Palme canine à Cannes : Yuri, chienne de refuge, remporte la Palm Dog 2026
La 79e édition du Festival de Cannes a livré son verdict canin le plus attendu. Vendredi 22 mai 2026, sur la plage de la Croisette, une chienne au pelage couleur sable a reçu le prestigieux collier rouge de la Palm Dog. Yuri, rescapée du refuge chilien Mirada Animal Chile, a été sacrée meilleure actrice canine pour son rôle dans La Chienne de Dominga Sotomayor. Cette récompense, remise par un jury de six journalistes spécialistes du cinéma, couronne une histoire hors norme : celle d'une chienne abandonnée devenue la vedette de la Quinzaine des Cinéastes.

Comment s'est déroulée la cérémonie de la Palm Dog 2026 ?
La cérémonie s'est déroulée en fin de matinée sur le sable chaud de la Croisette, loin des strass du tapis rouge du Palais des Festivals. Six chiens étaient en compétition cette année, mais c'est Yuri qui a convaincu le jury. Dominga Sotomayor, réalisatrice chilienne, a reçu la récompense au nom de sa comédienne à quatre pattes. « Je ne pouvais pas imaginer une reconnaissance plus spéciale pour La Perra », a-t-elle déclaré, le collier rouge entre les mains.
Le rituel du collier rouge et or
Le prix, une parodie de la Palme d'Or créée en 2001 par le journaliste britannique Toby Rose, se présente sous la forme d'un collier en cuir rouge fabriqué par la maison Oria & Guizmo. Depuis 2023, le média animalier Woopets co-organise l'événement avec Toby Rose, lui donnant une visibilité nouvelle sur les réseaux sociaux. La Chienne a été présentée en avant-première mondiale à la Quinzaine des Cinéastes, section parallèle du festival, et sera re-projetée le 11 juin lors de la reprise de la Quinzaine dans trente cinémas français.
Le rituel de la Palm Dog contraste avec le glamour habituel de Cannes. Pas de limousine ni de robe de créateur : juste une chienne, son collier, et une équipe de tournage émue. Le jury a souligné « l'authenticité brute » de la performance de Yuri. La réalisatrice a insisté sur le caractère spécial de cette reconnaissance pour un film qui parle du lien complexe entre une femme et un animal sauvage. « La Chienne raconte l'attachement, la peur, la liberté. Recevoir ce prix pour un tel sujet, c'est une forme de boucle bouclée », a-t-elle ajouté.
Quels étaient les autres chiens en compétition ?
Parmi les six chiens en compétition cette année figuraient deux boules de poils tricolores. L'une faisait un caméo dans la comédie dramatique Quelques mots d'amour de Rudi Rosenberg, l'autre une apparition dans Adieu monde cruel de Félix de Givry. Mais c'est Yuri qui a remporté les suffrages. Le palmarès de Cannes 2026 s'annonçait serré, mais Yuri a marqué cette édition dès le milieu du festival.
Dominga Sotomayor et la consécration de La Chienne
Dominga Sotomayor n'est pas une inconnue du cinéma chilien, mais La Chienne marque un tournant dans sa carrière. La réalisatrice, qui se décrit elle-même comme « une personne à chien », a récemment adopté un nouveau compagnon après la mort de son chien d'enfance, événement qui l'a profondément marquée. Cette sensibilité personnelle transparaît dans chaque plan du film.
Un parti pris esthétique et éthique
« Je ne souhaitais pas travailler avec un chien dressé pour jouer, mais je voulais un animal normal, un peu sauvage », a-t-elle expliqué dans un entretien au Monde. Un parti pris esthétique et éthique qui a porté ses fruits. La réalisatrice a cherché dans les refuges un chien capable d'incarner la complexité du personnage sans artifice de dressage. C'est dans ce contexte qu'elle a croisé la route de Yuri, une chienne adulte au regard doux mais méfiant, repérée dans les cages du refuge Mirada Animal Chile.
Les conditions de tournage sur une île chilienne
Le tournage s'est déroulé en octobre et novembre 2025 sur une île chilienne battue par les vents, un décor choisi par la réalisatrice pour remplacer l'Amazonie du roman original. Les conditions étaient rudes : pluie, vent, températures fraîches. Mais l'équipe s'est adaptée. Yuri, adoptée par l'équipe du film à l'issue du tournage, est aujourd'hui « heureuse et en sécurité » dans sa nouvelle famille. Le film, d'une durée de 112 minutes, est une coproduction brésilo-chilienne. Le scénario a été co-écrit par Dominga Sotomayor et Inés Bortagaray.
Du refuge au tournage : comment Yuri a changé de vie

L'histoire de Yuri commence dans un refuge chilien, Mirada Animal Chile, une association venant en aide aux animaux abandonnés. Dominga Sotomayor y a cherché une chienne « normale, un peu sauvage », capable d'incarner la complexité du personnage sans artifice de dressage. C'est là qu'elle a croisé Yuri, une chienne adulte au regard doux mais méfiant. « Elle avait quelque chose dans les yeux, une fragilité mêlée de fierté », se souvient la réalisatrice.
Mirada Animal Chile, le refuge à l'origine du miracle
Mirada Animal Chile est une petite structure associative qui lutte contre l'abandon au Chili. Le pays connaît un taux élevé d'abandons, notamment dans les zones rurales où les chiens errants sont nombreux. La décision de Dominga Sotomayor de choisir un chien de refuge plutôt qu'un animal dressé était un parti pris fort. « Cela donne une vérité au film que rien d'autre n'aurait pu apporter », a-t-elle confié au magazine Première. Le refuge, contacté par la réalisatrice, a immédiatement accepté de collaborer, voyant dans ce projet une opportunité de sensibiliser le public à l'adoption responsable.
Doublure canine : Tormenta Mari, le chiot adopté par le producteur
Trouver un chiot ressemblant à Yuri a été une mission complexe. La réalisatrice a passé des semaines à visiter des refuges et des élevages avant de dénicher la perle rare. Le chiot, finalement adopté par un producteur du film, a été baptisé Tormenta Mari — un nom symbolique qui évoque la tempête intérieure du personnage principal. Les deux chiens, Yuri l'adulte et Tormenta Mari le chiot, se partagent le rôle à l'écran. Leur complicité naturelle a donné au film une authenticité rare. Les deux animaux ont trouvé une famille à l'issue du tournage, une happy end qui fait écho au message du film.
Silvia et Yuri : décryptage du film La Chienne
La Chienne est l'adaptation du roman La Perra de l'autrice colombienne Pilar Quintana, publié en 2017. Dominga Sotomayor a déplacé l'action de l'Amazonie colombienne à une île chilienne battue par les vents, un changement de décor majeur qui transforme la lecture du récit. Silvia, interprétée par Manuela Oyarzún, vit isolée avec son compagnon Mario (David Gaete), survivant de la récolte d'algues. L'arrivée de Yuri, une chienne errante, bouleverse son quotidien et réveille des traumatismes d'enfance.
Du roman La Perra à l'écran : une histoire de maternité et de possession
Le film explore des thèmes puissants : la maternité impossible, la peur de l'attachement, le désir de possession. Le nom du chien, Yuri, est un hommage à la fille que l'héroïne n'a pas pu avoir. « Yuri, c'est le nom qu'elle aurait donné à son enfant », explique la réalisatrice. La chienne devient le révélateur des blessures de Silvia, un miroir de ses pulsions contradictoires. Quand l'animal disparaît soudainement, un traumatisme d'enfance refait surface, plongeant l'héroïne dans une spirale de culpabilité et de rage. Le casting inclut également Selton Mello, Paula Luchsinger, Paula Dinamarca et Rafaella Grimberg. La sortie en salles est prévue au printemps 2027 chez Nour Films.
Manuela Oyarzún face à une partenaire sauvage

Manuela Oyarzún, actrice chilienne reconnue, a dû composer avec une partenaire imprévisible : Yuri, une chienne non dressée. « Chaque prise était différente », raconte-t-elle. « Yuri réagissait à mes émotions, à mon ton de voix. Il fallait être totalement sincère, elle sentait le moindre mensonge. » L'alchimie naturelle qui se dégage du duo est l'un des points forts du film. Les conditions de tournage, sur une île isolée pendant l'automne chilien, ont renforcé cette connexion brute. Les films de genre pour la Gen Z à Cannes 2026 montrent une diversité croissante, et La Chienne s'inscrit dans cette tendance avec son approche sensible et naturaliste.
25 ans de Palm Dog : de Mutt à Yuri, l'histoire du prix canin
La Palm Dog fête cette année sa 26e édition. Créée en 2001 par le journaliste britannique Toby Rose, elle récompense la « meilleure performance canine sur grand écran ». Le nom est un jeu de mots direct avec la Palme d'Or. Le prix se présente sous la forme d'un collier en cuir rouge, fabriqué depuis quelques années par Oria & Guizmo. Depuis 2023, Woopets, média animalier de référence, co-organise l'événement avec Toby Rose, lui offrant une nouvelle visibilité sur les réseaux sociaux.
Toby Rose et le Fox-terrier Mutt : la genèse d'une parodie en 2001
Toby Rose, journaliste britannique installé à Cannes, a créé la Palm Dog en hommage à son Fox-terrier, Mutt. L'esprit potache des débuts a rapidement cédé la place à une reconnaissance sérieuse du travail des dresseurs et des animaux acteurs. « C'est un prix qui a gagné en crédibilité au fil des ans », explique Toby Rose sur le site officiel de la Palm Dog. « Les réalisateurs sont fiers de recevoir ce collier, et les chiens deviennent de véritables stars. » La longévité du prix — 26 éditions — témoigne de son ancrage dans le paysage cannois. Le prix est décerné par un jury de professionnels du cinéma et attire chaque année l'attention des médias du monde entier.
Les stars canines qui ont marqué Cannes
La Palm Dog a récompensé des chiens devenus célèbres. En 2023, Messi, le border collie d'Anatomie d'une chute, a remporté le prix, devenant une star mondiale. En 2019, Brandy, le bull terrier de Once Upon a Time in Hollywood, a posé aux côtés de Brad Pitt sur le tapis rouge. L'an dernier, Panda, le berger d'Islande de L'Amour qu'il nous reste, a succédé à Messi. Yuri s'inscrit dans cette lignée prestigieuse, mais avec une particularité : elle est la première chienne de refuge à remporter le prix. Son histoire de sauvetage la rend unique.
Mirada Animal Chile : l'effet Yuri sur les adoptions
La happy end de Yuri — adoptée par l'équipe du film — et de Tormenta Mari — adopté par un producteur — est un argument de poids pour les refuges. L'association Mirada Animal Chile espère un « Palm Dog effect », une hausse des adoptions après la médiatisation du prix. Dominga Sotomayor, elle-même adoptante récente, incarne cette tendance de l'adoption responsable.
L'adoption de Yuri par l'équipe de tournage
L'aspect le plus touchant de cette histoire reste l'adoption de Yuri par l'équipe technique du film. « Dès les premiers jours de tournage, tout le monde était tombé amoureux d'elle », raconte un membre de l'équipe. « Quand le tournage s'est terminé, il était impensable de la laisser retourner au refuge. » Yuri vit aujourd'hui dans une famille aimante, « heureuse et en sécurité », selon les mots de la réalisatrice. Son histoire est un message universel : tout chien de refuge mérite une seconde chance.
Le « Palm Dog effect » : une hausse des adoptions ?
Mais est-ce que ce buzz permet réellement de lutter contre l'abandon ? Les chiffres sont difficiles à obtenir, mais l'association chilienne a déjà constaté une augmentation des appels depuis l'annonce du prix. « Les gens veulent adopter un chien "comme Yuri" », explique une bénévole de Mirada Animal Chile. « Mais nous insistons sur la responsabilité que cela implique. Adopter un animal, ce n'est pas un coup de cœur, c'est un engagement. » Les refuges français espèrent également capitaliser sur cette visibilité. Woopets relaie l'histoire sur ses réseaux sociaux, touchant un public large, notamment la Gen Z, très sensible à la cause animale. L'ouverture de Cannes 2026 a donné le ton d'un festival plus humain, et l'histoire de Yuri en est la parfaite illustration.
Conclusion : Yuri, symbole d'une seconde chance à Cannes
Yuri est devenue l'ambassadrice involontaire des chiens de refuge dans le monde entier. Son parcours — des cages de Mirada Animal Chile au collier rouge de la Palm Dog — incarne la seconde chance. Le parallèle avec le récit du film est frappant : dans La Chienne, l'héroïne trouve un sens à sa vie grâce à une chienne errante. Dans la réalité, Yuri a trouvé une famille grâce au cinéma.
Le film La Chienne, attendu au printemps 2027 chez Nour Films, sera re-projeté le 11 juin lors de la reprise de la Quinzaine des Cinéastes. Les spectateurs pourront découvrir la performance de Yuri et de Tormenta Mari sur grand écran. Mais au-delà du film, c'est une histoire d'espoir et de responsabilité qui restera dans les mémoires. Yuri, la chienne venue de nulle part, a conquis Cannes. Et avec elle, tous les chiens de refuge qui attendent une seconde chance.