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Les oiseaux qui ne volent pas
Posté par nosepicker le 20/08/2004 07:54:34
Décidement, j'arriverai jamais à comprendre ce qui nous pousse tous à vouloir en finir un jour ou l'autre. Étrange, non ? Je ne comprends même pas pourquoi moi-même j'y ai pensé, pourquoi j'y pense encore et pourquoi tant d'autres sont dans la même situation. Assis sur mon parterre, je pense à tout ça. À cette vie dont le sens devient de plus en plus flou, à tous ceux qui ont fait partie de mon univers un jour ou l'autre, à tous les gens que je n'ai croisé qu'éphémérement, mais qui m'ont marqué, à tous les autres que j'ai oublié et qui m'ont oublié, à tous ceux que j'aime, à tous ceux que je hais, à tous ceux qui sont un peu comme moi... Penser... Je ne fais que ça par les temps qui courent. Faut croire que je commence à comprendre quelque chose... Histoire fictive d'un gamin stupide, cinquième séquence.

>#5 : Dimanche, sur le gazon;Un petit garçon et trois oiseaux


Il fait soleil pour une troisième journée consécutive, c'est étonnant. Généralement, la pluie ne se gêne pas pour venir gâcher la température qui est bien la seule chose qui puisse être réellement superbe par ici.
Mes parents sont partis, ils n'ont pas laissé de message (comme s'ils en avaient l'habitude de toute façon) pour dire quand est-ce qu'ils reviendraient. Ce n'est pas grave, je m'arrange très bien sans eux.
Ils m'ont toujours dit qu'ils espéraient que ma vie serait plus réussie que la leur. Fallait pas m'élever ici. Ou plutôt, il fallait m'élever, justement. À part un petit déjeuner de préférence constitué d'aliments que j'exècre placé sur la table dès 6H00 AM, je ne me souviens pas d'avoir eu beaucoup de considération durant ma vie. Pas de leur part en tous cas. Sauf lorsqu'ils ont besoin de se défouler un peu, alors là, je deviens soudainement très important;frapper quelqu'un, il n'y a que ça de vrai, je supose.
Ici, c'est normal, personne ne se pose de question en voyant des gamins couverts d'échymoses. Les bleus sont presque devenus un caractère héréditaire. J'exagère à peine. Non, je n'étais pas sarcastique. Oui, c'est ça, vous vous en foutez. Tant mieux pour vous.
Je dois manquer de sommeil.

Alors comme je le disais tout à l'heure, il fait soleil et je suis assis sur la pelouse en face de ma maison dont l'apparence n'est sûrement pas très attrayant visuellement parlant, mais c'est le cadet de mes soucis.
La rue est déserte, le voisinage semble complètement mort. Ce n'est pas nouveau. Par contre, ce soir, ce sera différent. On entendra de la musique provenant d'un peu partout, des gens défoncés hurler, des coups de feu... Je ne sais pas pourquoi, mais ici, il n'y a que la night life qui rapellent aux gens qu'ils existent. Le jour, on dort, on fait semblant d'être à l'école, on essaie de travailler, on réveille les flots pour qu'ils fassent au moins semblant d'être à l'école, on se fait le plus petit possible, on essaie de survivre jusqu'au soir... Et le soir, on ne fait plus rien pour survivre;on se laisse aller et on se moque des conséquences. Parce que c'est la nuit, parce que c'est normal de s'endormir et ne jamais se réveiller et peut-être simplement parce que c'est plus facile de ne pas se demander ce qu'on peut bien être en train de foutre alors qu'on sait pertinemment qu'on fout notre vie en l'air pour des conneries. Don't you throw your life away, just wait until another day...


Je m'étends sur la pelouse miraculeusement verte et certainement pas tondue. Au-dessus de ma tête, trois oiseaux volent. Je crois que ce sont des hirondelles. À vrai dire, j'y connais absolument rien.
Les trois oiseaux gazouillent et l'un d'entre eux va se poser sur le trottoir (s'il mérite encore ce titre). Les deux autres ne tardent pas à l'imiter. Je ne sais pas ce qu'ils peuvent bien espérer trouver au sol, sur ce trottoir qui n'a même plus l'air d'en être un. Peut-être qu'ils cherchent des insectes. Si je me fie à l'intérieur de ma maison, ils ne seront pas déçus en matière de fourmis.
Est-ce que les fourmis sont des insectes à proprement paler ? Je ne sais pas. On a du me le dire un jour en classe, mais je ne devais pas écouter. Personne ne devait écouter. Personne n'écoutait jamais, personne n'écoute jamais... Un jour, quelqu'un écoutera peut-être... Ça n'est pas pour tout de suite. ... everyone's talkin'and nobody listenin'...
C'est toujours la même histoire. Sauf que parfois, personne ne parle et personne n'écoute. Les oiseaux gazouillent encore. Je me demande comment ils font pour être heureux si longtemps. Moi, j'ai toujours le sentiment que le bonheur me fuit. J'ai déjà vu un livre (non, je ne l'ai pas lu, seulement, j'en ai retenu le titre) intitulé Le bonheur a la queue glissante. Comme c'est vrai.
Le bonheur parvient toujours à m'échapper, à nous échapper... Au fait, est-ce que le bonheur se sauve vraiment ou c'est moi, nous qui ne trouvons pas ? Est-ce que le bonheur attend simplement d'être cueilli comme un pissenlit sur le gazon ? Ou bien est-ce qu'il faut le chercher ? Le mériter ?... Tant de questions, si peu de réponses. Je ne suis pas le premier à le penser et je ne serais pas le dernier non plus. Combien de personnes se penchent sur des questions de ce type à chaque jour qui passe ? Des milliers probablement.
Je me demande si Joëlle s'est posé toutes ses questions durant sa courte vie. 17 ans... Bordel, c'est pas un âge pour mourir ! Ou même, pour avoir envie de mourir... Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Je ne sais pas, tout le monde ignore, non ?
J'ai aussi 17 ans, j'ai aussi failli être mort. Sans comprendre pourquoi. Oh, c'est vrai, c'était parce que Catherine ne m'aime plus. Catherine... Fous-moi la paix ! Tu ne m'aimais même pas, tu détestais tout de moi, tu n'aimais que mon apparence, que mes mauvais coups parce que tu pouvais te vanter de sortir avec un "dur de dur"... Si tu savais... Et ensuite, je présume que tu as crié au monde entier que je ne suis qu'un salaud. C'est sûrement vrai. Après tout, je ne vaux rien.



Les trois oiseaux fouillent toujours le trottoir à la recherche d'une chose quelconque. Ils ne gazouillent plus;ils doivent en avoir marre de chercher quelque chose d'introuvable.
Le gazon est légèrement humide et froid. C'est très désagréable, mais je ne bouge pas. C'est à croire que j'aime être incofortable... Ha, ha, ha... Hilarante.
J'aurais dû dormir un peu hier. Ça m'empêcherait sûrement d'être assis là à ne pas trop savoir ce que je dis.
Pit... pit... pit... Les oiseaux gazouillent. Ils sont mignons. Quand j'étais plus petit, mes amis et moi nous amusions à tirer dessus les oiseaux avec nos lance-pierres. J'ai arrêté, j'ai compris que les oiseaux sont une des seules choses qui rendent cet endroit "beau". Comme les mômes. Ceux qui jouent dans le parc... J'ai peine à imaginer que la plupart finiront dans une tombe avant leur majorité. C'est morbide. Somewhere now a baby's crying Down the road his mother's dying... Ça aussi, c'est fréquent. Il y a trop de gens qui meurent dans le coin. C'est trop affreux.
La mort... Pourquoi est-ce que je ne pense qu'à ça ? Je ne sais pas.
Je sais qu'Albert Camus se demandait si la vie valait vraiment la peine d'être vécue puisqu'on meurt en bout de ligne... J'ignore qui est Camus, mais je sais qu'il s'est posé cette question. Comme bien d'autres. Alors, pourquoi est-ce son nom que l'histoire a retenu ?
C'est tellement absurde.

Je voudrais que Joëlle ne soit pas morte. Je voudrais que Catherine n'ait jamais existée. Je voudrais ne jamais être né. Mais je ne veux pas être mort. Pas maintenant. Je n'ai plus envie de mourir tout de suite.
Je veux comprendre avant. Comprendre pourquoi tout ça arrive... Pourquoi les gamins traînent dans les rues, pourquoi ils se droguent, pourquoi des kids sont parents à 16 ans et même avant... Même en étant un concerné, j'arriverai jamais à comprendre cette envie qu'on a tous d'en finir un jour ou l'autre... La vie est parfois horrible et je me demande constamment ce que je fais encore sur cette planète, mais je ne comprends pas quand même. J'aimerais tellement comprendre... Je voudrais tellement que la vie n'en écorche pas autant. Écorché vif... quelle expression affreuse, quel sentiment horrible.


J'écoute les bruits autour de moi. Le voisinage commence à s'activer un peu. Les voitures sortent des garages, les microbes s'en vont au parc, quelques uns semblent en revenir ou ne jamais y être allé.
Un petit garçon s'installe sur le trottoir avec les oiseaux. Je me demande pourquoi ces derniers ne se sauvent pas. Le petit les observe attentivement, comme moi depuis tout à l'heure. Je ne vois pas ses yeux, mais je peux tout de même y lire toutes sortes de questions qui ne devraient pas lui passer par la tête. Pas à son âge. Il doit avoir 6 ou 7 ans, 8 maximum. Il doit avoir rencontré la dame à la faux il n'y a pas longtemps. Et à cet âge, il doit avoir compris que quelque chose a changé, que ce ne sera jamais tout à fait comme avant. Je suis triste pour lui.
Une fois de plus, je ne peux m'empêcher de souhaiter que ça n'arrive plus jamais. Je ne veux plus perdre d'êtres chers et je ne veux pas que d'autres connaissent cette même douleur.
Côtoyer la mort ne devrait pas être une des premières choses que l'on apprend.
Je regarde tous ces enfants si jeunes, si fragiles et je refuse qu'ils vivent ce que Joëlle a vécu comme tant d'autres ;je n'accepte pas le fait qu'ils finiront bien assez vite par en avoir assez de la vie. Je voudrais qu'ils soient heureux. Mais ça m'apparaît impossible. Être heureux et être ici sont deux notions tout à fait contradictoires.

"-Hey, toi !
- Qui ? Moi ?
- Ouais... ça va ?
- C'est possible de bien se porter ici ?
- Je sais pas... T'as quel âge ?
- 7 ans... Maman ne veut pas que je parle aux étrangers...
- Et elle est où ta mère ?
- Partie... J'sais pas, pourquoi je saurais ?"


J'sais pas, pourquoi je saurais... N'empêche qu'il n'a pas tort quand on y pense. Pourquoi est-ce qu'il saurait ? Pourquoi est-ce que je saurais plus que lui ? Ici, on ne sait pas grand chose. On se contente de subir, de souffrir... À 7 ans, ce microbe semble déjà avoir compris ce que j'arrive à peine à concevoir. Le fait de savoir importe peu, il n'y a que la survie qui compte. Comme dans la jungle.

"- Et toi, le grand... elle est où ta maman ?
- Partie aussi...
- Loin, loin, pour toujours ?
- Je ne sais pas, pourquoi je le saurais plus que toi ?
- Parce que tu es grand, toi !
- Il suffit pas d'avoir 17 ans pour ne plus être un gamin, tu sais...
- Non, je sais pas. Pourquoi je saurais si toi tu sais pas ?"


Futé, lui... Il s'en sortira plutôt bien.
J'ai envie de boire quelque chose. Mais pas devant cet enfant. Même s'il doit déjà connaître l'alcool. Il croit encore que les grands ne sont pas tous aussi pires que ceux qu'il connaît. Je ne veux pas le décevoir.
J'ai envie de boire quelque chose... Envie ou besoin ? Il y a longtemps que je ne fais plus la distinction entre les deux. J'aimerais bien que tout ça cesse. Je voudrais me lever le matin sans avoir un goût d'alcool dans la bouche, sans éprouver le besoin de boire encore, sans me demander ce que j'ai bien pu faire la veille...

"- Tu t'appelles Derek ?
- Oui... Tu me connais ?
- Joëlle parlait toujours de toi. Elle t'aimait bien, je crois.
- T'es Nicolas ?
- Oui... Elle me manque, ma soeur. Je l'aimais bien moi aussi.
- Moi aussi elle me manque. C'était ma meilleure amie...
- Personne ne veut me dire pourquoi elle est morte... Tu le sais, Derek ?
- Ça ne vaut pas la peine, c'est pas très joyeux.
- Je m'en doute, mais j'aimerais savoir. Suicide ou accident ?
- Un peu de des deux.
- Ça se peut ?
- Oui.
- Oh... Je m'ennuie d'elle."

Suicide ou accident... C'est absurde qu'un aussi jeune garçon me demande ça. C'est un non-sens total. À 7 ans, on ne se préoccupe pas de savoir pourquoi sa grande soeur est morte ;on joue à la tag, on grimpe aux arbres ! Quelle merde... Heureusement qu'il ne réalise pas encore toute la portée de ses paroles. Enfin, j'espère qu'il ne l'a pas réalisée.
Il ressemble tellement à Joëlle. Elle me parlait souvent de lui. Dommage qu'elle ne soit plus là pour l'aider... L'aider... Je me demande si elle ne lui aurait pas plutôt montré les rudiments de la consommation abusive... Je préfère croire le contraire. Pour le petit qui se tient devant moi. Il regarde toujours les oiseaux qui ne se sauvent pas. Ça m'étonne;il est assez proche d'eux.
Il s'approche un peu plus et tend sa main vers l'un d'eux.
Les trois oiseaux s'envolent.
Nicolas est tout déçu.

"- Pourquoi ils sont partis ?
- Tu étais trop proches d'eux. Les oiseaux n'aiment pas qu'on les approche trop.
- Ils s'en vont où ? Au ciel ?
- Non, pas au ciel.
- Où alors ?
- Je ne sais pas..."

Je regarde Nicolas et les autres gamins qui se promènent dans la rue et je me dis qu'au fond, nous sommes exactement comme ces oiseaux. Petits, fragiles, nous cherchons toujours quelque chose que nous ne pouvons pas trouver ici... et nous n'aimons qu'on soit trop proche de nous, enfin, la plupart du temps et la majorité des gens.
Seulement, nous, on ne peut pas s'envoler pour aller voir ailleurs.
Nous sommes des oiseaux qui ne volent pas. Je regrette amèrement.
Je déteste septembre, mais l'automne reste moins pénible que l'hiver qui s'annonce.

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