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Dans la littérature de voyage, Dieu est le meilleur guide...
Posté par hamdi548 le 09/03/2009 00:09:59
Le récit de voyage est d'abord et avant toute une source de documentation écrite. Il est souvent recueilli comme un manuscrit original et les documentalistes l'archivent dans les rayons des bibliothèques de l'histoire. Il est par son apport une manne culturelle pour tous les désireux de lecture mais l'intérêt qu'il apporte au public est souvent limité à un lectorat plus spécialisé. Les historiens, les hagiographes, les linguistes et les géographes se servent sans réserve... Il devient par la force du temps, le témoignage des âges et des hommes d'antan. Le récit de voyage, à bien des égards, relate souvent le passage d'un séjour ou d'un périple gagné en compensation d'un effort douloureux et circonstancié. Il fait découvrir par son récit des régions moins connues, parfois hostiles ou féeriques mais en général il exhorte la curiosité humaine à les découvrir. Le récit de voyage est ce narrateur qui nous fait visiter toute une partie du monde connue ou inconnue. Que ce soit un voyage effectif ou fictif, il traduit au passage d'un confessionnal quelconque celui qui s'est réellement rendu !
Un certain émissaire du monde arabe (du temps des Abbassides) porta son message au Roi des Saqâlibas. Il laissa échapper dans ces écrits ces notes que voici :
". / Le périple à gagner était de visiter des contrées, de traverser des torrents tumultueux, les chemins étaient souvent truffés d'embûches par des bandits de longs parcours et parfois des épisodes restreints nous contraignaient à marquer une pause et nous embarquaient à jouer des rôles d'intermède entre les tribus en guerre et plaider à la cause de la réconciliation. La tâche était moins aisée et parfois plus rude que l'on croyait mais la récompense de nos négociations, notre satisfaction était de les voir enfin réunis et amis pour toujours.
Ces ambassadeurs de l'itinérance exploraient des mondes inconnus et sont appelés à jouer parfois des rôles biens divers et insolites. Le cœur battant, les yeux toujours pointés à l'horizon., Les explorateurs avaient des talons en poupe pour enjamber des chemins de traverses. Parfois toute une saga d'imprévus venait enrichir leur histoire si ce n'est qu'ils se retrouvaient eux mêmes mêlés autobiographiquement dans une destinée qui ne dit pas son nom.


Durant la Première guerre mondiale le colonel Thomas Edward Lawrence connu sous le nom de Lawrence d'Arabie, se rend dans les contrées de la péninsule arabe. La sympathie qu'il avait avec les grands chefs arabes le conduisit à soutenir la révolte jordanienne et Mecquoise contre la domination ottomane. Il incita le prince Fayçal et le cheikh Auda à s'emparer du port d'Aqaba tenu par les Turcs. Soutenu par son ami le cheikh Ali, il poursuivit la guérilla aux côtés des bédouins Arabes. Il contribua à l'investiture d'un Conseil autochtone.
Il est parfois difficile de nuancer les écrits du narrateur du déroulement de l'histoire comme il serait autant difficile d'oblitérer une figure emblématique d'un panthéon labellisé. Leurs notes, leurs écrits ne ressemblent en rien aux récits ostentatoires. Elles sont méticuleuses et précises. Les notes recueillies par leurs hôtes sont souvent au cœur d'une narration d'autobiographie. Ils adhèrent parfois dans les écrits d'un évènement et dont l'authenticité de leur récit n'appartient qu'à l'auteur de la narration de les corriger, convertir et ériger culturellement et historiquement. Parfois les écrits dépassent l'auteur et deviennent universels d'autres moins chanceux, considérés fauteurs de trouble se voient expédiés sur le chemin de l'exil et même de l'oubli. Lorsque le narrateur se voir éloigné de sa patrie d'origine il se lance alors dans un mémorandum inoubliable.
Le récit de voyage n'est pas une codification quelconque d'un genre littéraire. Il peut prendre la forme du journal de bord, du carnet de route ou du récit rétrospectif. Il peut être le récit d'un voyage imaginaire dans une contrée fabuleuse, le compte rendu d'un périple exploratoire (comme le Journal d'Ibn Fadlan lors de son voyage chez les Bulgares de la Volga en l'an 921.
Le journal d'Ahmed Ibn Fadlan, nous a laissé un texte des plus curieux de la littérature de voyage. Il y a eu des récits de voyage à toutes les époques et dans toutes les civilisations. Tous ont été en leur temps le reflet de l'état de la connaissance du monde, le récit de la découverte du globe. La découverte achevée, les confins du monde enfin atteints, les récits de voyage n'en ont pas moins continué de se multiplier.
Les premières conquêtes de l'Islam récitent des périples et décrivent des contrées les plus lointaines (Asie, Europe et l'Afrique), des populations inconnues jusqu'alors enrichissaient les chroniques de l'historiographie médiévale. Les récits réunissaient aussi bien les contes et les légendes populaires que les récits épiques et les généalogies royales. La tradition orale avec ses folkloristes qui se penchaient sur les fêtes et les rites sont porteurs de la culture populaire, de la civilisation et d'histoire. Leur étude systématique est à mettre au compte des ethnographes, dont la discipline, branche de l'anthropologie, se propose de "faire connaître à tous les points de vue des différentes races humaines" (Armand de Quatrefages de Bréau, 1869. Le premier des grands folkloristes ethnographes est Arnold Van Gennep dont les Rites de passage (1909), synthèse établie d'après des enquêtes ethnographiques, ouvrent la voie à de nombreuses recherches dans les régions où la tradition orale reste vivante à défaut d'une pratique ancienne de l'écriture.
De même, la diffusion de l'Arabe littéraire et l'expansion du commerce musulman dans l'océan indien sont à l'origine des Mille et Une Nuits (Xe siècle), recueil de vieux contes populaires (Ali Baba ou Hadji Baba) et de récits de marins (Sindbad) datant de l'époque préislamique et de l'antique route des épices et des aromates... Les histoires mêlent bien des considérations sur la géographie humaine à des descriptions de géographie physique. Mais les descriptions comme celles de Sindbad le marin comportent une part de merveilleux, et de récits fabuleux de l'imaginaire arabe. Dans la description archétypale de la contrée merveilleuse, située aux confins du monde connu, figurent les évocations d'un bestiaire mythique et d'une flore fabuleuse.


La tradition du récit de voyage dans une contrée imaginaire recoupe celle du voyage initiatique par excellence, celui de l'âme. Dans l'Ascension du prophète Mohamed (qsssl) par une nuit ancestrale, l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis sont décrits comme des lieux effectivement visités. La géographie de l'Enfer avec sa topographie moins hospitalière et ses régions chaudes et tumultueuses découragent l'âme septique à s'y rendre même imaginairement. Le Paradis, lieux de délices et de la volupté encourage l'âme la plus désespérée de la nature à devenir l'apôtre de cet univers secret.
Les premières descriptions de l'Extrême-Orient et des mœurs de l'Orient nous parviennent sur la foi des informations contenues par les grandes découvertes des peuples et celles de leurs légendes. Les premiers écrits des explorateurs comme celles de Christophe Colomb et Amerigo Vespucci parviennent à l'Europe grâce aux journaux des tableaux de bords des commandants de navires. Les récits d'explorations sont à bien des égards pour l'Europe Occidentale des récits ponctués de conquêtes, de soumissions des peuples et de génocide. On dispose néanmoins des témoignages écrits, antérieurs à la seule conquête européenne, émanant de voyageurs arabes, comme Ibn Battuta, qui découvrit certaines régions de l'Afrique au XIVe siècle, cent cinquante ans avant les navigateurs européens. La traduction des textes latins en arabe par les grandes figures de la géographie comme al-Idrisi, connu pour ses cartes détaillées, Ibn Battuta et Ibn Khaldun, qui tous deux ont écrit des récits de leurs grands voyages.
Les récits des explorateurs représentent pour le chercheur universitaire une mine de renseignements topographiques, géographiques, ethnologiques... Les récits de voyage traçant des périples à gagner ou des monographies ponctuées servent de source d'information pour le chercheur des différentes disciplinarités.
Il faudrait tout de même faire attention lorsqu'il s'agirait de l'historiographie coloniale. Il y a certes de l'information mais les récits sont très imprégnés par la justification de la présence de l'occupant. Des expéditions scientifiques qui deviennent vite des services de renseignement à la solde des militaires. Leur lecture demande donc de la décolonisation littéraire et un réajustement parfois du vocabulaire lorsqu'il s'agirait d'évoquer nos ancêtres combattants. Lorsqu'un rebelle historique dresse l'étendard de la révolte ou fait tonner son baroud d'honneur, les autorités occupantes d'alors aimaient vites les parapher par des euphémismes politique de "bandit", de "hors la loi"... Mais lorsque la bravoure, l'héroïsme s'accompagnent d'actes de générosité l'administration coloniale concède alors à les qualifier de "bandits d'honneurs. Le nom de Bouzeïne El Kaaliet Boubeghla suffisait pour le colonialiste à en faire toute une légion Les noms des héros sont devenus des épithètes imparfaites pour le soldat français.
La littérature coloniale africaine, par ses récits descriptifs décrira par certains passage minutieusement la géographie physique des pays visités et donna des informations ethnologiques sur les tribus africaines (Voyages et recherches d'un missionnaire dans l'Afrique méridionale de David Livingstone, 1859, Aux sources du Nil de Richard Burton, 1860 ou, À travers le continent mystérieux de Henry Morton Stanley, 1878. Cependant, la tradition des récits de voyage ne se limite pas à des ouvrages descriptifs d'explorateurs, de géographes, de conquérants ou de missionnaires. Elle inclut aussi toute une tradition du voyage fabuleux, sur le modèle du voyage fabuleux antique. La thématique du voyage dans des contrées merveilleuses, imaginaires ou inexplorables, a inspiré tant d'autres auteurs d'inspiration de l'exotique.
Le récit de voyage recoupe la tradition du roman pédagogique, le voyage du narrateur vers les contrées lointaines est une manne à explorer à son tour. La description d'un pays lointain et l'évocation de mœurs étrangères, de systèmes politiques autres sont l'un des moyens de la critique pour les penseurs des cours occidentales. Souvent le miroir est satirique ou inversé pour cause d''une représentation idyllique d'un univers autre, le récit de voyage devient le moyen d'une représentation de l'Autre. C'est dans cette représentation que s'enracine la dimension satirique qui inspire Montesquieu (1721) dans ses "Lettres persanes".
Les récits de voyage se multiplient pendant la période du romantisme, et on ne peut pas mettre leur vogue sur le seul compte du goût pour l'exotisme. L'Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand (1811), le Voyage en Orient de Nerval (1851), la Prière sur l'Acropole de Renan, et les récits des voyages en Orient de Lamartine (1835), sont des pèlerinages littéraires et métaphysiques vers un Orient mythique.
Lamartine à lui seul ouvrait tout un Orient poétique. Le succès de sa littérature fut immédiat et son oeuvre reste considérable. Les Méditations s'expliquent en effet par son pèlerinage artistique qu'il effectua vers les pays de l'Orient. Il découvrit-l''émergence d'une sensibilité nouvelle, de nouveau paysages qui l'éloignèrent des bouleversements de l'histoire Occidentale, des incertitudes de l'avenir. Les Méditations se présentent comme une sorte de rêverie mélancolique sur le thème de la foi et celui de l'amour.
Un jour Lamartine dressa son bivouac sur le chemin menant à Damas, il entendit le muezzin interpeller les musulmans, à la prière, à l'heure de midi., Il écrira alors :
"C'était l'heure où le muezzin épie le soleil sur la plus haute galerie du minaret et chante l'heure et la prière de tous les heurs ; voix vivante, animée, qui sait ce qu'elle dit et ce qu'elle chante, supérieure, à mon avis, à la voix sans conscience de la cloche de nos cathédrales, si l'on pouvait l'entendre d'aussi loin...
Un autre jour assis sous une tente, il entendit les bédouins avec leurs fifres de roseaux et le rabab scander un poème de Antar. Il écrira aussitôt :
"Antar est ce type de l'Arabe errant, à la fois pasteur, guerrier et poète qui a écrit dans le désert tout entier dans ses poésies nationales, épique comme Homère, plaintif comme Job, amoureux comme Théocrite, philosophe comme Salômon ; ses vers qui endorment ou exhaltent l'imagination de l'Arabe autant que la fumée du tombach dans le narguilé, retentissaient en sons gutturaux dans le groupe animé de mes Saïs et quand le poète avait touché plus juste ou plus fort la corde sensible de ces hommes sauvages mais impressionnables, on entendait un léger murmure s'élever au-dessus de leurs oreilles et inclinant la tête, ils s'écriaient :
--Allah ! Allah ! Allah...
Plus tard, le souvenir de ces heures passées ainsi à écouter ces vers que je ne pouvais comprendre me fit rechercher avec soin quelques fragments de poésies arabes populaires et surtout du poème héroïque d'Antar. Je parvins à m'en procurer un certain nombre et je me les faisais traduire par mon drogman pendant les soirées d'hivers que je passais dans le Liban... Je commençais moi –même à entendre un peu d'arabe mais pas assez pour lire, mon interprète traduisait les morceaux du poème en Ttalien vulgaire et je les traduisais ensuite mot à mot en français. Je conserve ces essais poétiques inconnus en Europe et je les fais insérer à la fin de cet ouvrage. On verra que la poésie est de tous les lieux, de tous les temps et de toutes les civilisations.
Un fragment du poème d'Antar (barde de l'anté-islam) que Lamartine recueillit après une pause à Baalbek.

... / Un jour, dit-il, Antar étant venu chez son oncle Mallek fut agréablement surpris de l'accueil favorable qu'il reçut. Il devait cet accueil, nouveau pour lui aux vives remontrances du roi Zoheïr qui le matin même avait fortement engagé Mallek à se rendre enfin aux désirs de son neveu en lui accordant sa cousine Abla, qu'il aimait passionnément. On parla des préparatifs de la noce et Abla ayant voulu savoir de son cousin quels étaient ses projets : "Je compte, lui dit-t-il, faire tout ce qui pourra vous convenir. Je ferais ce qu'a fait Khaled Eben Mohareb lors de son mariage avec sa cousine Djilla.
-Insensé ! S'écria son père d'un air courroucé ?... Non ! Mon neveu ajouta-t-il, nous ne voulons pas suivre, cet exemple.
Mais Antar, heureux de voir pour la première fois son oncle si bienveillant à son égard et déduisant satisfaire sa cousine, la pria de lui raconter les détails de cette noce.
Voici, dit-elle, ce que m'ont rapporté les femmes qui sont venues me complimenter sur votre retour : Khaled, le jour de son mariage, a tué mille chameaux et vingt lions, ces derniers de sa propre main... Il a nourri pendant trois jours, trois grandes tribus qu'il avait conviées."
Lamartine s'avouait vaincu par ce récit, il reconnaissait la faiblesse qu'il avait de ne pouvoir traduire à son aise alors qu'il aimait tendrement la poésie.
Que de fois n'ai-je pas vu des groupes de mes Arabes, accroupis le soir autour du feu de mon bivouac, tendre le cou, prêtre l'oreille, diriger leurs regards de feu vers un de leurs compagnons qui leur récitait quelques passages de ces admirables poésies, tandis qu'un nuage de fumée, s'élevant de leurs pipes, formait au-dessus de leurs têtes, l'atmosphère fantastique des songes et que nos chevaux, la tête penchée sur eux semblaient eux-même attentifs à la voix monotone de leurs maîtres ! Je m'assaillais non loin du cercle et j'écoutais aussi bien des physionomies, les frémissements des auditeurs, je savais que c'était de la poésie et je me figurais des récits touchants dramatiques merveilleuses que je me récitais à moi-même.
Lamartine savait de la bouche de ses bédouins qu'Antar était un esclave noir et qui conquit sa liberté par ses propres exploits et ses vertus et obtint sa maîtresse Abla à force d'amour et d'héroïsme.
La fiction du voyage relate les expéditions des contrées lointaines et des conquêtes du passé. Elle est à la fois l'objet d'une croyance inébranlable et source d'une foi mystérieuse.
Le récit de voyage en soi devrait avoir perdu de son charme à proportion de l'avancée des conquêtes scientifiques vites transformées en expéditions militaires. Mais il est l'un des ingrédients qui a rempli plus d'extase les empires coloniaux. Le récit de voyage en dépit des vicissitudes de l'histoire, il est aussi un roman d'aventures, un roman picaresque. Le voyageur des nouveaux horizons est aussi un chroniqueur de la terre ferme que celui des grands larges. Il est aussi un voyageur extraverti que confiné dans l'introversion des perspectives. Le Voyage autour de ma chambre (1795), ouvrait le récit de voyage sur une autre dimension exploratoire, celle du moi, intimement mêlée à la littérature de voyage, qu'il s'agisse des voyages en Orient des romantiques, des voyages méditatifs de Stendhal, de Sterne (Voyage sentimental, 1768), ou des récits d'aventures de Conrad et de Melville. Est-ce un effet du hasard qu'Ibn Khaldûn soit exhumé par les Orientalistes de l'Occident au moment même où l'aventure coloniale déchirait à coup de canon les vestiges du Maghreb et de l'Orient ? Et pourtant les récits qu'écrivaient Ibn Khaldûn "Mes ancêtres en Andalousie, mes ancêtres en Ifrîqîya"étaient très imprégnés par des itinéraires de voyages D'Occident à l'Orient.
L'Europe que l'on sache, n'avait pas ignoré à se mettre en fougue et sans plus attendre s'est mise à découvrir qu'au delà des Pyrénées florissait une riche culture arabe. Religion et activité culturelle étaient étroitement associées. L'élan de la foi islamique soutenait l'envie d'apprendre et d'inventer de nouvelles pratiques cognitives.
Au IX ème siècle à Cordoue un certain musicien-chanteur du nom de Zèryèb entrait en chef de file d'une nouvelle création musicale. Plusieurs instruments à corde innovaient le cortège des compositions. Certains instruments à percussion perdaient de leurs charmes au profit de la nouvelle innovation. Et Bagdad devant ce cortège florissant de Cordoue s'entichait des nouveaux parvenus talentueux. Zèryèb était devenu une sorte de Beau Brummell pour cette génération d'antan.
Tout laissez à croire que c'est sous l'influence des interprètes musulmans que la rime et le rythme arabe auraient faits leurs chemins en Europe par le biais des chansons de troubadours et des baladins provinçiaux. Cette influence devait bientôt infléchir le cours de la poésie et de la musique européenne dans un sens résolument moderne.
Les récits de voyage transportent plus que des écrits. Ils transfèrent des idées nouvelles comme l'on transfère aujourd'hui le savoir technologique. Zèryèb, son voyage de l'Andalousie à l'Asie d'Orient avait introduit dans la capitale omeyade plus que des notes musicales il habitua la cour de Bagdad de se vêtir différemment selon des saisons, de changer de coiffure. C'était lui encore qui introduisit dans la cour impériale l'habitude de diviser les cérémoniales du repas en plusieurs services et de boire à table dans les coupes plutôt que dans les gobelets de métal. Ces gestes étaient inhabituels pour les cours d'Orient mais c'était déjà les premiers pas vers une civilité moderne. Les doigts trempés dans l'eau après chaque repas faisaient des empires arabes une majestueuse civilisation...
Au milieu du XI ème siècle, un certain commandant de Rodriguez Diaz de Bivar connut sous le nom de Cid (de l'arabe sidi : monseigneur) inspira bon nombre de poèmes épiques. Le Cid serait décrit selon lui et par la littérature d'Espagne comme le parangon du cavalier. Courtois avec les femmes, magnanime avec les hommes et chevaleresque dans la victoire. A en juger par certains témoignages de l'époque le Cid serait aussi ce personnage théologique qui réciterait fidèlement ses prières à heures fixes.
Parfois les écrits des drogmans, interprètes ou traducteurs se confondent dans une littérature et de récits de voyage. Lorsque Tolède tomba sous la main des chrétiens d'Espagne, les pilleurs s'ouvrirent à tous les trésors des bibliothèques. Le pillage intellectuel attira les érudits de l'Europe du Nord comme une chandelle attire les papillons. Ces derniers ne cessaient d'affluer. Certains se fixaient chez eux, d'autres s'en retournaient après avoir traduit le texte qu'ils étaient venus consulter. Mais tous étaient émerveillés par la culture qui leur était laissée. C'était pour l'Occident une révélation.
L'intelligence d'Averroès est d'avoir su très tôt distinguer entre l'engagement écrit de l'intellect actif et l'intellect passif. Pendant que l'un reste créatif et fait avancer les choses, l'autre reproduit et se comble dans les idées déjà reçues.
André Miquel, ce professeur au collège de France est cet autre amant de l'Orient contemporain écrira plus tard dans son livre intitulé : "Madjnoun Leïla" édition Sindbad :
"Ce seront des légendes qui forceront la main à l'histoire."

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