Extrait du site https://www.france-jeunes.net

Marcel Proust (1871-1922)


Qui n’a pas essayé, au moins une fois dans sa vie, d’imaginer quelques journées du plus grand écrivant du monde ?... comme quoi les jolies femmes sont pour les hommes sans imagination…



Mars
Journée traversée de tasses de thé et de flacons d’avoine. Soudain, une illumination : je devrais écrire un long roman sur le temps qui s’écoule. Ce temps qui est définitivement perdu si l’on ne l’écrit pas. Cette vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue quand on n’est pas écrivain. Et j’ai rêvé de projets tout le jour.

Mai.
Les fins de jour à Combray où les catalyas sentent si bon.

Février
La masturbation ne se réduit pas à un acte plus au moins voué à la satisfaction d’un besoin. Mais elle est aussi le résultat d’une prise de conscience de notre enveloppe charnel. Et cette prise de conscience n’est jamais fortuite. Elle est même nécessaire. Parler de masturbation en terme de péché c’est l’identifier à la culture judéo-chrétienne qui nous veut fautifs. Il faut se libérer de l’emprise de la religion. Il faut libérer nos consciences. Il faut se masturber à volonté et sans culpabiliser.

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Au soir, angoisse de la page blanche. Il y a des jours où l’on ne peut que se masturber, tout autre acte est voué à l’échec. Ce soir, j’ai mal au poignet.

Juillet
Pour les imbéciles, ce qu’il y a d’insupportable c’est ma phrase féminine qui coule longue et sinueuse vers sa fin. Pour les autres, je suis un génie.

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Hypocrisie manifeste des parisiens aux salons. Ce qu’il faudrait, c’est les hypnotiser devant toute cette société si élégante. Pour qu’ils révèlent leur vrai « moi ». Leurs vérités : celles de toute l’espèce humaine mais bien dissimulées.

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Hommes sans habits. Le corps nu de la beauté à laquelle on aspire tout en sachant qu’elle est inaccessible.

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Chaque fois que j’imagine les vitraux de la cathédrale de Saint-pierre ou que je me vois caressant de mes yeux ses vieux tombeaux en marbre de Carrare, je suis excité au point d’atteindre l’orgasme. Ce sont toujours les mêmes monuments qui me portent à l’extase. Et qu’Agostinelli ne comprenne pas que sa sensibilité limitée n’a pas encore saisie les subtilités de la jouissance, j’y vois la preuve que l’amour ne se produit pas entre égaux et qu’il s’efforce, ironiquement, à nous faire souffrir pour ceux qui, hélas ! Ne sont pas capables de comprendre nos souffrances.

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De la délice.
Délices des 7 volumes de La Recherche. Délices des passages injustement qualifiés de pornographiques chez Sade –délices des adaptations cinématographiques : les 120 jours de Sodome de Pasolini- délices du Assam supérieur BOP subtil thé noir de l’inde, petites feuilles. Délices des excitations que procurent les sonnets de Baudelaire. Délices de Flaubert –des anthologies de poésie- de Rimbaud – terribles délices des vins rouges, de Pétrarque, de Pascal, etc.,etc.…

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Professeur, les cours de Schopenhauer n’avaient aucun succès. Il n’eut plus, à la fin, que trois élèves. Il légua toute sa fortune à son caniche.

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Je ne sais pas où je vais. Mais tous les chemins y conduisent…
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