
Qu'est-ce que la cognition sociale ?
Les concepts de stéréotypes et de représentations sociales s'inscrivent dans un cadre plus général : la cognition sociale. C'est l'ensemble des processus mentaux par lesquels chaque individu traite les informations relatives au monde social.
Nous nous représentons la réalité, mais cette représentation n'est jamais qu'une construction faite de raccourcis et de généralités simplificatrices. Car ce monde est complexe : des quantités énormes d'informations nous parviennent dans un flux continu. Il serait impossible de traiter toutes ces données simultanément pour nous adapter à la réalité. C'est pourquoi nous avons besoin de « grilles d'interprétation » qui nous permettent de mettre de l'ordre rapidement et efficacement dans cette masse de données a priori non structurées.
Pourquoi les représentations sociales sont-elles utiles ?
Pour comprendre pourquoi chaque individu génère des représentations sociales de la réalité, il faut tenir compte de l'aspect social. Cela concerne la manière dont les sujets sociaux appréhendent et interprètent la vie quotidienne.
Il s'agit bien sûr d'un besoin que ressentent tous les individus. Aucun individu n'est épargné. « Nous ne sommes que des êtres humains imparfaits. »
Comment les stéréotypes se forment-ils à partir des croyances ?
Les croyances populaires constituent un véritable terreau pour les stéréotypes de toutes natures.
Ce qu'il faut surtout retenir, c'est que les représentations sociales expriment une relation entre les groupes sociaux.
Souvent, dans les rapports de discrimination, la représentation que l'on se fait de l'autre (ou stéréotype) sert à justifier l'action que l'on entreprend à son égard. Par exemple, aux États-Unis, la représentation sociale erronée qu'ont certains Blancs des Noirs — comme étant violents et intellectuellement inférieurs — contribue à justifier le sort qui leur est réservé (ghettos, accès limité aux emplois prestigieux, etc.).
Voici un texte qui vous fera sourire et qui illustre bien la théorie des stéréotypes sous un angle sympathique :
« Le paradis, c'est le lieu où :
Les Français sont les cuisiniers,
Les Italiens sont les amants,
Les Anglais sont les policiers,
Les Allemands sont les mécaniciens,
Et le tout est organisé par les Suisses.L'enfer, c'est le lieu où :
Les Anglais sont les cuisiniers,
Les Suisses sont les amants,
Les Allemands sont les policiers,
Les Français sont les mécaniciens,
Et le tout est organisé par les Italiens. »
Je suis sûr que vous trouvez cela amusant et que cela ne vous choque nullement — c'est compréhensible. En psychologie, ce genre de croyances et préjugés sont appelés des stéréotypes.
Comment la discrimination se manifeste-t-elle ?
La discrimination désigne un comportement négatif d'une personne à l'égard d'un individu issu d'un groupe vis-à-vis duquel elle a des préjugés.
Une personne peut exprimer ses préjugés par la discrimination tout en invoquant d'autres « raisons ». Par exemple : « Nous sommes désolés, mais nous ne pouvons pas vous engager car vous avez échoué aux épreuves de sélection », pourrait déclarer un employeur blanc à un candidat noir.
Une chose importante : moins on prend de temps à observer et à juger une personne selon ses caractéristiques propres, plus on fera appel à nos stéréotypes et préjugés. Il arrive que ces préjugés soient tellement ancrés qu'ils priment avant tout autre jugement. C'est le cas, par exemple, des racistes radicaux pour qui les personnes appartenant à un autre groupe ethnique sont et seront toujours inférieures.
Expériences scientifiques sur les stéréotypes
L'expérience de Razran (1950)
Les sujets étaient invités à indiquer quels traits de personnalité caractérisaient des étudiantes présentées en photo. Deux mois plus tard, les sujets étaient soumis aux mêmes photos, mais cette fois, chaque photo était accompagnée d'un nom informant clairement de l'appartenance ethnique de l'étudiante : juive (par ex., Finkelstein), italienne (D'Angelo) ou irlandaise (O'Malley).
Les résultats montrèrent une altération de la perception initiale en fonction des stéréotypes attachés au groupe d'origine : affublé d'un nom juif, on devient moins beau mais plus ambitieux, alors que nanti d'un patronyme italien, on gagne en beauté ce qu'on perd en intelligence…
L'étude de Kruglanski et Freund (1983)
Ces auteurs ont constaté que le fait de pouvoir prendre son temps (ou non) pour porter un jugement sur un individu affecte la qualité de ce jugement. Ils ont demandé à des sujets israéliens d'évaluer la qualité d'une dissertation rédigée par un adolescent évoquant soit une origine ashkénaze (juif d'origine européenne), soit une origine séfarade (juif d'origine méditerranéenne).
De plus, les chercheurs ont fait croire à une moitié des sujets qu'ils ne disposaient que de dix minutes pour effectuer leur tâche. L'autre moitié imaginait disposer d'un délai d'une heure.
On constate alors que c'est lorsque les sujets s'imaginent ne disposer que de dix minutes qu'ils sont influencés par leurs stéréotypes : conformément à la croyance répandue, les dissertations des adolescents ashkénazes sont perçues comme étant de meilleure qualité que celles attribuées aux séfarades. En revanche, le jugement est plus nuancé lorsque les sujets disposent d'un délai d'une heure.
Les ressources cognitives mobilisées pour la tâche semblent donc avoir été conditionnées par le temps et ont eu un effet sur la qualité du jugement (du plus simple au plus nuancé).
Comment dépasser nos préjugés ?
Essayez d'oublier vos stéréotypes, prenez le temps d'apprécier les personnes. Car avoir des préjugés mène inéluctablement au racisme, au sexisme et au rejet de l'autre.
Personne n'est parfait et vous n'arriverez jamais à vous en défaire complètement, mais ce n'est pas une raison pour ne pas essayer et se remettre constamment en question.