Extrait du site https://www.france-jeunes.net

Maman... Il est parti...


Je veux t'avouer qu'une fois de plus, je me suis trompée...



Et si je te racontais maman. Et si je te disais qu'il est parti. Maman, je n'ai pas appris à me passer de lui, tu ne m'as pas appris à affronter le manque. J'ai peur maman, je l'avoue. J'ai peur du jour où je devrais m'avouer que je me suis trompée. J'ai peur de croiser mon regard honteux dans le miroir. Je redoute le jour où je devrais t'avouer que j'aurais dû t'écouter. Je ne suis pas la femme forte que tu as tant voulu que je sois, que tu crois que je suis. Au lieu d'être cette jeune femme triomphante et rayonnante, je suis celle-ci : délavée, blasée et aigrie. Transportant une amertume muette et tellement lourde, tenace, que je la crois tatouée. Je l'ai attendu longtemps maman, mais il n'est pas encore revenu. Je vis dans la dénégation. Je ne me pose plus de questions, je ne me souviens plus, je ne réfléchis plus. Je vis. Maman, s'il est vraiment parti, je veux le pleurer dans tes bras. Je ne veux plus retenir ces douloureux sanglots qui m'étouffent. J'ai beau être grande, je ne le suis plus quand je perds. Il est tout ce dont tu m'as prévenu. Il m'a laissée comme tu l'as prédit. Je l'ai aimé comme tu me l'as défendu. Comme une sotte. En vair et contre toutes les évidences.



Et il est parti.
Depuis, il a mûrement consommé toute ma réserve de patience. Mais maman, je veux lui donner mon dernier morceau de temps. Je veux lui céder ma dernière part d'espoir fou. Celle que ma constance et mon attente ont conçue sous l'ombre de mon désir. Il vit son dernier règne de sursis. Mon affection parle plus fort que ma raison. Elle lui accorde à nouveau un délai illégitime, alors que tout autour de moi rit l'absurdité de mon état. Ne me regarde pas comme ça, ne me demande pas de t'expliquer des choses qui me dépassent. Une fois ce délai écoulé, la vie n'aura plus de nuances. Ce jour là, à bout de souffle mais la tête haute, je prendrai les couleurs de cette sombre vérité. Mais laisse moi remettre ce mal à un peu plus tard. Laisse moi le faire, peut être qu'il se souviendra, peut être qu'il rentrera. Je te promets qu'après, je me déciderai enfin à admettre ma défaite. Je me rétracterai sur mes espoirs, sans me retourner et sans discuter. Je ramasserai toutes ses affaires qui traînent et où je n'arrête pas de me prendre les pieds. Mais laisse moi l'attendre un peu. Rien qu'un tout petit peu. Laisse moi dormir bercée de mes délicieux mensonges quelques jours encore. Je veux dormir encore un peu dans ses bras. Même si tu ne le vois pas, mon cœur le voit. Laisse moi vivre encore comme s'il rentrait ce soir. Je veux comme tous les matins regarder le calendrier et me dire qu'après tout, un mois ce n'est pas grand-chose. Je veux regarder le miroir et me maquiller de ce sourire hypocrite, sourire en écoutant la chanson qu'il me fredonnait tout bas et guetter encore quelque temps la sonnerie de mon téléphone. Peut être qu'il m'appellera et que j'entendrai sa voix. Il m'a promis de rentrer maman. Non, il ne m'a pas mentie. Il ne peut pas me mentir à moi. Il est incapable me faire ça... Il ne peut pas être un lâche maman. Mon homme n'est pas un lâche. S'il ne m'aimait plus il me l'aurait dit. Il ne serait pas parti en m'embrassant comme s'il rentrait le soir. Non, il ne m'a pas quittée sans me prévenir. Dis moi qu'il ne l'a pas fait. Pourquoi ne m'as-tu pas dit que les gens peuvent être aussi menteurs et perfides ? Dis moi qu'il reviendra... Laisse moi éviter de croiser son manque. Je veux encore me raconter qu'il est toujours mien, je veux encore remettre à demain ce que j'aurais dû faire hier. Laisse moi me saouler d'artifices pour mieux avaler ma haine. Est-ce possible que je n'aie pas su le retenir ? Est il vraiment parti sans faire de bruit ? N'ai-je même pas le droit à une rupture ?



Tu m'as enseignée que la vie est une succession de décisions difficiles, dont celle d'accepter d'abandonner pour pouvoir avancer. Tu m'as appris que la vie nous cache toujours des revers douloureux qu'on ne peut pas toujours esquiver. Mais maman, pourquoi ne m'as-tu pas appris l'oubli ?
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