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Lettre à Anne

Voici la lettre que j'ai écrite pour Anne (donna987), en réponse à son article intitulé "Sombres pensées", rubriqueVos histoires'.


Anne (donna987) avait écrit un article, "Sombres pensées" (rubriqueVos histoires'). Le titre est assez explicite. En réponse, je lui ai écrit une lettre. Elle m'a dit que cette lettre pouvait aider d'autres personnes. Alors, maintenant, elle est aussi pour vous.


Salut Anne,

J'ai lu par hasard ton article "Sombres pensées" et son forum. Je vais répondre comme je peux – je ne suis pas psychologue de formation : -)
Bien, réfléchissons.
Ton article exprime un certain mal-être. Face à un problème, la bonne attitude est de trouver la cause, et d'agir là-dessus. Un médecin ne doit pas guérir les symptômes mais bien la maladie elle-même.
Là où ça se complique, c'est que tu ne vois pas la raison de ce mal-être. Et c'est très déconcertant. Tu ressens des sentiments troublants, mais tu ne sais même pas pourquoi. Donc, tu ne peux t'accrocher à rien. Si au moins tu avais une bonne raison de désespérer ! Et cette impression de vide te pèse encore plus.
En plus, tu te rends compte que cette attitude a des répercutions sur ceux qui te sont chers : tu n'arrives pas à être comme tu voudrais face à ton amoureux, et cela te culpabilise. Le bien que je voudrais faire, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas faire, je le commets !
Alors, quelle solution ?
S'il y avait une réponse type, ça se saurait !
Et il faut savoir une chose : certaines personnes se complaisent dans les sentiments tristes. L'être humain a une capacité d'auto-apitoiement. Certains se font un film et exagèrent leurs problèmes. Ils voudraient qu'on les prenne sans cesse en pitié. C'est toujours plus facile de se considérer comme victime que de prendre les choses en main. D'où certains commentaires de skold (09/12/2004 19 : 27 : 57) et de raz (09/12/2004 19 : 35 : 41).
Est-ce ton cas ? Je relis donc ta lettre et je pense que non. Certaines souffrances sont bien réelles ! Et si certains se complaisent à (se) les ressasser, d'autres ne demandent qu'à être heureux, comme toi !
Mais alors, pourquoi ces "sombres pensées" t'habitent-elles ? Tu ne sais pas. Éh bien, va de l'avant ! Tant pis si on sait pas pourquoi on ressent ça ! La vie ne dépend pas seulement des sentiments qu'on ressent. Regarde-toi une journée : c'est dingue comme on peut vite passer de la joie à la tristesse, de l'envie à l'indifférence, de la faim de vivre au néant.
Les sentiments humains, c'est une bonne chose. Mais il ne faut pas se fier exclusivement à eux, car ils sont changeants. La constance, c'est un rêve ! Même dans ce que tu as de plus cher (tes relations avec Alex, Céline, ton frère,...), il y a des hauts et des bas. On n'est pas toujours constant dans ses sentiments. C'est parfois très déconcertant, mais tu es beaucoup plus que les sentiments que tu éprouves.
Ces sentiments de tristesse, de désespoir... Ce n'est pas ta faute. Tu ne sais pas d'où ils viennent. Tu crois que les autres sont toujours gais, souriants, et quoi toi seule serait d'une "nature sombre" ? Mais non ! Chacun a sa croix, et on est très fort pour cacher ses faiblesses, ses manquements, ses angoisses, souvent par orgueil.
Tu te sens triste ? La société t'aide-t-elle à voir les choses davantage en rose ? Moi qui suis belge, j'ai parfois l'impression que les Belges sont des râleurs professionnels. Dans les courriers des lecteurs, que de plaintes ! Dans les journaux, combien de scandales ! Ils se suivent, un scandale chasse l'autre ! Dans la société, la compétition, la rentabilité. Alors une ado de 16 ans qui a tout pour elle et qui déprime sec parfois, ça fait pas sérieux. Ça gêne dans le tableau. Ça encombre. Et un peu plus d'humanité, ça vous ferait mal ? Mais non, on n'a pas le temps, monsieur, j'ai déjà assez de problèmes comme ça, je n'ai pas le temps de vous parler cinq minutes, je dois aller acheter mon nouveau graveur DVD double couche – ah oui, effectivement, c'est un sérieux problème : -)
Il faut le reconnaître : la société n'aide pas beaucoup les jeunes à s'y retrouver. Où sont les repères ?
Bon, alors, et pour toi ? Es-tu une pleurnicharde, une "nature sombre" ? On s'en fout ! On s'en fout ! On va pas se complaire en se disant "Pourquoi je suis comme ça ?" "Qu'est-ce qu'il m'arrive ?" Ces sentiments, tu les as découverts en toi, et ils te déconcertent, te désarçonnent. Es-tu responsable de ces sentiments ? Non ! Ils viennent en toi sans crier gare. Ne culpabilise pas en te disant "Je ne suis que cela", ça n'est pas vrai ! (tu aurais une part de responsabilité si tu entretenais ces sentiments, si tu te complaisais dans le morbide tout en t'en plaignant)
L'amour, ce n'est pas seulement de l'effusion, des sentiments qu'on éprouve pour les autres. Sinon, aimer est super facile : tu te laisses porter par la vague, tu donnes beaucoup mais rien ne te retient de le faire, puisque tu éprouves l'envie profonde de le faire.
Et quand soudain toute envie part, on a l'impression d'être foudroyé sur place. Le vrai courage n'est pas dans l'ardeur d'un moment ! Tout le monde, tout le monde, un jour fait cette expérience, de ne plus rien ressentir de joyeux, même dans ce qu'on aimait passionnément.
Alors l'amour prend sa plus belle forme : il devient une décision, un acte purement gratuit. Tu n'aimes plus parce que tu te sens portée à le faire, tu aimes parce que tu sais que c'est ça qui est beau. Même quand tu ne ressens plus rien. Tu vas au-delà de tes sentiments. Les sentiments, on est pas responsable de la façon dont ils arrivent, mais on est responsable de ce qu'on en fait.
Alors, va de l'avant ! Aime ! Réconcilie-toi avec toi-même. Deviens, Anne, ta meilleure amie ! Accepte-toi, accepte ces sentiments, ne les fuis pas. Prends-les de face, accorde-toi un répit s'ils te prennent à la gorge, on ne peut pas tout le temps être dans l'arène, au combat !
Ne sois pas obsédée par la perfection. Tout le monde fait des erreurs, c'est en chutant qu'on apprend. Si tu gravis une montagne et que tu regardes tout le temps le sommet, tu désespères d'y arriver. Au contraire, si tu fais un pas en avant, réjouis-toi de ce pas, si petit soit-il. L'amour, ça se construit, ça s'apprend. On ne peut pas, avec son petit ami, ses amies, prétendre tout de suite à une relation parfaite. Un diamant, ça se polit énormément avant d'être pur.
Sois patiente avec toi-même. Ne te prononce pas de phrases négatives, sois-toi indulgente. Relativise ! Aie le sens de l'autodérision si tu te vois chuter ou gémir : ris de ces attitudes, caricature-les, amuse-toi de toi-même, sans te moquer.
Apprécie ce qui t'es donné. Prends le bonheur tout de suite. N'attends pas d'être plus : plus belle, plus intelligente, plus forte, plus... C'est la société qui veut toujours plus. Toi, ne mets pas de condition à ton bonheur. Va le chercher tout de suite ! Prends-le dans les petites choses. Tiens, par exemple, je viens de terminer un CD de MP3 sur... Des dessins animés : des génériques, des chansons, des extraits. Qu'est-ce que je me marre en réécoutant ces trucs que je croyais avoir oubliés ! Et les dessins animés pour garçons (Goldorak, Capitaine Flam) : qu'est-ce que je marre en réécoutant des dialogues qui étaient super kitch. Et il y en a qui diront qu'à 26 ans, c'est puéril, t'as un problème. Y'en a qui râlent tout le temps ! "Les gens ont peur d'être heureux. Ils ne veulent pas construire leur bonheur, ils veulent seulement réduire leur malheur".
Deviens ta meilleure amie : respecte-toi, ne te laisse pas aller. Ah tiens j'ai des sentiments débiles ? Tant mieux, je vais montrer qui je suis ! Je vais montrer que je suis plus que ça ! Je contre-attaque !
La résignation, c'est un suicide au quotidien. Refuse la médiocrité. Refuse la tiédeur. On ne vit qu'une fois. Respecte-toi.
"Et si je capitule ?" Je te l'ai dit, on ne peut pas être tout le temps dans l'arène. Ton mal-être est trop fort ? Arrête-toi un moment. Parle à quelqu'un. Laisse-toi aimer par les autres. On voudrait tout le temps donner. Les autres aussi, veulent te donner : accorde-leur la place de le faire. Accepte de recevoir. Sois humble : on ne se construit pas toute seule. On ne peut pas tout le temps être une femme forte. L'humilité, ce n'est pas l'humiliation.
Et ne te prends pas trop la tête. Il ne faut pas trop réfléchir, ni prendre de grandes décisions, dans les moments de détresse ou d'euphorie ; car dans ces moments, on a tendance à noircir la situation ou à l'idéaliser. Si tu réfléchis trop, tu tournes en rond, et tu deviens mélancolique.
Alors, sois simple ! Plutôt que de te tourmenter sur certaines questions, agis ! Tu veux le réconfort d'Alex ? Va le voir ! Tant pis si tu n'es pas en femme fatale quand il te verra ! Il t'aime, non ? Tu as peur qu'il ne te reconnaisse pas ? Quelle confiance as-tu en lui ? C'est la confiance, et rien que la confiance, qui mène à l'amour.
Alors, oui, je ne vais pas te le cacher, la confiance, c'est se mouiller, c'est être vulnérable. C'est risquer de se prendre des claques dans la figure. Mais si tu fais rien, rien ne changera. Tout le monde a peur de vivre. Mieux vaut regretter d'avoir agi que regretter son inaction.
Tu as 16 ans, pas 40. À ton âge, on peut encore beaucoup changer, et vite. La force de la jeunesse, c'est cette capacité de s'adapter, de changer. Pour des adultes, c'est beaucoup plus difficile de changer ses habitudes, ses humeurs. Tout n'est pas écrit, déterminé pour toi, loin de là.
Tu sais, reconnaître ses sentiments, savoir les écouter, ne pas les diaboliser systématiquement, mais savoir aller au-delà quand c'est nécessaire, c'est faire preuve d'une grande maturité affective. Beaucoup d'adultes feraient bien de prendre des leçons ! Si à 16 ans, tu apprends déjà cela, tu pourras donner beaucoup de sens, de profondeur à toutes tes relations avec les autres, et ce pour tout le reste de ta vie. Ça vaut la peine, tu ne crois pas ?
Laisse aussi les autres t'aider.

Amicalement
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TROUDPINN
Posté par nnipduort le 16/12/2004 20:12:08
Au secours, voilà ce que je craignais, une grande leçon de vie. Voilà Anne, la recette pour parvenir au bonheur, voilà Anne comment je te la déclame avec grandiloquence. Et voilà c'est reparti, nous sommes dans l'horrible société de consommation où chacun pense à acheter son lecteur DVD double couche et bla bla bla et bla bla bla. Mais le plus fort dans ce mail c'est quand même ça: "Il ne faut pas trop réfléchir, ni prendre de grandes décisions, dans les moments de détresse ou d'euphorie ; car dans ces moments, on a tendance à noircir la situation ou à l'idéaliser. Si tu réfléchis trop, tu tournes en rond, et tu deviens mélancolique. " Si je peux permettre de te donner mon modeste avis, c'est de la pure connerie. Quand les gens comprendront-ils que les changements ne se font pas toujours dans la douceur et même rarement. Il faut penser à ce qu'on fait. Je sais très bien qu'il y a des crétins qui se complaisent dans leur niaiserie en se convaincant qu'ils sont des hypersensibles et qu'au fond leur tristesse n'est due qu'à leur génie. Il faut penser, toujours se remettre en question. Sinon on reste un crétin toute sa vie et on ne progresse jamais.
TROUDPINN.
Re: Lettre à Anne
Posté par bidi le 15/12/2004 17:37:51
Bonjour... :-)
J'ai lu en entier la lettre adressée a Anne...j'ai même parfois versé une larme...
Jvoulais juste dire que parfois on est au fond, et que c'est dur de se remonter.
Y'en a toujours qui diront que on doit se bouger, qu'on doit voir le coté rose de la vie, qu'on doit profiter parce que on est jeune, qu'on manque de volonté (arg ca m'enerve ca)...Oui mais la force la dedans ? Oui j'avoue (sans honte) je suis loin, je suis loin de ce sentiment qu'on appelle bonheur. Je suis loin d'apprecier la vie telle qu'elle est. Oui c'est vrai... dans ma souffrance, je me sens vivre. C'est les seuls moments ou je sens que je suis vivante. Que je suis la, sur terre...Mais c'est vrai aussi que cela ne m'apporte rien de positif, sinon etre ypersensible (arf :-s). A defaut de moi être bien avec moi meme, je veux que les autres le soient, et parfois, parfois ca me suffit. Ca me suffit de les voir heureux même si je les envies...
Je sais que dans tout cela, j'ai ma part de responsabilité, parce que je me suis construite avec des choses negatives inconsciemment...mais je sais aussi que plus tard j'irai mieux, parce que j'ai envie...

Je voulais a tous, vous dire ne pas laisser les choses trainer quand vous etes ainsi... de parler, de pleurer, de ne pas garder tout cela pour vous tout simplement !

Wala... sur ce, je vous souhaite une bonne soirée :-)
Re: Lettre à Anne
Posté par isuki le 15/12/2004 16:51:11
Très bien écrit et ça fait très réfléchir.
Re: Lettre à Anne
Posté par donna987 le 15/12/2004 13:46:34
raz, explique moi à quoi ça sert de casser les gens tout le temps avec ton cynisme qu'on commence à bien connaitre ? qu'est ce que cela t'apporte? j'aimerais comprendre.
en tout cas, ballmeyer04, encore une grand grand merci pour ta lettre...
Re: Lettre à Anne
Posté par raz le 15/12/2004 08:30:56
Je suis cité dedans ! Je suis cité ! C'est le début de la gloire.

Bouarf sinon la prochaine fois que j'envoi un mail disant à quelqu'un d'arrêter de m'envoyer des chaînes de lettres je le publie.
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L'auteur : J. Ballmeyer
38 ans, Namur (Belgique).
Publié le 15 décembre 2004
Modifié le 13 décembre 2004
Lu 1 368 fois

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