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Ma mixture...

Petite fille... Perturbée... Le monde... Voilà ce qu'il a fait de moi, voilà ce que j'ai fait de lui...


On me disait que je séparais trop...

On me disait que je séparais mon cœur de ma tête, mon corps de mon cerveau, mes ressentis de mes réflexions ; et on me disait que j'allais me perdre...
Moi... J'avais l'impression d'être une mixture infâme et noirâtre dans laquelle n'importe qui s'amusait à jeter n'importe quoi sans jamais se soucier du résultat ; une fois qu'était aperçue cette bouille opaque, personne ne se risquait à se pencher sur moi pour humer mon doux parfum ou encore pour me goûter.
En outre, je servais dans l'inconscient collectif de déchetterie, d'entrepôt, où personne ne s'abandonnait jamais totalement, et où le rangement ainsi que le ménage ne paraissaient pas nécessaire.
Cependant j'avais un avantage : j'étais universelle.


Je n'avais qu'une poignée d'années lorsque je le découvris, ce qui eut pour conséquence de me plonger dans une lourde dépression, dont je ne me sortis que bien plus tard. Il est vrai que lorsque l'on découvre que le monde qu'on croyait tenir sur ses épaules, tient tout seul lorsque vous le lâchez, la chose n'est pas facile à accepter.
J'avais tout été, et je ne devenais rien.
J'avais alors l'impression d'avoir été trompée, d'avoir laissé mon enfance mourir à trop porter...
C'est de ce fait que durant ce qui devait être mon adolescence, je me pris à la fois pour un enfant dont les années ne se comptent que sur les doigts d'une main, et pour un adulte centenaire. Ce va et viens incessant me plongeât dans un état légumineux durant plus d'une année ; la fatigue qu'il imposait se manifestât par une longue maladie, qui eut, elle, pour effet d'aggraver ma dépression.
Devant ces deux personnalités, je me demandai même si je n'étais pas schizophrène. Fable de l'esprit, ce n'était pas le cas.
Par ailleurs, me sentant coupable, et si seule, d'être cette étrange mixture, je me mis à assimiler toutes mes connaissances à de la nourriture, afin de pouvoir trouver des repères parmi eux, moi étant infâme... Je pouvais alors me constituer un repas à tous moments. Mon excentricité plaisait, tout comme elle avait déplu durant mon enfance, ce que je pouvais concevoir, car avec l'âge m'était venu l'adresse de la langue. Non que tout cela soit venu naturellement mais plutôt que certaines expériences m'y aient contraint. En voici une : Petite, j'échafaudais des plans afin de découvrir, ou plutôt de rétablir la véritable identité de mes parents -que je ne découvris que bien plus tard d'ailleurs.
Un de ces plan consistât à les mordre afin de découvrir si leurs peaux n'avaient pas été voilées et ne cachaient pas quelqu'un d'autre. Grand mal me prit de ce geste, je n'avais que quatre ans et aujourd'hui, malgré ma mémoire sélective et mon Alzheimer précoce je m'en souviens encore...
Cependant ce n'est ni leurs colères, ni leurs paroles - car on ne frappe pas un enfant, non, non - qui me décidèrent à évoluer, c'est juste le fait que mes techniques ne portaient pas leurs fruits...



Toutes ces pensées, toutes ces manigances restèrent, bien entendu, secrètes, ce qui fut, au départ d'ailleurs, involontaire.
Je partais du principe que, si dans le monde il y avait des salauds et des tortionnaires comme des héros ou des anges, ils adoptaient une même logique qui était, bien évidemment, la mienne. C'est pour cela que je ne disais rien, imaginant qu'avec les quelques indices que j'avais laissés, le monde me découvrirait.
Il n'en fut rien, et je découvris qu'en plus de ne pas savoir comment me connaître, le monde, n'en éprouvait même pas l'envie. Je fus choquée, outrée, rongée par l'incompréhension : comment faisaient les Hommes pour vivre ensemble dans cette énorme hypocrisie ? J'eus la réponse un peu plus tard : il ne faisait pas, ce qui me rassura.
De toute façon, j'avais déjà pris l'habitude de ne pas révéler mes pensées ; et, pendant que moi, gamine trop créative et déjà trop fataliste je m'imaginais que mes parents allaient venir me tuer, pendant que je rêvais de viols et de meurtres ainsi que de monstres, pendant que je priai un Dieu imaginaire, pendant que je parlais aux objets, pendant tout cela, mes parents, eux ne s'occuper qu'à me coiffer – ce que je redoutais d'ailleurs...
Je les ai haï, mais très vite je me suis aperçue que j'étais seule responsable et que, de toute façon, mieux valait ne pas être découvert. Cependant, comme tout être humain, je ressentais un besoin tel de sentir quelqu'un qui me soutenait, que je me créai plusieurs personnages imaginaires, afin de pouvoir me confier, afin de prouver qu'au delà de la petite fille au couettes mal faites, j'existais.



Je rêvais beaucoup, et souvent je faisais le même rêve jusqu'à ce que je trouve la solution qui convenait à mon inconscient... C'est ainsi que j'appris à grandir, et peut être aussi à grandir plus vite.
Je n'avais qu'une poignée d'années lorsque je fis celui ci :

Je courrais sur un chemin assez long et large, entouré de grands et magnifiques arbres.
J'étais seule et poursuivie, je n'avais pas besoin de me retourner, je le savais, je le ressentais : derrière moi sur son impressionant destrier noir, se trouvait la mort, ma mort.
Courant le plus vite qu'il ne m'étais permis de courir, je voyais défiler, autours de moi, les saisons : les arbres bourgeonnaient, fleurissaient, perdaient leurs feuilles puis se couvraient de neige.
A la fin de ce rêve –que je fis une douzaine de fois je crois – je me faisais immanquablement tuer.
Rattrapée lors d'un des nombreux hivers que je voyais passer, j'étais assassinée sans même voir le visage de ma mort.
La dernière fois que je fis ce rêve, il s'en passa autrement. J'ai couru, comme toutes les autres fois, je savais quelle fin m'attendait, c'est pourquoi lorsque je vis arriver mon dernier hiver, je m'arrêtai, et me retournai. Je vis le cavalier arriver, je l'attendais paisiblement, je souriais.
Malgré le fait qu'il soit venu apporter ma mort, il n'avait pas l'air hargneux ; il s'arrêta devant moi. Il m'observa quelques temps, me considéra, et, malgré son armure noire, je devinais qu'il cachait un sourire résigné ; il me tuât.
A partir de ce jour, la Mort, qui faisait parties de mes hantises nocturnes, devint presque une amie. Grâce à ce rêve je fus convaincue –et le reste encore aujourd'hui- que ma mort me serait annoncée, que je saurais quand elle viendrait me prendre. Après tout pourquoi la craindre et la fuir... Elle ne fait que son métier. A dix ans à peine, on aurait pu me dire fataliste...
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Re: Ma mixture...
Posté par dwigo le 09/06/2007 01:43:01
Je suis bleuffé là :'(

cerisette--> Félicitation. Tu as le pouvoir des mots, j'aime (l)
Re: Ma mixture...
Posté par jacquesv le 28/04/2007 12:04:27
bien écrit! J'apprécie:)
Re: Ma mixture...
Posté par l1ne le 26/06/2006 14:21:08
Petit garcon... Perturbé... Mes pères... Voilà ce qu'ils ont fait de moi : l1ne

Beau récit mais difficile. Il est parfois bon de s'entrevoir a travers d'autres.

Merci
Re: Ma mixture...
Posté par blindbird le 10/06/2006 22:36:48
lunatiquement_cerise : enfin, un peu plus de toi.....:)
merci ;)
Re: Ma mixture...
Posté par lunatiquement_cerise le 30/05/2006 15:07:00
:)

sans avoir une grande intelligence, un enfant, sans s´en appercevoir, peut tout a fait avoir ce genre de pensee, enfin non, pas sans s en appercevoir, mais plutot sans les considerer comme telles

merqui
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L'auteur : Et un point Dans ta gueule.
25 ans, Paris (France).
Publié le 29 mai 2006
Modifié le 08 mai 2008
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