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Cinéma

One Battle After Another : le test complet

Accrochez-vous, aventuriers du septième art, car le maître du donjon Paul Thomas Anderson est de retour pour nous concocter une quête cinématographique aussi déjantée que visuellement époustouflante. En cette année 2025, le réalisateur nous plonge...

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Accrochez-vous, aventuriers du septième art, car le maître du donjon Paul Thomas Anderson est de retour pour nous concocter une quête cinématographique aussi déjantée que visuellement époustouflante. En cette année 2025, le réalisateur nous plonge dans une Amérique fracturée avec One Battle After Another, une œuvre hybride qui jongle avec maestria entre le thriller d’action, la comédie noire et le drame politique. Avec une distribution de légendes menée par un Leonardo DiCaprio en pleine forme, ce film n’est pas une simple sortie de salle, c’est une véritable expédition au cœur d’une époque révolue, mais dont les échos résonnent terriblement aujourd’hui. Préparez vos dés et vos popcorns, nous allons décortiquer ce monstre sacré sans aucune pitié.

Une quête épique inspirée par Vineland

Lorsqu’on évoque les adaptations littéraires, le premier mot qui vient souvent à l’esprit est “danger”. Transformer les mots d’un auteur en images est un art périlleux, susceptible de décevoir les adeptes du parchemin original. Pour One Battle After Another, Paul Thomas Anderson s’est attaqué à une bête d’un tout autre calibre : le roman Vineland de Thomas Pynchon, publié en 1990. Pour ceux qui ne connaissent pas ce grimoire, sachez que l’univers de Pynchon est dense, complexe et truffé de digressions hallucinées.

Loin de se laisser effrayer par la tâche, notre réalisateur a opéré une transmutation magique. Plutôt que de coller servilement à la trame du livre, il en a capturé l’essence, cette atmosphère paranoïaque et douce-amère de la fin des années 80. Le film ne cherche pas à être une copie conforme, mais plutôt une réinterprétation libre, une “version director’s cut” d’une histoire qui méritait d’être vue sur grand écran. C’est un peu comme si un maître de jeu prenait un module de campagne classique et décidait de réécrire tous les dialogues pour les rendre plus percutants, tout en conservant l’esprit de l’aventure originale.

L’ombre de Reagan et la fin des rêves

Le contexte historique est ici un personnage à part entière. L’histoire se déroule sur fond d’Amérique conservatrice, à une époque où le rêve hippie s’est évaporé pour laisser place à une quête de profit effrénée. Dans cette chronique, les idéologies rigides s’effondrent comme des châteaux de cartes sous la tempête. Anderson nous montre une société en pleine mutation, où les anciens révolutionnaires doivent composer avec un monde qui les a oubliés, ou pire, qui les considère comme des reliques d’un âge sombre.

Cette ambiance de “fin de règne” donne au film une mélancolie sous-jacente qui tranche avec les séquences d’action explosives. On retrouve cette thématique chère aux contes fantastiques : la fin d’une ère et l’arrivée d’une nouvelle, plus brutale. C’est un voyage nostalgique, mais sans les lunettes roses, qui rappelle que chaque bataille gagnée peut parfois préparer la voie à des défis encore plus terrifiants.

Une distribution de légendes à l’affiche

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Dans toute bonne épopée qui se respecte, la force du héros ne fait pas tout. C’est la qualité de ses alliés, et la profondeur de ses ennemis, qui forge la légende. Paul Thomas Anderson a réuni ici une véritable guilde des aventuriers d’Hollywood, chaque acteur apportant sa propre classe et ses compétences à la table de jeu. Le résultat est une alchimie rare, où chaque scène d’interaction est un petit feu d’artifice dramatique.

Leonardo DiCaprio, le vétéran blessé

Au centre de ce tourbillon se trouve Leonardo DiCaprio, qui campe Bob Ferguson. Fini le temps où il jouait les jeunes premiers insouciants ; ici, il incarne un homme brisé par le passé, hanté par ses échecs idéologiques. Sa performance est celle d’un guerrier fatigué qui a posé ses armes mais que le destin force à reprendre le combat. On ressent physiquement le poids des années sur ses épaules, cette paranoïa qui le ronge et cet amour paternaliste qui devient son seul moteur.

DiCaprio excelle dans ces registres où la folie frôle à la lucidité. Son Ferguson n’est pas un héros sans peur ni reproche, c’est un survivant têtu, un ancien révolutionnaire qui doit maintenant sauver la seule chose qui compte encore à ses yeux : sa fille. C’est une interprétation puissante, ancrée dans un réalisme brut, qui nous rappelle pourquoi il reste l’un des plus grands acteurs de sa génération, au même titre que les icônes du rock dont on parlerait sur une page dédiée à Queen.

Teyana Taylor et le French 75

Pour tenir tête à DiCaprio, il fallait une présence aussi magnétique. Teyana Taylor endosse le rôle de Perfidia Beverly Hills, une femme dont le nom seul est une promesse de trahison et de glamour. Elle n’est pas juste un personnage secondaire, c’est une force de la nature, une ancienne complice de Bob qui a ses propres démons à combattre. Leur dynamique rappelle ces duos légendaires où l’amour et la haine se mêlent dans une danse mortelle.

Le groupe militant, le French 75, agit comme une famille de substitution, mais aussi comme une secte dangereuse. Chaque membre, de Sean Penn à Benicio del Toro, apporte une touche unique à cette confrérie désunie. On a l’impression d’assister à une réunion de guildes où personne ne se fait confiance, mais où tous sont liés par un serment ancien et un ennemi commun.

Une vision technique grandiose

Si l’histoire est le squelette du film, la technique en est l’armure et ses ornements. Paul Thomas Anderson est connu pour ne faire aucune concession sur la qualité de l’image, et One Battle After Another est sans doute son plus grand exploit visuel à ce jour. Oubliez les images figées et lisses des blockbusters usuels ; ici, chaque plan est une peinture vivante, respirante, presque tactile.

Le VistaVision : une arme de distraction massive

Pour donner vie à ce monde, le réalisateur et son chef opérateur Michael Bauman ont fait un choix audacieux : l’utilisation de caméras VistaVision. C’est une technologie ancienne, un peu comme retrouver une épée forgée par les maîtres d’arme d’antan. En utilisant des pellicules 35 mm horizontales, ils ont pu capturer une résolution et une profondeur de champ vertigineuses.

Entre 75 et 80% du film a été tourné ainsi, offrant une netteté qui défie l’entendement. Ce n’est pas juste du “beau cinéma”, c’est un outil narratif. La précision de l’image nous permet de voir la moindre fissure sur le visage de DiCaprio, la moindre poussière de poussière dans une scène d’action, renforçant l’immersion du spectateur. C’est comme si on retirait un voile épais qui nous séparait de l’écran, nous plaçant directement au cœur de l’action.

L’expérience IMAX 70 mm

Le film n’est pas destiné à être regardé sur un smartphone, ni même sur une télévision 4K standard. One Battle After Another a été conçu pour les grandes salles, et idéalement en projection IMAX 70 mm. Imaginez la différence entre écouter une ballade dans une chambre d’hôtel et assister à un concert dans une arène géante : l’échelle change tout.

Les sorties en 4DX, Dolby Vision et IMAX digital ne sont que des échos de la véritable expérience. La projection en 70 mm offre cette texture organique, ce grain sublime que seul le film véritable peut fournir. La rumeur court d’ailleurs que le film pourrait revenir dans quelques salles IMAX spécifiques début 2026 pour célébrer ses potentielles nominations aux Oscars, une excellente nouvelle pour ceux qui auront manqué le carreau initial. Si vous avez l’occasion de voir cette version, c’est une quête secondaire que vous devez absolument accomplir.

L’intrigue : révolution et vengeance

L’histoire de One Battle After Another n’est pas une ligne droite ; c’est un labyrinthe complexe où les passes secrets et les pièges abondent. Au premier abord, on pourrait croire à un simple film de vengeance, mais le scénario s’avère bien plus tordu, nous entraînant dans des méandres politiques et personnels vertigineux.

Les origines du French 75

Tout commence par des flashbacks qui nous ramènent à la glorieuse époque du militantisme.

Tout commence par des flashbacks qui nous ramènent à la glorieuse époque du militantisme. On y découvre le French 75 non pas comme une simple organisation politique, mais comme une confrérie de guerriers idéalistes, une guildée de paladins de la contre-culture opérant depuis les confins de la Californie du Nord. Ces séquences, saturées de couleurs psychédéliques et filmées avec une agitation frénétique, évoquent les batailles de masse d’un Lord of the Rings moderne, mais avec des fumigènes et des banderoles au lieu d’épées et de boucliers. On y voit un Bob Ferguson plus jeune, la fougue intacte, mener la charge contre des institutions perçues comme des donjons obscurs de l’oppression.

C’est dans ce tumulte que la trame narrative tisse ses filets. Le film ne se contente pas de montrer les combats d’hier ; il explore comment les actes commis dans la fureur des années 60 et 70 ont semé les graines du chaos présent. Chaque flashback est une pièce d’un puzzle qui s’assemble lentement, révélant que le traître qui a causé la chute du groupe n’est pas un inconnu, mais quelqu’un qui a prospéré dans l’ombre, devenant un puissant architecte du système qu’ils combattaient autrefois. Cette révélation est gérée avec la finesse d’un maître de jeu qui laisse pointer le nez du monstre seulement au moment où les joueurs pensent avoir sécurisé le campement.

L’Antagoniste Impitoyable : Brock Vond, le Seigneur Noir

Une quête digne de ce nom ne peut exister sans un adversaire à la hauteur de ses ambitions. Si le film regorge d’ennemis secondaires et d’obstacles bureaucratiques (sortez vos grimoires administratifs, il y en a), la véritable menace plane comme un dragon sur son trésor : Brock Vond. Interprété avec une froideur terrifiante par un acteur surprenant — rumeur dit qu’il s’agit d’une venue de Christian Bale dans un rôle caméro dévastateur — Vond incarne l’État autoritaire dans ce qu’il a de plus implacable.

Vond n’est pas simplement un procureur ou un agent du FBI ; c’est une force de la nature, un inquisiteur moderne qui utilise la loi comme une arme de destruction massive. Dans les scènes où il partage l’écran avec DiCaprio, la tension est électrique, palpable. On assiste à un duel d’intellects, une partie d’échecs à quatre dimensions où chaque mot prononcé est une pièce déplacée. Anderson filme ces confrontations en gros plans serrés, nous forçant à regarder dans les abysses de ces deux hommes qui se connaissent trop bien. C’est la rencontre entre le chaos révolutionnaire et l’ordre absolu, et le résultat est aussi fascinant que dangereux.

La Quête de la Fille : Une Initiation Sauvage

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Au cœur de cette tourmente politique et personnelle, il y a le moteur émotionnel de l’histoire : la sauvegarde de la fille de Bob, Prairie. Loin d’être une simple princesse enfermée dans une tour attendant le chevalier sauveur (ici, un père alcoolique et paranoïaque), Prairie est un personnage qui brille par sa propre complexité. Elle représente la nouvelle génération, celle qui a hérité des débris des rêves de ses parents.

Présentée comme une “barde” moderne ou une “roublarde” des temps modernes, elle navigue dans ce monde avec une agilité déconcertante. Le film consacre un temps précieux à développer son propre arc narratif, distinct de celui de son père. On la voit évoluer, apprendre à se battre, non seulement avec ses poings mais aussi avec sa compréhension du monde qui l’entoure. Sa relation avec Bob n’est pas unilatérale ; c’est une interaction dynamique où elle finit par devenir le mentor moral d’un père qui a tout perdu de sa boussole morale. C’est ce type de relation parent-enfant, brute et inconditionnelle, qui élève le film au rang de tragédie grecque transposée dans l’Amérique contemporaine.

La Bande Originale : Jonny Greenwood en Mage du Son

On ne peut pas parler d’un film de Paul Thomas Anderson sans évoquer le sorcier qui manipule les ondes sonores derrière le rideau : Jonny Greenwood. Le guitariste de Radiohead, fidèle compagnon de route du réalisateur, signe ici sa partition la plus ambitieuse et la plus dérangeante à ce jour. Si vous pensiez avoir tout entendu avec There Will Be Blood ou Phantom Thread, détrompez-vous.

Greenwood a composé une musique qui est un personnage à part entière, une entité vivante qui guide le spectateur à travers les méandres de l’intrigue. Il marie avec génie des instruments classiques détraqués — des cordes qui grincent comme des portes rouillées dans un donjon hanté — à des synthétiseurs analogiques gras, rappelant l’esthétique lo-fi des années 80. La bande originale agit comme un sortilège de modification d’émotion : lors des séquences d’action, le rythme est saccadé, martial, presque industriel, pompant l’adrénaline dans les veines du spectateur. Dans les moments plus calmes, les mélodies deviennent mélancoliques, atmosphériques, évoquant la brume qui s’accroche aux forêts de séquoias.

Chorégraphies et Combats : La Poétique du Coup de Poing

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Dans un film qui jongle avec autant de genres, la gestion de l’action est un défi périlleux. Beaucoup de réalisateurs auraient perdu leur chemin, proposant des combats génériques et sans âme. Mais Anderson, fidèle à sa réputation de visionnaire, traite chaque violence comme une extension de la psychologie des personnages. Il n’y a pas de violence ” gratuite ” ici ; chaque coup porté est une phrase dialoguée, chaque chute est une parenthèse narrative.

Particulièrement fascinante est la séquence du “Karma Yoga”, une discipline martiale hybride enseignée par le groupe militant. On voit les membres du French 75 s’entraîner dans des clairières, leurs mouvements fluides contrastant violemment avec la brutalité de leurs intentions. La chorégraphie, inspirée des arts martiaux traditionnels mais adaptée à une guérilla urbaine, est filmée avec des plans-séquences longs et fluides qui refusent de couper l’action. On est physiquement immergé dans le chaos, ressentant l’impact des os qui se brisent et la lourdeur des respirations. C’est du cinéma haptique, qui sollicite non seulement vos yeux, mais votre propre mémoire corporelle.

La Télévision comme Monstre H.P. Lovecraftien

Il serait impossible d’analyser One Battle After Another sans s’attarder sur l’un des thèmes centraux, hérité directement de l’œuvre de Pynchon : la télévision comme instrument de contrôle et de corruption. Dans le film, le “Tube” n’est pas un simple meuble de salon ; c’est un monstre cyclopéen, une entité malveillante qui aspire les âmes.

Anderson utilise des distorsions visuelles, des écrans qui bavent et des images de surveillance pour créer une atmosphère de paranoïa constante. La caméra nous force souvent à regarder l’action à travers un écran de téléviseur ou une fenêtre, créant une distance critique qui nous rappelle à quel point notre perception du monde est médiatisée. Les scènes se déroulant dans les studios de télévision sont parmi les plus inquiétantes du film : des lumières aveuglantes, des présentateurs aux sourires figés comme des masques de cire, et une direction artistique qui évoque un purgatoire technologique.

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Antoine Turbot @dice-roller

Maître du Jeu depuis mes 14 ans, j'ai fait pleurer des joueurs et rire des tables entières. Originaire de Strasbourg, je vis pour créer des histoires épiques où les dés décident du destin. Mon appartement croule sous les livres de règles, les figurines à peindre et les cartes de donjons que je dessine moi-même. Je suis convaincu qu'une bonne partie de JDR vaut tous les films du monde. Critique de nat 1 acceptée, mais avec classe.

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