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My worst fucking nightmare - rouge
Posté par nosepicker le 21/01/2006 00:00:57
Il y a longtemps que je n'ai pas dormi. La nuit dernière, j'ai pris mes cahiers, des allumettes, et j'ai foutu le feu. J'ai nettoyé un peu, éradiqué un an presque et demi de toi, bye bye, parti, magie, fini. Je regrette déjà, tout ça, tous ces mots réduits en cendres, plein de petits morceaux de vie tout gris évacués par le trou de l'évier. Au revoir. Et pas à plus tard. À jamais. Relents de pathétisme, adieu merdique, mais quelle importance ? Il n'y a personne pour me le faire remarquer. De toute façon, je ne voudrais pas entendre, leurs reproches. Il y en a assez dans ma propre tête, je n'ai pas besoin de ceux des autres.
Deux heures du matin. Les yeux grands ouverts. Les écouteurs sur les oreilles, j'ai mis Good Riddance, "this is your worst fucking nightmare !". J'ai bu douze tasses de café, la cafetière est vide.

Il y a encore ton message sur le réfrigérateur. "Désolé".
Je me demande encore pour quoi. D'avoir taché nos draps avec le voisin ? D'être parti pendant que je dormais ? D'avoir foutu le bordel dans l'appartement avant de claquer la porte ? Je t'en veux même pas pour ça, je ne t'en veux même pas. Je m'en veux à moi, à moi, et à moi seule, tu comprends ? Et ça fait mal. J'ai toujours voulu être un garçon, alors peut-être que je ne me sentirais pas aussi mal pour ce qui n'est jamais arrivé, et qui n'arrivera jamais. C'est pas que tu m'aimes pas, que t'as dit, c'est que tu aimes les garçons. Et moi, ben, je t'aime. Tant pis pour moi. J'ai toujours su qu'il me manquait quelques centimètres entre les jambes. Peut-être pour ça que j'ai si mal quand ça saigne. La douleur d'être fille au propre et au figuré.
"Désolé".
Putain de loterie génétique, saleté de probabilités. Je déteste les probabilités alors dans un élan masochiste, j'en fais des dizaines de pages tous les jours. Tous les jours. Pour me rappeler.
Il y a déjà une semaine que ton mot est collé au frigo. Sept jours.
J'ai bousillé trois rasoirs, je n'ai jamais eu les bras aussi rouges. Mais tout le monde s'en fout, qui pourrait bien avoir l'idée saugrenue de prendre de mes nouvelles, à part ma mère une semaine sur deux ?

J'ai décoloré mes cheveux, toute la tête, décoloré jusqu'à ce qu'ils soient tout blancs, tout cassants. Puis j'ai mis du rouge, à mains nues, j'ai mis du rouge. Partout. Sur ma tête, sur mes mains, dans mon visage, sur le plancher, sur le frigo, sur les murs, j'ai griffé tout mon corps, rouge partout, du sang dans mes yeux, j'ai tout sali, tout taché, et j'ai pleuré. Très longtemps. Il pleuvait dehors. Je déteste la pluie. Ploc, ploc, toutes ces gouttes qui glissent sur le verre des fenêtres, on dirait mes larmes quand elles se détachent de mon visage et qu'elles tombent partout. J'entends ces ploc, ploc là même si je crois que ces petites gouttes salées éclatent bien avant de toucher terre. Je pleure parce que c'est tout ce que je peux faire, je pleure et j'aligne mes chiffres sur des feuilles.
Un an et presque et demi de vie avec toi, en espérant qu'un jour, tu m'embrasserais avec ne serait-ce que le centième de l'intensité avec laquelle tu dévorais les garçons des yeux.

Des années plus tard, j'ai encore mal à tous les jours de ne pas être née garçon pour que tu puisses m'aimer, je me dis encore que ce sang entre mes jambes ne devrait pas y être. Je n'ai trouvé personne pour te remplacer. Tous les mercredis matin, quand on déjeune ensemble, je me surprends à espérer que tu m'annonces que t'as largué ce voisin de nos dix-huit ans, que tu me reviens enfin. Mais non, c'est jamais ça.
J'ai vingt-six ans, je ne t'ai jamais détesté, je ne t'en ai jamais voulu. Je n'ai jamais voulu d'un autre garçon que toi et toi, tu baises encore avec le voisin qui n'a plus dix-huit ans non plus, comme toi d'ailleurs. Tu ne restes pas très loin de chez moi. Et le soir, j'ai toujours l'impression que si je ne me couvre pas les oreilles, j'entendrai vos cris, vos orgasmes qui sont tout ceux que je n'aurai jamais. J'ai peur du silence, peur de vous entendre. Je teins toujours mes cheveux en rouge, j'en mets encore partout, hystérie silencieuse, je ne peux pas crier, faut pas déranger les voisins, au cas où ils décideraient de venir prendre le peu qu'il me reste, à savoir rien, mais je me suis autoproclamée reine du royaume de rien et princesse des papillons de mon estomac. Papillons assassins que j'entretiens soigneusement au même titre que mes névroses et mes cicatrices, histoire de toujours me rappeler que tu es dans le lit du voisin et pas dans le mien.

Il pleut presque toujours quand nous finissons de déjeuner. 83,4% des fois, j'ai calculé. C'est beaucoup.
J'ai gardé ton papier. "Désolé". Je l'ai scotché sur mon frigo, quand j'ai déménagé. Je refuse qu'on y touche. Je l'ai plastifié. Pour ne pas oublier. Que je ne suis pas un garçon, que ça ne sert à rien d'espérer. Ironiquement, j'en ris. Rire douloureux et les larmes ne sont jamais bien loin.
Quand je sors du restaurant, après avoir tout vomi dans les chiottes comme si ça allait tout effacer, comme si je pouvais tout oublier en tirant la chasse, je me tiens longtemps sous la pluie. Parfois des heures, quand il pleut longtemps. Je ne déteste plus la pluie sauf quand il y a des livres dans mon sac. De mes études en littérature, je n'ai retenu que les livres, m'en gaver, aspirer les émotions de tous ces personnages pour faire comme si les miennes n'existaient pas. J'ai jeté tout le reste. Y compris le vocabulaire d'étudiante parfaite, je l'ai effacé au décolorant et j'ai barbouillé du rouge dessus, encre indélébile. Je suis encore gamine. Mais plus assez naïve pour ne pas être haineuse, ils disent qu'ils ne me reconnaissent plus. Ça tombe bien, moi non plus. Sauf dans tes yeux. Dans tes yeux. Et j'ai peur de disparaître complètement. Alors je frappe, j'insulte, je me coupe pour pas qu'on oublie que j'existe, si on me donne des coups, je peux en rendre, ça veut dire que je suis vivante non ? Je mets des gros mots partout, je ne soigne plus mon langage, ma mère me dit qu'elle ne pas élevée comme ça et ma mère ne comprend pas. Où j'ai bien pu pêcher tout ça.

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Re: my worst fucking nightmare - rouge
Posté par nemesis590 le 22/01/2006 22:01:06
Il devrait y avoir des regles pour reglementer la decence par ici, pas besoin de l'ecrire tout de meme, surtout dans le titre...F***ing, avec un brin d'intelligence on arrive facilement à déchiffrer le mot. Bon ca se comprend vu ce que tu as écrit dans la penultième phrase!

EDIT: Il ne faut pas se méprendre sur mes propos, j'ai bien aimé le texte mais je crains que le purisme americain ne m'est contaminé, c'est just le mot F qui me derange!!!

Modifié le 25/01/2006 00:08:44

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Re: My worst fucking nightmare - rouge
Posté par nanivorial le 22/01/2006 22:11:37
Super texte, fort, prenant. Bien écrit. D'ailleurs nemesis, un bon texte n'est pas forcément "décent". J'aime.

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