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Sigrid et les mondes perdus : Le grand serpent
Posté par lililapute! le 20/08/2004 07:52:33
Encore un fabuleux roman écrit par Serge Brussolo...

Résumé :

Le Grand Serpent

Sous les mers règne le dragon qui dévore les racines des continents. Le serpent des abîmes qui, morsure après morsure, transforme les îles en de gigantesques radeaux partant à la dérive.
Les pays, privés d'attaches, vont là où les poussent les courants marins, tels des canots de sauvetage ballotés par les flots.
Qui tuera le serpent de mer ? Les harponneurs ou Sigrid, la fille aux cheveux bleus, égarée dans cet univers peuplé de samouraïs fantômes et d'ombres ensorcelées ?
Mais le grand serpent existe-t-il vraiment ? La vérité cachée au fond des océans n'est-elle pas plus terrible encore ?


L'auteur :

Né à Paris en 1951, Serge Brussolo connaît une enfance tourmentée. Puis il fait des études de lettres et de psychologie. Il écrit très tôt ses premiers textes, mais ses débuts sont laborieux. Ecrivant dans d'obscures chambres de bonnes, il trouve son inspiration dans sa propre misère et son environnement familial perturbé. La noirceur de ses premiers récits vont alors donner le ton à son style pour toujours.
Au début, les éditeurs ne lui accordent que mépris, en raison de son style - qui, bien que proche du fantastique ou de la science-fiction - n'entre dans aucun genre établi. Mais il s'accroche, persévère, car il ne peut pas envisager l'avenir sans l'écriture.
Il entre dans le monde de l'édition par la petite porte, celle des fanzines de l'époque. Son premier texte publié sera "L'Evadé" paru en 1972 dans "l'aube enclavée". Une autre nouvelle Funniway, parue pour la première fois en 1978 obtient le grand prix de la science-fiction française. Suivent alors un grand nombre de romans, souvent primés, toujours dans le genre " fantastique/science-fiction ", publiés chez Anticipation et Présence du futur.
Plus tard, il abandonne la science-fiction pour se consacrer à d'autres formes narratives, notamment le thriller et le roman historique. Dans son premier thriller, "Le nuisible", on trouve tous les ingrédients de ses futurs romans à suspense. Pour maintenir sa liberté de création, il travaille avec plusieurs éditeurs qu'il met en concurrence, grâce aux succès de ses ventes. Doué d'une imagination prolifique, auteur populaire tout en étant hors normes, Brussolo s'impose également par son sens de la dérision.
Il dénonce les nombreux travers de notre société. La société américaine, en particulier, est passée au pilori dans ses thrillers.
Serge Brussolo est aujourd'hui reconnu par la critique. Conteur insatiable qui associe la quantité à la qualité, il publie même sous d'autres pseudonymes. Durant l'année 2000, il est nommé Directeur littéraire aux éditions du masque. Sa production pour adultes se ralentit, il décide de se consacrer essentiellement à l'écriture de livres pour la jeunesse.
La sortie de la série "Peggy Sue et les fantômes" marque un nouveau tournant dans sa carrière. Progressivement, il semble retrouver le goût de la S. -F. mais en version jeunesse.


Extrait :

Le Banquet des momies

A bord du bateau tout le monde mourait de faim, Sigrid plus que les autres, peut-être, en raison de son jeune âge.
A vingt ans, elle était capable d'engloutir des tonnes de riz et de poisson séché sans prendre une once de graisse.
Mais les occasions de faire bombance devenaient rares ces temps derniers.
Assis sur le bastingage, les matelots laissaient traîner des lignes, appâtées avec des morceaux de chiffon frottés de graisse à canon, sans jamais rien attraper. Il n'y avait pas de poisson, pas dans ces eaux du moins, car la présence du dragon les avait fait fuir depuis longtemps.

Au début, quand les vivres avaient commencé à manquer, on avait essayé de piéger les cormorans volant dans le sillage du navire. Le stratagème avait fonctionné deux ou trois fois, puis les oiseaux avaient éventé la ruse.
Désormais, ils ne commettaient plus l'erreur de se poser sur le pont.

Installée sur un rouleau de filin, Sigrid affûtait son harpon en songeant que le navire - L'Ao-na-tako (la pieuvre bleue en mauvais japonais galactique) - avait vraiment piteuse allure. L'équipage, maigre à faire peur, sommeillait la plupart du temps pour oublier la faim dévorante qui lui rongeait l'estomac. La mutinerie couvait, la haine des marins avait pris pour cible le capitaine Hokukaï qu'on accusait de n'avoir pas choisi la bonne route. On était perdu, à la dérive, il fallait bien l'admettre. Les vivres embarqués avaient fini par s'épuiser, comme l'eau douce dont il restait à peine un tonnelet. Hokukaï annonçait chaque jour qu'on verrait la terre le lendemain, mais il se trompait régulièrement, et la colère des hommes montait d'un cran.

Sigrid contemplait la pointe du harpon quand Hata, le mousse, s'approcha. C'était un garçon de treize ans, seulement vêtu d'un pagne, et dont la nudité découvrait les côtes, de plus en plus saillantes. Sous certains éclairages, il avait parfois l'air d'un squelette déguisé en petit garçon.
Le gamin s'assit au pied de la jeune fille et regarda peureusement par-dessus son épaule. Cette attitude le faisait ressembler à un chiot efflanqué chassé par ses frères de portée.
- Watashi wa onaka ga sukimashita, (je meurs de faim), murmura-t-il à l'adresse de la harponneuse en employant l'ancienne langue japonaise, celle qu'on utilisait pour souligner avec ostentation l'importance d'une affirmation. Tu sais qu'ils veulent trancher la gorge du capitaine ?
- Ça ne servirait à rien, fit Sigrid. Personne ne sait où se cache la prochaine terre. On ne sera pas plus avancé une fois Hokukaï assassiné.
- Tu n'as rien compris, souffla le mousse. C'est juste un prétexte. Ils veulent le tuer pour le manger.
Sigrid tressaillit. Elle savait que le gosse n'exagérait pas. Beaucoup d'équipages perdus en mer finissaient par sombrer dans l'anthropophagie. Les mauvaises langues affirmaient que c'était la raison principale pour laquelle les commandants embarquaient plusieurs mousses... et les choisissaient dodus, de préférence. Dans les ports, on prétendait que les marins étaient cannibales ; il ne s'en trouvait pas un sur toute la planète qui n'ait un jour goûté à la chair humaine. Certains, disait-on, en conservaient le goût et ne pouvaient plus se satisfaire, désormais, d'une autre viande. Un vieux harponneur de la guilde avait expliqué à Sigrid que les recruteurs veillaient à ce que les équipages soient constitués d'hommes gras et d'adolescents. "Des porcs et de jeunes veaux ! avait-il ricané, fais bien attention à toi ! La viande de fille c'est encore plus tendre"
S'agissait-il de contes à dormir debout ? Sigrid aurait aimé en avoir la certitude.
- Tu me protégeras, hein ? Onegai-shimasu, (s'il te plaît) gémit Hata d'une voix suppliante. S'ils n'égorgent pas le capitaine, ils se tourneront vers moi. Hier, le maître charpentier m'a pincé la cuisse, et il a dit aux autres : "faudrait penser à s'occuper de ce mioche pendant qu'il a encore un peu de chair sur les os. " Et les gars m'ont regardé avec un drôle de regard.
- Tu n'auras qu'à rester près de moi, murmura Sigrid qui prenait la menace au sérieux. N'accepte aucune corvée qui t'entraînerait dans un recoin du bateau.
- Arigatô-gozaimasu, (merci), fit Hata, je partagerai avec toi la souris que j'ai attrapée hier dans l'entrepont.
- Il y a encore des souris ? s'étonna Sigrid en se maudissant de sentir la salive lui emplir la bouche.
- Plus beaucoup, avoua le gosse. Et elles sont devenues méfiantes.
Se servant du harpon comme d'une canne, Sigrid se releva et s'approcha de la proue. Le mousse se colla aussitôt à elle. Les marins observèrent ce manège avec des yeux mauvais. Ils craignaient la harponneuse, aux gestes rapides, souples. Ils la savaient capable de les embrocher sans effort, à quarante pas. Si elle voulait s'en donner la peine, Sigrid Olafssen, cette étrangère aux cheveux bleus, leur passerait son fer au travers du ventre avant même qu'ils aient eu le temps de la voir lever le bras.

Sigrid se pencha à la proue, pour examiner l'océan. Dans cette partie de la planète l'eau était trouble et il ne fallait guère espérer entrevoir le dragon tapi au fond de la mer, occupé à préparer son prochain mauvais coup. C'était à cause de lui que tout allait de travers depuis près d'un siècle. Avant, les marins pouvaient se guider sur les étoiles pour déterminer la course des vaisseaux et rentrer au port ; aujourd'hui, consulter le ciel ne servait à rien puisque les îles changeaient tout le temps de place et qu'on ne les retrouvait jamais là où on les avait laissées.
- Tu crois qu'il est là ? s'enquit Hata.
- Sûrement, grogna Sigrid, puisqu'il n'y a plus de poisson. C'est un signe. Quand la mer se vide de ses habitants c'est que le dragon est dans le coin.

La harponneuse scrutait les vagues, boueuses comme l'eau d'un fleuve limoneux. Cela aussi c'était la faute du dragon. Il rampait sur le fond de vase et rongeait les racines des îles, le pied des continents, le socle des terres habitées. Oui, il grignotait les assises du monde par en-dessous. Chaque fois que son museau heurtait au cours de sa reptation sous-marine le plateau littoral d'un continent, le serpent géant enrageait de se voir ainsi contrarié dans son avance et mordait la roche, arrachant à grosses bouchées le socle pierreux qui lui barrait la route. Ses dents énormes broyaient tout dans un crissement de fin du monde. Et la poussière de craie se mêlait à l'eau, donnant à l'océan l'apparence d'une mer de lait. Rien ne pouvait l'arrêter, il mâchait, mâchait, jusqu'à ce qu'il ait dépassé l'obstacle et que l'île, désormais privée de base, se mette à dériver tel un radeau en perdition. Voilà pourquoi aucune terre n'avait plus de coordonnées fixes. Elles bougeaient sans cesse, emportées par les courants marins, poussées par les tempêtes... Depuis que le dragon des abîmes s'était mis au travail, les continents voyageaient tels des vaisseaux sans gouvernail, et l'on n'était jamais sûr de les retrouver à la même place.

Peu d'archipels jouissaient encore du privilège de posséder des racines, et ces terres épargnées entretenaient à prix d'or une armée de harponneurs dans l'espoir qu'ils parviendraient un jour ou l'autre à tuer le dragon. Jusqu'à présent, personne n'avait encore réussi cet exploit.
Sigrid aurait voulu faire descendre un seau pour puiser un peu d'eau de mer. Quand on la goûtait, on parvenait à déterminer la proximité ou l'éloignement de la bête. Elle avait, disaient les anciens, un "goût démoniaque" plus ou moins prononcé selon l'endroit où reposait le monstre. Il fallait toutefois faire attention : quand le dragon était trop près, sa pestilence intime empoisonnait les flots, et l'on pouvait s'empoisonner en en buvant ne serait-ce qu'une goutte.
- Regarde ! lança Hata en se cramponnant au bras de la harponneuse. Un bateau ! Droit devant !
Sigrid plissa les yeux. Une forme noire venait de surgir du brouillard. Ses voiles en lambeaux montraient qu'il s'agissait d'un vaisseau fantôme. Mais déjà l'équipage se pressait dans les haubans, la main en visière au-dessus des sourcils pour mieux distinguer l'embarcation. Les matelots poussaient des hurlements ou agitaient des chiffons pour signaler leur position. Avec un peu de chance, les occupants de l'autre navire auraient peut-être pitié des affamés et leur abandonneraient quelques vivres ?
Sigrid leva la main.
- Arrêtez ! Imbéciles ! tonna-t-elle. Vous ne voyez donc pas qu'il s'agit d'une barque mortuaire ?
Depuis que les îles partaient à la dérive, la terre était devenue trop précieuse pour être livrée aux morts, il était donc interdit d'y creuser des trous pour enterrer les défunts. La coutume exigeait qu'on les entasse sur un vaisseau funéraire. On laissait ensuite cette embarcation dériver au hasard des océans jusqu'à ce qu'une tempête la fasse chavirer. Pourtant, il arrivait qu'une nef survive aux pires tempêtes et continue son périple pendant des dizaines d'années, chargée de squelettes emmaillotés de bandelettes. Croiser l'une de ces funèbres embarcations était toujours considéré comme un mauvais présage.
- Non ! Non ! protestèrent les matelots, c'est juste un bateau abîmé par la bourrasque. L'équipage est passé par-dessus bord mais les soutes sont pleines ! Il faut l'aborder, nous emparer des vivres !
- Vous êtes fous ! gronda Sigrid. Je vous dis que c'est une barque funéraire, un cimetière flottant.
- Et alors ? grinça Ozata, le cuisinier borgne. Même si tu as raison, c'est peut-être notre seule chance de nous en tirer.
Et, se tournant vers les autres marins, il dit :
- Regardez, compagnons, les voiles sont à peine lacérées ! Ça signifie qu'il est depuis peu de temps en mer. Si c'est un bateau mortuaire, les offrandes déposées auprès des momies seront encore fraîches !
- Oui ! rugirent les affamés. Il y a sans doute du riz, du poisson séché, du vin, des galettes.
Car c'était de cette manière qu'on préparait la nef funéraire. Chaque dépouille était installée dans une cabine particulière, comme un voyageur de marque. On la ficelait sur un fauteuil cloué au plancher, et l'on disposait sur la table lui faisant face les victuailles dont elle aurait besoin au cours de sa dernière traversée. La qualité et la quantité de denrées restaient proportionnelles à la richesse des familles, de même que la disposition des morts sur le bateau. Les riches se tenaient au carré des officiers ou des voyageurs de marque, les pauvres dans la cale. - Vous n'allez tout de même pas grimper sur ce cimetière flottant pour voler la nourriture des momies ! gronda Sigrid. C'est un blasphème qui nous portera malheur !
- Pauvre crétine ! répliqua le cuisinier borgne. Que veux-tu faire d'autre... à part manger le mousse ?
Hata laissa échapper un gémissement de terreur et se serra contre la harponneuse.
- C'est à toi de voir, renchérit Ozata. Laisse-nous monter à bord... ou donne-nous le gamin. Choisis. Nous ne pouvons pas rester plus longtemps le ventre vide. Ton harpon ne nous fera pas tous reculer. Et si tu es tuée dans l'affrontement, nous te mangerons aussi. Je sais que tu n'aimerais pas ça.


Ce que je pense de ce livre :

J'ai adoré je l'ai trouvé captivant et très impressionnant. Il faut dire que l'imaginaire + la culture japonnaise tout ça cuisiné avec la grande imagination de S. Brussolo rend ce livre fabuleux !

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