Arrestation d'une manifestante par la police turque lors des protestations contre le sommet de l'OTAN à Ankara.
Actualités

« Trump, va-t’en ! » : manifestations et arrestations en marge du sommet de l’OTAN à Ankara

En marge du sommet de l’OTAN à Ankara, la police réprime violemment les manifestants anti-Trump, tandis que des centaines d’opposants, d’écologistes et de journalistes sont arrêtés de manière préventive.

As-tu aimé cet article ?

Des t-shirts « Trump, va-t’en ! » et des matraques : la répression en direct du sommet

La scène se déroule le 7 juillet 2026, en plein cœur d’Ankara. Un groupe de manifestants anti-OTAN, vêtus de t-shirts portant l’inscription « Trump, va-t’en ! » en turc, avance dans une rue du centre-ville. Quelques secondes plus tard, la police les plaque au sol, les menotte et les emmène sans même leur notifier officiellement les charges retenues. Ces images, capturées par des journalistes présents sur place, ont fait le tour du monde en quelques heures.

Arrestation d'une manifestante par la police turque lors des protestations contre le sommet de l'OTAN à Ankara.
Arrestation d'une manifestante par la police turque lors des protestations contre le sommet de l'OTAN à Ankara. — (source)

Ces arrestations ne sont pourtant qu’un épisode parmi d’autres. Depuis deux semaines, la capitale turque vit sous un régime sécuritaire sans précédent. Les forces de l’ordre, déployées en masse, quadrillent chaque rue, chaque place. La ville, habituellement bruyante et animée, ressemble à une forteresse. Les opposants politiques, les avocats, les journalistes et les simples citoyens qui osent élever la voix sont pris pour cible. Le sommet de l’OTAN, qui réunit les dirigeants des trente-deux pays membres, offre au gouvernement turc une vitrine internationale — mais aussi un prétexte pour verrouiller l’ensemble de l’espace public.

Sept juillet 2026 : la police charge des manifestants anti-OTAN

L’interpellation du groupe aux t-shirts « Trump, va-t’en ! » illustre la méthode employée par les autorités. Les manifestants, une vingtaine de personnes environ, scandaient des slogans contre la présence du président américain et contre l’Alliance atlantique. La police les a ceinturés en quelques secondes, sans sommation. Aucun procès-verbal n’a été visiblement établi sur place, ce qui laisse penser que ces arrestations relèvent davantage de l’intimidation que d’une procédure judiciaire classique.

Police anti-émeute déployée à Ankara lors des manifestations en marge du sommet de l'OTAN.
Police anti-émeute déployée à Ankara lors des manifestations en marge du sommet de l'OTAN. — (source)

Neslihan Koçaslan, une manifestante interrogée par Democracy Now, raconte : « Les crimes de l’OTAN à travers le monde sont apparents. Ils ont également commis de nombreuses infractions en Turquie, orchestré des coups d’État, et ont des bases ici. Et maintenant, sans vergogne, ils sont accueillis à Ankara. » Son témoignage reflète le sentiment d’une partie de la population turque, pour qui l’accueil du sommet est une humiliation nationale.

Ces arrestations du 7 juillet s’inscrivent dans une série de raids qui ont commencé bien avant l’arrivée des délégations étrangères. Selon les données compilées par Human Rights Watch, au moins 225 personnes ont été arrêtées le 23 juin lors d’opérations coordonnées dans plusieurs quartiers d’Ankara. Beaucoup sont toujours en détention.

40 000 policiers et une ville paralysée : le dispositif sécuritaire

Le déploiement sécuritaire pour ce 36e sommet annuel de l’OTAN atteint des proportions inédites. Entre 40 000 et 50 000 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés, selon les sources. La quasi-totalité des grands axes d’Ankara ont été fermés à la circulation. Des panneaux ont été érigés le long des routes pour dissimuler les quartiers défavorisés, les immeubles délabrés, la misère ordinaire que le pouvoir préfère cacher aux yeux des visiteurs étrangers.

Palissade publicitaire du sommet de l'OTAN à Ankara, avec des slogans en anglais et en turc.
Palissade publicitaire du sommet de l'OTAN à Ankara, avec des slogans en anglais et en turc. — (source)

Les fonctionnaires ont été mis en congé forcé. Les concerts, les conférences de presse, les remises de diplômes et tout autre rassemblement public ont été interdits. « Ankara est une prison à ciel ouvert », résume l’opposition turque, citée par Franceinfo. L’expression n’a rien d’exagéré : pour entrer ou sortir de la ville, il faut passer par des barrages filtrants. Les transports en commun sont perturbés. Les écoles et les universités ont fermé leurs portes.

Ce dispositif dépasse largement le simple cadre des manifestations anti-Trump. Il révèle une volonté du pouvoir de contrôler chaque aspect de la vie sociale pendant la durée du sommet. Le message est clair : toute contestation, qu’elle soit politique, sociale ou même culturelle, sera réprimée.

Deux semaines de vagues d’arrestations : qui sont les 200 personnes jetées en prison ?

Avant même l’arrivée de Donald Trump à Ankara, les autorités turques avaient lancé une offensive judiciaire d’ampleur. Les chiffres varient selon les sources, mais tous convergent vers un constat : entre 178 et 225 personnes ont été arrêtées entre le 22 et le 23 juin, lors de raids nocturnes coordonnés. Ces arrestations ne sont pas le fruit du hasard. Elles ciblent des catégories bien précises de la population, celles qui représentent une menace potentielle pour le récit officiel du sommet.

Le parquet d’Ankara a justifié ces interpellations par des liens présumés avec des « organisations terroristes », sans fournir le moindre détail. Cette accusation, vague et difficile à contester, permet de maintenir les détenus en prison pendant des mois, voire des années, dans l’attente d’un procès.

Avocats, militants écologistes, étudiants : le profil des détenus

La liste des personnes arrêtées dessine une carte précise des opposants au régime. On y trouve des avocats spécialisés dans la défense des droits humains, des militants politiques de différents bords, des étudiants engagés dans des mouvements sociaux, et même quatorze membres de la fondation écologiste TEMA. Cette organisation, pourtant apolitique et reconnue pour son travail de protection de l’environnement, a vu ses militants qualifiés de « terroristes ».

Parmi les détenus figure également un universitaire, dont l’identité n’a pas été révélée, ainsi que Yıldız Tar, une journaliste militante LGBT connue pour ses reportages sur les minorités sexuelles en Turquie. Le choix des cibles n’est pas anodin : il vise à neutraliser toute voix critique susceptible de s’exprimer pendant le sommet.

Human Rights Watch a mis à jour ses données le 26 juin : sur les 225 personnes arrêtées le 23 juin, une partie significative reste en détention. Les autres ont été relâchées sous contrôle judiciaire, mais les charges pèsent toujours sur elles. La menace d’un procès pour « terrorisme » plane.

Un humoriste en détention provisoire pour une vidéo YouTube

Le cas de Deniz Göktaş, comédien et youtubeur, illustre de manière frappante la censure préventive qui règne en Turquie. Dans une vidéo vue près de 9 millions de fois, Göktaş qualifiait Recep Tayyip Erdoğan de « dictateur » et plaisantait sur des attentats-suicides. Rien de plus. Pourtant, les autorités l’ont arrêté et placé en détention provisoire, sans fixer de date de procès.

Manifestante brandissant une pancarte anti-OTAN lors des protestations à Ankara.
Manifestante brandissant une pancarte anti-OTAN lors des protestations à Ankara. — (source)

L’humoriste est accusé d’« insulte au président » et d’« apologie du terrorisme », des chefs d’accusation qui peuvent entraîner plusieurs années de prison ferme. Sa vidéo, devenue virale, a sans doute précipité son arrestation. Le pouvoir turc ne tolère aucune satire, aucune dérision, surtout à l’approche d’un événement international qui doit présenter le pays sous son meilleur jour.

Deniz Göktaş n’est pas un cas isolé. De nombreux humoristes, blogueurs et influenceurs ont été poursuivis ces dernières années pour des propos tenus sur les réseaux sociaux. La différence, cette fois, c’est l’ampleur de la répression et le timing : le sommet de l’OTAN sert de prétexte pour faire taire les voix les plus populaires.

La liberté de la presse en chute libre : deux journalistes turques en garde à vue

Le Figaro rapporte que deux journalistes turques ont été placées en garde à vue le 6 juillet. Buse Söğütlü, du site d’information T24, et Ceren Erdoğdu, de la chaîne Odav TV, ont été interpellées chez elles sans explication officielle. Leurs collègues craignent qu’elles ne soient accusées de « propagande terroriste », un motif régulièrement utilisé pour museler la presse indépendante.

La Turquie occupe la 163e place sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Ce chiffre place le pays juste derrière des régimes ouvertement autoritaires comme l’Érythrée ou la Corée du Nord. Pourtant, les dirigeants occidentaux continuent de traiter Ankara comme un partenaire fiable.

Le sommet de l’OTAN a donc servi de prétexte pour élargir le filet répressif déjà bien tendu. Les journalistes, les avocats, les militants écologistes — tous ceux qui pourraient témoigner des dérives du pouvoir — sont réduits au silence. La question se pose : jusqu’où le régime est-il prêt à aller pour préserver son image ?

Erdoğan, Trump et l’OTAN : un sommet pour légitimer la répression intérieure ?

Le timing de cette répression n’a rien d’une coïncidence. Recep Tayyip Erdoğan sait que l’accueil d’un sommet de l’OTAN rehausse son statut sur la scène internationale. Il sait aussi que Donald Trump, contrairement à ses prédécesseurs, ne critiquera pas ses méthodes. L’analyse du Council on Foreign Relations, signée par Henri J. Barkey, le dit sans ambages : Trump a retiré « l’obstacle le plus important à la construction d’un système autoritaire par Erdoğan », à savoir les critiques américaines sur les droits humains.

Le sommet d’Ankara n’est donc pas seulement une réunion diplomatique. C’est une opération de légitimation mutuelle. Trump obtient une tribune pour vanter ses succès en matière de défense ; Erdoğan obtient un blanc-seing pour verrouiller son régime.

Quand les critiques américaines disparaissent : le cadeau de Trump à Erdoğan

Sous l’administration Biden, les États-Unis n’hésitaient pas à pointer du doigt les dérives autoritaires du gouvernement turc. Les rapports du Département d’État sur les droits humains mentionnaient régulièrement les arrestations arbitraires, la censure et les violations de la liberté d’expression. Avec Trump, tout cela a disparu.

Réunion bilatérale lors du sommet de l'OTAN à Ankara, avec les drapeaux américain et de l'Alliance.
Réunion bilatérale lors du sommet de l'OTAN à Ankara, avec les drapeaux américain et de l'Alliance. — (source)

Non seulement le président américain a cessé de critiquer Ankara, mais il a approuvé la vente d’avions de combat F-16 à la Turquie, un geste perçu comme une validation de la politique d’Erdoğan. Pour Barkey, cette impunité internationale renforce directement la répression intérieure : « Quand le plus puissant allié de la Turquie ferme les yeux, le régime se sent libre d’agir sans retenue. »

Les conséquences sont visibles dans les rues d’Ankara. Les forces de l’ordre savent qu’elles ne seront pas désavouées par Washington. Les opposants, eux, comprennent qu’ils ne peuvent compter sur aucune pression extérieure pour faire libérer leurs camarades.

La Turquie, de « mauvais garçon » à pilier de l’OTAN : le calcul d’Erdoğan

Le New York Times rappelle que la Turquie était perçue, il y a encore quelques années, comme l’élément imprévisible de l’Alliance atlantique. Ses relations tendues avec la Grèce, son rapprochement avec la Russie, ses achats du système de défense antiaérien S-400 — tout cela en faisait un partenaire difficile. Mais les choses ont changé.

Aujourd’hui, la Turquie dispose de la deuxième plus grande armée de l’OTAN, après les États-Unis. Son industrie de défense, en pleine expansion, produit des drones et des véhicules blindés qui équipent plusieurs armées européennes. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, Ankara est devenue un acteur incontournable pour contenir la Russie et gérer les flux migratoires.

Erdoğan utilise le sommet pour capitaliser sur cette nouvelle position. Il « charme » Trump, comme le dit le NYT, tout en faisant oublier ses dérives autoritaires. Le calcul est simple : tant que la Turquie reste utile à l’Alliance, personne ne viendra lui demander des comptes sur le sort de ses opposants.

« Une Europe plus forte dans une OTAN plus forte » : le slogan qui cache un silence

Le slogan officiel du 36e sommet, « Une Europe plus forte dans une OTAN plus forte », sonne creux quand on connaît la réalité du terrain. Le Temps note que les dirigeants européens, bien qu’inquiets de la gouvernance turque, n’ont pas élevé la voix. Aucune déclaration commune, aucune résolution, aucune condamnation des arrestations massives.

La realpolitik domine. On a besoin de la Turquie pour contenir la Russie, pour gérer les réfugiés syriens, pour maintenir la stabilité au Moyen-Orient. Alors on ferme les yeux. Ce silence est perçu par les manifestants comme une validation de la répression. « L’Europe préfère le pétrole et la sécurité aux droits humains », résume un militant cité par Franceinfo.

La question de la légitimité de l’OTAN elle-même se pose. Une alliance qui tolère l’autoritarisme chez l’un de ses membres peut-elle encore se présenter comme une défenseure des valeurs démocratiques ? Les manifestants dans les rues d’Ankara répondent par la négative.

Pourquoi la jeunesse turque descend-elle dans la rue contre Trump et l’OTAN ?

Si la répression est massive, la contestation ne faiblit pas. Depuis plusieurs semaines, des milliers de jeunes Turcs descendent dans les rues d’Ankara et d’Istanbul pour protester contre la venue de Trump et contre l’OTAN. Leur colère ne date pas d’hier. Elle puise ses racines dans une histoire longue de répression, de trahisons et de rêves brisés.

Arrivée de délégations au sommet de l'OTAN à Ankara : deux hommes en costume sombre défilent devant une garde d'honneur militaire sur le tarmac.
Arrivée de délégations au sommet de l'OTAN à Ankara : deux hommes en costume sombre défilent devant une garde d'honneur militaire sur le tarmac. — (source)

Contrairement à ce que pourraient croire les observateurs occidentaux, ces manifestations ne sont pas dirigées contre l’OTAN en tant que telle. Elles visent le symbole que représente Trump, et plus largement le soutien implicite des États-Unis au régime autoritaire d’Erdoğan. Pour cette génération, l’Amérique n’est plus un modèle démocratique, mais un complice.

« Les crimes de l’OTAN sont apparents » : la colère d’une génération

Neslihan Koçaslan, la manifestante citée plus haut, résume bien le sentiment général : « Les crimes de l’OTAN à travers le monde sont apparents. Ils ont également commis de nombreuses infractions en Turquie, orchestré des coups d’État, et ont des bases ici. » Cette perception n’est pas le fruit d’une propagande anti-occidentale. Elle repose sur des faits historiques : le rôle de l’OTAN dans le coup d’État de 1960, le soutien à la junte militaire de 1980, les bases américaines utilisées pendant la guerre du Golfe.

Pour les jeunes Turcs, l’OTAN est un instrument de l’impérialisme américain. La présence de Trump, figure honnie pour ses déclarations islamophobes et son mépris des institutions démocratiques, ravive cette perception. Beaucoup voient dans l’accueil du sommet une humiliation nationale : pourquoi célébrer une alliance qui a tant fait souffrir le pays ?

De Gezi à Ankara : la mémoire des mobilisations

Les manifestations de Gezi, en 2013, ont marqué un tournant dans l’histoire politique turque. Des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans la rue pour protester contre la destruction d’un parc à Istanbul. La répression avait été féroce : plusieurs morts, des milliers de blessés, des arrestations en masse.

Cette mémoire est encore vive chez les jeunes manifestants. Beaucoup étaient enfants ou adolescents à l’époque, mais ils ont grandi avec le récit de cette répression. Pour eux, le sommet de l’OTAN représente une continuité du virage autoritaire d’Erdoğan. Accueillir Trump, c’est accepter de tourner le dos aux aspirations démocratiques de 2013.

La comparaison entre Gezi et Ankara est frappante. Dans les deux cas, le pouvoir a utilisé la force pour mater la contestation. Dans les deux cas, les manifestants ont été qualifiés de « terroristes ». Mais il y a une différence de taille : en 2013, le monde regardait ; en 2026, le monde détourne le regard.

TikTok et Twitter comme armes de contestation

Malgré la pression, les jeunes manifestants utilisent les réseaux sociaux pour diffuser leurs images et leurs slogans. La vidéo de Deniz Göktaş, vue près de 9 millions de fois, a été partagée massivement sur TikTok et Twitter. Les hashtags anti-OTAN, comme #OTANDefol (OTAN dégage) ou #AnkaraDireniyor (Ankara résiste), ont été utilisés des centaines de milliers de fois.

Les autorités ont renforcé la censure numérique avant le sommet. Plusieurs sites d’information indépendants ont été bloqués. Les comptes Instagram relayant les arrestations ont été suspendus. Mais la créativité des manifestants est sans limite : ils utilisent des VPN, des comptes anonymes, des codes pour contourner les blocages.

Cette bataille numérique est cruciale. Elle permet de documenter la répression en temps réel, de mobiliser l’opinion internationale, de maintenir un lien entre les militants dispersés. Mais elle a aussi ses limites : les arrestations de journalistes et de blogueurs montrent que le pouvoir est prêt à aller très loin pour faire taire les voix dissidentes.

Des sommets internationaux sous tension : quand la contestation devient globale

La répression des manifestations lors des grands sommets internationaux n’est pas un phénomène nouveau. À chaque G7, à chaque COP, les villes hôtes se transforment en forteresses. Les zones de sécurité sont délimitées, les rassemblements interdits, les forces de l’ordre déployées en masse. Mais le cas d’Ankara présente une particularité inquiétante : l’ampleur de la répression préventive dépasse tout ce qui a été observé lors des précédents sommets.

G7, COP, OTAN : le même scénario sécuritaire ?

Lors du G7 d’Évian en 2026, les autorités françaises avaient également mis en place un dispositif sécuritaire impressionnant. Mais les manifestations avaient été tolérées, dans un périmètre défini. Les arrestations avaient été limitées et les charges rapidement levées. À Ankara, c’est l’inverse : la répression a commencé des semaines avant le sommet, avec des raids nocturnes et des arrestations de masse.

Ankara, capitale de la Turquie, où s'est tenu le 36e sommet de l'OTAN en juillet 2026

La différence tient à la nature du régime turc. Contrairement aux démocraties occidentales, la Turquie ne fait pas de distinction entre la contestation légitime et l’opposition politique. Toute voix discordante est traitée comme une menace existentielle. Les panneaux érigés pour cacher la misère, les routes fermées, les fonctionnaires mis en congé — tout cela témoigne d’une volonté de contrôle total.

Les alliés occidentaux ferment les yeux : le prix de la realpolitik

Le New York Times souligne que les autres membres de l’OTAN s’inquiètent de la gouvernance turque mais ne le disent pas publiquement. Pourquoi ? Parce que la Turquie est indispensable à la sécurité de l’Europe. Sa position géographique, sa grande armée, son contrôle des détroits — tout cela en fait un allié incontournable.

La nécessité de maintenir l’unité de l’alliance face à la Russie l’emporte sur la défense des droits humains. Les dirigeants européens préfèrent fermer les yeux sur les arrestations, sur la censure, sur la répression. Ce silence complice est dénoncé par les manifestants, qui y voient une trahison des valeurs que l’OTAN prétend défendre.

Le prix de cette realpolitik est élevé. En tolérant l’autoritarisme d’Erdoğan, les démocraties occidentales affaiblissent leur propre crédibilité. Comment défendre la démocratie en Ukraine si l’on ferme les yeux sur sa violation en Turquie ? La question reste sans réponse.

Que risquent les manifestants arrêtés en Turquie ?

Pour les centaines de personnes arrêtées, la réalité est brutale. La plupart sont poursuivies pour appartenance à une « organisation terroriste », une accusation vague qui permet de justifier la détention provisoire et d’envisager de lourdes peines. Les conditions carcérales sont déplorables : surpopulation, manque d’hygiène, accès limité aux soins médicaux.

Accusations de « terrorisme » et détention provisoire : le quotidien des prisonniers politiques

Le parquet d’Ankara n’a fourni aucun détail sur les « organisations terroristes » auxquelles appartiendraient les détenus. Cette absence de précision est une stratégie délibérée : elle permet de maintenir les accusés dans l’incertitude et de prolonger leur détention sans limite. Les quatorze membres de la fondation écologiste TEMA, par exemple, sont accusés de « terrorisme écologique », une notion juridiquement inexistante.

La détention provisoire peut durer des mois, voire des années, en attendant un procès. Pendant ce temps, les prisonniers sont coupés du monde extérieur, privés de travail, de famille, de liberté. Leurs avocats ont un accès limité aux dossiers. La présomption d’innocence n’existe pas dans les faits.

Le silence des institutions internationales

Les organisations de défense des droits humains — Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières — ont condamné les arrestations. Mais leurs appels restent lettre morte. L’Union européenne, pourtant liée à la Turquie par un accord douanier et un partenariat stratégique, n’a pris aucune sanction concrète. Les États-Unis, sous Trump, ne disent rien.

Ce silence renforce le sentiment d’impunité du régime turc. Erdoğan sait qu’il peut arrêter qui il veut, quand il veut, sans craindre de conséquences internationales. Les manifestants, eux, comprennent qu’ils sont seuls face à un pouvoir sans limite.

Conclusion : un sommet à l’image d’une alliance en crise de légitimité

Le 36e sommet de l’OTAN à Ankara restera dans les mémoires comme un moment de contradictions. D’un côté, les discours officiels sur l’unité de l’Alliance et la défense des valeurs démocratiques. De l’autre, la répression brutale d’une opposition qui ne demande qu’à s’exprimer. Les images de manifestants plaqués au sol, de journalistes emmenés menottés, de rues vidées de leurs habitants — tout cela contredit le récit lisse que les dirigeants veulent donner.

La répression à Ankara a révélé le fossé entre les valeurs affichées de l’OTAN et sa tolérance vis-à-vis de l’autoritarisme. La jeunesse turque, bien que matraquée, continue de porter une contestation qui dépasse les frontières. Les hashtags, les vidéos, les témoignages — tout cela circule, malgré la censure, et rappelle au monde que la liberté ne se laisse pas enfermer.

Le sommet a certes renforcé Erdoğan et Trump. Il leur a offert une tribune, une légitimité, un semblant de normalité. Mais il a aussi exposé leurs failles. La Turquie n’est pas un pays stable et prospère ; c’est une prison à ciel ouvert. L’OTAN n’est pas une alliance de démocraties ; c’est un club où la realpolitik l’emporte sur les principes. Et les jeunes Turcs, eux, continuent de payer le prix de cette hypocrisie.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Combien de manifestants arrêtés à Ankara ?

Entre 178 et 225 personnes ont été arrêtées lors de raids nocturnes les 22 et 23 juin 2026, selon les données compilées par Human Rights Watch. Beaucoup sont toujours en détention.

Pourquoi la Turquie réprime-t-elle les manifestations anti-OTAN ?

Le gouvernement turc utilise le sommet de l'OTAN comme prétexte pour verrouiller l'espace public et neutraliser toute voix critique. Les arrestations ciblent avocats, militants écologistes, étudiants et journalistes, souvent accusés de « terrorisme » sans preuve.

Qui est Deniz Göktaş et pourquoi a-t-il été arrêté ?

Deniz Göktaş est un humoriste et youtubeur turc placé en détention provisoire pour une vidéo où il qualifiait Erdogan de « dictateur ». Il est accusé d'« insulte au président » et d'« apologie du terrorisme ».

Quel est le rôle de Trump dans la répression en Turquie ?

Donald Trump a cessé de critiquer les dérives autoritaires d'Erdogan et a approuvé la vente de F-16 à la Turquie. Selon le Council on Foreign Relations, ce silence américain renforce la répression intérieure en donnant au régime un sentiment d'impunité.

Combien de policiers déployés pour le sommet de l'OTAN ?

Entre 40 000 et 50 000 membres des forces de l'ordre ont été mobilisés pour le 36e sommet de l'OTAN à Ankara. La ville a été paralysée par des barrages filtrants, des routes fermées et des interdictions de rassemblement.

Sources

  1. Chronologie de l'escalade française en Ukraine - AGauche.org · agauche.org
  2. cfr.org · cfr.org
  3. democracynow.org · democracynow.org
  4. franceinfo.fr · franceinfo.fr
  5. hrw.org · hrw.org
debat-live
Manon Gerbot @debat-live

Étudiante en droit à Nantes, j'adore suivre les grands débats de société et la vie politique française. Je participe au club d'éloquence de ma fac et je peux défendre une idée comme son contraire pour mieux la comprendre.

26 articles 0 abonnés

Commentaires (10)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires