Natalie Portman et Jean Reno dans une scène culte de Léon.
Cinéma

Pourquoi « Léon » reste le chef-d'œuvre d'action de Luc Besson grâce à une scène culte improvisée il y a 31 ans

Il y a 31 ans, « Léon » réinventait le thriller d'action grâce à une alchimie rare entre Jean Reno, Natalie Portman et Gary Oldman. Découvrez comment le cri culte « Everyone ! »

As-tu aimé cet article ?

Il y a 31 ans, « Léon » débarquait en salles et réinventait le thriller d'action

Le 14 septembre 1994, les salles françaises accueillent le sixième long métrage de Luc Besson. À l'affiche, un tueur à gages solitaire, une fillette de douze ans, et un flic corrompu à la folie contagieuse. Personne ne le sait encore, mais Léon va devenir le film d'action français le plus influent jamais produit. En trois décennies, il a traversé les générations sans prendre une ride, porté par une alchimie rare entre ses interprètes et un geste de mise en scène qui tient autant du calcul que du hasard.

Natalie Portman et Jean Reno dans une scène culte de Léon.
Natalie Portman et Jean Reno dans une scène culte de Léon. — (source)

Besson sort alors de Nikita (1990), son premier vrai film d'action, et du monumental Le Grand Bleu (1988). Il a trente-cinq ans, une réputation internationale naissante, et l'ambition de conquérir Hollywood sans quitter la France. Léon est son pari le plus risqué : un film en anglais, tourné à New York, avec un budget confortable pour l'époque (environ 16 millions de dollars). Le public répond présent : près de 3,5 millions d'entrées en France, un score solide pour un film qui n'a ni star américaine confirmée ni franchise préexistante.

Mais le chiffre ne dit pas tout. Léon s'est imposé par sa texture, son ton, cette manière unique de mêler la violence la plus crue à une tendresse presque gênante. Le film doit beaucoup à son prédécesseur Nikita — Besson lui-même décrit Léon comme le « cousin américain de Victor, plus humain » — mais il invente quelque chose de neuf. Là où Nikita jouait la carte de l'espionnage chic et du thriller parisien, Léon plonge dans les entrailles de Little Italy, dans un New York granuleux qui doit autant au polar des années 70 qu'à la BD franco-belge.

De « Nikita » à New York : la mue d'un réalisateur français

Le passage de Nikita à Léon n'est pas une simple continuité. Besson change d'échelle, de décor, de langue. Il quitte les intérieurs feutrés des services secrets français pour les ruelles sales de Manhattan. Il troque la figure de la femme fatale et rebelle pour celle d'un tueur mécanique, presque autiste, qui ne connaît de la vie que ses contrats et son plant vert.

Besson l'a dit lui-même : Léon est un Victor qui aurait traversé l'Atlantique. Mais là où Victor, dans Nikita, était un nettoyeur froid et efficace, Léon ajoute une dimension humaine que le réalisateur revendique. Le personnage de Jean Reno regarde des comédies musicales de Gene Kelly, boit du lait, et entretient une plante comme s'il s'agissait d'un enfant. Cette humanité, c'est ce qui distingue Léon des thrillers américains de l'époque, plus cliniques, moins sentimentaux.

L'immeuble de Léon et Mathilda à New York, lieu de tournage emblématique.
L'immeuble de Léon et Mathilda à New York, lieu de tournage emblématique. — Fradeve11 / CC BY-SA 3.0 / (source)

Le choix du décor new-yorkais n'est pas anodin. Besson veut s'éloigner du cinéma français de studio, trop propre, trop sage. Il tourne dans les rues de Manhattan, dans des appartements exigus, dans des couloirs d'hôtel miteux. La caméra épouse les murs, les escaliers, les recoins sombres. C'est un cinéma du corps et de l'espace, qui préfigure la direction que prendra le réalisateur avec Le Cinquième Élément trois ans plus tard.

Jean Reno, Natalie Portman, Gary Oldman : trois talents au sommet

Un film d'action ne vit que par ses acteurs. Léon en aligne trois, et c'est un coup de maître. Jean Reno, acteur fétiche de Besson depuis Le Grand Bleu, incarne le tueur avec une économie de mots rare. Son Léon bouge peu, parle bas, regarde fixement. Chaque geste est compté, chaque silence pèse. Reno joue la retenue, la puissance contenue, et c'est cette discrétion qui rend le personnage si attachant.

Luc Besson, réalisateur de Léon, photographié dans un couloir.
Luc Besson, réalisateur de Léon, photographié dans un couloir. — (source)

Gary Oldman, lui, fait l'inverse. Son Stansfield est un tourbillon, un agent de la DEA qui sniffe de la coke, écoute Beethoven et massacre des familles entières sans sourciller. Oldman était déjà connu pour ses rôles outranciers (Dracula, JFK), mais dans Léon, il pousse le curseur encore plus loin. Son personnage est imprévisible, dangereux, magnétique. Chaque scène où il apparaît devient un numéro de funambule.

Et puis il y a Natalie Portman. À douze ans, elle n'a jamais tourné. Elle passe le casting après avoir été repérée dans une pizzeria par un agent. Besson la choisit parmi des centaines de candidates, et il a raison. Mathilda n'est pas une enfant ordinaire : elle fume, jure, veut devenir tueuse à gages. Mais Portman lui donne une fragilité qui empêche le personnage de tomber dans la caricature. Son regard, à la fois dur et vulnérable, est le cœur battant du film.

« Amenez-moi tout le monde ! » : la blague de tournage de Gary Oldman devenue la scène la plus culte du film

Jean Reno apprend à Natalie Portman à assembler une arme dans Léon.
Jean Reno apprend à Natalie Portman à assembler une arme dans Léon. — (source)

Il y a des moments qui échappent au scénario. Des accidents de plateau qui deviennent, contre toute attente, l'identité même d'un film. Dans Léon, ce moment arrive quand Gary Oldman, en plein délire, hurle « Everyone ! » en vidant son chargeur sur un cadavre déjà refroidi. La scène dure quelques secondes. Elle est devenue la plus célèbre du film.

Le script original indiquait simplement « Tout le monde », une réplique que Stansfield devait prononcer calmement, presque en passant. Oldman fait plusieurs prises dans ce ton, mais il s'ennuie. Il veut provoquer Besson, le faire rire. Alors il prévient les ingénieurs du son qu'il va être très bruyant, prend une grande inspiration, et hurle « Everyone ! » de toutes ses forces. La voix déraille, le visage se tord. C'est grotesque, excessif, parfait.

Besson regarde la prise, rit, et la garde. Oldman, lui, pensait que ce serait une « prise coupée », un délire entre deux plans sérieux. « C'était juste moi qui m'amusais », a-t-il expliqué plus tard sur le plateau du Late Show avec Stephen Colbert. Il ne mesurait pas, à ce moment-là, qu'il venait d'offrir au cinéma d'action l'un de ses instants les plus mémorables.

« C'était juste une prise pour m'amuser » : Oldman raconte les coulisses du cri

Dans une interview accordée en mars 2025 à Stephen Colbert, Gary Oldman a raconté les coulisses de cette improvisation en détail. Il explique avoir fait plusieurs prises « normales » de la réplique, puis avoir eu l'idée de pousser le curseur. « Je suis allé voir les ingénieurs du son et je leur ai dit : « Je vais être très bruyant. » » Il hurle, Besson rit, la prise est gardée.

Luc Besson à l'avant-première de Taken à l'UGC Ciné Cité Les Halles, à Paris
Luc Besson à l'avant-première de Taken à l'UGC Ciné Cité Les Halles, à Paris — Luc-Besson-Taken.JPG: Thierry Caro derivative work: Bff / CC BY-SA 3.0 / (source)

Oldman insiste sur le caractère spontané de l'instant. Il ne s'agissait pas d'une décision artistique réfléchie, mais d'une blague entre un acteur qui s'ennuie et un réalisateur qui a le bon goût de reconnaître un moment de grâce. « C'était juste pour m'amuser, pour faire une blague, et Luc Besson l'a gardé », confirme un article de CinéSérie de décembre 2023. L'acteur ne réalisait pas, à ce moment-là, qu'il venait de créer un moment de cinéma qui allait traverser les décennies.

Ce qui rend cette anecdote fascinante, c'est qu'elle révèle la méthode Besson : un réalisateur qui sait reconnaître l'imprévu et l'intégrer à son film. Là où d'autres auraient demandé une prise plus sobre, plus conforme au script, Besson garde la version la plus folle. Il comprend que ce cri, c'est Stansfield tout craché.

La prise gardée : pourquoi ce cri définit l'entièreté du personnage de Stansfield

Analysons la scène. Stansfield vient d'abattre le père de Mathilda, un petit dealer qui avait volé de la cocaïne. Il est dans l'appartement, entouré de cadavres. Il ouvre la porte, sort dans le couloir, et hurle « Everyone ! » en tirant sur le corps déjà inerte. La caméra le suit en plan large, puis en gros plan. Le cri résonne dans le couloir vide.

Ce cri, c'est l'essence même de Stansfield. Il n'est pas simplement méchant : il est imprévisible, excessif, jouissif dans sa violence. Là où les méchants de cinéma d'action des années 90 étaient souvent des hommes d'affaires froids ou des terroristes calculateurs, Stansfield est un chaos ambulant. Il écoute du classique, sniffe de la coke, et massacre des familles avec un sourire. Le cri « Everyone ! » résume tout ça en une seconde.

Scène du film 'Léon' montrant trois personnages attablés buvant du thé dans un décor rétro.
Scène du film 'Léon' montrant trois personnages attablés buvant du thé dans un décor rétro. — (source)

La performance physique d'Oldman est essentielle. Il ne se contente pas de hurler : il se jette en avant, le visage tordu, les yeux exorbités. C'est un acteur qui se donne corps et âme, sans retenue. Et c'est cette absence de retenue qui rend le personnage inoubliable. Sans cette improvisation, Stansfield serait peut-être resté un flic corrompu parmi d'autres. Avec elle, il devient une icône.

Natalie Portman à 12 ans : la révélation qui effrayait les studios et a tout changé

Si Gary Oldman apporte la folie, Natalie Portman apporte l'âme. À douze ans, elle n'a jamais tourné un film. Pourtant, c'est elle qui porte Léon sur ses épaules. Son personnage de Mathilda est le moteur de l'intrigue : c'est elle qui cherche la vengeance, elle qui force Léon à sortir de sa coquille, elle qui donne au film sa dimension émotionnelle.

Mais le casting de Portman n'a pas été simple. Les studios américains, qui coproduisaient le film, étaient réticents. Une enfant de douze ans dans un film aussi violent, avec une relation ambiguë avec un tueur à gages adulte, c'était risqué. Les parents de Portman eux-mêmes hésitaient. Il a fallu toute la persuasion de Besson pour les convaincre.

« Elle va attirer de nombreux détraqués » : les sombres avertissements du directeur de casting

Le directeur de casting Todd Thaler n'a pas mâché ses mots. Il a prévenu les parents de Natalie Portman : « Votre fille va devenir la coqueluche du monde entier. Elle va attirer de nombreux détraqués et vous devrez la protéger toute sa vie. » Une phrase qui, avec le recul, semble presque prophétique.

Portman a effectivement reçu des lettres inquiétantes après la sortie du film. Un fan s'imaginait la violer, ce qui l'a profondément marquée et a influencé son rapport aux médias. Elle a ensuite été très sélective dans ses rôles, évitant les projets trop exposés ou trop sexualisés. Léon lui a offert une carrière, mais il l'a aussi exposée à une attention malsaine dont elle n'a jamais vraiment guéri.

Ces avertissements montrent à quel point le film était perçu comme transgressif à l'époque. Une fillette de douze ans qui fume, qui parle de vengeance, qui s'habille en short et perfecto, et qui développe une relation complexe avec un homme adulte : le mélange était explosif. La version longue du film, sortie en 1996, a d'ailleurs accentué ces sous-entendus, provoquant des polémiques qui durent encore.

« Faut vraiment être mauvais pour pas s'en rendre compte » : la foi de Besson en sa jeune actrice

Luc Besson, lui, n'a jamais douté. Dans un entretien accordé au magazine Legend, il a comparé Natalie Portman à Rafael Nadal : « Dès le casting, dès les premiers essais qu'elle a fait… Si tu te dis entraîneur de tennis et qu'à 9 ans t'es pas capable de voir que Nadal a un talent, il faut que tu changes de profession. Là, c'est un peu pareil. Natalie, ça se voit, c'est sûr. »

Mural hommage à Léon et Mathilda, les héros du film de Luc Besson, à Bornova (Turquie).
Mural hommage à Léon et Mathilda, les héros du film de Luc Besson, à Bornova (Turquie). — Mors et Vita / CC BY 4.0 / (source)

Besson insiste sur l'évidence du talent. Portman n'avait pas besoin d'apprendre à jouer : elle était déjà là, avec une présence et une maturité rares pour son âge. Le réalisateur a tenu bon face aux doutes des producteurs, des parents, et même de certains membres de son équipe. Il savait que Mathilda était le rôle le plus important du film, et que seule Portman pouvait l'incarner.

Le résultat parle de lui-même. Portman donne à Mathilda une profondeur inattendue. Elle n'est pas une enfant victime, ni une petite fille sage. Elle est en colère, déterminée, parfois cruelle. Mais elle est aussi vulnérable, seule, terrifiée. Cette dualité, Portman la rend palpable dans chaque scène. Sans elle, Léon serait un film d'action compétent. Avec elle, c'est un chef-d'œuvre.

Le vrai secret de « Léon » : l'alchimie muette entre un tueur et une enfant

Au-delà des performances individuelles, ce qui fait la singularité de Léon, c'est la relation entre les deux personnages principaux. Léon et Mathilda ne sont pas un duo classique. Il n'y a pas de romance, pas de camaraderie simple. Il y a quelque chose de plus étrange, de plus indicible.

Léon est un homme qui a coupé tous les ponts avec la vie. Il ne dort que debout, ne mange que du lait, n'a qu'un seul ami : son plant vert. Il tue pour vivre et vit pour tuer. Mathilda, elle, est une enfant qui a perdu tout ce qu'elle aimait. Son petit frère, le seul membre de sa famille qu'elle chérissait, a été assassiné sous ses yeux. Elle veut apprendre à tuer pour se venger.

Leur rencontre est un choc. Léon ne sait pas quoi faire de cette gamine qui débarque dans son appartement. Mathilda ne comprend pas pourquoi cet homme vit comme un moine. Mais peu à peu, ils s'apprivoisent. Elle lui apprend à rire, à jouer, à s'ouvrir. Il lui apprend à tirer, à viser, à survivre.

La transformation du tueur à gages : du mécanisme de survie à l'instinct paternel

Le personnage de Léon est une machine. Il se lève, fait ses exercices, arrose son plant, prend son lait, et part tuer. Pas de vie sociale, pas de loisirs, pas d'attaches. Il est programmé pour une seule chose : exécuter des contrats sans état d'âme.

Mathilda brise cette mécanique. Elle force Léon à parler, à partager son espace, à s'inquiéter pour quelqu'un d'autre que lui-même. La scène du jeu de rôles, où Léon apprend à Mathilda à dire « Il n'y a pas de femmes, ni d'enfants ici », est emblématique. Ce n'est pas juste une leçon de survie : c'est un apprentissage de l'humanité.

Le geste du cochon tiré par les naseaux, que Léon fait pour faire rire Mathilda, est peut-être le moment le plus touchant du film. Ce tueur impassible, qui ne sourit jamais, se met à faire l'idiot pour une gamine. C'est là que le personnage bascule. Il n'est plus un simple professionnel : il devient un père de substitution, maladroit, taiseux, mais sincère.

Mathilda, l'enfant soldat en jogging : un personnage inoubliable

Mathilda, de son côté, n'est pas une princesse en détresse. Elle est active, déterminée, parfois inquiétante. Elle propose à Léon de coucher avec lui en échange de leçons de tir. Elle le suit dans ses contrats. Elle tue elle-même, à la fin du film, pour venger son frère.

Son costume est iconique : short, perfecto, coupe à la garçonne. Elle ressemble à un petit soldat, prêt à en découdre. Mais en dessous, c'est une enfant perdue. La scène de l'hôtel, où elle joue à imiter les stars de cinéma avec des lunettes de soleil, montre sa fragilité. Elle n'a que douze ans, et elle a déjà vu l'enfer.

Affiche officielle du film Léon avec Jean Reno.
Affiche officielle du film Léon avec Jean Reno. — (source)

La version longue du film, sortie en 1996, a ajouté des scènes qui rendent la relation entre Léon et Mathilda encore plus ambiguë. Certains dialogues, certaines attitudes, suggèrent une attirance amoureuse qui dépasse la simple affection filiale. Ces ajouts ont fait polémique, mais ils ont aussi renforcé la complexité du film. Léon ne donne pas de réponses faciles. Il montre une relation étrange, dérangeante, mais profondément sincère.

Pourquoi « Léon » reste une référence absolue du cinéma d'action

Le cinéma d'action des années 90 était dominé par les grosses productions américaines : Die Hard, Terminator 2, Speed. Léon arrive dans ce paysage avec un budget modeste et un réalisateur français. Pourtant, il s'impose comme une référence. Pourquoi ? Parce que Besson filme l'action comme personne.

Le style Besson : couleurs primaires, gros plans et bande-son d'Éric Serra

La mise en scène de Léon est immédiatement reconnaissable. Besson utilise des couleurs primaires fortes : le rouge du sang, le bleu des nuits new-yorkaises, le jaune des lampes. La lumière est souvent tamisée, presque expressionniste. Les gros plans sur les armes, les visages, les objets, créent une tension permanente.

La caméra caresse les armes comme des objets sacrés. Besson filme le démontage d'un fusil avec la même attention qu'un plan sur le visage de Mathilda. Cette approche, à la fois clinique et esthétique, donne à l'action une dimension presque hypnotique.

La musique d'Éric Serra, compositeur attitré de Besson, est un autre élément clé. Le thème principal, « The Game », est minimaliste : une mélodie simple, répétitive, qui colle à la mécanique émotionnelle du film. Serra ne cherche pas à épater avec des orchestrations grandioses. Il crée une atmosphère, un groove, qui porte les scènes d'action sans les écraser.

Comparé aux films d'action américains de l'époque, plus tape-à-l'œil, plus bruyants, Léon fait le choix de la retenue. Les fusillades sont sèches, brutales, sans ralenti superflu. Les silences sont aussi importants que les explosions. C'est un cinéma d'action qui laisse de la place à l'émotion.

L'influence de « Léon » sur le cinéma d'action des années 2000 et 2010

L'héritage de Léon est discret mais réel. Le film a créé une matrice narrative et visuelle qui a été reprise, consciemment ou non, par de nombreux réalisateurs.

Le personnage du tueur à gages romantique, par exemple, est devenu un archétype. John Wick, le héros de la saga éponyme, doit beaucoup à Léon : même costume (costume sombre, cravate fine), même retenue, même amour des armes. Le réalisateur Chad Stahelski a d'ailleurs cité Léon comme une influence majeure. Nobody, avec Bob Odenkirk, suit la même veine : un tueur qui veut sortir du jeu, mais que le passé rattrape.

Le duo adulte-enfant est un autre legs de Léon. Logan (2017), avec Hugh Jackman et Dafne Keen, reprend la même dynamique : un homme usé par la violence doit protéger une enfant qui possède les mêmes talents que lui. Kick-Ass (2010), avec Nicolas Cage et Chloë Grace Moretz, pousse le concept encore plus loin en faisant de la fillette une tueuse psychopathe.

Enfin, le personnage de l'agent corrompu flamboyant, popularisé par Gary Oldman, a influencé toute une génération de méchants. De The Dark Knight (Heath Ledger) à No Country for Old Men (Javier Bardem), en passant par Sherlock Holmes (Jared Harris), les méchants imprévisibles et charismatiques sont devenus la norme.

« Léon » et la génération streaming : quel héritage pour le film 31 ans après ?

Trente et un ans après sa sortie, Léon continue de fasciner. Les notes sont éloquentes : 4,3/5 sur AlloCiné, 8,5/10 sur IMDb, 95% de satisfaction public sur Rotten Tomatoes (Popcornmeter, plus de 250 000 votes). Le film est régulièrement classé parmi les meilleurs films d'action de tous les temps.

Pourtant, les récompenses françaises lui ont échappé. Léon a été nommé à sept César en 1995, dans les catégories les plus prestigieuses : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur (Jean Reno). Il n'en a remporté aucun. Le grand vainqueur de cette cérémonie était Les Roseaux sauvages d'André Téchiné, un film radicalement différent.

Ce paradoxe — un succès public écrasant, un échec aux récompenses institutionnelles — est devenu une partie de la légende du film. Le temps a donné raison au public. Léon est aujourd'hui considéré comme un classique, tandis que certains films primés aux César 1995 sont tombés dans l'oubli.

Un succès public écrasant, snobé par les récompenses françaises

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Léon a attiré près de 3,5 millions de spectateurs en France lors de son exploitation initiale. Aux États-Unis, il a rapporté plus de 19 millions de dollars, un score remarquable pour un film français en langue anglaise. Les critiques professionnelles étaient plus réservées (76% sur Rotten Tomatoes, 64/100 sur Metacritic), mais le public a tranché.

Les sept nominations aux César étaient une reconnaissance, certes. Mais l'absence de trophée a été vécue comme une injustice par les fans. Jean Reno, nommé pour la première fois au César du meilleur acteur, est reparti bredouille. Luc Besson, nommé pour la deuxième fois après Nikita, a vu le prix lui échapper à nouveau.

Ce snobisme des récompenses a paradoxalement renforcé le statut culte du film. Léon est devenu le film que les gens aiment malgré les institutions, le film que les cinéphiles recommandent avec un sourire entendu. Il a gagné en prestige ce qu'il a perdu en récompenses officielles.

Où (re)découvrir « Léon » en streaming en 2025 ?

Pour la génération streaming, Léon est accessible sur plusieurs plateformes. En 2025, le film est disponible sur Netflix, Prime Video, Canal+ et MyCanal. Il est également proposé à l'achat ou à la location sur Apple TV, Google Play et YouTube.

Il existe deux versions du film. La version originale, sortie en 1994, dure 1h50. La version longue, dite « Version Intégrale », sortie en 1996, dure 2h13 et ajoute plusieurs scènes qui développent la relation entre Léon et Mathilda. Les puristes préfèrent souvent la version courte, plus resserrée, mais la version longue a ses défenseurs.

Affiche promotionnelle de Léon mettant en vedette Jean Reno.
Affiche promotionnelle de Léon mettant en vedette Jean Reno. — (source)

Quelle que soit la version choisie, Léon reste un film à voir au moins une fois dans sa vie. Il incarne un moment rare dans l'histoire du cinéma : celui où un réalisateur français, avec un casting improbable et une approche radicale, a réussi à créer un classique universel.

Conclusion

Trente et un ans après sa sortie, Léon doit une partie de sa légende à un accident de tournage. Sans l'improvisation de Gary Oldman, Stansfield manquerait peut-être de cette étincelle d'irrationalité pure qui le rend inoubliable. Mais le film ne se résume pas à ce cri. Il est le fruit d'un équilibre parfait entre hasards heureux et choix de carrière audacieux : la découverte de Natalie Portman, la foi de Besson en son casting, la mise en scène innovante, la bande-son minimaliste.

Léon est le film d'action français le plus influent jamais produit. Il a inspiré des réalisateurs du monde entier, créé des archétypes narratifs, et marqué des générations de spectateurs. Il reste, trente et un ans après, un chef-d'œuvre intemporel.

Alors, si vous ne l'avez pas vu depuis longtemps, ou si vous ne l'avez jamais vu, faites-vous une faveur : regardez-le à nouveau. Repérez cette scène, celle du cri, avec un regard neuf. Et comprenez pourquoi, parfois, les plus beaux moments du cinéma naissent d'une simple blague entre amis.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Pourquoi le cri « Everyone ! » de Gary Oldman est-il culte ?

Gary Oldman a improvisé ce cri lors d'une prise pour s'amuser, pensant qu'elle serait coupée. Luc Besson a gardé la prise, et ce moment excessif est devenu l'identité même du personnage de Stansfield, un flic corrompu imprévisible.

Natalie Portman a-t-elle eu des problèmes après Léon ?

Oui, après la sortie du film, Portman a reçu des lettres inquiétantes, dont un fan qui s'imaginait la violer. Cela l'a profondément marquée et a influencé sa sélectivité dans le choix de ses rôles.

Quelle est la différence entre Léon version courte et longue ?

La version originale de 1994 dure 1h50, tandis que la « Version Intégrale » sortie en 1996 dure 2h13. Cette version longue ajoute des scènes qui développent la relation ambiguë entre Léon et Mathilda.

Pourquoi Léon n'a-t-il gagné aucun César ?

Le film a été nommé à sept César en 1995, dont Meilleur film et Meilleur acteur, mais n'en a remporté aucun. Le grand vainqueur était « Les Roseaux sauvages », ce qui a paradoxalement renforcé le statut culte du film.

Sources

  1. [PDF] Lumière 2015 célèbre Julien Duvivier ! · institut-lumiere.org
  2. allocine.fr · allocine.fr
  3. allocine.fr · allocine.fr
  4. allocine.fr · allocine.fr
  5. cineserie.com · cineserie.com
binge-guide
Camille Hubot @binge-guide

J'ai un don : je peux recommander le film parfait pour n'importe quelle humeur en moins de 30 secondes. Bordelaise de 26 ans, je cumule 7 abonnements streaming :'D et je tiens un tableur Excel monstrueux de tout ce que j'ai regardé depuis 2018. Community manager le jour dans une agence de com', je passe mes soirées à dévorer des séries coréennes et des films d'auteur français avec la même passion. Ma règle d'or : jamais de jugement, il y a un moment pour Netflix et un moment pour Arte.

29 articles 0 abonnés

Commentaires (6)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires