressentent rien. Dans "Sixième Sens" les personnes ont froid quand un fantôme est près d'eux. En Amérique seulement apparemment... Mes proches ne sentent même pas une présence alors que je suis en permanence à leurs côtés.
Mes cinq meilleurs amis ont décidé de se faire une heure de temps en temps où ils se remémorent les meilleurs moments passés ensemble. C'est horrible. Des fois on dirait qu'ils guettent mon arrivée, ils regardent la porte. Mais non. Je ne viendrais pas cette fois... Ils ont vite arrêté ces petites séances. Trop de souffrance...
Pour en revenir à mon enterrement... ça fait bizarre de parler de son propre enterrement. Quel est le vivant sur Terre qui rêverait d'en parler ? ? aucun.
Ce fut un bel enterrement, si on peut parler d'un enterrement en termes de beauté, avec plein de couleurs comme je l'avais demandé. Mon frère et mon père étaient là, et c'est la première fois que je les vis pleurer. Beaucoup de monde du lycée était là également : toute ma classe, et ceux qui me connaissaient plus ou moins avaient fait la démarche de venir jusque dans l'église pour me dire adieu.
Florence et Océane ont voulu faire un discours, et je l'ai vraiment trouvé beau...
- C'est bizarre comme à l'adolescence on refuse l'idée de la mort comme quelque chose de possible prochainement. Nos grands-parents risquent de mourir, mais au fond de nous, on s'y prépare, ils ont déjà eu une vie remplie d'émotions, une vie passée, et leurs plus beaux moments sont passés. Les personnes malades vont mourir, mais à partir du moment où elles sont malades on s'y attend, on s'y prépare aussi. Pour une adolescente, comme Linia, on ne s'y attend pas. On fait des projets; on rit, on est vraiment insouciant... Je pense que si autant de jeunes sont ici aujourd'hui, c'est parce qu'ils se sont rendus compte à quel point la mort est proche de nous... elle arrive si vite... on n'a même pas eu le temps de lui dire'au revoir'. On ne peut pas lui dire aujourd'hui à quel point sa présence nous manque, le simple fait qu'elle ne soit plus là nous dérange. Au début on pensait vraiment qu'elle allait revenir, que ce n'était pas possible... Pourquoi elle ? elle ne le méritait pas. Elle avait plein de projets en tête, voulait une vie heureuse, elle respirait la joie de vivre... pourquoi elle ? Dieu a sans doute voulu nous prévenir que la mort frappe à tout moment... Linia, aujourd'hui, nous voulons te rendre un dernier hommage. Nous t'aimions tous, tu faisais partie de notre vie, et tu feras à présent partie de notre coeur. Florence s'arrêta là, elle pleurait. Si j'avais pu, je serais venue, j'aurais crié que non, je n'étais pas partie, que j'étais toujours là, près d'eux, que je les soutiendrais toujours... Mais j'étais condamnée à rester là, impuissante, sans pouvoir rien dire, à regarder la scène d'en haut. Ma mère fit également un discours, court, qui fut écourté par ses larmes d'ailleurs, mais où l'essentiel fut dit.
- Linia, depuis que tu es toute petite, tu m'a apporté tant de bonheur... tu resteras à jamais dans mon coeur ma toute petite fille. Excusez-moi...
Le reste passa très vite. C'est pour ça que le temps n'a aucune notion quand on est mort : je m'étais concentrée sur le discours de Flo et Océane, celui de ma mère, et ce laps de temps m'avait paru aussi long que la semaine qui suivit.


La vie reprit peu à peu son cours pour tout le monde. J'entendais des fois parler, par des gens que je connaissais à peine, de "Linia, tu sais, la fille qui est mort en avril dernier... c'est arrivé si vite ! n'empêche, ça arrive vite les accidents"... d'un certain côté, une mort subite peut aider les gens à comprendre la fragilité de la vie. c'est vrai, au fond, on n'a jamais l'impression que l'on va mourir... surtout quand on est jeune. Je pense que plus on vieillit, plus on y pense. Je n'ai pas vieilli... Je n'ai pas vraiment eu le temps d'y penser.
Ma famille se ressouda après cet accident. Mon frère ne repartit pas au Canada. Je crois qu'il s'en voulait de ne pas avoir été là juste avant, pour capter mes derniers moments de vie. Il ne voulait pas commettre la même erreur avec mes parents, et avec ma petite soeur. Mon père se fit également plus présent : il acceptait moins de partir.
Mes amis ne partirent pas au bord de la mer cette année-là. Ils choisirent un autre endroit, dans la campagne, et en juillet, pour aller faire du camping, et plus que eux cinq. Ils avaient invité d'autres amis. Je pense qu'ils avaient peur de se retrouver avec la mémoire d'une morte...
Je suis morte trop jeune. J'avais encore beaucoup de choses à vivre, je n'avais que 17 ans, et Dieu a décidé de me retirer la vie à ce moment-là. Je pensais à mes amis, à ma famille, au devoir de maths que j'allais devoir faire ce matin-là, quand un coup de freins tardif a coupé court à tout ça. Je ne pensais vraiment pas mourir, c'est arrivé trop vite, j'aurais vraiment aimé avoir le temps de dire "Au revoir"; à tous ceux que j'aime. Ils ne le sauront jamais...
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Re: La Mort Jeune
Posté par psychopate 2500 le 20/08/2004 07:48:16
alalalala, je comprend exactement tout ce qui ai ecris dans cet article, moi je pense souvent à la mort et je sais qu'elle peut arriver à tout moment, et ca me fou vraiment les boulles, j'ai envie de faire plein de chose avant que ca arrive, et je veux faire quelque chose de bien dans ma vie, c pour ca que je dis :
foncez dans la vie et faites tout ce que vous voulez faire ou vous le regreterez plus tard !
Re: La Mort Jeune
Posté par tit_jo67 le 20/08/2004 07:48:16
1 de mes potes à son copain qui est mort : c'était à strasbourg en octobre 2002. Il avait 16ans et venait de commettre un vol. Il était en faute mais c'est vraiment débile de faire des conneries pour mourir ensuite.
Re: La Mort Jeune
Posté par maxim le 20/08/2004 07:48:16
salut je m appelle Franck je viens un peu de vivre se que tu as vécu car on est un lundi,moi j ai 26 ans j ai une amies auquelle sa fait 6ans que je suis avec ,on a decider de se marier en Aout et demain je dois aller chercher ma nouvelle voiture (une 206 neuve)et je vais parti des Pompiers.toute aller pour le mieux jusqua 16h et je decide de prendre ma moto et aller ou je ne sais ou.Voila je suis sur la route et d un coup je me retrouve a terre plaquer contre le sol et je suis mort. je ne sais pas comment si c est a cause d une voiture ou autre chose je ne sais pas.moi non plus je ne voulais pas perdre la vie elle est si injuste
Re: La Mort Jeune
Posté par beretnice le 20/08/2004 07:48:16
je trouve ton texte magnifique et tres emouvant . Pour moi il fai parti de chose q`on li ,q`on voi ou q`on vi et l`apres est different il ne va pas changer radicalement ma vie c sur, mai il ma permis de reflechir .Merci
Re: La Mort Jeune
Posté par petite marie le 20/08/2004 07:48:16
Coucou à tous !
tout d'abord je suis désolée de pas avoir répondu plus tôt à vos messages mais là où je suis en semaine je n'ai pas internet, je dois attendre le week-end...
Pour tous ceux qui parlent de choses scientifiques, franchement je m'en suis pas préoccupée quand j'ai écrit cette nouvelle, vu qu'en plus j'étais en term L (et oui, possibilité d'avoir maths en L..option de 3h...).En fait je l'ai écrit à partir des réflexions que je me suis faite sur la mort, et non ce n'est pas tiré d'une histoire vraie...
Merci en tout cas pour vos messages super gentils ça m'a vraiment fait plaisir, j'aurais pas pensé qu'autant de personnes le liraient !! et dsl de pas avoir répondu à chacun individuellement g po le temps...
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Publié le 16 octobre 2002
Modifié le 16 octobre 2002
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