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Un matin d'une misère
Posté par bob razowsly le 20/08/2004 07:56:28
Les ouvriers de Saint Pétersbourg s'attendaient à une journée habituelle, mais un ouvrier se dressa au-dessus de la masse, un certain Lénine, et prononça le discours qui fut à l'origine de l'URSS. Quelque part dans le sud, n'autre ouvrier attendait ce jour avec impatience.

Au loin, un coq chante, comme à son habitude. Les ouvriers partent aux usines. Ces gigantesques cheminées grises de béton, d'acier, crachant une fumée noire, comme celle que crache le père Varenkov quand il fume sa pipe. Les fameuses usines du Bakou appelaient les ouvriers, et semblaient menacer ceux qui n'allait pas donner une journée de plus toutes leur vie et leur sang aux gigantesques fourneaux.
"Le camarade Lénine vient de faire un discours à Saint Pétersbourg. Les ouvriers y sont en grève." Lance par la fenêtre Petra, la femme de Tcherko.
Tout semblaient aux ouvriers de Bakou si similaire à l'habitude que personne ne fit d'abord attention. "Ils veulent mettre fin au régime tsariste et créée un Etat populaire International". Joseph dresse la tête. De tout les ouvriers, il était le seul à savoir lire, et le seul à avoir lu pour de vrai le Manifeste du Parti Communiste qu'avaient rédigés quelques années plus tôt Marx et Engels. Il avait pleuré après la révolution manqué de Saint Pétersbourg, comme il pleure à nouveau à présent, mais cette fois-ci, le sourire sur ces lèvres montre sa joie. Mais les ouvriers s'en fichent. Ils craignent tous le кулak, le propriétaire de l'usine, qui avait droit de vie et de mort sur ses ouvriers. Et ils ne voulaient pas avoir de problème. Sauf Joseph. Il semblait avoir toujours cherché les ennuis, à l'époque où il préférait jouer à la campagne plutôt que d'aller travailler à l'usine, ou bien quand ses parents lui avaient interdit de fréquenter les juifs intellectuels qui travaillaient dans la même usine, et maintenant, alors qu'il dresse la tête au-dessus de la masse des ouvriers s'acheminant lentement comme sur le chemin du calvaire vers l'usine.
Joseph commençait à en avoir assez. Il avise un tonneau, et bondit.

"Camarades ouvriers, frères prolétaires, écoutez-moi !" Les ouvriers ralentissent, sans vraiment s'arrêter, par peur, mais écoutent.
"Frères prolétaires, nous ne sommes pas obligés de subir l'exploitation comme nous le faisons maintenant ! Le capitalisme n'est pas la fin de l'histoire, et il existe bien d'autre solution !
Les capitalistes possèdent les biens de production. Nous avons la force de production. C'est pourquoi depuis plusieurs années, nous avons vendu notre force de production au service de la bourgeoisie naissante et donné progressivement nos journées, puis nos familles et nos vies. Mais nous n'avons pas eu d'autre choix, et les capitalistes ont forgé dans le feu de leurs avidités la force qui les mettra à bas !" Joseph s'arrête pour les applaudissements.
"Ils nous ont forgé, nous, frères prolétaires. En menant leur train de production, en accomplissant une nouvelle fois le processus historique qui mène à l'exploitation, du maître et de l'esclave, et du serf et du seigneur, puis aujourd'hui, l'ouvrier et le propriétaire, celui-ci a réussi à forger une masse de personnes libres, conscientes et pleines de forces et de vigueur, surentraînés par la production industrielle qui a permis à la Russie de se placer parmi les puissances exploitatrices industrielles. Nous sommes exploités et nous devons à présent nous battre !" Nouveaux applaudissement. La moustache de Joseph se retroussait à chaque grande exclamation. Il se sentait puissant et fort.

"Aujourd'hui, nos frères prolétaires de Saint Pétersbourg ont déjà commencé le combat, la Révolution. Comme en toutes révolutions, il y aura une longue lutte, et des morts. Mais cette révolution sera la dernière marche vers le point où l'Histoire nous mène depuis le début. Vers un monde nouveau, où les biens appartiendront enfin à tous, où chacun appellera son prochain sous le nom de frère, et ce peu importe son origine ethnique. Nous marchons, mes frères, du pas lent mais assuré de l'Histoire, vers cet homme nouveau, prêt à partager ses biens avec son suivant, pour devenir son égal, et il sait qu'il y a bien assez pour lui et pour tous, car il est tous et tous sont lui !" Applaudissement. Des femmes étaient descendues. Des surveillants aussi se sont approchés. La masse qu'il avait devant lui se perdaient dans les rues du Bakou, plus loin qu'il ne pouvait le voir. Joseph ne sentait plus ses pieds tellement il était porté par la gloire.
"Nous allons nous battre pour nos frères, et pour nos enfants, et nos camarades de Moscou, Saint Pétersbourg, mais aussi d'Odessa, Minsk, Kiev, et tous nos camarades partout en Russie. Le jour de la révolution, celui vers lequel nous avons été porté depuis le début de l'humanité est enfin arrivé. Aujourd'hui est le jour de la naissance de la Grande Russie Socialiste !"

La révolution eut effectivement lieu. Joseph Vissionarovitch Staline sut mener campagne jusqu'au pouvoir, et contre les Allemands, mais le pouvoir lui monta à la tête, et l'Union des Républiques Soviétiques Socialistes, qui devait être le point de départ de la révolution internationale devint la honte des communistes du monde en entier. Tout de même, Joseph, quel rêveur !

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