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Génocide : y a-t-il de petits génocides ?
Posté par fuchinran le 20/08/2004 07:48:48
Négationnisme, sujet tabou et fascinant s'il en est... Je sais que mon approche est longue et peut sembler complexe mais j'espère que vous accepterez de lire ma position...

J'ai conscience que le sujet que je m'apprête à aborder, polémique, sensible entre tous, n'a peut-être rien à faire sur ce site et qu'il risque de choquer certains par son contenu soumis aux mauvaises imterprétations possibles dans des contextes politiques où la présence d'un Le Pen au 2ème tour des Présidentielles en Mai dernier ou les événements du Proche-Orient ont ravivé les craintes, les tensions, les haines. Je prends pourtant le risque de l'écrire, car il me semble important d'avoir parfois un avis moins subjectiviste ou affectif face à certaines tragédies dont la plupart d'entre nous s'entendent à penser qu'elles furent inadmissibles et qu'elles ne doivent jamais plus se reproduire bien qu'il soit illusoire de croire que l'Homme puisse tirer des leçons de ses erreurs ou de ses ignominies. N'y a-t-il pas depuis la nuit des temps dans la bataille du pouvoir, une surenchère pour se prouver qu'on est le plus fort, le meilleur, qu'on détient la Vérité absolue et qu'il faut remettre dans sur la voie de la Vérité ou exterminer ceux qui ne pensent ou ne croient pas comme nous ?

L'idée de cet avis m'a été inspirée par son sujet dont la problématique était : toutes les idées sont-elles respectables ? Il n'est pas rare que revienne cette question consistant à se demander quelles sont les limites de la tolérance et s'il est possible de tolérer aussi les intolérants, ou plus encore l'Intolérable ? Le plus drôle dans ces combats d'idées et de sensibilités étant que ceux qui crient le plus à la Tolérance s'avèrent être souvent les moins compréhensifs et Tolérants. Les angles d'attaque du sujet sont nombreux, mais j'ai choisi un exemple qui m'intéresse tout particulièrement depuis qu'il m'a causé, sans que je comprenne pourquoi, bien des désagréments : le négationisme.


Pour ressituer le sujet : il était une fois un site appelé parlonsdetout.com qui sous forme de forums se targuait d'offrir la liberté d'expression à chacun sur des sujets divers. Suivant ma boulimie habituelle, je me piquai au jeu et trouvai l'idée enthousiasmante (presque incroyable) de m'exprimer sur tout, surtout que les polémiques et les oppositions d'idées - pimentées par les jeux de pouvoir (les membres anciens se sentant tout-puissants par leur titre de «Dieux» - rendaient l'aventure excitante pour un caractère fort comme le mien. Mes débuts, rapides car je ne manquai pas de me faire remarquer, susciter les jalousies et de déranger par mes positions engagées, marquèrent aussi ma fin sur le site puisque je me colletai au sujet épineux de la victoire de Le Pen au 1er tour en tentant extérieurement d'expliquer que Le Pen n'avait aucune chance de gagner, que sa présence pouvait finalement être prévisible (la faute aux médias, aux sondages, à la Gauche...) et qu'il y avait des manipulations dans les médias, les partis, qui rendaient finalement la traque de Le Pen excessive et presque anormale dans le sens où elle servait encore plus le personnage roublard et déjà suffisamment populiste par lui-même. Bien que les arguments soient mal perçus par des membres de Gauche déçus et amers, je m'exprimai d'un point de vue quasi journalistique sans essayer d'eémettre mon jugement politique personnel qui ne regarde que moi, mais la paranoïa du moment et la défaite non admise des Socialistes entraîna une série de jugements comme quoi je serai une extrêmiste venue faire la propagande de Le Pen. D'emblée, cela m'a fait hurler de rire, sûre mes idées et de mon désir d'ouverture sur le Monde, avant que cela ne soit plus du tout comique quand ma réaction à la tristement classique phrase de Le Pen « les chambres à gaz sont un point de détail de l'histoire » me condamna au bûcher et à l'extermination pure et simple de mon pseudo! Ainsi, souligner que Le Pen (même s'il devait penser que l'Holocauste était normal) ne niait pas le Génocide mais le minimisait et insister pour rappeler que le Génocide n'était que l'épisode le plus terrible de la Seconde Guerre Mondiale mais pas le seul me valut des attaques en règles pour négationnisme. En dépit d'une formation d'historienne jusqu'en DEA, j'avoue que je ne comprenais pas trop en quoi le fait de rappeler qu'il y avait quand même eu 45 millions de morts autres que des Juifs dans les camps était du négationnisme, d'autant que c'est ce que l'on m'avait appris en prépa et à la fac, mais aucune de mes défenses ne m'accorda une chance et la mésaventure se poursuivit par une chasse aux sorcières constantes, des menaces face à ceux qui me soutenaient, des diffamations et surtout des usurpations d'identité pour me faire dire sur des sites douteux que j'appartenais à des groupuscules néo-nazis, que j'étais antisémite, membre du FN et j'en passe...

De cet événement est née une réflexion sur le négationnisme que je vous propose. Il me semblait qu'un sujet lu sur le net et s'appuyant notamment sur le Génocide Juif posait bien, indirectement du moins, la question des limites de la pensée, du devoir de mémoire et de la Tolérance. Je le cite : « L'être humain pense, est capable de communiquer avec les autres, d'exprimer ses idées, d'élaborer sa propre conception du monde et établir une réflexion critique. Les hommes ont un besoin naturel de partager leur opinions. Il n'a pas de doute qu'autrui existe. La pensée commune dit que ce qui est respectable est assez important pour être pris en considération, sans que quelqu'un ne lui porte atteinte de quelque manière. Mais qu'est ce que l'opinion ? Sont-elles toutes respectables ? Doit on respecter l'ensemble des opinions au nom du principe de tolérance ? Existe-t-il des opinions, lesquelles nous devons blâmer ? ». Je ne répondrai pas à toutes les questions, mais par l'expérience des attaques injustes que j'ai subies, j'aimerais montrer combien il peut aussi être dangereux, au nom justement de la Tolérance, d'ériger des Vérités absolues pour ne pas oublier, pour ne pas reproduire.

Si J.M Le Pen à juste titre accusé de révisionnisme pratique une rhétorique inadmissible, traditionnelle des partis d'Extrême-Droite, force est de constater qu'il existe pire que le révisionnisme avec la pensée négationiste des Faurisson et autres maîtres à pensée en la matière qui brandissent le travail de l'Histoire et de la recherche pour diffuser les pires infamies sur le Génocide Juif par les Nazis. Sujet tabou et finalement assez méconnu, y compris parmi les historiens qui semblent frileux pour s'attaquer au sujet et l'exposer à leurs élèves, le négationnisme est devenu un cheval de bataille judiciaire dans une Europe encore honteuse de cette histoire, surtout avec l'épisode ultra-médiatisé de la petite phrase de Le Pen. Mais il semble surtout remettre en question toute possibilité de réflexion et de relativisme (au sens scientifique-anthropologique), de comparatisme sur la période de la 2ème Guerre Mondiale (à ma connaissance non limitée aux Nazis, à l'Europe et au Génocide).

L'une de mes premières interrogations serait de comprendre pourquoi le NEGATIONNISME EST LIMITE AU GENOCIDE JUIF ! Peut-être parce qu'au-delà de la Shoah (terme qui n'est employé que par les Juifs d'Europe, les Américains préférant Holocauste malgré la connotation religieuse très forte), c'est la question de l'antisémitisme qui est soulevée avec un sentiment de persecussion et de rejet aujourd'hui sévèrement sanctionné en France où la Communauté Juive est très nombreuse et influente (écoles, salles de sports, bibliothèques, syndicats d'étudiants juifs dans un pays qui se veut laïque) ?! Le négationnisme est une réalité qu'il s'agisse de celui d'Extrême Droite ou d'Extrême Gauche qui développe au choix le danger du pouvoir économique et social, politique des Juifs, germe de déséquilibre dans la société ou diffusant une politique pro-palestinienne pour prouver que le Génocide serait une mystification juive pour obtenir un Etat d'Israël déjà prévu par la SDN dès 1933 pourtant ! L'antisémitisme est une réalité tellement ancienne qui remonte dans toute l'Europe à l'Antiquité. Mais le Génocide a aussi cristallisé beaucoup de terreurs, de peur de voir cette industrialisation massive de la mort avec une volonté de quantité alliée à des méthodes rapides et chimiques autant que physiques, ce qui explique qu'il soit toujours considéré comme un Génocide très spécifique qui paraît sacralisé et intouchable par conséquent, sous peine d'être taxé d'antisémite, Extrême-Droitiste, négationniste même si l'on a seulement tenté de rappeler que le Génocide commis par les nazis n'était pas le seul et qu'il n'a pas tué que des Juifs, et pas seulement non plus dans des chambres à gaz !!

« [L'entreprise négationniste] nie les chambres à gaz hitlériennes et l'extermination des malades mentaux, des Juifs et des Tziganes, et de membres des peuples considérés comme radicalement inférieurs, les Slaves singulièrement[...]. Une secte, minuscule mais acharnée, consacre tous ses efforts et utilise tous les moyens: tracts, fables, bandes dessinées, études prétendument savantes et critiques, revue spécialisée, à détruire non la vérité, qui est indestructible, mais la prise de conscience de la vérité. A vrai dire, elle ne s'intéresse ni aux malades mentaux ni aux Tsiganes et encore moins aux prisonniers de guerre soviétiques, mais aux seuls Juifs ». (Pierre Vidal-Naquet, , Seuil, Points Essais, 1987). Négationnisme du Génocide Juif : un choix politique plus qu'historique ? Il est utile de le signaler d'emblée pour éviter justement les incompréhensions possibles avec ceux qui considèrent l'ensemble des génocides comme des crimes terribles et tentent d'en préserver la mémoire. Ce choix de toutes les associations de luttes contre le négationnisme est quand même extrêmement important même s'il ne vise bien-sûr pas à nier les autres tragiques victimes ou ne pas les considérer comme aussi importantes. Sur 8 millions de personnes déportées, il y a bien eu 6 millions de morts dans les camps de concentration et d'extermination nazis en Europe, dont une estimation de 4,8-5 millions de Juifs (2,8 à 3,2 M de gazés pour 90% des Juifs) (selon Robert Franck, La Guerre Totale, pp. 340-341, Ed Belin, Paris 1990.).

Bien que les principales victimes de la politique de la Solution Finale furent Juives, pourquoi ne pas s'interroger plus largement sur la négation DE TOUS LES CRIMES NAZIS ? Les démarches des historiens et érudits ont semblé s'inscrire dans une lutte plus large contre tous les sentiments périphériques au négationnisme (haine de l'autre, judéophobie, antisémitisme...), ce qui est compréhensible et explique sûrement un «gommage» - que je ressens et note par des euphémismes - des autres victimes pour considérer les seuls Juifs dans les questions de négation du Génocide par les nazis, car les Tziganes, les Slaves, les opposants politiques, les homosexuels n'intéressent nullement les extrêmistes qui versent leur fiel pour stigmatiser la haine autour d'un «bouc-émissaire» comme les Juifs notamment pour l'Extrême-Droite (mais pas seulement) ?

Le parti-pris du négationnisme à ne considérer que les Juifs (la plupart des procés contre les négationnistes ou les révisionnistes sont entrepris à cause de la question Juive et plus rarement à cause des génocides arménien longtemps occulté, rwandais, japonais, yougoslave). Je pense que la question soulève l'importance du choix de définition, c'est à dire les problèmes d'objectivité, objectivation et subjectivités. On a estimé souvent que le problème de la critique historique tenait beaucoup au fait qu'elle puisse servir de «propagande» dans sa connotation la plus péjorative (pour des politiques par exemple) ou à l'imposition au nom d'une connaissance d'un sujet de «La» vérité, «Sa» seule vérité. Le choix d'un point de vue sur un fait historique précis, d'un angle de perception n'est-il pas déjà un acte prosélyte, propagandiste même que ce soit pour diffuser sa (bonne?) Parole dans un courant de pensée particulier (Nouvelle Histoire) ou les pires et plus atterrantes théories ? Un historien, un homme érudit peut-il s'extraire totalement de son point de vue personnel (donc plus ou moins subjectif) pour fournir une véritable analyse en sachant que de toute façon, il sera soumis aux précédents travaux, aux recherches en cours sur son sujet, à ses propres expériences et convictions épistémologiques pour élaborer ses propres thèses ?

Si l'objectivation est de mise dans toute élaboration d'une critique et d'une analyse historique, il semble difficile de parler d'objectivité. Peut-être est-ce un point de vue très anthropologique, mais le courant de la Nouvelle Histoire est beaucoup moins sûr de la scientificité des sources et de la critique de l'Histoire que ne le fut l'Histoire de l'époque «positiviste» en cours d'institutionnalisation qui vit la naissance de l'Ecole des Chartes par exemple ou même la première période des Annales sous l'impulsion de M.Bloch et Lucien Febvre ?

Le négationnisme n'est-il pas aujourd'hui une remise en question nécessaire de l'historiographie ? La question des limites historiques paraît ouvrir un débat beaucoup plus vaste encore sur l'Histoire : celui des tenants de l'historiographie moderne française qui consiste, d'une part, en une histoire sociale de la science (comment s'organisait en métier la recherche historique, la mise en place du réseau institutionnel), et d'autre part, qui permet de suivre les prises de positions concernant la possibilité et les objectifs de la connaissance historique. En effet, c'est aussi une interrogation sur l'historiographie qui se pose indiscutablement pour critiquer l'Histoire et les dérives négationnistes. Quelles sont aussi les motivations des négationnistes pour s'attaquer aux Juifs et dénoncer une «mystification» des crimes nazis ? Une problématique possible liée à l'exposé de la question des Juifs dans le Génocide organisé par les nazis : le problème du négationnisme n'est-il qu'HISTORIQUE ? Pourquoi la société française est-elle plus prête de nos jours qu'il y a vingt ans à entendre ce genre de thèses négationnistes ? Comme le signale Pierre Vidal-Naquet dans un entretien avec François Bonnet et Nicolas Weill dans Le Monde sur les relais du négationnisme : « des verrous ont sauté au moment où l'extrême droite a eu 15% des voix. S'il n'y avait pas eu ce fait-là, [des] livres comme celui de Garaudy (accablant, avec des contre-sens historiques flagrants servant son négationnisme) et la prise de position de l'abbé Pierre auraient été à peine remarqués ».

L'historien pose aussi les bases de ces dérives en questionnant un autre facteur : le travail historiographique réalisé en France. C'est un raisonnement que je partage. Il parle d'une « certaine lassitude de la société française envers une historiographie qui s'est trop concentrée sur la Shoah. En somme, trois périodes. Une première, où l'on ne s'est pas intéressé du tout à la déportation juive : à la Libération, les déportés étaient une seule et même catégorie. Cela a duré une quinzaine d'années. Ensuite, on s'est intéressé au caractère absolument spécifique de la déportation juive. Aujourd'hui, à mon avis fort heureusement, on reconsidère aussi les autres déportations. » Il y aurait eu, ce que rejoint d'ailleurs le philosophe Ricoeur dans ses travaux sur la Mémoire ou Marie-Irenée Marrou dans les Lieux de Mémoire, un « danger sous-estimé à vouloir préserver la mémoire humaine et historique par une Sacralisation de la Shoah » et cela me semble extraordinairement dangereux : « La Shoah n'est pas une affaire de culte. Elle n'a pas à s'adapter aux variations de la politique israélienne. Il faut que les historiens travaillent et continuent à travailler ».

P.Vidal-Naquet pointe sans concession - et j'irai dans son sens- la médiocrité de l'historiographie qui a non seulement été victime du « Syndrome de Vichy », à peine dissipé depuis 1996 avec une déclaration officielle de J.Chirac, ainsi qu'une «peur française» face à l'histoire contemporaine qui ne permettrait pas toujours le recul nécessaire pour proposer sur des sources écrites une analyse « scientifique » même si la Nouvelle Histoire (majoritaire aujourd'hui) présente de nouveaux objets, de nouvelles réflexions et sources (notamment orales) ! A l'évidence, si l'on connaît les thèses de pseudos historiens falsificateurs comme Faurisson par exemple qui ont été condamnées juridiquement et sont largement connues, le négationnisme ne semble plus tant un problème d'intellectuels, mais un problème social et politique, favorisé sur certains terrains. Il est important de noter que le négationnisme a forgé son lit par la parole de politiques comme Le Pen ou de religieux comme l'Abbé Pierre épinglé pour ses propos sur la Shoah de Josue qui soulignait bien le fond anti-juif et antisémite que peut avoir l'Eglise catholique qui rappelons-le s'il le faut encore n'a pas pris position à l'époque contre le Génocide Juif bien qu'elle en fut informée (cf / Amen de Costa-Gavras) alors qu'elle avait manifesté contre le massacre des «improductifs» ! (Pour mémoire, dès 1933, les Juifs ont subi des disciminations annonçant peut-être le traitement qu'ils subiraient10 ans après, mais sur le territoire allemand, les Nazis avaient commencé à supprimer des Allemands : les handicapés mentaux, les séniles, les déviants sexuels, homosexuels ou prostituées, ou certains opposants politiques). Ici, je comprendrais mieux le point de vue limité aux Juifs amenant à une nouvelle question : le négationnisme n'est-il pas un problème plus social et politique (de « récupération d'une peur latente de la société, réactivée par une Haine de l'Autre, ici le Juif « bouc-émissaire facile qui ne résiste pas » pour reprendre Sternhell), qu'un problème actuellement et proprement historique chez certains chercheurs qui manipuleraient les sources en toute «logique» ?


Ce qui me dérange le plus dans la chasse aux sorcières contre des négationnistes que l'on verrait presque partout surtout quand on voit peser la menace de la montée de l'Extrême Droite en Europe, c'est le danger des «bons sentiments» ou «sacralisation» contre relativisme historique et anthropologique. C'est ainsi que le combat louable contre l'antisémitisme et les fascismes, notamment au travers de la mémoire de la Shoah et d'une lutte contre la négation du Génocide Juif me semble un sujet très «sulfureux», glissant pour ne pas dire inabordable surtout si l'on s'en tient aux propos et perceptions de G.Karsamyn, l'un des fers de lance de la traque contre le négationnisme sur internet : « Le négationnisme est à la fois un fond et un forme, un discours niant la réalité du génocide et un type de discours, aux modalités aujourd'hui bien connues et qui s'articulent principalement autour de trois axes : négation de la volonté d'extermination, négation de l'ampleur, de l'ordre de grandeur du nombre de victimes, négation des modalités (paradigmatiquement celle des chambres à gaz) des meurtres. L'attaque n'est pas nécessairement "brutale" et peut utiliser divers degrés: "oubli", euphémisation, minimisation, servis par divers degrés de mensonges (citations falsifiées ou hors contexte, divers types de falsifications, dénis "purs" et durs, etc».)

N'y-a-t-il pas dans cette «chasse» (justifiée mais dangereuse par les dérives possibles dans tous les partis) un risque de méprise ou de refus des vérités possibles de l'autre et de sa sensibilité, vérités qui pourraient sembler moins «sacrées», politiquement engagées donc condamnables ? Quand je parle des «vérités» historiques, ce ne sont pas celles des historiens négationnistes que je ne pourrais jamais cautionner, mais des points de vue anthropologiques (prise de recul et comparatisme culturel nécessaires) ou historiques «relativistes» actuels qui tendraient à «désacraliser» la Shoah pour éviter la cristallisation de nouvelles peurs, comme l'a montré le philosophe Ricoeur dans une réflexion sur les moyens de transmission de la Mémoire collective et individuelle après la 1ère génération. J'avoue m'inquiéter un peu quand je lis que les oublis, les euphémisations, la minimisation qui sont quand même des appréciations de style (voire purement formels) très subjectifs par écrit et qui permettent aussi de la part du lecteur une certaine imposition de son seul point de vue, sont des éléments retenus comme possible et vraisemblable « négation » de ces crimes. Minimiser la Shoha ?

NEGATIONNISME signifie NIER TOTALEMENT LE GENOCIDE (et/ ou les chambres à gaz), cela ne s'embarrasse pas de nuances, de «oui mais», d'oublis ou d'euphémismes. C'est un parti pris clair. Même le révisionnisme s'appuie sur des éléments qui sont roublards, manipulateurs, propagandistes, mais incontestablement tournés vers le dénie et pas la seule minimisation. Pour les révisionnistes, en se reportant aux définitions de Vidal Naquet, Ariès, Chaunu ou Marrou, il s'agit de ne pas reconnaître à la Shoah une volonté d'extermination spécifique des Juifs et autres victimes (les Juifs ne seraient pas morts pour une politique criminelle nazie) ou une négation de la théorisation de la Solution finale, par exemple, avec l'existence de chambres à gaz. Prenons un exemple tangent : le comparatisme pratiqué en histoire, comme en anthropologie ou en ethnologie. Pensez-vous que rappeler l'existence d'autres victimes que les Juifs (en remontant jusqu'aux «improductifs» par souci de mémoire justement, que mettre en lumière d'autres génocides ou crimes inhumains est une façon de nier la Shoah ? NON !


La Shoah a existé, avec ses crimes mais on ne peut pour en préserver sa mémoire oublier ou nuancer d'autres crimes. Ricoeur met en garde contre un rappel trop permanent d'un passé qui pourrait chez certains réactiver la Haine et pourquoi pas l'antisémitisme ? Je ne suis pas sûre que ressituer l'Holocauste dans une perspective comparatiste soit une volonté de le minimiser ou le banaliser bien que cela puisse se faire maladroitement ou de manière incorrecte. Les outils de décodage du négationnisme retenus par G.Karmasyn pourraient alors voir du négationnisme là où il n'y en a pas (pas plus que du révisionnisme d'ailleurs) et ce n'est pas sans danger pour la pensée des faits historiques. Cette approche de G.K serait même abusive, car on pourrait faire dire à des gens ce qu'ils n'ont pas voulu dire ou ce qu'ils n'ont pas pensé. Prudence donc dans l'analyse d'un propos sur un fait historique.

Il ne serait pas difficile dans cet esprit de voir une tendance à minimiser (puis par extension facile, nier les crimes nazis) chez tous ceux qui pourraient par souci de détail rappeler aussi que tous les morts n'étaient pas Juifs (plus d'un million étaient Slaves ou Tziganes) et que des centaines de milliers voire des millions des Juifs ont péri aussi dans les conditions concentrationnaires (transports dans les trains, épuisement, travail de forçat, froid, suicides, fusillades, ghettos, famine, maladies, expérimentations médicales du Revier qui sont autant de négations de l'homme...) ; conditions qui ne font pas des Juifs et autres les responsables de leur propre mort ainsi que pourrait le déduire hâtivement un antinégationniste très sensible au sujet, mais qui en font des victimes, pas plus ni moins enviables que les «gazés». A ce titre, il n'est pas question non plus de minimiser les morts par gazage, mais de dire que le ZyklonB utilisé avec la volonté d'exterminer, ne fut pas la seule horreur pour les déportés. Y-aurait-il une volonté de nier les morts si on se place dans ces rappels ? Bien-sûr que non ! Cela n'est pas dire que «les camps furent construits a posteriori par un complot Juif pour servir l'Etat d'Israël et sa politique» comme l'affirment la plupart des négationnistes!

Le Génocide Juif conserve ses spécificités, ses méthodes le rendant unique, mais il peut être exposé par des historiens dans une réflexion d'ensemble et mise en perspective de tous génocides admis. Je m'en réfère à l'ouvrage collectif sous la direction de Guy Richard, «L'histoire Inhumaine Massacres et Génocides des origines à nos jours». Il n'est nullement question dans cet ouvrage d'en minimiser l'importance parce qu'il est colleté aussi à d'autres massacres, mais de rappeler l'existence plus ou moins connue de monstruosités souvent contemporaines de l'Holaucoste que l'on ne souligne pas si souvent (par méconnaissance ou oubli ?) et qui si elles ne sont pas assimilables aux crimes nazis abominables par leur théorisation, le systématisme sur des bases raciales et leur industrialisation (il n'existe pas d'équivalents de camps d'extermination en Asie par exemple pendant la 2è G.M) participent d'une démarche de folie et de massacre assez «comparable» et autorisant donc le réflexe de comparatisme historique sans qu'il s'agisse d'en réviser les effets, les objectifs de la Shoah pour les Nazis.

Je ne vois pas dans ce type de démarche par exemple une volonté de nier les chambres à gaz voire l'Holocauste (au contraire d'ailleurs), mais du RELATIVISME par souci humaniste de mémoire des crimes également ; c'est-à-dire comme peut le faire M.Courtois, directeur de recherches au CNRS, de mettre en parallèle des événements comme les crimes nazis versus crimes communistes que l'on retrouve jusque dans les émissions grand public Tout le monde en parle de T.Ardisson où ce dernier interroge ses invités à ce propos en leur demandant ce qu'ils préfèrent ! Est-ce une question tolérable ? Peut-on préférer deux extrémismes qui ont produit des millions de morts ? De tels propos pourraient être considérés comme du révisionnisme. Il est donc important de dire que l'on s'attaque aux NEGATIONNISTES QUI NIENT au nom de sources historiques ou de leur logique l'existence des camps nazis pour tous les déportés et au premier rang les Juifs, à la période de l'extermination (42-45) ou leur usage à cet effet. N'est-il pas acceptable d'avoir un devoir de mémoire par rapport à toute l'Histoire du monde ? Le négationisme ne peut donc pas être le procès des personnes «humanistes» qui rappellent que d'autres crimes ont eu lieu (parfois même pendant la 2ème G.M comme les crimes des Japonais qui ont éliminé des millions de Chinois, violant les femmes devant leurs enfants avant de massacrer tout le monde dans les charniers) et ne sont pas moins excusables, ni moins graves !

Quelle est votre définition du négationnisme ? Je ne sais pas ce que vous en pensez et j'attends vos commentaires, mais «intellectuellement», le négationnisme, représenté par quelques «dingues» semble « mort » pour reprendre les mots de P.Vidal-Naquet. Chacun a son importance : on parle d'usage «intellectuel» de l'histoire par des thèses, des maîtrises. Or sous la poussée de Le Pen ou de l'Abbé Pierre, le négationnisme devient un mal surtout social et politique au nom de choix historiographiques pouvant être contestables («la sacralisation de la Shoah» que dénonçait P.Vidal-Naquet et qui a exacerbé la haine contre les Juifs et donc la volonté de «nier» leurs souffrances sans mesurer même la profondeur de l'histoire). Personnellement, j'ai le sentiment que lutter contre le négationnisme, c'est aussi signifier les autres victimes de génocides, voire pourquoi pas les autres terrains comme l'Asie où l'avortement du Plan Fugu a entraîné le massacre par les Japonais (puis par extension des Chinois) sur la demande d'Hitler à son Allié Hiro Hito de dizaines de milliers de Juifs car ils avaient cru au projet d'un Etat d'Israël en Asie sous la gouvernance japonaise (Marvin Tokayer, Mary Swartz, Histoire inconnue des Juifs et des Japonais pendant la 2ème G.M, le Plan Fugu).

Rappeler les autres victimes n'est pas banaliser la Shoha, mais les attaques possibles (en justice) liées à des positions relativistes amènent à se demander quels sont les dangers de Vérités absolues érigées au nom de crimes ? Avec la montée ou la réactivation de l'antisémitisme dans le Monde et notamment en France - terre où d'ailleurs fut théorisé l'antisémitisme dès le XIXè s -, c'est une démarche nécessaire de combattre la haine et il faut bien-sûr lutter contre la négation du Génocide Juif au nom d'une « réexploitation politique des Juifs » par les Extrêmes de tous poils. Je crois cependant qu'il faut rappeler que le négationnisme NIE AUSSI l'extermination et / ou le massacre décidé de «toutes les vermines de toutes sortes», «toutes les races inférieures» (Tziganes, opposants, Slaves, handicapés et attardés mentaux aussi). Doit-on dans le cadre de la réflexion sur le « négationnisme » réfléchir à la (seule) négation des crimes perpétrés contre les Juifs avec une volonté théorisée et programmée de l'extermination ou doit-on aussi et surtout s'interroger sur la NEGATION DE TOUS LES CRIMES NAZIS ( y compris ceux issus de la politique concentrationnaire dont souffrirent les autres « vermines » précitées, ou de la politique d'eugénisme dès les années 30 qui a supprimé au sein même des «ariens» les « improductifs » ) ? Le négationnisme vise surtout à attribuer aux Juifs une fabulation sur leur extermination ou une tentative à faire porter la seule responsabilité sur les Juifs eux-mêmes (en référence aux emblématiques et inadmissibles représentants de cette idéologie que sont Faurisson, Irving, Reinhold Elstner, Zundel).


N'y-a-t-il pas, avec une vision radicalisée autour des Juifs, un danger à taxer de révisionniste ou négationniste toute personne qui rappellera que les Juifs n'ont pas été les seules victimes du Génocide par les nazis, ce qui serait pris A TORT pour une minimisation, alors que c'est peut-être davantage un recentrage EN MEMOIRE DE TOUS ? Je crois que la vision juridique et historique actuelle du négationnisme tend à se limiter au grand problème politique et social lié à l'antisémitisme qui s'abreuve de ces théories abjectes niant la mort des Juifs dans les chambres à gaz pour alimenter la question du « complot Juif et la martyrisation des Juifs » et exacerber la haine contre les Juifs encore aujourd'hui. C'est un parti pris admissible, subjectif quand même - reconnaissons le - puisqu'il n'est pas question de se demander si les autres victimes sont aussi niées. Je le comprends. N'y-a-t-il pas cependant dans ce parti pris de considérer seulement les Juifs pour parler du négationnisme un autre choix politique visant à lutter contre l'antisémitisme et ses dangers par l'Histoire ?

Pourquoi d'ailleurs sont exclus, oubliés ou éludés dans les réflexions sur le « négationnisme » les Tsiganes, Slaves, opposants internés dans les camps de concentration ou d'extermination pour certains ? Est-ce lié à la volonté ou la déviation de la critique historique d'associer négation du génocide Juif à l'antisémitisme et à des politiques surtout d'Extrême-Droite qui sont connues pour être anti-juives ? Je soulève la question, mais il est évident et je le précise au cas où ce ne serait pas clair que je ne nie pas la spécificité de la Shoah, encore moins le fait que les Juifs furent les plus nombreuses victimes des Nazis, ceux qui subirent le plus d'atrocités dès les débuts des programmes et que le but des Nazis était bien avant tout « l'extermination de tous les Juifs d'Europe » malgré des hésitations au sein même des Nazis entre ceux qui souhaitent leur «extermination radicale pour ne leur laisser aucune chance » et ceux qui envisageaient de les « utiliser » (R.Hoess, Le commandant d'Auschwitz parle, 1959). Le point de vue classique de tant d'historiens est intéressant puisque ce sont les Juifs qui furent les premiers et principaux bouc-émissaires de cette extermination programmée par les Nazis dans toute l'Europe, mais aussi réducteur, bien qu'ils furent les principales vraies victimes du Génocide par les Nazis !


Combien d'idées sont intolérables et existent pourtant répandant la mort ou la haine ? Le négationnisme est un sujet assez fascinant et TABOU dont personne n'ose parler. Je terminerai sur une idée fondamentale : pour moi, toutes les victimes de génocides petits ou grands, ont droit au même respect et face au crime et à l'horreur, il ne devrait pas y avoir de privilégiés de la souffrance. Il est plus juste de dire il n'y a pas de petit génocide. Toutes les victimes ont la même valeur. C'est un point de vue simplement humain au nom de TOUTES LES PERSONNES MORTES pour une religion, une race "inférieure", une idée, un combat : une folie...


Merci à tous ceux qui ont porté de l'intérêt à ma pensée. Ceux qui l'ont comprise et l'acceptent.

Rapport d'abus     Modifier     Supprimer    
Re: Génocide : y a-t-il de petits génocides ?
Posté par terion le 20/08/2004 07:48:48
J'ai beaucoup aimé ton article qui est tres interessant et m'a appris certaines choses, notamment a propos du projet fugu. si tu as la reference d'editeur, cela m'interesse.
sinon, d'accord avec toi, il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas que les juifs qui furent victimes de la barbarie nazie.
De meme, on peut se demander si on ne peut pas parler de genocides a propos des camps de prisoniers japonais de la WWII, dans le sens ou si ils ne procedaient pas a l'extermination systematique des prisoniers suivant des concepts de race, les conditions de vies en elle meme suffisaient a exterminer la majorité des prisonniers.

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Re: Génocide : y a-t-il de petits génocides ?
Posté par georgette51 le 20/08/2004 07:48:48
Salut Sandrine ! je voulais te remercier pour cet article passionnant. Je suis tout à fait d'accord avec toi, on ne parle jamais assez de la Shoah, et le négationnisme est un sujet très peu développé dans les collèges et lycées. Ce que tu as dit de l'abbé Pierre m'a vraiment choqué, comment peut-on considérer cet homme crédible, alors qu'il est qui plus est une des célébrités préférée des français ? De plus, je pense que l'antisémitisme est de plus en plus banalisé, relayé de plus en plus par le racisme et l'homo phobie. Penses-tu que cette haine a été ravivée par la création de l'état d'Israël et surtout de l'attitude égoïste des Israéliens envers les Palestiniens ?

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Re: Génocide : y a-t-il de petits génocides ?
Posté par dragon_blanc le 20/08/2004 07:48:48
Sur ce que j'ai compris de ton histoire. Le fait que tu minimises ce genre de problème t'a vallu des sanction un peu abusives.

Mais ce que je n'ai pas compris, c'est est-ce que tu te mettais involontairement du côté des nazis ou de ton propre côté. En effet, une mauvaise interprétation aurait très bien te symboliser du côté des nazis, même si dans ton coeur, il en était autremetent.

Je pense que c'est un détail auquel il faut faire attention.

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