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Tu m'oublies...

Chaque jour, quelques souvenirs s'échappent, s'envolent, et disparaissent... Ils ne reviendront pas, je le sais... Mais toi, non...


Tu m'oublies...
Les jours passent, défilent, et disparaissent, les minutes du temps s'écoulent comme les flots d'une rivière, je les vois s'enfuir tellement rapidement, à peine as-tu le temps de les appréhender que d'autres viennent prendre place et jouer un nouveau rôle. Le temps n'a pas le temps...

Ils s'enfuient, tout s'enfuit, ta mémoire, tes souvenirs, ta vie, la nôtre aussi... Tu ne te souviens plus d'hier, ni même d'avant-hier, et encore moins de la semaine dernière...
Les souvenirs se meurent en une longue agonie.

Mon cœur perd une à une ses espérances comme l'arbre ses feuilles, jusqu'à ce qu'un jour il n'y en ait plus, plus d'espoir, il ne reste plus rien...

Je n'espère plus, je n'attends plus de toi que tu me souris, en me regardant avec ces yeux d'avant, ce regard dans lequel je lisais tant de fierté, de tendresse et d'amour.

A chaque fois que tu me regardes justement, avec ces yeux bleus vides d'amour, remplis d'absence, je sais que tu vois quelqu'un que je ne suis pas, et tu m'appelles par son nom, et lorsque je te dis que je ne suis pas elle, tu t'enfermes dans un silence momentané... Jusqu'à ce que tu finisses par oublier cet instant-là aussi, cette déception que je t'ai causé, de ne pas être elle... Et tu me racontes une énième fois ces quelques lambeaux de souvenirs que ta mémoire a conservés...

Je ne fais qu'attendre ces moments où tu me parleras, évoqueras des choses que je ne connaissais pas mais que j'ai entendues tellement de fois que j'ai fini par les connaître par cœur. Ton passé, lointain, vient furtivement envahir cette mémoire qui te fait défaut, un passé fugace pour une mémoire fugitive...

C'est comme ça que j'ai pu te rencontrer lorsque tu avais mon âge, lorsque tu étais militaire, lorsque tu descendais au fin fond de la mine, lorsque tu t'es marié...
C'est grâce à tes souvenirs si joliment contés, comme autrefois, que j'ai pu me balader à tes côtés lorsque tu étais enfant, gambadant, joyeux, pauvre mais heureux...

Ils sont si beaux, tes souvenirs, et pourtant tu ne les conserves pas comme tes biens les plus précieux... Tu n'y arrives pas...

Je suis prévenue, je sais que dans un avenir plus ou moins proche, comme tu m'as oubliée, tu oublieras complètement celui que tu es, que tu as été, tu n'oublieras pas celui que tu seras car tu ne seras plus...

Tu oublieras aussi qu'il faut se laver le matin et le soir, mettre ton dentier après l'avoir brossé et le retirer avant d'aller se coucher, tu oublieras qu'il faut s'habiller et comment le faire, tu oublieras qu'il existe des toilettes, qu'il faut utiliser des couverts pour manger, qu'il faut manger et boire aussi...
Il m'est arrivée de sourire devant l'image de cette jolie dame âgée, qui réside près de ta chambre, se peignant les cheveux avec sa fourchette, elle m'attendrissait, maintenant, j'aimerais l'oublier...

J'aimerais oublier que quelqu'un va devoir t'aider, te disputer, t'encourager, t'expliquer, te répéter, sans cesse, et d'avantage encore... J'aimerais oublier que tu vas t'oublier... Mais tu l'oublies déjà, pour moi...

Au lieu d'oublier, je te rends visite, je t'apporte tes bonbons préférés, quelques pâtisseries qui font languir tes voisins, j'interroge les soignants sur ta santé, et je t'aide... Je te passe de l'eau de Cologne sur le dos, je te retire tes chaussons et fais les lacets de tes chaussures, je te peigne les cheveux, avec un peigne, je nettoie tes lunettes, je range tes vêtements dans l'armoire en prenant un gilet que je te rappelle de mettre lorsque nous sortons dans le parc, je te tiens le bras et je t'écoute me raconter ton passé, ton seul présent...

A chaque seconde qui passe, tu t'éloignes un peu plus de la réalité, du présent, tu pénètres progressivement dans ce qu'ils appellent la démence, la folie, l'Alzheimer... Je te vois redevenir un enfant...

C'est drôle la vie finalement... Elle finit par vous reprendre comme elle vous a créé...

Alors, pour cette vie que tu as vécue, menée, qui t'a tant apporté, je me souviens, pour toi, pour moi, pour nous deux, parce que toi, tu ne peux plus... Je me souviendrai, jusqu'à ce qu'un de mes petits enfants m'apporte mes bonbons préférés et des pâtisseries...
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Re: Tu m'oublies...
Posté par willoze le 02/06/2009 12:20:13
cissoux >> Avec beaucoup de retard... Merci beaucoup :)

(*)
Re: Tu m'oublies...
Posté par cissoux le 09/05/2009 00:42:33
très joliment écrit!
Clap clap l'étoile :)
Re: Tu m'oublies...
Posté par willoze le 18/04/2009 11:53:24
angie22 >> C'est une histoire... :)

Mais tu as raison, c'est une maladie assez difficile à supporter, surtout pour les proches, qui deviennent des inconnus, et sont témoins de la détérioration de l'état de santé physique et mental de leur parent...

(*)
Re: Tu m'oublies...
Posté par angie22 le 18/04/2009 04:22:17
c'est dur, cette maladie. en tout cas tu fais bien de rester à ses côtés malgré tout. tant de victimes de cette maladie sont abandonnés par leurs proches et finissent par mourir seuls dans un hospice... la personne dont tu parles a de la chance de t'avoir. courage!
Re: Tu m'oublies...
Posté par willoze le 14/04/2009 12:50:53
léfélante >> Ho Leffy c'est gentil :)

(*)
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L'auteur : Juste de temps en temps ...
30 ans, Ailleurs... (France).
Publié le 13 avril 2009
Modifié le 13 avril 2009
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