FRANCE-JEUNES : TOUTE L'ACTU PAR LES JEUNES !
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Un jour, il en a eu assez

La vie banale d'un jeune Lycéen, pas tout à fait comme les autres.


Il est 6 heures, Antoine sursaute comme chaque matin, victime de la sonnerie stridente du réveil.
Il pourrait se dire : "Je dors encore quelques minutes" Mais il a fini par décider qu'il était plus dur de compter les courtes minutes de sommeil, que de se lever d'une traite.
Il sait que ces courtes minutes laisseront bientôt place à de longues minutes de cours.

Antoine se douche, s'habille, déjeune seul. La maison est encore endormie, ses parents sont à la retraite, ils ont dîné hier soir chez des voisins qui avaient cru bon de leur changer les idées, ça fera trois ans demain, pense Antoine.

Dehors, sous la pluie froide de novembre, Antoine attend le bus. Les autres jeunes de sa zone pavillonnaire vont au Lycée en groupe, ils vont se chercher les uns chez les autres, et attendent le bus ensemble, jetant de ci de là des regards curieux vers cet être mystérieux qui étudie avec eux.

Le trajet dure trois quarts d'heure en tout. Presque une heure qu'Antoine voit passer par les fenêtres du bus. Il écoute les conversations des autres. Ils se racontent leurs petits problèmes de jeunes, parlent de fille, de musique, de profs et de cinéma, que tout cela lui semble loin, à Antoine, trois ans déjà.

La grille du Lycée. Les élèves s'attendent, se font la bise, personne n'attend jamais Antoine.
Il se rend directement à la porte de la salle de cours, attend sagement à la porte, quelques fois il regarde avec envie la fenêtre du cinquième étage, ce serait si simple.

Antoine repense, comme une torture, comme une punition divine que le jeune homme accepte avec résignation, il revit ce moment, encore, et encore.

Sortie de l'école maternelle, il repense, il revoit cet arbre sous lequel il était abrité en attendant sa petite sœur, il pleuvait, comme aujourd'hui.
Elle accourt vers lui, lui sourit, l'embrasse, lui montre un dessin, ses boucles blondes éparses sur son gilet rouge. Les parents, les enfants, les rires.
Alysée croque dans son pain au chocolat et parle de ses amoureux. Antoine la regarde et lui dit qu'aujourd'hui c'est lui qui vient la chercher car ses parents sont chez des amis.
Elle a du chocolat partout sur la bouche, et sur le "mouton", (menton) comme elle dirait. Elle éclaterait de rire en rejetant sa tête en arrière avec toute la grâce des grandes dames, elle était si belle, Alysée, comme un vent de chaleur et de tendresse.
Antoine, collé au mur du Lycée, aimerait cesser de penser, il se gratte la tête, comme si ses idées, ses souvenirs, allaient ainsi se dissiper. Mais il continue.

Antoine fait tomber ses clefs, ils ne sont plus très loin de la maison, à présent. Il s'agenouille, Alysée aperçoit le magasin tout en couleur, la vitrine, de l'autre côté de la rue. Antoine se relève, trop tard.

Les boucles blondes rebondissent sur le bitume, tout va au ralenti, Antoine, bouche ouverte, dit "non", un cri étouffé.
Cris des gens, SAMU, police, du sang sur le si doux visage, des larmes dans de si beaux yeux.

L'hôpital, les parents, les médecins, tout est gris, tout est sale. Honte et culpabilité hantent Antoine comme un rat immonde qui le rongerait de l'intérieur.

Il a détourné le regard moins d'une minute, il ne la reverra plus qu'en photos.

La salle de cours de rempli. Ils rient, ne savent pas.
Le professeur raconte et dicte, il ne sait rien.
Ils discutent, s'écrivent des mots futiles, se regardent, le regardent. Personne ne saura.

Antoine regarde par la fenêtre. Ses parents doivent être debout à présent.
Il n'a pas peur d'être interrogé, ici, tout le monde sait qu'Antoine est un original, Antoine ne parle plus, Antoine n'a plus prononcé un mot, depuis trois ans.

Sortie de Lycée, café pour les uns, bus et devoirs pour les autres. Antoine prend le tramway, celui qui va vers la gare.
Il ne sait même pas ou il va. Sur les sièges d'en face, un père et sa fille.
Alysée aurait le même âge, elle serait en CM1, reviendrait à la maison avec des devoirs, oui, elle saurait lire, et écrire. L'été, elle irait peut-être en colo ? Elle parlerait de ses amoureux dans ses lettres malhabiles, écrites de ses petits doigts de fée.

Antoine demande un billet pour Nice, ça y est, il sait ou il va. Il lui a si souvent proposé, son oncle.
"Viens donc au soleil, tu travailleras au restaurant, tu auras ta chambre chez nous, viens, oublies un peu toutes ces idées noires. "

Mais Antoine restait chez lui, pensant peut_être qu'en subissant la déprime et l'angoisse quotidienne de ses parents, voir les reproches dans leurs yeux, il expirerait un peu son péché. Il se ferait un peu pardonner, d'avoir tué sa sœur, bien malgré lui.


Il vivra six ans à Nice, revit ses parents quelques mois plus tard, appris le métier de serveur, puis de restaurateur. Il se remit à parler, rencontra une jeune femme, eut une magnifique petite fille. Laure_Alysée.
Il ne la surprotège pas, mais quand il va la chercher à l'école, pendant qu'elle mord dans son pain au chocolat, il la tient par la main.

La mort fait partie de la vie, personne n'était responsable, Antoine. Ni toi, ni ta sœur, ni cette femme qui ne l'a pas vu arriver, ni la vitrine attirante du magasin.
Sûrement, la vieille ou trois minutes plus tard, tu aurais pu ramasser 15 fois tes clefs par terre, rien ne serait arrivé.
Ca arrive, comme ça, comme on naît.
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Re: Un jour, il en a eu assez
Posté par souha007 le 11/09/2009 01:25:29
j'ai beaucoup pleuré en lisant ton article....j'ai un petit frère qui a fêtait ses 5ans y'a pas longtemps...et en lisant ton article je me suis mise à sa place, je crois que je ne le supporterai pas si quelque chose lui arrivait un jour; lui il a pu survivre c'est qu'il a beaucoup de courage.bonne chance dans ta vie Antoine et toi merci beaucoup pour cet article tout simplement magnifique
Re: Un jour, il en a eu assez
Posté par ptitlardon le 20/08/2004 07:53:47
des frissons me traversent tout le corp!
bravo! c vraiment beau!
Re: Un jour, il en a eu assez
Posté par miss sarah le 20/08/2004 07:53:47
ton article est super élodie. Très touchant, c'est génial !
Re: Un jour, il en a eu assez
Posté par nahela le 20/08/2004 07:53:47
troublant... j'adore tous tes articles Elodie !!
Re: Un jour, il en a eu assez
Posté par chandlermbiing le 20/08/2004 07:53:47
GROS SOUPIR
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L'auteur : Elodie Alias elodelu
34 ans, Nantes (France).
Publié le 16 juillet 2003
Modifié le 16 juillet 2003
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