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La symphonie Pastorale

Une fiche de lecture sur la symphonie pastorale d'André Gide.


Biographie de l'auteur

André Gide naquit le 22 novembre 1869, 19 rue de Médicis à Paris. Son père, Paul Gide, brillant professeur à la faculté de droit de Paris, est issu d'une famille protestante du Gard ; sa mère, Juliette Rondeaux, de magistrats normands aisés et catholiques. L'enfant fut surprotégé par une mère austère et puritaine. Il vécut une enfance maladive, inquiète, pendant laquelle il cultiva, peut-être même autant qu'il les subissait, de nombreuses de fréquentes crises nerveuses qui lui valurent de nombreuses cures. Sa scolarité, assurée essentiellement par des précepteurs particuliers, fut irrégulière. En 1877 et 1882, il fit deux brefs séjours à l'Ecole alsacienne, entrecoupés par des cures thermales. L'enfant, fragile et doué, ne supporta pas le milieu scolaire.
En 1880, il a le chagrin de perdre son père, cultivé et tolérant, qu'il admire. Désormais, il va vivre dans un univers exclusivement féminin composé de sa mère, proche et protectrice, d'Anna Shackleton, l'ancienne gouvernante de celle-ci, de ses tantes et de ses cousines.
C'est après avoir obtenu son baccalauréat de justesse en 1888, au lycée Henry-IV où il sympathisa avec Léon Blum, qu'il décida d'embrasser une carrière littéraire tout en s'inscrivant, pour plaire à sa mère, à la Sorbonne, facilitée par sa fortune personnelle.
Très tôt, Gide fréquenta des cercles littéraires, en particulier celui des symbolistes. Tous les mardis, Stéphane Mallarmé recevait la foule des jeunes talents, peintres, poètes, écrivains de la nouvelle génération comme dont Gide faisait parti. Dès 1891, il publia alors, à compte d'auteur, sa première œuvre intitulée Les Cahiers d'André Walter, roman d'inspiration autobiographique. Il fit alors son entrée dans les milieux littéraires de l'époque, rencontra Maurice Barrès, Stéphane Mallarmé, Paul Valéry, et surtout l'écrivain et dandy irlandais, Oscar Wilde, dont l'influence fut déterminante sue lui.
C'est en 1893 que, parti en Tunisie avec son ami le peintre Paul-Albert Laurens pour soigner un début de tuberculose, il parvint à rompre partiellement avec les principes puritains de sa jeunesse ; il découvrit par la même occasion une homosexualité qui devait le torturer durant de longues années. Le 31 mai 1895, de retour d'un voyage en Afrique effectué avec Oscar Wilde, il perdit sa mère. Peu de temps après, il épousa sa cousine, Madeleine Rondeaux, qu'il aimait depuis l'enfance, mais avec qui, de son propre aveu, il n'eut jamais de relations sexuelles. Après avoir publié Paludes (1895), satire des milieux symbolistes de la capitale, Gide se lança dans la rédaction d'ouvrages où il exalte sa liberté retrouvée, loin des entraves du conformisme social, qu'il soit moral ou esthétique : Les Nourritures terrestres (1897), Le Prométhée mal enchaîné (1899) et L'Immoraliste (1902) reprennent la même affirmation de la valeur de l'individu et prônent la recherche du plaisir tout en montrant ses limites. La publication de Les Nourritures terrestres lui valut de nombreux disciples, mais le premier de ses livres qui atteignit un large public fut La Porte étroite (1909), récit inspiré d'un amour de jeunesse où il dénonce les risques du mysticisme.
En 1909 également, André Gide, désormais reconnu, fonda avec certains de ses amis (parmi lesquels Jacques Copeau et Jean Schlumberger) une revue qui devait être appelée à un bel avenir, la Nouvelle Revue Française, qui donna naissance aux éditions Gallimard.
En 1914, Gide publia Les Caves du Vatican, récit qui peut être considéré comme l'expression la plus poussée de la liberté gidienne qui fascina tant les surréalistes, quelques années plus tard. Après la guerre, et pour la première fois de sa vie, Gide parvint à nouer une relation homosexuelle durable, avec le jeune cinéaste Marc Allégret. Alors qu'il effectuait un voyage en Angleterre avec ce dernier, sa femme, Madeleine, brûla toutes ses lettres, geste vécu par Gide comme une véritable amputation. Les années 1920 furent pour Gide les années de la maturité, marquées par la publication de La Symphonie pastorale (1919), de Corydon (1924), manifeste en faveur de l'homosexualité, de Si le grain ne meurt (1920-1924), récit autobiographique, et des Faux-Monnayeurs (1926), que Gide considérait comme son premier véritable roman. Les Faux-Monnayeurs constituent de ce fait une étape fondamentale de la modernité romanesque. L'entre-deux-guerres fut aussi pour Gide une période d'engagements idéologiques : contre le colonialisme — après un voyage effectué en 1925 au Congo et au Tchad, où il avait été mandaté par le gouvernement (Voyage au Congo, 1927; Retour du Tchad, 1928) —, mais aussi contre l'hitlérisme et le fascisme, puis, après un séjour en URSS, contre le régime soviétique (Retour de l'URSS, 1936, et Retouches à mon retour de l'URSS, 1937). Après la mort de Madeleine en 1938, Gide décida de publier le journal qu'il tenait depuis 1889.
Avec ce Journal 1889-1939, complété par la publication ultérieure des volumes 1939-1942 et 1942-1949, et qui passe pour son ouvrage le plus important, l'œuvre de Gide apparaît pleinement pour ce qu'elle est : indissociable des autres aspects de sa vie et se combinant avec eux, elle semble indispensable pour faire exister pleinement son auteur, en tant qu'écrivain bien sûr, mais aussi en tant qu'homme. André Gide, qui est le premier écrivain à avoir été publié dans la "Bibliothèque de la Pléiade" de son vivant, reçut le prix Nobel de littérature en 1947. Le 13 décembre 1950, l'adaptation théâtrale des Caves du Vatican est créée à la Comédie Française, en présence du Président de la République (mise en scène de Jean Meyer). Il mourut à Paris le 19 février 1951 d'une congestion pulmonaire


Contexte littéraire

Comme contemporains d'André Gide, on peut citer : Alain-Fournier (1886-1914), auteur de Le Grand Meaulnes ; Guillaume Apollinaire (1880-1918), auteur de Alcools ; Antonin Artaud (1896-1948), auteur de Théâtre et son double ; Jean Cocteau (1889-1963), auteur de Orphée ; Paul Claudel (1868-1955), auteur de Soulier de satin ; Paul Valéry (1871-1945), auteur de La Jeune Parque ; Pierre Louÿs (1870-1915), auteur de Aphrodite, mœurs antiques ; Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), auteur de Voyage au bout de la nuit ; Oscar Wilde (1854-1900), auteur de Le Portrait de Dorian Gray ; Francis Jammes (1868-1938), auteur de Le Triomphe de la vie ; Maurice Maeterlink (1862-1949), auteur de Pelléas et Mélisande ; François Mauriac (1885-1970), auteur de Nœud de vipères ; Louis Pergaud (1882-1915), auteur de La Guerre des boutons ; Marcel Proust (1871-1922), auteur de A la recherche du temps perdu ; Saint John Perse (1887-1975), auteur de Images à Crusoë ; Gustave Kahn (1859-1936), auteur de Les fleurs de la passion.
Toute l'œuvre d'André Gide est d'essence autobiographique, même dans les transpositions les plus élaborées. Elle appartient pourtant aux genres les plus divers, et témoigne de son époque, même si l'actualité en a été longtemps absente. Gide, à ses débuts, emprunte, pour Les Cahiers d'André Walter, les langueurs du style symboliste.
Le symbolisme est le mouvement littéraire de la fin du XIXe siècle qui mit l'accent sur la valeur suggestive du langage, seule apte à déchiffrer l'univers considéré comme "le symbole d'un autre monde". Même s'il est difficile d'en dater les débuts, ce courant, duquel se réclament les artistes à la recherche du sens caché du monde, est situé à la fin du XIXe et au tout début du XXe siècle. Le poète Jean Moréas en formulera les principes dans Le Manifeste du symbolisme, paru dans le supplément littéraire du Figaro du 18 septembre 1886. Cependant, même après l'article de Moréas, la définition du symbolisme resta floue. C'est peu à peu, en continuité et en opposition avec d'autres écoles que se développa ce mouvement qui assigna au poète le rôle de déchiffreur du monde caché. Les principaux précurseurs français du symbolisme furent les poètes Gérard de Nerval et Charles Baudelaire.
Français à l'origine (du moins en tant que mouvement, le symbolisme prit bientôt une dimension internationale. Pour la première fois dans l'histoire de la littérature, un mouvement esthétique prit la dimension du monde moderne.
André Gide ainsi que six de ses amis fondèrent La Nouvelle Revue Française afin de rassembler ceux qui avaient une vision exigeante de la littérature. Le premier numéro parut le 1er février 1909, après un faux-départ en 1908.
André Gide s'imposa dans les années 20 non seulement comme écrivain mais aussi comme figure importante du monde des lettres, notamment grâce à son rôle au sein des éditions Gallimard. Dans ses récits, Gide opéra une critique interne du genre romanesque ; il y exprimait, tour à tour, une recherche de spiritualité, la force de la sensualité et la nécessité de l'engagement politique. Pour remplacer le naturalisme dans le roman, plusieurs formules avaient déjà été essayées : le roman d'analyse psychologique puis le roman poétique d'inspiration symboliste. Il était en quête d'un nouveau classicisme mais contre l'existensialisme. C'est pourquoi Jean d'Ormesson le décrit dans son ouvrage Une autre histoire de la littérature française comme étant "un esprit non prévenu, c'est un insoumis, c'est un ardent partisan d'une contradiction permanente qui n'est pas seulement acceptée, mais hautement revendiquée.
L'influence de Gide a été immense : il est bien, selon le mot de Malraux, "le contemporain capital" de tous les hommes nés à la vie intellectuelle et sensible entre 1920 et 1935. Il fut le témoin d'un temps. Il fut le témoin d'un temps, et défini malgré lui par ce temps où l'appel à la liberté bénéficiait encore de facilités matérielles aujourd'hui compromises.


Résumé de l'intrigue

Le pasteur d'un petit pays du Jura Suisse, entreprend d'écrire un journal retraçant l'histoire d'une jeune aveugle, Gertrude, "âme pieuse" (page 11), qu'il avait recueilli deux ans et six mois auparavant. L'enfant s'éveille au langage, à la sensibilité, à l'intelligence, grâce au dévouement passionnel du pasteur qui la guide vers la voie spirituelle. A travers une audition de La Symphonie pastorale de Beethoven, elle imagine le monde réel. Mais en réalité, au fur et à mesure que la jeune fille grandit, l'amour que lui porte son "père adoptif" change. Celui-ci ne s'aperçoit pas d'un sentiment qu'ont deviné sa femme Amélie et son fils Jacques, qui est lui aussi amoureux de Gertrude. Cette dernière va vivre chez une personne charitable, Melle Louise de la M... Jacques s'efface après avoir provoqué l'emportement et la fureur de son père, mais une certaine tension persiste entre les deux, accrue par un désaccord religieux. Ayant appris que son fils le désapprouve, le pasteur reste troublé : il comprend enfin la nature de ses sentiments pour Gertrude, mais ne sait comment réagir face aux marques d'affection portées par la jeune fille. Grâce à une opération, celle-ci recouvre la vue mais comme elle ne supporte pas la tristesse du monde, elle préfère mourir après avoir confessé au pasteur que c'est Jacques qu'elle aime. S'étant converti au catholicisme, comme Jacques, elle ne pouvait plus l'épouser car celui-ci était entrer dans les ordres. Le pasteur reste seul avec sa femme, "j'aurais voulu pleurer, mais je sentais mon cœur plus aride qu'un désert.".


Présentation des principaux personnages

Le pasteur : L'écriture du pasteur ressemble à sa personnalité. Un peu archaïque, provinciale, comme il convient à un homme d'Eglise cultivé du XIXe siècle, pénétré de l'écriture, habitué à prêcher et à tout interpréter sous le signe de Dieu. "Il m'apparut soudain que Dieu plaçait sur ma route une sorte d'obligation et que je ne pouvais pas sans quelque lâcheté m'y soustraire" (page 16)
Le pasteur ne serait-il pas l'ange qui réveille Gertrude de son sommeil sensoriel, intellectuel et affectif ? Il éprouve pour Gertrude une affection d'abord paternelle, puis amoureuse. Il l'appelle tour à tour "ma chérie" (page 56), "chère enfant" (page 58), "Gertrude" et passe du tutoiement au vouvoiement de façon solennelle. Le pasteur est également soucieux du bonheur de la jeune fille. Avec une hypocrisie due à son état et à ses sentiments, il veut lui cacher la laideur du monde réel, et n'a jamais encore "osé parler du mal, du péché, de la mort". En même temps, il lui cache sa propre beauté, profitant du fait que "la beauté des âmes lui suffit" (page 59). Il parle de son "angoisse inexprimable" (page 130) à l'idée que Gertrude recouvre la vue, et de "l'appréhension extrême" (page 133) qu'il ressent en attendant son retour de la clinique.

Gertrude : Elle est le personnage emblématique du roman. Jeune fille aveugle de naissance, elle est âgée d'environ quinze ans lorsqu'elle est accueillie par le pasteur de La Brévine et sa famille. Auparavant recueillie par une vieille femme sourde venant de mourir, "l'âme pieuse" (page 11) est également quasi muette et apparemment faible d'esprit. Corps opaque, animal, prénommé "Gertrude" par une des filles du pasteur, elle est d'abord prise en charge par les femmes. Lavée, rasée, soignée, habillée, elle est traitée comme un nouveau-né. Le pasteur entreprend alors l'éducation de l'enfant. Son état s'immobilise dans une phase cachée, tant que le pasteur échoue à l'extraire de la situation qu'elle a connu près de sa tante ; elle reste pelotonnée au coin du feu, ne se laissant apprivoiser que lors des repas. Le 5 mars, il assiste à la "naissance" de la jeune fille : ses trais "s'animent" enfin, visités davantage par l'amour que par l'intelligence. "Gertrude avait ceci de bien qu'elle ne faisait jamais semblant de comprendre..." (page 53)

Jacques : Il est le fils aîné du pasteur et étudiant en théologie à Lausanne. Il reste dans l'anonymat jusqu'au 28 février "ce grand corps svelte, à la fois si droit et si souple, ce beau front sans rides, ce regard franc, ce visage enfantin encore, mais qui semblait ombrer une soudaine gravité. Il était nu-tête et ses cheveux cendrés, qu'il portait alors assez longs, bouclaient légèrement à ses tempes et cachaient ses oreilles à demi." (page 78-79) Une fracture au bras l'immobilisant dans la maison familiale, permet de l'introduire dans l'histoire comme un élément déterminant, à la fois acteur et adjuvant. Tout au long du roman, il apparaît comme le grand rival de son père, que celui-ci a réussi à séparer de Gertrude. En acceptant de renoncer à la jeune fille, Jacques prend le parti de la soumission dont il puise l'inspiration dans la religion. Il quitte le protestantisme pour se consacrer à l'Eglise catholique et à la vie monastique.

Amélie : Elle est la femme du pasteur. Dévouée et acariâtre, elle supporte mal la présence de Gertrude. Amélie est un "jardin de vertu" (page 19). Son mari pense d'elle que "sa charité naturelle n'aime pas à être surprise. C'est une personne d'ordre qui tient à ne pas aller au-delà, non plus qu'à rester en deçà du devoir. Sa charité même est réglée comme si l'amour était un trésor épuisable." (page 19). Amélie, l'épouse austère, représente la conscience que le narrateur fait taire en invoquant sans cesse la parabole de la brebis égarée. Ses actes et ses paroles la rendent peu sympathiques. "Qu'est-ce que tu as l'intention de faire de ça ?" (page 21) : le pronom neutre dont elle se sert pour qualifier Gertrude caractérise son insensibilité apparente qui déçoit le pasteur. En fait, le grand défaut d'Amélie est de ne pas être Gertrude

Les médecins : -Le docteur Martins : Ami intime du pasteur, il s'intéresse beaucoup à l'état de Gertrude. Dans l'histoire, il sert d'adjuvant. Il conseille au pasteur, pour éveiller l'intelligence de la jeune fille d'associer les sons et les mots à des sensations tactiles et gustatives, méthode utilisée en Angleterre vers 1840 pour la jeune Laura Bridgeman, une enfant bien plus déshéritée que Gertrude. Après avoir examiné les yeux de Gertrude, il pense qu'elle est opérable par un spécialiste de Lausanne.
-Le docteur Roux : Chirurgien qui opèrera Gertrude et qui donc lui donnera la vue.


Les thèmes essentiels de l'œuvre

La Symphonie pastorale fait référence à la Symphonie n°6 de Beethoven. Le pasteur va avec Gertrude à Neuchâtel écouter un concert. Il essaie de lui décrire les couleurs avec les sons des instruments pour lui montrer la beauté de la nature. Les thèmes du roman sont étroitement liés.

L'éducation et la cécité :
Dès le début, le pasteur informe : "J'ai projeté d'écrire ici tout ce qui concerne la formation et le développement de cette âme pieuse..." (page 11). Il considère cette éducation comme une mission divine.
La première éducation de la jeune fille s'avère décevante. Le pasteur, qui s'en fait "tout un roman" (page 31) sombre dans le découragement quand le docteur Martins fait connaître la méthode qui servit à Laura Bridgeman, liant sensation et langage.
La rapidité des progrès de la jeune fille dépasse les facultés de mémorisation du pasteur ; il évoque d'abord avec précision la qualité des objets et les mouvements qu'il lui enseigne, puis il y renonce, préférant un libre cheminement à une éducation méthodique. Il ne s'inquiète plus de savoir si l'esprit de son élève le suit, mais l'invite à venir vers lui et à le questionner : ce procédé réussi, il la retrouve chaque fois plus proche de lui. L'élève dépasse le maître, entraînant le récit vers une inversion de leur rapport. L'éveil de Gertrude est bientôt suivi de ses premières sorties. Ces promenades au bras du pasteur illustre l'entrée dans le monde de la jeune fille.
La véritable cécité n'est pas physique, elle réside dans la mauvaise foi du pasteur qui, justifiant tous ses actes par la volonté divine, ne veut pas s'avouer pas la nature réelle de son sentiment.

L'amour interdit :
Avec le pasteur :
Le 12 mars, c'est la première déclaration de Gertrude. "Vous savez bien que c'est vous que j'aime, pasteur..." (page 94). Il n'y a plus d'élève ni de maître, mais une jeune femme qui avoue naïvement son amour tout en invoquant les raisons qui empêchent cet amour : sa cécité, on n'aime pas une aveugle et le fait que le pasteur soit marié. Mais, si ces obstacles leur laissent malgré tout la liberté de s'aimer, le problème moral reste intact. Gertrude voudrait "ne faire souffrir personne" et "ne donner que du bonheur" alors que le pasteur pense que "le mal n'est jamais dans l'amour" (page 94).
A la date du 25 avril, le pasteur analyse longuement les faits récents et finit par accepter ce qu'il n'arrivait pas à s'avouer. "Aujourd'hui que j'ose appeler par son nom le sentiment si longtemps inavoué de mon cœur..." (page 99) ; "comment, après les naïves déclarations de Gertrude, j'ai pu douter encore si je l'aimais." (page 100)
La veille de son suicide, la jeune fille a chassé le pasteur avec des paroles extrêmement dures :"Quittez-moi. Quittons-nous. Je ne supporte plus de vous voir." (page 147)
"... cette âme pieuse, qu'il me semble que je n'ai fait sortir de la nuit que pour l' adoration et l'amour." (pages11-12)

Avec Jacques :
Les sentiments de Jacques à l'égard de Gertrude ressemblent à un coup de foudre. La scène de la rencontre entre Gertrude et Jacques devant l'harmonium donne un rôle accrue à ce dernier. Son père l'accuse d'abuser de l'innocence de la jeune fille mais Jacques lui déclare son désir de l'épouser. "Un instinct aussi sûr que celui de la conscience" (page 77) le pousse à s'y opposer, Gertrude étant encore trop immature. Faisant appel à sa conscience, le pasteur obtient de Jacques de renoncer à son projet et de partir. Gertrude et Jacques se sont revus à Pâques, en présence du pasteur. Jacques a pris beaucoup de distances à l'égard de la jeune fille et a intériorisé l'interdit paternel d'aimer Gertrude. "Croyez-vous que Jacques m'aime encore ?" (page 123). Quand elle recouvre la vue, elle réalise son "aveuglement". Gertrude comprend qu'elle s'est trompée d'amour et, pire, qu'elle ne peut aimer Jacques qui s'est réfugié dans le giron de l'Eglise. "Quand j'ai vu Jacques, j'ai compris soudain que ce n'était pas vous que j'aimais ; c'était lui." (page 147)

Le bonheur dans l'ignorance :
Le récit passe des naïves supputations de la jeune fille sur les effets et les causes des phénomènes (le chant des oiseaux comme un "pur effet de lumière"page 45), à son ravissement devant la découverte de la vie. Le pasteur donne une coloration humaine aux êtres vivants et projette la joie de Gertrude sur l'univers : il lui explique que le chant des oiseaux, comme la bigarrure des papillons, exprime "l'éparse joie de la nature" (page 46). La cécité de Gertrude invite le pasteur à lui peindre un univers merveilleux.
Le bonheur de Gertrude est lié au fait qu'elle ne sait pas ce qu'est le mal car le pasteur s'efforce de la maintenir dans cette ignorance. Ses idées sont plus pures que celles des voyants, elle a une image idéale de la vie où n'existent que le bien et la beauté. Elle ignore ce qu'est le péché car elle ne voit le monde qu'à travers le regard du pasteur.
A l'a date du 3 mai, le pasteur citait cette parole du Christ : "Si vous étiez aveugles, vous n'auriez point de péché." (page 107). Le 29 mai, c'est Gertrude qui la reprend en y ajoutant : "Mais à présent j'y vois..." (page 146). Elle découvre que son amour pour le pasteur provoque la tristesse d'Amélie. Elle découvre également la tristesse des hommes en général, l'existence de leur péché. La connaissance du monde tue en elle le sentiment de l'innocence.

La religion et l'amour de Dieu :
Comme le narrateur est un pasteur qui lit quotidiennement la Bible et que son fils Jacques est étudiant en théologie, il n'est pas surprenant que les allusions religieuses et les citations bibliques soient fréquentes.
Même si les citations bibliques sont absentes dans le début du roman, l'environnement spirituel du pasteur est empreint à l'Evangile. La double tâche de tirer Gertrude de sa "nuit" et raconter son histoire est placée sous la bénédiction du seigneur. La présence de la Providence s'impose au pasteur : "Il m'apparut soudain que Dieu plaçait sur ma route une sorte d'obligation." (page 16)
L'éducation de Gertrude devrait tout naturellement déboucher sur une pratique assidue de la lecture de la Bible. Le pasteur fait lire à Gertrude les Evangiles, les Psaumes, l'Apocalypse et les Epîtres de Jean. Il s'attache à lui montrer plutôt la lumière divine que le lien entre le péché et le commandement.
La querelle entre Jacques et son père apparemment purement familiale s'enracine en fait dans l'histoire du protestantisme : le pasteur comprend davantage la religion comme une conduite plutôt que comme un dogme ; son fils est plus soucieux de rigueur doctrinale.
La Symphonie pastorale dénonce les dangers d'une mystique protestante, souligne l'hypocrisie de la prétention à entretenir un lien direct avec Dieu et l'idée fallacieuse du pur amour.


Choix d'un passage

Extrait du Premier cahier, le 12 mars page 89 à 91 : de "Je voudrais que vous me disiez..." à "ce que tu caches aux intelligents."

Le passage s'inscrit au centre du roman. Après deux scènes pénibles avec Jacques et Amélie, le pasteur emmène Gertrude en promenade à un point du Jura d'où l'on aperçoit les "Alpes blanches" qui amènent le souvenir de Jacques. La jeune fille interroge le pasteur sur l'existence des "lis des champs" évoqués dans l'Evangile. A l'incrédulité du pasteur s'opposent la confiance et l'imagination de Gertrude.
Tout le passage illustre le thème selon lequel la confiance et l'amour valent mieux que la vue pour découvrir la beauté du monde. De la référence de Salomon à la description fantastique qui suit, l'exaltation de Gertrude est de plus en plus forte. L'attendrissement du pasteur se traduit par une action de reconnaissance spontanée et par le tutoiement de la jeune fille et l'emploi de possessifs affectueux ("ma Gertrude"page 91)
Alors que le pasteur se situe dans la réalité, Gertrude est dans un monde idéal proche du surnaturel, celui de la confiance et de l'amour, selon le message évangélique que lui a transmis le pasteur.
Les simples lis des champs, en qui tout le monde voit des fleurs courantes, deviennent des fleurs mystiques, dont les formes et les couleurs appartiennent à la tradition chrétienne.
A la fin, le pasteur tire la morale de l'échange en opposant aveuglement et cécité, et l'intensité de son émotion se résout en action de grâce.
Ce passage, qui constitue en quelque sorte le sommet de l'œuvre, contient des critères importants : des dialogues rythmés, du lyrisme et des nuances qui apportent à la connaissance des personnages. Mais la prière du pasteur à quelque chose d'ironique : il pense que Dieu ne lui cache rien et qu'il n'est pas humble, celui-ci se place alors parmi "les intelligents".


Jugements sur l'œuvre

Même si l'œuvre est facile à lire, il y a souvent des sous-entendus dus au type de narration : on découvre l'histoire grâce au pasteur, à travers son récit et ses points de vue. Ensuite, à chacun de se faire son opinion. Les thèmes de l'éducation et de la cécité m'ont intéressé mais j'ai trouvé que l'immoralisme et la religion occupaient une place trop importante. Très souvent, le pasteur fait des allusions à des textes bibliques pas toujours évidents à situer. Mais l'histoire de cette jeune fille, aveugle de naissance et analphabète, qui part de rien pour arriver finalement à lire le braille et à imaginer le monde qui l'entoure semble un peu irréaliste. "Malheureusement" pour elle, l'opération a réussie mais elle lui a tout de même coûtée la vie puisqu'elle se suicide découvrant la réalité du monde. Ce livre est toujours d'actualité malgré qu'il est été écrit il y a quasiment un siècle
Dans l'ensemble j'ai pas vraiment le livre surtout à cause des thèmes de la religion, de l'immoralisme et du côté irréaliste.
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Re: La symphonie Pastorale
Posté par malak le 14/12/2010 10:24:53
J'ai vraiment aime ce livre , mais c un peu dificil a comprendre :/ !!
Re: la symphonie pastorale
Posté par dimia le 18/04/2006 18:29:46
moi j'ai pas trop aimé ce livre même s'il est facile à lire je trouve que la religion est trop souvent utiliser pour justifier les évènements qui désorientent le pasteur comme l'amour...8-)

Modifié le 18/04/2006 18:30:50
Re: La symphonie Pastorale
Posté par maviloui le 10/11/2005 10:41:59
j'ai bcp aimé ce livre, je le trouve très riche et beau à lire.
J'ai adoré ce livre et je trouve la fin, malgré as cruauté, splendide
J'ai trouvé e livre hier soir dans mes toilettes, et je l'ai dévoré en 45 minutes tellement c'était beau!
et en plus, ce livre va vachement m'aider pr la disset de philo que je dois faire^^
merci l hasard

par ailleur, je trouve ta fiche tres bien
Re: La symphonie Pastorale
Posté par annemoi le 09/10/2004 11:38:12
mh ben moi j'ai pas trop aimé non plus ! bon c'est peut être pas le pire livre que j'ai lu mais bon... je n'aime pas le personnage du curé égocentrique qui, pour se justifier de séparer son fils et Gertrude, se dit que c'est pour le bien de la fille...
Re: La symphonie Pastorale
Posté par aurel339 le 07/10/2004 13:29:35
aarrrrrrggggg
dsl, mais c'est le pire livre que j'ai jamais lu.... je ne lui ai trouvé aucun interet, c'est lent mou et sans pensée forte....
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Publié le 07 octobre 2004
Modifié le 07 octobre 2004
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