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La révolte des galoches (suite et fin)

Pour tout ceux qui ont envie de connaître la fin de l'histoire.


_ "Quand j'étais dans ce collège, à cette époque là, la guerre n'était pas encore finie. Galoche était déjà là, lui, et il y est toujours, et je crois qu'il y restera jusqu'à la fin des fins.

Une histoire croustillante sur Galoche ?!
J'oubliais bien vite mon ressentiment, et me tournait tout à fait vers mon frère, afin de ne pas perdre une miette de son récit.
_ "Nous ne comprenions pas bien pourquoi, mais à cette époque, dont je te parle, il arrivait des nouveaux élèves tous les jours.
Nous en avions déjà quatre dans la classe, et ceux d'entre nous qui partageaient leurs pupitres avec eux étaient bien serrés, à trois sur des bancs pour deux.

Ces nouveaux élèves arrivaient toujours dans le même état. Ils étaient maigres, à faire peur, vêtus de guenilles, propres, mais de guenilles, et surtout, ils ne parlaient pas. Leurs yeux étaient si noirs ! On osait pas même les regarder, ni leur parler. Pendant les récréations, ils se mettaient tous ensemble dans un coin, ils se parlaient rarement, même entre eux. Lorsqu'ils se déplaçaient, ils le faisaient avec une grande lassitude, comme le font les vieux.
Ils jetaient autour d'eux des regards affables, parfois inquiets. Et pour nous, qui regardions de loin, cachés derrière les platanes de la cour, c'était un peu effrayant. On aurait dit des grands -pères, oui, des grands –pères, enfermés dans des corps d'enfants.

C'était effrayant, mais pas cocasse. Personne n'aurait jamais osé se moquer de l'un d'entre eux, et si jamais un petit malin s'y était amusé, l'un de nous lui aurait sûrement fait payer son peu d'humour.

En cours, c'était la même chose, ils restaient inertes, les bras croisés bien comme il faut, le dos droit, suivant intensément chaque déplacement du professeur, comme s'ils avaient peur qu'il ne disparaisse. Du coup, nous n'osions plus faire de farces, ni même rire, il y avait dans la classe une ambiance de guerre, une ambiance de mort.

Je me suis donc arrêté, moi aussi, de blaguer. La classe était devenue aussi sérieuse que celle de Monsieur le censeur. Pas un bavardage, pas un bruit, on entendait que les paroles de Galoche, résonner à travers la pièce, et nous écrivions, plongés sur nos cahiers, jetant de temps à autres des regards furtifs vers ces êtres étranges qui ne nous les rendaient pas.

Un jour où il y avait de l'orage, la classe était sombre, plus sombre que jamais, et nous devions faire des efforts, malgré l'éclairage, pour lire le tableau. Tout à coup, sans crier gare, sans même frapper, un petit de sixième est entré en trombe dans notre classe, il s'est arrêté, nous a regardé, a regardé Galoche et lui a dit :
_ "Monsieur, ils arrivent."
Il était essoufflé, le gamin, il respirait très vite, il était inquiet, et nous nous demandions qui pouvait bien arriver, ce qui se passait.
Galoche a regardé les quatre nouveaux qui se levèrent tous en même temps, observant la cour par la fenêtre, tout à coup aussi essoufflés que le petit de sixième, mais par la peur. Il y eu une grand silence, le sixième regardait Galoche, Galoche regardait les nouveaux, nous, les autres élèves, jetions des regards inquiets autour de nous.

_ "Venez, mes enfants, venez vite.
Les nouveaux se précipitèrent vers Galoche, puis ce dernier nous regarda tous, son regard se fixa sur moi. _Jules, venez aussi.
Je ne comprenais absolument rien de ce qui se passait, je me levais en vitesse, et vint me mêler à ces nouveaux. Galoche me pris par les épaules, brusquement, et, me regardant dans les yeux avec une inquiétude que je ne lui connaissais pas, il me dit :
_Jules, emmenez les dans la permanence, au fond de la salle, il y a une bibliothèque, poussez- la vers la droite, il y aura un renfoncement, dans le mur.
_Vous, dit il en pointant le doigt vers les quatre nouveaux, vous vous y cacherez, et Jules, vous reviendrez ici, sans courir, sans vous presser, si on vous questionne, vous direz que vous étiez à l'infirmerie. Vous avez compris ?
_Oui, monsieur.
_Alors allez !"


Nous nous sommes rués dans les escaliers, nous avons couru plus vite que nous ne l'avions jamais fait, plus vite que si des soldats eux mêmes nous poursuivaient, nous visaient de leur fusil.
Lorsque nous sommes entrés dans la permanence, il y avait des élèves, qui, punis, écrivaient leurs lignes, penchées sur leur pupitre. Ils se retournèrent tous d'un bond, en nous voyant débarquer ainsi, sans même frapper.
J'étais paralysé, devais-je suivre les indications de Galoche, même s'il y avait quelqu'un dans la salle ?
Le professeur chargé de la permanence, se leva :
_ "Ils sont là ?
_Oui, répondis-je, même si je n'avais toujours aucune idée précise de qui était là.
_Venez !
Le professeur nous dirigea vers la fameuse bibliothèque, la poussa vers la droite, il y avait effectivement un petit renfoncement dans le mur, et le professeur y fit entrer les quatre, je n'oublierais jamais le regard qu'ils me lancèrent lorsque la bibliothèque se referma sur eux. Je crois qu'ils n'étaient même pas effrayés, mais pour la première fois j'ai pu apercevoir de la sympathie dans leurs yeux.

_Retournez en classe, à présent, ils sont à l'abri".
Je me dirigeais vers la porte, sans courir, sans précipitation, mais avec sans la poitrine un cœur qui battait comme jamais. En ouvrant la porte de la permanence, j'entendis le professeur qui criait aux punis :
_ "Vous regardez vos cahiers et vous vous taisez !"
Les pauvres, pensais-je, ils ne doivent pas comprendre grand chose."

Moi, je comprenais doucement.
Je comprenais que ces nouveaux étaient de jeunes Juifs, mais ça je le savait déjà, j'avais pu apercevoir, alors que l'un d'eux avait un jour retiré sa blouse pour mettre son manteau, la marque d'une couture ancienne, à l'emplacement du cœur, une étoile avait été cousue, puis décousue soigneusement, mais la marque était resté. Cachés par le collège, ces jeunes Juifs étaient recherchés, par ceux qui étaient en ce moment dans le collège, et ces derniers, soit des gendarmes Français, soit les Allemands eux même.
Lorsque je rentrais dans la classe, ma théorie numéro deux se confirma : des soldats.
Tout le monde se tourna vers moi à mon entré. Galoche regardait droit devant lui, pour éviter de se trahir.
_ "Où étais tu ?! Me demande sèchement un des officiers.
_Je... j'étais... à l'infirmerie, monsieur...
_Pourquoi ?
_J'ai mal à la tête. _
_Retourne t'asseoir."

Je retournais m'asseoir, mon cœur battait si fort que je pensais qu'ils allaient l'entendre, que ça allait me trahir.

Les officiers firent l'appel, puis sortirent de la classe. Personne ne parla, jusqu'à ce que le bruit de leur fourgonnette se soit éloigné du collège.

Alors Galoche me demanda :
_ "Ils sont en sécurité ?
_Oui, monsieur.
_je vais aller les libérer."

Ensuite, il nous a tout expliqué, et nous avons juré de garder le secret, toute la classe a juré.
Tu vois, c'est pour ça, plus que par mes clowneries, que je suis resté dans la mémoire des élèves et des professeurs. Attention, je ne me fait pas mousser, je n'ai rien fait d'extraordinaire, si ce n'est d'escorter ce groupe vers la permanence, et de mentir effrontément à un officier allemand.
Mais tu vois, Jules, un professeur qui a sauvé quatre jeunes juifs de la mort, ça ne peut pas être un simple professeur, encore moins une andouille.

Je ne savais pas quoi répondre. J'avais des images plein la tête, et j'étais profondément choqué par ce que je venais d'apprendre, j'osais à peine croire.

Ce que je sais, c'est que depuis, il y a beaucoup moins de chahut, dans cette classe, nous admirons tous Galoche, même si nous lui avons laissé ce surnom. Je crois, à sa façon de me regarder, en cours, qu'il sait que je suis au courant, et ça nous fait comme un secret, à galoche et à moi.

Dans les escaliers, depuis ce jour, la révolte des galoches ne gronde plus, le calme est revenu.


Voilà, j'espère que vous ne vous êtes pas endormi en route, et surtout que cela vous a plu.
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Re: La révolte des galoches (suite et fin)
Posté par lhucy7 le 20/08/2004 07:56:54
BRAVO !!! La fin est géniale, Je suis d'accord avec "lili dove" c'est quand qu'on pourra acheter tes histoire à la FNAC??? Continue à nous faire passer des bons momens, c'est super. lucie
Re: La révolte des galoches (suite et fin)
Posté par elodelu le 20/08/2004 07:56:54
Merci à tous, ce que je remarque, j'ai que dès que c'est un peu long, mes histoires, y'a plus personne qui les lit, c'est dommage, m'enfin bon j'écris pas pour la masse.
Re: La révolte des galoches (suite et fin)
Posté par spoke le 20/08/2004 07:56:54
bien écrit et émouvant, merci à toi, rien de tel kune petite histoire pour aller o pieu...
Re: La révolte des galoches (suite et fin)
Posté par l_ange_au_sourire_etrange le 20/08/2004 07:56:54
c génial bravo ! continu comme ca !
Re: La révolte des galoches (suite et fin)
Posté par lili dove le 20/08/2004 07:56:54
c'est vraiment génial! je me doutais bien que galoche avait qqch a voir avec les Juifs, mais je ne m'attendais pas à ça!! BRAVO!!!
Bisous
ps: c'est quand qu'on trouve tes histoires en librairie?!! :o)
pps: tu pourrais me donner le titre de tes autres histoires stp?
. Voir tous les commentaires et/ou en poster un (6)
L'auteur : Elodie Alias elodelu
34 ans, Nantes (France).
Publié le 11 avril 2004
Modifié le 11 avril 2004
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