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La séquestrée

Une courte nouvelle, racontant l'histoire d'un homme devenu fou, chagriné par la lâcheté de son acte. Derrière la porte qui le sépare de la séquestrée, il se confesse. Mais qui est cette prisonnière ? Sauriez-vous déceler, entre les lignes, sa véritable identité ? Ne gâchez pas votre plaisir en lisant la fin, et savourez longuement le supplice qu'endure le pauvre fou.


Ma douce, ma si belle, comment ai-je pu t'abandonner si longtemps aux griffes de la vengeance ? Comment ai-je pu t'enfermer dans cette sombre pièce aux repoussantes odeurs d'humidité et de moisi ? Tu ne m'avais rien fait. Et pourtant, il y a bien deux ans que tu es prisonnière, ma chérie. Cela fait deux ans que j'ai décidé de t'oublier. Cela fait bel et bien deux ans que j'ai fermé cette maudite porte qui me sépare encore de toi.


Je n'avais pas le choix, tu le sais, tu le comprends, n'est-ce pas ? Toute cette douleur, toute cette humiliation, ça ne pouvait plus durer. Tous ces idiots, qui m'ont ri au nez, qui ont ri avec mépris au nez de mon rêve le plus cher. C'était de leur faute. Bien sûr que c'était de leur faute. Qui d'autre aurait pu être blâmé dans toute cette galère ? Moi ? Non, pas moi. Je n'avais rien avoir là dedans. Moi, j'étais complètement innocent. Moi, je n'avais rien à me reprocher. C'était eux, pas moi. Et il fallait qu'ils paient tous !
J'ai bien pensé les flinguer tous, ces connards qui n'y connaissent rien. Mais heureusement, je me suis vite ravisé. Tu sais comme j'ai peur du sang... Il ne fallait pas que j'en vois, je serai devenu fou. Mais si ça n'avait été de ma phobie, je l'aurai fait sans remords. J'ai dû alors revenir à la réalité : il me fallait trouver un seul coupable. Il fallait le trouver et le faire souffrir à tout prix.


Et soudain, par cette nuit sans lune, j'ai senti un déclic. Le déclic qui t'a menée dans cette chambre maudite. Je te contemplais depuis un bon moment déjà, petit ange. Tu étais par terre, allongée à côté de moi. Il était une heure ou peut-être trois heures du matin... Je ne sais pas, j'étais trop fou pour voir le temps passer. Je te contemplais, mon amour. Ma seule compagne de toujours. Ma seule amie, ma seule Juliette. Tu étais si belle. Tu étais si paisible. Tu étais si silencieuse. Oui, et c'est ce silence qui t'a trahi, petite salope. C'était de TA faute ! Je comprenais maintenant. C'était toi qui m'avait menée jusque là, c'est à cause de TOI que tout est arrivé. Si je ne t'avais pas autant aimé, si je ne t'avais pas suivi comme un mouton, guidé par la dépendance et tout l'amour que j'éprouvais pour toi, je n'en serai pas là aujourd'hui. Et tu n'en serais pas là aujourd'hui.


Cette nuit-là, j'avais trouvé le seul coupable. À partir de cette conclusion, j'ai cessé de te toucher. Je t'ignorais et essayais d'être indifférent à la vue de tes courbes si belles, de ton bras qui appelait mes caresses. Je ne t'ai rien dis, je ne t'ai rien expliqué, de peur de t'effrayer. Je n'avais pas envie de t'effrayer. Il fallait que je te mange dans ma main, il fallait que tu aies confiance en moi. Et lorsque j'aurai décidé de ton châtiment, tu ne t'attendrais à rien. Et quand le moment sera venu, je te punirai à ta juste valeur.


Les jours suivants, j'ai commencé à élaborer des plans pour te mener au supplice. Regarde, j'ai encore la liste de ce qui aurait pu t'arriver. Regarde, je vais t'en lire un bout. Jetée dans la rivière, ou alors, éventrée à coups de prapluie, ou bien, brûlée dans le foyer... Ou... Préfères-tu que je te passe le papier sous la porte ? Ma douce ?... Réponds-moi... Il y a si longtemps que je n'ai entendu ta voix... Je ne peux pas ouvrir la porte !! Je n'ai pas la clef. Ni la force. Je t'en supplie réponds-moi. Je sais que tu es là ! Je sais que tu es vivante !


Je n'ai pas eu le courage de te faire du mal. Je t'aimais trop. Il n'y avait rien de plus important que toi dans ma vie. Tu étais mon obsession. Je t'aimais, le comprends-tu ? Je t'aimais tellement... Et toi, tu étais là, à te contenter de m'observer de ton air indifférent et silencieux.

Je ne comprenais pas. Cela faisait tant d'années que nous nous connaissions. Te souviens-tu de notre première rencontre ? Au magasin d'en face " Rémi Lami ". Je t'ai tout de suite remarquée en entrant... Tout de suite, j'ai admiré tes courbes sensuelles que j'ai eu peine à m'interdir de toucher. Ta légèreté, ta souplesse féminine. Tes cheveux droits, secs, brillants. Tu m'as illuminé par ta beauté. Je ne pensais plus qu'à toi. Jour et nuit. Partout et tout le temps, je voyais ta silhouette se dessiner au loin. Partout et tout le temps, j'imaginais les bons moments que l'on passerait ensemble, à chanter et fredonner. Car j'adore chanter. Et toi aussi. Même si ces imbéciles se moquent de ça. Tu as vu comme ils n'y connaissent rien ? Ils ne voient pas le talent qui habite en moi. Il n'ont rien saisi du magnifique spectacle qu'on leur a offert, toi et moi, et dont ils se sont moqués. Mais... Ne pensons plus à cela. Je ne veux pas raviver la brûlure des mauvais souvenirs.


Je t'ai vite ramenée à la maison, ma tendre. Et le rêve qui me hantait depuis la première seconde où je t'ai aperçue devint réalité. Ah... Toutes ces heures que j'ai passé à te dorloter. Toutes ces minutes que tu as passé, blottie dans mes bras à chanter... J'avais l'impression de te maîtriser mieux que quiconque ne pouvait le faire. Tu étais MA chose. Dès que je posais la main sur toi, dès que le bout de mes doigts t'effleuraient, tu te mettais tout de suite à ronronner, puis à gémir et soudain à fredonner de ta voix si pure et envoûtante.


Je me souviens d'un soir où je t'ai fais dormir dans mon lit. Je ne pouvais plus me séparer de toi, ma déesse. Je sentais le besoin de te faire partager mon intimité. Je sentais le besoin de te sentir contre moi, que tu me berces, que tu me fasses rêver.
C'était si bon, si doux de dormir avec toi. Toute la nuit, je t'ai enlacé avec amour, caressant tes courbes aguichantes que je connaissais maintenant sur le bout des ongles. J'étais capable de les silloner pendant des heures. Je ne m'en lassais jamais.


Et pourtant, voilà où nous en sommes venus. Dans cette chambre que je n'ai pas ouverte depuis, il me semble, des siècles. Laisse-moi entrer ! Je ne peux pas ouvrir. La porte ne se ferme que de l'intérieur. Je ne peux pas l'ouvrir. Mais toi, tu peux ouvrir la porte. Regarde, ma chérie, regarde la poignée. Il y a un mécanisme. Tu seras capable de m'ouvrir. Je t'en supplie. Je regrette tant de t'avoir enfermée.


Je ne te vois pas par le trou de la serrure. Où es-tu cachée ? Pourquoi je n'entends pas de bruit ? Tu sembles morte dans ce silence inquiétant qui me rend dingue. J'espère que non, car je m'en voudrai pour toujours de t'avoir séquestrée. Et toute cette humidité, cet air étouffant que tu dois respirer là-dedans. J'espère que tu ne souffres pas trop. Je ne me le pardonnerai jamais.


Et toi, me pardonneras-tu ? Me pardonneras-tu, ma sublime, de t'avoir ignorée et rejetée ? Je ne t'ai pas trompée. Il n'y en avait aucune autre qui t'arrivait à la cheville. Aucune... Je ne cherche pas ta compassion ni ta pitié en disant cela, ma chérie, tu as bien le droit de m'en vouloir. Je te promets seulement que mon coeur n'a jamais été aussi déchiré que ces derniers mois, passés sans toi. Que j'aurai préféré être lapidé si j'avais su toutes les souffrances que j'endurerai en t'enferment lâchement. Je t'en prie ne m'en veux pas. Ouvre la porte, je n'en peux plus ! Viens dans mes bras, ma guitare.

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Re: La séquestrée
Posté par lelldhorin le 20/08/2005 14:08:55
J'ai bien aimé également, nouvelle très sympa qui se déroule sur un bon rythme (tes phrases sont de la bonne longueur, bien équilibrée). Le style est plutôt bon, lui aussi. Dommage toutefois que certains mots un peu crus se glissent dans des phrases où l'atmosphère glaciale était justement renforcée par cette impression de sofistication.
Une dernière remarque, sur la chute. En elle-même, l'idée est vraiment excellente, mais je la trouve peut-être un peu mal amenée, dans le sens où tu parles souvent de la "femme" sous forme de métaphore. Un lecteur relativement peu attentif pourrait prendre "ma guitare" pour une métaphore d'une "femme au belle courbe". Mais remarque, j'ai beau me creuser l'esprit, je ne vois pas comment tu aurais pu l'annoncer de meilleur façon ^_^ !

Ceci dit, j'ai vraiment apprecié ce que tu as écrit ! Bonne continuation à toi ;-)
Re: La séquestrée
Posté par anonymwoman le 08/08/2005 22:11:20
j'ai vraiment beaucoup aimé! je trouve que tu as de l'imagination! continue comme ça!
Re: La séquestrée
Posté par isienforce le 04/08/2005 12:02:35
lol pas mal!
Re: La séquestrée
Posté par kit-cath le 03/08/2005 19:49:56
Qu'un mot à dire : Bravo!
Re: La séquestrée
Posté par kit-cath le 03/08/2005 19:49:23
Qu'un mot à dire : Bravo!
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L'auteur : Lily Delonge
27 ans, Canada.
Publié le 03 août 2005
Modifié le 23 juillet 2005
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