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Tout est pardonné

Comment ça ? Vous aussi vous trouvez l'actrice de l'affiche très mignonne ? Vous êtes déjà amoureux ? Bien bien. Elle n'apparaît pourtant que dans le dernier tiers de ce récit sur plusieurs années sur le mal-être et ses conséquences dans la vie de famille.


Tout est pardonné. Un titre qui laisse attendre un dénouement heureux, ce qui ne semble pas gagné d'avance après avoir passé quelques dizaines de minutes à fréquenter ce film. L'histoire est celle d'un couple bilingue, lui Français, elle Autrichienne, les deux parlant plutôt bien les deux langues, ce qui leur permet de communiquer entre eux chacun dans leur langue maternelle. Ainsi l'on assiste à des dialogues Français puis Allemand, ou l'inverse, ou dans une seule des deux langues. Ce détail n'est pas anodin, c'est déjà une barrière à franchir pour le couple, une démonstration constante d'altérité qui ne facilite pas la vie commune.

Victor déprime et se drogue. Il est souvent absent, ça lui arrive même de ne pas rentrer à la maison le soir. Il est écrivain mais écrit peu et dit n'avoir plus d'idée. Il ne fait pratiquement rien de ses journées, à part se perdre mollement dans des jeux enfantins avec sa fille. Il évite le contact des autres. A part sa famille et son dealer, il ne voit presque personne. Après un temps, le couple décide d'aller vivre à Paris, Annette nourrissant secrètement l'espoir d'une amélioration de l'état de Victor de retour dans son pays, sa culture.

Ça ne se passe pas comme ça et Victor sombre de plus belle dans la drogue et le mal de vivre. Jusqu'au jour où le couple se dispute, Victor frappe Annette et lui dit des mots remplis de haine, dans un accès de rage nihiliste. Le couple se sépare...


Une mise en scène classe

J'ai été agréablement surpris par la mise en scène de Tout est pardonné, se refusant à me servir les clichés que j'attends du cinéma Français (scènes et plans redondants). On sent le souffle créateur de la première oeuvre d'une cinéaste qui n'est sans doute pas noyée sous les influences. La construction du récit est elle aussi atypique, le film étant scindé en plusieurs parties séparées par des ellipses plus ou moins longues.


La description d'un mal-être crédible...

La perdition de Victor, coupé de la société, coupé de sa langue maternelle au début du film et naviguant en eaux troubles dans une vie sans repères (puisque sans activités quotidiennes lui imposant un rythme) est crédible. Cet homme est confronté à la profonde vacuité de son existence : quand on n'accepte pas le but que la société nous donne (par le travail), quand on choisit de ne pas se conformer, il faut trouver ses propres réponses et l'on comprend aisément le malaise de Victor que tout personnage un tant soit peu à la marge a dû un jour au moins effleurer. On assiste impuissant à des scènes frontales difficiles (les scènes de drogue), et à la descente aux enfers de Victor, se noyant dans son sentiment d'impuissance et son dégoût pour la vie.

Ce qui le fera devenir très dur avec Annette et provoquera son départ. Tout cette partie est très juste, sans pathos et même si le fond est noir, j'osais espérer avec le titre du film une fin optimiste.


... Désservie par une fin sans queue ni tête

La jolie fille de l'affiche, juste ultra charmante avec ses jolis yeux qui louchent, sa sensibilité mature et sa douceur fondante, joue la fille de Victor, 11 ans plus tard. Son père retrouve sa trace et les deux reprennent contact. La maladresse du père mieux dans sa peau mais qu'on sent pas tout à fait guéri de son mal de vivre, la curiosité de Pamela - la jeune fille, car je ne saurais décrire autrement l'état d'esprit qui la pousse vers son vrai père, tout cela est intéressant. Mais pourquoi avoir complètement abandonné le personnage d'Annette, qui semble s'être consumé dans sa haine pour Victor toutes ces longues années ? Pourquoi faire mourir Victor dans un accident débile qui n'a rien à voir avec l'histoire ? Pour n'avoir pas terminé ton histoire correctement, madame la réalisatrice, au lieu de nous laisser avec une conclusion pour le coup ultra cliché de la fille qui intériorise et part faire une promenade dans les bois ?


Petite déception donc

Le style y était, la compréhension du phénomène du mal-être et de ses facteurs & symptômes aussi; pourquoi ne pas avoir fait un vrai récit qui veut dire quelque chose plutôt que terminer par une fin pourrie et déjà vue qui veut tout et rien dire ? On a le sentiment que l'histoire n'est pas terminée à la fin du film, alors que les personnages esquissés méritaient largement plus d'attention avant qu'on se quitte pour le générique.

Cette manie de vouloir absolument terminer un film par la petite porte... Je demande pas des violons mais un peu plus d'enthousiasme que diable.
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L'auteur : Pierre Compignie
28 ans, Villeurbanne (France).
Publié le 01 avril 2009
Modifié le 29 mars 2009
Lu 1 174 fois

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