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Le mouchoir

Une jeune fille, un rite de sorcellerie (ou d'appel du Démon), une petite nouvelle du genre fantastique (comme cela pourrait être policier). A vos critiques !!!


"... Et aëniar rescucitam nieraë rumphili evisceratus ujus est cranum !"
Flora, plongée dans une demi-transe, alluma une bougie mauve, la mit dans la bassine où se mélangeaient des pétales de rose blanche et le sang noir d'une chauve-souris. Au moment où la flamme fut éteinte par la mixture, un petit nuage rouge s'éleva au-dessus du baquet. Il lui fallait maintenant attendre six minutes, disait le protocole.
S'armant de patience, Flora soupira d'aise et ferma les yeux.
Le vieux livre d'incantations qu'elle tenait dans les mains lui était parvenu un peu par hasard, alors qu'elle déambulait dans une vieille boutique de brocanteur. Dès qu'elle l'avait aperçu, il lui avait semblé qu'il l'appelait. Il n'avait cessé, depuis, de la hanter, et elle s'était mis en tête de réciter une formule "pour s'amuser". Mais laquelle ? Elle s'était alors rendu compte qu'à chaque fois qu'elle l'ouvrait, elle tombait tout naturellement sur une page, une page où l'on invoquait le Démon. En deux mois, elle avait été métamorphosée, avait réuni tous les ingrédients indispensables au rite et avait fait croire à ses parents qu'elle s'était mise à la méditation pour qu'ils la laissent tranquille quand elle s'enfermait dans sa chambre.
Et aujourd'hui était arrivé le grand moment. Du haut de ses quinze ans, elle ne mesurait pas la portée de son acte et ne pensait qu'à une seule chose : elle allait souffrir.
Car arrivait l'instant où elle devait donner son sang.
Prenant son courage à deux mains, elle brandit son athamée et l'approcha en tremblant de son bras. Elle stoppa son geste. Une vague d'interrogations la submergeait : quelle quantité de sang ? Qu'était-elle entrain de faire ? Ses parents lui en voudraient-ils s'ils apprenaient son activité ? Et pourquoi... Et pourquoi ?
Au milieu de toutes ces questions qui l'étourdissaient, une impulsion lui fit enfoncer la lame à double tranchant dans le bras. Flora hurla, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Instinctivement, elle approcha son membre ensanglanté de la bassine et laissa le liquide tomber dans le récipient. Il y eut un moment où le temps s'interrompit. Le tic-tac de l'horloge du salon lui parvenait distinctement, son sang semblait tomber au ralenti, elle ne savait plus où elle était, qui elle était, ce qu'elle faisait. Un bourdonnement incessant emplissait son esprit, l'engourdissait, l'endormait. Elle fixait son bras sanguinolent, les yeux grand ouverts, comme hypnotisée.

Soudain, un déchirement, un flash dans son esprit, une lumière aveuglante, et le temps s'accéléra. Flora se crispa sur son membre blessé, et, à bout de forces, elle s'abîma dans le flot de douleur qui l'irradiait, et sombra dans l'inconscience.


Elle flottait, elle volait, elle tourbillonnait, elle se dirigeait vers une charmante maison logée au creux d'un petit vallon, au pied d'une montagne enneigée. Le soleil brillait et le doux murmure d'une cascade emplissait l'espace ; un petit bosquet aux arbres verdoyants et bruissants où chantaient les oiseaux ombrageait un parterre de fleurs parfumées que venaient butiner des papillons colorés. "Le paradis" pensa la jeune fille. C'est alors que le ciel se teinta de rouge, la terre se mit à trembler, la cascade s'arrêta de couler. Terrifiée, Flora vit les arbres prendre feu et la maison se disloquer. Une large faille s'ouvrit dans le sol. Une chaleur infernale s'en échappait et Flora se sentit happée par le trou. Un souffle fétide cherchait à l'entraîner dans le gouffre rougeoyant...
Elle se réveilla brusquement. Elle ne souffrait plus, ne savait pas si son rite d'appel du Démon avait fonctionné. Elle s'aperçut qu'elle était dans une pièce inconnue, baignée de rouge.



Elle était allongée au pied d'une table sur laquelle brûlaient six bâtonnets d'encens à l'odeur âcre dont les cendres voletaient dans la salle. De larges et hautes tentures pourpres ornaient les murs, où se dessinaient des traînées ocres, telles de vieilles traces de sang séché.
La pièce, rectangulaire, était plongée dans une lumière vermeille, tamisée, "surnaturelle" se dit Flora, car nulle part il n'y avait de bougies, de fenêtres ou de lustres. La jeune fille commençait à peine à se demander où elle pouvait bien être lorsque, toutes en même temps, les lourdes draperies disparurent soudainement, révélant des loges où se tenaient debout six hommes masqués. Un individu, notamment, attira son attention par sa stature et son allure de chef. Tous portaient des capes écarlates attachées par six broches en or et tenaient dans leurs mains chacun une dague.
Sur un geste du chef, les hommes avancèrent d'un pas, formant un cercle autour de la table et de Flora. Bizarrement, celle-ci n'était pas effrayée, elle était calme et même confiante : ça y était ! Si elle se trouvait ici, c'était sûrement parce qu'elle avait réussi son rituel ! Et ce grand homme face à elle ne pouvait qu'être le Démon !
Celui-ci leva soudain les bras et Flora se sentit soulevée de terre et reposée en douceur sur la table. Surgies de nulle part, des lui enserrèrent alors les poignets et la maintinrent sur le meuble. Deux des hommes agrippèrent les habits de Flora et les mirent en pièces avec leur dague. Allongée, nue, sans aucun moyen de se cacher de leurs regards inquisiteurs, Flora sentit la peur, sournoise, déployer ses tentacules et enfermer son esprit dans un étau. Une voix irréelle raisonna dans son esprit : "Le prix du sang ! Un sang pur, un sang innocent... "

Avait-elle bien compris ? N'avait-elle pas déjà assez donné ? Que voulait-il de plus ? Ce ne fut que lorsqu'elle vit le Malin se déshabiller qu'elle comprit que ce qu'il réclamait, c'était sa virginité. Toute l'horreur de sa situation la frappa de plein fouet, et lorsque le Démon commença à s'approcher, Flora se débattit, cria comme une forcenée, demanda pardon ; à qui ? Elle ne savait pas, elle ne voulait plus être là, elle voulait rentrer chez elle, dans sa douce chambre, elle voulait entendre ses parents, elle voulait, eh bien oui, elle voulait même les entendre lui faire des remontrances, pour se prouver qu'elle était toujours elle.
Un bâillon la réduisit au silence. Réalisant son impuissance, sa naïveté et la portée de son geste, elle ferma les yeux et pleura doucement.
Tout à coup, elle sentit le souffle du Démon sur sa poitrine. Il ne la touchait pas, comme si cela devait briser un instant sacré. Il y eut un moment où le temps suspendit son cours, où Flora espéra que tout ceci n'était qu'un rêve, où le Malin cessa de respirer, où les cinq apôtres élevèrent les mains et où ils entonnèrent une mélopée lugubre. La jeune fille prit une profonde inspiration, elle sentait qu'était arrivé le moment final où son violeur la possèderait. Il lui sembla que cela prît une éternité, un temps infini où elle sentit sa virginité s'envoler telle un papillon effarouché, où une douleur lancinante submergea son entrejambe, où elle ressentit toute la malfaisance de l'être qui grognait sur elle, où le Mal l'envahit.
Ce fut soudain le calme. Toute douleur la quitta, tout bruit cessa et un étrange bien-être s'empara d'elle. Flora rouvrit les yeux. Les cinq apôtres s'étaient évaporés, et, debout devant elle, se tenait le Sixième, toujours masqué, et dont les yeux, à présent, rougeoyaient. La jeune fille aperçut un mouchoir blanc dans sa main, un mouchoir constellé de gouttes de sang. "Mon sang" se dit-elle. "Un sang pur" lui répéta le Démon.
D'un mouvement de tête, il fit disparaître les cordes et revêtit Flora de ses habits, comme neufs. Hébétée, à demi-évanouie, la jeune fille se releva un peu sur les coudes, mais le Malin lui mit le mouchoir dans une de ses poches, brandit soudain un athamée, et l'enfonça à l'endroit même où elle l'avait fait précédemment.
Au moment où elle plongeait dans l'inconscience, il lui sembla entendre la Bête murmurer : "Ma reine... "


Elle rouvrit les yeux lentement. Elle était allongée sur le dos. Une lumière blanche éblouissante l'obligea à tourner la tête. "Ca y est, pensa-t-elle, je suis morte". Flora fixa alors la lumière jusqu'à l'aveuglement. Elle la voyait danser, sauter ; elle était dans un état second. Sa bouche était pâteuse, ses membres douloureux, son coeur battait la chamade, ses oreilles bourdonnaient. Tout à coup, ce fut comme si on lui passait une épée à travers le corps, une douleur fulgurante lui déchira le bas-ventre, et quelque chose, à l'intérieur, remua. Flora gémit : c'était comme si une bête à griffes lui labourait les entrailles. Elle se sentait tellement faible qu'elle n'arrivait plus à exprimer sa souffrance. La lumière blanche était toujours là, toujours aussi aveuglante, toujours aussi troublante.
Un mot résonnait dans la tête de la jeune fille, un mot dont elle n'aurait su dire si c'était elle qui le pensait, ou s'il venait de son ventre, où elle comprenait maintenant qu'une chose grandissait : "Maman... "
Flora défaillit de nouveau.

...


"Ca y est ! La voilà qui repart ! Apportez le masque à oxygène et préparez le défibrillateur, au cas où elle nous lâcherait en route. "
L'ambulance filait à toute allure vers l'hôpital le plus proche. La lumière éclairait l'intérieur du véhicule : deux infirmiers s'affairaient autour du défibrillateur tandis qu'un autre maintenait un masque à oxygène bleu sur le visage congestionné de Flora, partie au pays des songes.
"Nom de Dieu, comment elle a fait son compte ?" demanda le chauffeur.
L'un des infirmiers lui répondit : "C'est ses parents qui nous ont appelés. Ils l'ont entendue hurler et taper comme une enragée dans sa chambre, et puis plus rien. Quand ils ont réussi à défoncer sa porte, ils l'ont trouvée étendue, sans connaissance, le bras ouvert. Au début, on pensait que c'était à cause de ça qu'elle était dans les pommes.
_ Au début ?
_ Mouais. On a trouvé une sorte de poudre près d'elle. Faut pas chercher plus loin : overdose. Elle a dû en voir de toutes les couleurs, mais je pense qu'elle vivra...
_ Paraît qu'elle criait au démon ?
_ Bof, la drogue... "


...


Là-haut, au premier étage d'une maison, dans une petite chambre où résonnait le tic-tac de l'horloge du salon, un mouchoir blanc constellé de gouttes de sang était soulevé par un léger souffle... "Ma reine... "...

...
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Re: Le mouchoir
Posté par efw28 le 20/08/2004 07:56:52
pour une suite c pas sûr . Fo voir, ct pas prévu au programme, mais, peut-être que... si vous insistez !! lol, non, sans déc', fo que j'y réfléchisse !
Re: Le mouchoir
Posté par efw28 le 20/08/2004 07:56:52
si tu n'as pas tt bien compris, dis moi, je t'expliquerai !
Re: Le mouchoir
Posté par lhucy7 le 20/08/2004 07:56:52
Félicitation c'est super bien écrit même si j'crois que j'ai pas tout bien compris en tout cas BRAVO !! Et j'attend comme tout le monde la SUITE !!!
Re: Le mouchoir
Posté par mely le 20/08/2004 07:56:52
francmen jte tire mon chapeau miss,c très bien écrit,je m'y suis cru ds la peau du personnage.bonne continuation,en attendant la suite
Re: Le mouchoir
Posté par miss angel le 20/08/2004 07:56:52
G adoré jaten k1 chos la suite si tu pouV me tenir o couran en mécrivan a "the-miss-angel@voila.fr" merci
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L'auteur : Lucile Deprez
30 ans, Carcans (France).
Publié le 09 avril 2004
Modifié le 09 avril 2004
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