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Le prix d'une pipe

Grève de chapeau ! Grève de chapeau !


Jeanne : ça fait bizarre de te voir là, en silence.
Philippe : surtout que j'ai envie d'y rester.
Jeanne : t'es sûr ?
Philippe : sûr.
Jeanne : t'as pas envie de parler de ça ?
Philippe : non, ce n'est pas intéressant comme sujet.
Jeanne : de quoi voudrais-tu parler, alors ?
Philippe : de rien.
Jeanne : tu veux pas parler ? T'es malade ?
Philippe : je suis en bonne santé.
Jeanne : je comprends pas.
Philippe : il n'y a rien à comprendre. Quand tu n'as pas envie de voir un film, lire un livre ou écouter de la musique, est-ce que tu te demandes si tu es malade ?
Jeanne : je n'en ai pas besoin, je sais parfaitement que si je n'ai envie ni de lire, ni de voir un film ni d'écouter de la musique je dois être forcément malade.
Philippe : figure-toi que nous sommes différents.
Jeanne : mais si tu étais payé pour me parler tu me parlerais.
Philippe : c'est probable, mais je te dirais n'importe quoi. Tu serais tout aussi déçue que tu l'es en ce moment à cause de mon silence. On peut acheter les mots mais on ne peut pas acheter les envies de parler. C'est comme ça, il faut s'y faire.
Jeanne : c'est con. Puisqu'on est obligé de se prostituer il vaudrait mieux de le faire avec envie.
Philippe : et les envies tu les commande au père Noël, c'est ça ?
Jeanne : non, de l'autosuggestion.
Philippe : tu me proposes donc que je me dise : "j'ai envie de te parler... Qu'est-ce que j'ai envie de te parler... J'ai crève d'envie de te parler... Si je ne pouvais plus te parler, à quoi ça me servirait la vie ?... Il faut que je te parle au plus vite, demain il serait peut-être trop tard... Tout le temps que je passe sans te parler c'est du temps perdu... Je souffre quand je pense que tu pourrais parler avec quelqu'un d'autre au lieu d'avec moi... Je préférerais d'être aveugle, sourd et tétraplégique, tout ça à la fois, que d'être muet... Je vais me faire l'idée que ce pot de fleur c'est toi, quand tu ne seras pas là je parlerai avec lui... Il faut pas que j'arrête de te parler ça serait un manque de respect envers tous ceux qui n'ont pas la chance de le faire, ces malheureux... "
Jeanne : c'est un peu exagéré mais tu es dans l'esprit du truc.
Philippe : et qu'est-ce que je gagnerais à me créer une envie artificielle ?
Jeanne : tu gagnerais une conversation avec moi...
Philippe : et tu ne penses pas que je gagnerais beaucoup plus à suivre mes envies, en l'occurrence rester en silence avec mes pensées ?
Jeanne : non. Tu es trop près de tes pensées pour pouvoir te faire un avis objectif. Il faut que tu t'en éloignes en parlant avec moi, par exemple.
Philippe : à t'entendre, on dirait que je ne parle pas souvent avec toi, or nous ne faisons que ça quand nous sommes ensemble : voir passer le cortège de mots comme on voit passer le tour de France sauf que celui-ci passe beaucoup plus vite...
Jeanne : tu sembles oublier que quand nous sommes ensemble nous faisons aussi l'amour.
Philippe : certes, mais nous le faisons en parlant.
Jeanne : je croyais que tu aimais ça.
Philippe : je n'ai exprimé aucun jugement de valeur.
Jeanne : j'ai compris que tu n'avais fait qu'un constat mais tu laisses planer un sous-entendu.
Philippe : ah, bon ? Où ça ?
Jeanne : ne fais pas l'imbécile tu sais qu'on ne peut pas les prouver, les sous-entendus.
Philippe : donc s'il n'y a pas de preuve il n'y a pas de délit non plus. Tu veux bien me rendre maintenant ma liberté de penser en silence ? À Pindare, à la marée noire, aux huîtres malades, au référendum...
Jeanne : tu me prends vraiment pour une conne. Si tu voulais penser à tout ça, tu en ferais une conversation. Tu veux rester en silence pour penser des cochonneries.
Philippe : faux. Je prends beaucoup plus de plaisir à parler avec toi des cochonneries que des huîtres, par exemple.
Jeanne : peux-tu t'expliquer, s'il te plaît ?
Philippe : parce que tu es une complète ignorante en matière d'huîtres, malades ou pas.
Jeanne : qu'en sais-tu ? Nous n'avons jamais parlé d'huîtres. Peut-être que je lis sur ça dans le tram.
Philippe : dans ta bibliothèque je n'ai jamais vu d'ouvrage sur les huîtres. Peut-être qu'on les distribue à l'arrêt du tram avec le 20 minutes et le métro...
Jeanne : j'aurais pu les emprunter à la médiathèque.
Philippe : je les aurais vu sur ta table de nuit, les toilettes ou traînant partout. Tu essayes de te sauver, est-il si douloureux d'avouer que tu ne connais absolument rien sur les huîtres ?
Jeanne : je n'avouerai rien car j'aime beaucoup les huîtres et que ça m'intéresserais de mieux connaître leur univers.
Philippe : en effet, ça pourrait faire partie de tes projets d'avenir mais pour l'instant, tu n'as rien fait. Avoue-le !
Jeanne : projeter quelque chose est déjà une façon d'agir. Que ça se concrétise ou pas.
Philippe : c'est ce que tu dis, mais pour que j'y adhère il faudra que tu argumentes, que tu me persuades, vas-y je t'écoute.
Jeanne, se mettant debout : je ne vais rien argumenter du tout, je me casse.
Philippe, la prenant par le bras : ah, non, ma petite, moi, je voulais rester en silence, toi, tu voulais causer. Maintenant que mon silence est définitivement gâché, on discute !
Jeanne : je n'ai plus envie de discuter.
Philippe : ça n'est d'aucune importance, autosuggestionne-toi !
Jeanne : ne crie pas je suis pas sourde. Je n'ai pas envie de m'autosuggestionner.
Philippe : autosuggestionne-toi pour avoir envie de t'autosuggestionner !
Jeanne : ça va pas ? C'est un truc de fous ce que tu me proposes.
Philippe : ma proposition n'est pas plus insensée que la tienne, mais si tu avoues que tu refuses d'argumenter parce que tu n'as pas d'arguments, je te libère.
Jeanne : non, ce serait une humiliation pour moi. Il faut que tu me libères sans conditions.
Philippe : j'accepte pas. Pour retrouver ta liberté il faut que tu payes une rançon. Tout ce que je peux faire pour toi c'est de changer la condition si tu la trouves trop humiliante.
Jeanne : et la nouvelle condition c'est quoi ?
Philippe : fais-moi une pipe. J'en ai envie depuis une heure.
Jeanne : et pourquoi tu ne me l'as pas ordonné avant ?
Philippe : je ne pouvais pas te punir parce que tu n'avais pas encore commis de faute.
Jeanne : c'est nouveau ça, souvent tu me punis injustement...
Philippe : c'est vrai, mais aujourd'hui d'une part je voulais être juste, d'une autre tu voulais discuter. Or il est impossible de discuter et de sucer en même temps sauf si tu avais deux bouches, ce qui n'est pas le cas. Il fallait donc que je t'enlève tout envie de discuter, ce qui vient d'arriver, pour que tu puisses te donner corps et âme à cette fellation que je désire par dessus tout...
Jeanne, se penchant vers son superbe phallus : tu n'es pas bête toi, ça doit être pour ça que j'en suis folle...
Philippe, s'abandonnant au plaisir : ooooooohhh...
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Re: Le prix d'une pipe
Posté par jacquesv le 22/07/2005 16:46:32
lizou,
Il ne faut pas prendre toutes les femmes majeures qui vont plus loin que la "position du missionnaire" avec procréation comme but unique pour des idiotes...
Re: Le prix d'une pipe
Posté par lizou le 22/07/2005 16:25:14
pas besoin d'avoir un "esprit tordu" pour arriver a ses fins, surtt quand la femme est une idiote...
Re: Le prix d'une pipe
Posté par remureur le 15/07/2005 17:59:46
J'aimais pas les autres, j'aime celui-là. C'est plus léger, plus houmouristique, plus fin, plus intelligent, bref, c'est vraiment bien.
Re: Le prix d'une pipe
Posté par figue le 06/07/2005 18:10:35
j'aime bien cet article et les 2 autres semblables, jen veux d'autres !!
Re: Le prix d'une pipe
Posté par jacquesv le 02/07/2005 23:49:37
ida, l'esprit tordu??:-o Comme il faut avoir l'esprit tordu pour que l'idée t'effleure même!:-o;)
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Publié le 01 juillet 2005
Modifié le 07 juin 2005
Lu 9 816 fois

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