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Qui a eu cette idée folle...

Réhabilitation, redéfinition, revalorisation de l'école... Tous ces discours stériles sur la crise actuelle de l'enseignement masquent la réalité du mal profond qui touche notre société.


Si la musique adoucit les moeurs, il semblerait que les deux mois de congés payés estivaux des enseignants aient eu le même effet sur leur hargne réformatrice légendaire. La rentrée 2003 qui s'annonçait chaude s'organise dans un clame ambiant proche de la léthargie. Du même coup, le mutisme de nos ministres et autres représentants nationaux face aux manifestations d'avril-mai, se meut en une volubile politique de communication. Mais entre les chamailleries Lang/Ferry sur France 2 et les raffarinades humanisantes et condescendantes de notre Premier Ministre sur M6, on passe allègrement de l'énonciation de grands principes idéologiques qui masque le fond dramatiquement concret du problème, à l'exposé de petites considérations personnelles qui réduit l'amplitude du phénomène et focalise abusivment l'attention sur une part restreinte du jeu complexe de causes à effets qui rythme cette crise de l'enseignement.

Laissons-les donc à leurs palabres sans fin et intéressons-nous plutôt à la réflexion sociale autrement plus globalisante que nous proposait déjà sur ce sujet Charles Péguy au début du siècle. Pour ce libertaire avide de vérité, "la crise de l'enseignement n'est pas une crise de l'enseignement ; elle est une crise de vie ; (...) les crises de vie sociale s'aggravent, se ramassent, culminent en crises de l'enseignement (...) ; quand une société ne peut plus enseigner, ça n'est point qu'elle manque accidentellement d'un appareil ou d'une industrie ; quand une société ne peut plus enseigner, c'est que cette société ne peut plus s'enseigner elle-même ; pour toute l'humanité, enseigner, au fond, c'est s'enseigner ; une société qui n'enseigne pas est une société qui ne s'aime pas, qui ne s'estime pas ; et tel est le cas de la société moderne". En liant étroitement l'école à la société, Charles Péguy reprend là la définition du rôle premier de l'enseignement qui consiste à former les futurs ciyoyens d'une nation et à les intégrer socialement dans celle-ci. Actuellement, une part du discours traitant de la crise de l'enseignement, rejette d'ailleurs la faute sur notre société sclérosée, dénuée de toute valeur morale et ne donnant en pâture aux cerveaux lobotomisés de nos chers bambins que des Rambo, Loana et autres stars d'un jour. S'il convient d'accorder une entière légitimité à ces propos, il serait cependant illusoire de s'en contenter, car, comme l'explique Charles Péguy, la crise de l'enseignement n'est pas tant le résultat de l'évolution de notre société, que le reflet même de cette société. Elle est le miroir d'une époque.


Viviane Forrester, dans L'Horreur économique, avançait l'hypothèse selon laquelle la crise du chômage était en fait due à la disparition du travail comme élément culturel constitutif de notre société. Dans l'ère nouvelle de la société de loisirs, la valeur même du travail n'avait plus sa place légitime. Pourquoi ne pas envisager la crise de l'enseignement sous le même éclairage ? Jusqu'à aujourd'hui, la réussite sociale avait toujours rimé avec l'école et les professeurs bénéficiaient à ce titre de toute la considération due à cette hégémonie. Mais l'enseignement se bat désormais contre un contexte politique et économique qui tend à le faire disparaître et où l'idée même de citoyenneté qu'il était censé véhiculer a perdu tout son sens. Nous ne sommes plus des citoyens, mais des citoyens du monde... des terriens quoi ! Car si citoyen français pouvait encore signifier Révolution, Jean Moulin ou camembert, citoyen du monde c'est MacDo, la politique de Bush et la télé-réalité. Alors comment l'école pourrait-elle conserver encore son statut actuel de formateur de consciences, quand la télé (à sa manière plus que discutable) s'en charge déjà ? Comment pourrait-elle encore être considérée comme point de référence par la jeunesse, quand celle-ci, désillusionnée, rejette l'action même de penser ? Comment pourrait-on encore l'envisager comme source du savoir, quand nous pouvons accéder à internet sans même quitter notre canapé ? La grande institution qu'a été l'école pendant prés de 100 ans, et qui est née d'une nécessité d'alphabétisation d'un peuple encore "sauvage", n'est plus d'actualité. L'homme "civilisé" et "apolitisé" n'y est plus adaptable.

La véritable question concernant la crise de l'enseignement, n'est donc pas de chercher les moyens qui permettront la réhabilitation de l'école dans notre société, mais bien de tenter de comprendre les raisons pour lesquelles l'école comme nous l'avons toujours envisagée, n'a plus sa place dans cette société.
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Re: Qui a eu cette idée folle...
Posté par termi le 20/08/2004 07:54:44
vous êtes bien pessimistes!
on croirais entendre les petits vieux dire "vraiment y'a plus de jeunesse!"
moi j'ai 15 ans (j'suis donc plutot concernée) et je pense que le bahut c'est important au minimum pour avoir des amis et apprendre a être civilisé. pour moi un monde sans école c'est la préhistoire.
sinon ton article est bien mais tu ne propose pas vraiment de solution.
Re: Qui a eu cette idée folle...
Posté par cefyl le 20/08/2004 07:54:44
bon article. Un seul truc qui m'a fait bondir c'est ca : que les deux mois de congés payés. En fait, les 2 mois d'été ne sont pas payés. Les profs sont payes 10 mois sur 12 le tout annualisé. :) Sinon, pour le reste pas grand chose a dire. La jeunesse d'aujourd'hui vit au rythme de la TV et non plus au rythme de l'ecole/college/lycée/fac. L'espoir des jeunes actuels, c'est devenir un loft hero ou un star ac'singer mais pas d'avoir un réel métier. M'enfin leur espoir, c'est tout sauf quelquechose de realiste en fait :(
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Publié le 11 novembre 2003
Modifié le 11 novembre 2003
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