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Le goût du piano

En Belgique, un enfant que l'on dit caractériel va fasciner les médias par son don extraordinaire pour le piano...


Je suis né le 03/09/1985, entre une cuvette de chiotte et un distributeur de papier toilette.
Cela commence comme un film comique, mais à part mes compagnons de chambrée du Foyer des Compagnons, et moi-même, quand je voulais jouer les durs, cela n'a jamais fait rire personne.

Je suis venu au monde dans un lieu d'aisance, dans une cafétéria de Bruxelles, en Belgique.

Ma mère a accouché là, sur un sol plus que douteux, puis elle a coupé le cordon ombilical avec le couteau que la serveuse lui avait apporté en même temps que son repas. Après cela, elle est ressortie, me laissant seul et nu sur un carrelage maculé de sang, espérant sans doute qu'on ne me découvre qu'une fois qu'elle serait loin.

C'est une autre femme qui m'a trouvé, une demie heure plus tard, en hypothermie, j'étais bleu, et on me croyait mort, mais je n'avais pas dit mon dernier mot.

Les services sociaux m'ont nommé Axel Grégoire. Axel, du prénom de l'infirmier qui s'est occupé de moi, et Grégoire, car c'est à la saint Grégoire que je suis né.

Ils n'ont jamais retrouvé ma mère, à mon plus grand contentement.

Voilà, c'est ainsi que je suis né, mais n'allez pas croire que j'ai souffert.
J'ai été élevé par de nombreuses familles d'accueil, par des éducateurs, j'ai été aimé, vous savez, du moins, au début.
Je ne saurais gère expliquer pourquoi, mais lorsque j'ai atteint les six ans, à l'âge où tous les bambins se mettent à lire et à écrire, mon comportement a brutalement changé.

J'étais un enfant gai et plein de vie, je suis devenu fade et morose, j'ai cessé de parler, d'entendre, je suis tombé dans un état dépressif, et extrêmement agressif.

Je suis, en clair, devenu ce que les autorités sociales cachent et décrivent commeenfant_poubelle', ceux dont personne ne veut, les futurs rebus de la société.
Mais il est encore un public à qui l'on pouvait refiler ce genre de morveux.

En effet, certains couples, très en demande étaient prêts à tous les sacrifices, pourvu qu'on leur donne une chance d'élever un enfant.
Je suis donc parti, un matin d'octobre, avec une petite valise, vers la province de Bruxelles, vers ma nouvelle maison.
Je ne m'en faisait pas, j'étais persuadé que cela ne durerait que quelques semaines, voire quelques mois, comme d'habitude.
Je me trompais.

Cela commença mal, comme je l'avais tout d'abord prédit.
En quelques jours je m'étais mis à dos les enfants de ma classe, mon instit, les parents d'élèves, bref, j'avais fichu une belle pagaille.
Mais mes nouveaux parents tenaient bon.

En deux semaines, je fus mis à la porte de mon école primaire, et je dû rester chez moi, enfin, chez mes parents nourriciers, en attendant mon placement dans une future institution, qui à son tour, me renverrait vers une autre, ect...

Le premier jour du reste de ma vie fut un lundi.

Alors que tous les autres enfants partaient pour l'école, je sortis jouer dehors, en compagnie du chien Mappy.
Rien ne me réjouissait plus alors, que de savoir que tout le monde travaillait, et que moi, Axel, je possédais 24 heures de répit, pour jouer, courir dans la campagne, sentir l'herbe grasse, humide et molle sous mes bottes de caoutchouc, puis sous mes pieds nus.

J'avais beaucoup couru, ce lundi là, et lorsque enfin je m'arrêtais pour respirer, j'entendis le son le plus merveilleux que j'eu jamais entendu de ma vie.
Les notes d'une douce musique pénétrèrent mon cœur et mon âme, comme aucune parole ne l'avait jamais fait jusqu'à présent.
J'étais transporté, ma tête tournait, et mon corps entier suppliait que cela ne s'arrête pas, J'aurais voulu, j'aurais tué pour que cela continue encore, et encore.
Je comprenais cette musique, j'en pleurais.

Elle cessa, et le son se répercuta dans les collines environnantes pendant quelques secondes, puis, plus rien.

Je repris conscience du monde extérieur, et m'aperçu que j'étais dans un jardin privé, près d'une maison.
De la fenêtre la plus proche, on pouvait voir une étrange machine, j'approchais.

Il y avait là de longs rectangles blancs, alignés comme les pierres d'une solide maison, au dessus d'elles de plus petits rectangles noirs, comme l'ébène.

Ces rectangles étaient manœuvrés par des doigts longs et blancs, et ces doigts menaient à une main souple, et blanche, et ces mains, à des bras, que je devinais aussi forts que délicats, et ces bras à une épaule, et cette épaule, à une tête, à des yeux qui me regardaient fixement.

Je pris alors conscience que j'étais chez quelqu'un, et que j'avais été vu.
Je m'enfuis à toute jambe, suivit par les bonds et les aboiements du petit chien Mappy, mon cœur battait la chamade, et à chacun de ces battements, j'associais une note, une noire, une blanche, une noire, une blanche...

Je suis souvent retourné la bas, j'ai souvent été transporté par la musique. Et j'ai fini par entrer dans la maison.
La personne assise au piano, car vous l'aurez compris, c'était un piano, la personne donc, était un homme formidable.

Il m'apprit à construire de mes petites mains, les mêmes mélodies qui m'avaient alors fait tant d'effets, ce dont je ne me serais jamais cru capable. En quelques mois j'appris ce que d'autres peinent à comprendre en dix ans, on m'appela "prodige", d'institution, il ne fût plus question, d'école de musique, on commença à discuter, on m'aima.

Quelques années plus tard, dans les coulisses d'une grande salle Parisienne, je repensais à mon histoire, je sortais à peine de l'adolescence, et voilà qu'après avoir été rejeté par tous, c'est un public d'hommes et de femmes riches, dont certains, célèbres, qui payait pour me voir, pour m'entendre jouer, moi, Axel Grégoire, un enfant né dans les toilettes.

Alors que mes doigts parcouraient aisément les rectangles noirs et blancs, m'emplissant d'une jouissance que je ne retrouverais que quelques années plus tard, en charmante compagnie, ey envoyant mes notes aux visages de ces endimanchés, je me disais que même le plus misérable début d'existence de vie, peut se transformer en quelque chose de formidable, il suffit alors d'un petit coup de pouce, d'une rencontre, d'une course folle à travers la campagne, d'une fenêtre, une fenêtre sur la vie.
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Re: Le goût du piano
Posté par necroproject le 04/09/2004 13:53:42
non, mais je pense qu'il est possible de faire une apologie bouffonne tout en la conservant brève .
La barrière entre l'engouement et l'hystérie est si mince qu'elle me semble jamais respectée.

Effectivement j'aime bien inventer des mots qui ne veuillent rien dire, du moment qu'ils ne se vouent qu'à la dérision.
Re: Le goût du piano
Posté par elodelu le 04/09/2004 12:29:29
gloriolifiantes?! Tu inventes des mots, en plus?
Nan, mais y'a une légère différence entre accepter le fait qu'on aie aimé un article, et faire l'apogée d'un article sur trente pages!
Aimer lire un article, ne veut pas dire être un bouffon!
Re: Le goût du piano
Posté par necroproject le 03/09/2004 17:32:53
Des fois on se surprend à faire des références à l'insu de notre plein gré : continuez sur votre voie mdr.
Pour ce qui est de poster sur les articles que j'aime , cela modifie peu mes habitudes : beaucoup râler, peu complimenter .
Je n'aime pas poster des tirades bouffonnes et gloriolifiantes.
Re: Le goût du piano
Posté par elodelu le 31/08/2004 23:19:07
c'est bizarre, y'a que toi qui poste des commentaires, sous cet article, que tu trouves "vomitif" qu'est ce que c'est quand tu les aimes!
Merci pour le général Grant, ça fait plaisir de se sentir comprise et reconue...LOL
Re: Le goût du piano
Posté par necroproject le 30/08/2004 16:40:16
histoire de dire que la fin de l'histoire est aussi prévisible que la mort d'une pétasse blonde dans un film d'horreur .
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L'auteur : Elodie Alias elodelu
34 ans, Nantes (France).
Publié le 25 août 2004
Modifié le 22 août 2004
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