Vue en contre-plongée de la Maison de l'Argentine à la Cité internationale universitaire de Paris, bâtiment en stuc beige avec les drapeaux argentin et français hissés sur la façade.
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De la plaque retirée aux formations politiques : comment la Maison de l'Argentine est devenue un hub d'extrême droite

La Maison de l'Argentine à la Cité internationale universitaire de Paris est devenue un hub d'extrême droite : formations ISSEP, conférences anti-UE…

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La Cité internationale universitaire de Paris accueille chaque année 12 000 étudiants, chercheurs et artistes dans une quarantaine de résidences nationales. Ce lieu pensé pour la mixité et le dialogue entre cultures est depuis plusieurs mois au centre d’une controverse qui dépasse ses murs : la Maison de l'Argentine, construite en 1928 et qui a compté Julio Cortázar parmi ses hôtes, est devenue un point d'ancrage pour des réseaux d'extrême droite européens et argentins.

Vue en contre-plongée de la Maison de l'Argentine à la Cité internationale universitaire de Paris, bâtiment en stuc beige avec les drapeaux argentin et français hissés sur la façade.
Vue en contre-plongée de la Maison de l'Argentine à la Cité internationale universitaire de Paris, bâtiment en stuc beige avec les drapeaux argentin et français hissés sur la façade. — (source)

Tout commence en septembre 2024, lorsque Santiago Muzio est nommé directeur de la Maison de l'Argentine par le gouvernement de Javier Milei. Cet avocat franco-argentin, inscrit aux barreaux de Lyon, Paris et Buenos Aires, n'est pas un inconnu dans les milieux conservateurs : il dirige depuis 2020 l'antenne madrilène de l'ISSEP, l'école de formation politique fondée par Marion Maréchal, et a représenté l'institut dans son litige contre Reconquête. Il est par ailleurs le gendre de Patrick Louis, figure de l'ultradroite lyonnaise. Dès sa prise de fonction, il refuse de signer la Charte des valeurs de la Cité internationale, élaborée en 2022 avec l'ensemble des maisons, justifiant que le gouvernement argentin ne reconnaît pas « la notion de genre ».

Formations, conférences et réunions étudiantes

Les locaux de la Maison de l'Argentine ont accueilli en 2025 des modules de formation de l'ISSEP, de façon « presque clandestine », selon l'enquête du Monde du 9 mars 2026 et les investigations de Mediapart. Les annonces étaient volontairement floues — « ISSEP Paris » — sans mention du lieu où se tenaient les séances. Pendant cette période, l'accès au salon commun de la résidence était officiellement interdit aux résidents pour des « risques électriques », tandis que les sessions de formation y étaient organisées.

Le 4 novembre 2025, la Maison a accueilli la conférence « The Great Reset », organisée par l'Institut polonais ultraconservateur Ordo Iuris et le Mathias Corvinus Collegium, think tank hongrois financé par le gouvernement Orbán. Selon Basta!, les participants y ont présenté une feuille de route de 40 pages pour « démanteler l’UE », en présence de représentants de la Heritage Foundation américaine et avec le soutien de Vox en Espagne. L'événement s'est tenu, selon Mediapart, « en violation de l’accord de la Fondation CIUP », qui exige une validation préalable pour toute manifestation politique dans les résidences.

Le lieu sert aussi de point de rassemblement pour des organisations étudiantes identitaires. L'assemblée générale de La Cocarde étudiante, syndicat étudiant né en 2015 à Paris-Panthéon-Assas et présent dans 22 universités, s'y est tenue. Le 28 mai 2026, un débat contre l'euthanasie intitulé « Protège la dignité humaine en fin de vie : stop à l’euthanasie en Europe » a été organisé par Political Network for Values et European Dignity Watch, deux réseaux conservateurs transnationaux.

Le retrait de la plaque et les travaux contestés

Le 10 février 2026, Santiago Muzio fait retirer une plaque commémorative installée en 2022 dans le hall de la Maison, en hommage aux victimes de la dictature argentine (1976-1983). La décision, présentée par le directeur comme liée à des travaux de rénovation, intervient sans calendrier de réinstallation. Le motif reste contesté : pour les détracteurs de Muzio, il s'agit d'une « purge idéologique » assumée, dans la lignée des positions révisionnistes du gouvernement Milei sur la dictature.

Les travaux eux-mêmes posent question. Selon une enquête de 20 Minutes publiée le 22 juin 2026, les rénovations menées dans la résidence sont « opaques et présumément irrégulières » : absence de permis de construire délivré par la Mairie de Paris, sanitaires et rampe PMR exigés par la CIUP jamais réalisés, et salon des résidents privatisé pour des événements politiques. Des étudiants ont par ailleurs été exclus de la résidence dans des conditions que dénonce le collectif de soutien aux résidents. La gestion de la Maison, financée par l'État argentin, échappe en grande partie au contrôle de la Fondation CIUP, qui gère les autres résidences.

Un réseau qui dépasse Paris : les connexions européennes du recrutement étudiant

Les événements de la Cité internationale ne sont pas des cas isolés : ils s'inscrivent dans un réseau transnational d'extrême droite qui cible spécifiquement les jeunes étudiants et futurs cadres.

La conférence « The Great Reset » du 4 novembre 2025 en est l'illustration la plus nette. Outre Ordo Iuris et le Mathias Corvinus Collegium, elle a réuni des représentants de la Heritage Foundation — le think tank américain à l'origine du « Projet 2025 » de Donald Trump — ainsi que des membres du groupe des Patriotes pour l'Europe au Parlement européen. Le projet avait été présenté à Madrid en mai 2025 avec le soutien de Vox. La feuille de route de 40 pages, qui prévoit notamment le démantèlement de l'Union européenne, circule dans les réseaux conservateurs européens comme un programme d'action.

La Cocarde étudiante illustre un autre canal : celui du syndicalisme étudiant comme porte d'entrée. Présente dans 22 universités françaises, l'organisation a présenté 13 listes aux élections des Crous. Son implantation dans les résidences universitaires, y compris à la Cité internationale, lui permet de toucher un public jeune, souvent international, dans un cadre qui n'est pas d'abord politique.

Ce maillage entre écoles de formation (ISSEP), think tanks (Ordo Iuris, MCC, Heritage Foundation), partis (Vox, Patriotes pour l'Europe) et organisations étudiantes (La Cocarde) n'est pas nouveau en soi. Sa nouveauté tient à sa matérialisation dans un lieu emblématique comme la Cité internationale, et à la couverture que lui offre la direction d'une maison nationale. Santiago Muzio, qui cumule les fonctions de directeur de la Maison de l'Argentine et de dirigeant de l'ISSEP Madrid, incarne cette porosité entre diplomatie culturelle et activisme politique.

Face à la dérive, quels outils pour les étudiants et les institutions ?

Les résidents sont les premiers à subir cette situation. « Myriam » — un nom d'emprunt — réside à la Maison de l'Argentine depuis septembre 2025. Elle témoigne dans RFI le 23 mars 2026 : « Je prends un risque en vous parlant. » Elle décrit « des changements qui font qu’on ne se sent pas tellement à l’aise » et confirme la tenue d'événements politiques : « On a bien compris qu’il y avait des événements politiques. On voit bien qu’il y a d’autres démarches, pas que financières. » Sur la plaque, elle rappelle : « C’est un sujet historique super important pour nous, parce que ça fait partie de notre histoire et de notre identité. »

La Fondation CIUP a réagi. Le 24 mars 2026, jour du 50e anniversaire du coup d'État en Argentine, elle a installé une nouvelle plaque commémorative sur la façade de la Maison internationale, en présence de plus de 150 personnes. Jean-Marc Sauvé, président de la Fondation, a qualifié cette action de « réponse dépourvue d’ambiguïté à l’enlèvement de la plaque » et « au refus de donner la moindre assurance sur sa réinstallation après les travaux ».

Le même jour, une question sénatoriale a été posée au gouvernement sur les actions de Santiago Muzio et les moyens de faire respecter la Charte des valeurs de la CIUP. Le Sénat interroge notamment la possibilité juridique de contraindre une maison nationale à respecter les règles communes de la Fondation, alors que la Maison de l'Argentine est financée par l'État argentin et dispose d'une autonomie de gestion.

Les limites sont réelles. La Charte des valeurs, signée par l'ensemble des maisons en 2022, n'a pas force de loi : son non-respect par la Maison de l'Argentine n'a pas entraîné de sanction. La question de l'expulsion d'un directeur nommé par un gouvernement étranger relève du droit diplomatique, et la Fondation CIUP ne semble pas disposer de levier direct. Les travaux irréguliers, eux, relèvent du droit de l'urbanisme : la Mairie de Paris pourrait être saisie, mais aucune procédure n'a été engagée à ce jour.

Pour les étudiants, les voies de contestation existent mais restent fragiles. Le collectif de soutien aux résidents de la Maison de l'Argentine documente les exclusions et les irrégularités. Des associations comme la Ligue des droits de l'Homme et l'UNEF ont appelé à la vigilance sur l'ensemble des résidences universitaires, rappelant que la Cité internationale n'est pas le seul lieu où ces réseaux cherchent à s'implanter. La question sénatoriale du 24 mars 2026 et les actions de la Fondation CIUP montrent que le sujet est désormais suivi au niveau institutionnel — sans pour autant que des solutions définitives soient en vue.

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Questions fréquentes

Qui dirige la Maison de l'Argentine à Paris ?

Santiago Muzio, un avocat franco-argentin, dirige la Maison de l'Argentine depuis septembre 2024. Il est également à la tête de l'antenne madrilène de l'ISSEP, l'école de formation politique fondée par Marion Maréchal.

Pourquoi la plaque commémorative a-t-elle été retirée ?

La plaque hommage aux victimes de la dictature argentine a été retirée le 10 février 2026 par le directeur Santiago Muzio. Il a justifié cette décision par des travaux de rénovation, mais ses détracteurs y voient une purge idéologique liée aux positions révisionnistes du gouvernement Milei.

Quels événements politiques à la Maison de l'Argentine ?

La Maison de l'Argentine a accueilli des formations de l'ISSEP, la conférence « The Great Reset » d'Ordo Iuris et du Mathias Corvinus Collegium, ainsi que l'assemblée générale de La Cocarde étudiante. Ces événements ont eu lieu sans validation préalable de la Fondation CIUP.

Quelles irrégularités dans les travaux de la Maison ?

Selon une enquête de 20 Minutes, les rénovations sont opaques : absence de permis de construire, sanitaires et rampe PMR non réalisés, et privatisation du salon des résidents. Des étudiants ont aussi été exclus dans des conditions dénoncées par un collectif de soutien.

Comment la Fondation CIUP a-t-elle réagi ?

La Fondation CIUP a installé une nouvelle plaque commémorative le 24 mars 2026, jour du 50e anniversaire du coup d'État argentin. Son président Jean-Marc Sauvé a qualifié cette action de réponse sans ambiguïté à l'enlèvement de la plaque et au refus de la réinstaller.

Sources

  1. 20minutes.fr · 20minutes.fr
  2. 20minutes.fr · 20minutes.fr
  3. basta.media · basta.media
  4. blogs.mediapart.fr · blogs.mediapart.fr
  5. blogs.mediapart.fr · blogs.mediapart.fr
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Sarah Imbot @street-voice

Originaire de Saint-Denis, je raconte la société française telle que je la vis : les quartiers, les galères du quotidien, mais aussi les solidarités qu'on ne montre jamais à la télé. Bénévole dans une asso d'aide aux devoirs, je crois au pouvoir des histoires de terrain.

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