Siège social de Meta Platforms à Menlo Park, Californie.
Environnement

Meta se retire d’un pacte énergie propre et accélère sa dépendance au gaz

Meta quitte le pacte RE100 et finance dix centrales à gaz pour son data center IA en Louisiane, tout en achetant des certificats verts décorrélés.

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L’annonce est tombée comme un couperet. Meta a quitté le RE100, l’initiative mondiale qui engage les entreprises à utiliser 100 % d’énergie renouvelable, après dix ans de participation. Dans le même mouvement, le géant de la tech a dévoilé son projet de construire dix centrales à gaz pour alimenter son data center Hyperion en Louisiane. La contradiction est totale : d’un côté, l’entreprise continue d’acheter des certificats verts pour verdir son bilan ; de l’autre, elle investit massivement dans les énergies fossiles pour faire tourner son intelligence artificielle. Pour les 18-25 ans qui suivent de près l’actualité climatique, c’est un signal clair : le greenwashing des GAFAM a une date de péremption, et l’IA est en train de la faire expirer.

Siège social de Meta Platforms à Menlo Park, Californie.
Siège social de Meta Platforms à Menlo Park, Californie. — LPS.1 / CC0 / (source)

Le revirement de Meta : pourquoi le géant de la tech quitte le pacte RE100 pour le gaz

Le double choc est brutal. En mars 2026, Meta a annoncé le financement de sept nouvelles centrales à gaz en Louisiane, qui s’ajoutent aux trois déjà approuvées en août 2025. Au total, ce sont 7,5 GW de capacité gazière qui vont sortir de terre pour alimenter un seul data center. Pour donner une échelle : cette puissance suffirait à faire fonctionner tout l’État du Dakota du Sud.

Centrale électrique au crépuscule, avec tour de refroidissement et cheminées émettant de la vapeur, illustrant la production d'énergie pour les centres de données de Meta.
Centrale électrique au crépuscule, avec tour de refroidissement et cheminées émettant de la vapeur, illustrant la production d'énergie pour les centres de données de Meta. — (source)

Pendant ce temps, Meta a discrètement quitté le RE100, le club très select des entreprises qui s’engagent formellement à utiliser 100 % d’électricité renouvelable. L’organisation, gérée par l’ONG britannique The Climate Group, a confirmé une séparation qualifiée de « mutuelle ». Meta n’a fourni aucune explication officielle. Cette absence de justification est déjà un signal en soi : l’entreprise ne veut plus rendre de comptes sur ce type d’engagement.

10 ans d’engagement RE100 balayés d’un communiqué

Le RE100 n’est pas une simple étiquette marketing. Fondée en 2014, l’initiative réunit des centaines d’entreprises qui s’engagent publiquement à atteindre 100 % d’électricité renouvelable dans un délai défini. Meta en était membre depuis 2016. Pendant près d’une décennie, le groupe a utilisé cette appartenance comme un argument de crédibilité climatique.

Mais les règles du jeu ont changé. Le RE100 a récemment renforcé ses exigences de transparence, imposant des critères plus stricts sur la provenance des certificats d’énergie renouvelable. Pour Meta, qui multiplie les projets gaziers, le maintien dans le club devenait intenable. Plutôt que de justifier ses choix ou d’ajuster sa trajectoire, l’entreprise a préféré claquer la porte.

Le message envoyé au marché est clair : Meta ne veut plus se soumettre à des engagements externes contraignants. La communication officielle reste lisse — « nous restons engagés envers nos objectifs climatiques » — mais les actes parlent plus fort que les communiqués. Le retrait du RE100 n’est pas une simple formalité administrative : c’est un désaveu public du modèle de transition énergétique porté par les entreprises.

Hyperion, le monstre de Louisiane qui engloutit du gaz

Le projet Hyperion est un monstre d’ingénierie et de dépenses. Le data center s’étend sur 4 millions de pieds carrés, soit l’équivalent de 70 terrains de football. Son coût total est estimé à 27 milliards de dollars — presque le budget annuel de la France pour l’enseignement supérieur.

Rendu architectural du plus grand centre de données de Meta, alimenté par sept centrales à gaz.
Rendu architectural du plus grand centre de données de Meta, alimenté par sept centrales à gaz. — (source)

La mécanique énergétique est impressionnante. En août 2025, la Louisiane a approuvé la construction de trois centrales à gaz représentant 2,3 GW. En mars 2026, Meta en a rajouté sept, pour 5,2 GW supplémentaires. Au total, 7,5 GW de capacité gazière, répartis sur dix centrales, qui tourneront 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Rachel Peterson, vice-présidente des data centers chez Meta, a qualifié le projet de « symbole de l’ambition et de l’échelle de l’infrastructure IA de nouvelle génération ». Une formule soigneusement choisie qui évite soigneusement de mentionner le gaz. Mais les chiffres sont là : 7,5 GW de gaz, c’est l’équivalent de la consommation électrique de plusieurs millions de foyers américains.

L’IA, la machine à gaz de la Silicon Valley

Meta n’est pas un cas isolé. Toute la Silicon Valley est prise dans la même contradiction. L’explosion de l’intelligence artificielle générative depuis 2023 a créé une demande énergétique sans précédent. Les data centers qui font tourner les modèles d’IA consomment des quantités d’électricité colossales, et cette consommation ne cesse de croître.

Infographie prévoyant la croissance de la demande d'électricité pour les centres de données jusqu'en 2035, avec une part importante du gaz naturel.
Infographie prévoyant la croissance de la demande d'électricité pour les centres de données jusqu'en 2035, avec une part importante du gaz naturel. — (source)

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les data centers consommaient 1,7 % de l’électricité mondiale en 2022. En 2026, ce chiffre devrait doubler pour atteindre plus de 3 %. Derrière cette courbe exponentielle, il y a les besoins des modèles comme Llama (Meta), GPT (OpenAI) ou Gemini (Google), qui nécessitent des milliers de GPU tournant en permanence.

Pourquoi les renouvelables ne suffisent plus à rassasier l’appétit de l’IA

Le problème est structurel. Les data centers d’IA fonctionnent 24 heures sur 24, 365 jours par an. Le solaire et l’éolien, eux, sont intermittents : ils produisent selon le soleil et le vent, pas selon les besoins des serveurs. Pour garantir une alimentation continue, il faut soit des batteries de stockage géantes (encore très coûteuses), soit une source d’énergie pilotable.

Le gaz naturel est devenu la solution de facilité. Il est moins cher que le nucléaire, plus rapide à déployer que l’éolien offshore, et surtout, il peut être allumé et éteint selon les besoins. Pour les géants de la tech, le calcul est simple : le gaz permet de mettre en service des data centers en 18 à 24 mois, là où un projet nucléaire prendrait 10 à 15 ans.

Mais le coût environnemental est massif. Une enquête de WIRED a calculé que les projets gaziers pour data centers d’OpenAI, Meta, Microsoft et xAI pourraient émettre plus de 129 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an. C’est plus que les émissions totales du Maroc en 2024. Un seul data center gazier de 1 GW rejette chaque année 438 tonnes d’oxydes d’azote, 149 tonnes de particules fines et 61 tonnes de dioxyde de soufre.

Google, Microsoft, Amazon : la même tendance vers les fossiles

Meta n’est pas seule dans cette dérive. Microsoft examine l’achat d’électricité d’un projet gazier soutenu par Chevron au Texas, qui pourrait émettre 11,5 millions de tonnes de CO₂ par an. Google, de son côté, a signé des accords avec des centrales à gaz pour ses data centers en Virginie et en Caroline du Sud.

Le projet Stargate, porté par OpenAI et SoftBank, prévoit la construction de data centers massifs alimentés au gaz. Amazon Web Services (AWS) explore des solutions similaires pour ses nouveaux centres en Ohio et en Indiana. La tendance est unanime : toute la profession se tourne vers le gaz pour répondre à la demande insatiable de l’IA.

Ce virage saborde les engagements climatiques que ces mêmes entreprises avaient pris il y a quelques années. Meta avait promis en 2020 d’atteindre le net zéro sur l’ensemble de sa chaîne de valeur d’ici 2030. Microsoft s’était engagé à devenir « carbone négatif » d’ici 2030. Google visait le zéro émission nette sur ses opérations d’ici 2030. Tous ces objectifs sont aujourd’hui compromis par la course à l’IA.

RECs, la grande arnaque des certificats verts qui autorise la pollution au gaz

Comment Meta peut-elle affirmer « aligner la consommation d’énergie des data centers avec 100 % d’énergie propre et renouvelable » tout en construisant dix centrales à gaz ? La réponse tient en trois lettres : RECs, pour Renewable Energy Certificates (certificats d’énergie renouvelable).

Infrastructure de tuyaux et vannes dans une installation de traitement de gaz.
Infrastructure de tuyaux et vannes dans une installation de traitement de gaz. — (source)

Le mécanisme est simple sur le papier, mais tordu dans son application. Meta continue d’acheter des certificats verts via des contrats avec Invenergy (791 MW de solaire et d’éolien). Mais ces certificats sont « non liés » (unbundled) : ils sont décorrélés de l’électricité physique qu’ils sont censés représenter. Concrètement, Meta peut acheter un crédit vert au Nouveau-Mexique tout en faisant tourner son data center au gaz en Louisiane.

Acheter des crédits verts au Nouveau-Mexique pour polluer en Louisiane

Le système des RECs permet une forme de comptabilité créative. Une entreprise achète un certificat qui atteste qu’un mégawattheure d’électricité renouvelable a été injecté quelque part sur le réseau électrique américain. Peu importe que ce mégawattheure soit produit à 2 000 kilomètres du data center. Peu importe que le data center lui-même soit alimenté par du gaz.

Le résultat, c’est que Meta peut déclarer que son data center Hyperion est « aligné avec 100 % d’énergie renouvelable » alors qu’il brûle du gaz 24 heures sur 24. Le réseau électrique local de la Louisiane reste dominé par les énergies fossiles à 60 %. Les certificats verts achetés ailleurs ne changent rien à la réalité physique du courant qui alimente les serveurs.

Une enquête du Monde a démontré que ces certificats décorrélés « ne constituent pas une incitation réelle à construire de nouvelles installations renouvelables ». Ils permettent simplement de verdir un bilan carbone sur le papier, sans modifier la source physique de l’électricité. C’est un système comptable qui autorise la pollution, pour peu qu’on achète les bons crédits ailleurs.

Le mythe de l’électricité « 100 % renouvelable » des GAFAM

La promesse marketing des GAFAM repose entièrement sur ce mécanisme. Meta, Google, Amazon et Microsoft affirment tous « atteindre 100 % d’énergie renouvelable » grâce aux RECs. Mais cette affirmation ne correspond pas à la réalité physique de leur consommation électrique.

Aux États-Unis, les énergies fossiles représentent encore 60 % du mix électrique, contre seulement 21,4 % pour les renouvelables. Quand un data center de Meta est raccordé au réseau local, l’électricité qu’il consomme vient très majoritairement du gaz, du charbon ou du nucléaire. Les certificats verts achetés ailleurs ne changent rien à cette équation physique.

Le système des RECs décorrélés est particulièrement critiqué parce qu’il ne finance pas nécessairement de nouvelles capacités renouvelables. Un certificat acheté sur le marché secondaire peut correspondre à une installation construite il y a dix ans, qui aurait produit de l’électricité de toute façon. L’argent versé n’incite pas à construire de nouveaux parcs solaires ou éoliens.

Ce sujet rejoint directement la question plus large des compensations carbone, dont nous avons déjà parlé dans notre article sur le gaz russe et la capture du méthane. Dans les deux cas, le mécanisme permet de polluer ici en payant pour des réductions d’émissions ailleurs, sans garantie réelle d’impact climatique.

Nucléaire contre gaz : Meta joue sur tous les tableaux énergétiques

Centrale électrique côtière avec cheminées rayées rouges et blanches.
Centrale électrique côtière avec cheminées rayées rouges et blanches. — (source)

Le portrait serait trop simple si Meta n’était que pro-gaz. L’entreprise investit aussi massivement dans le nucléaire, ce qui rend son double discours encore plus troublant. Meta a signé trois accords nucléaires records, pour une capacité totale allant jusqu’à 6,6 GW.

Ces contrats font de Meta le plus gros acheteur corporate d’énergie nucléaire aux États-Unis, avec environ 7,7 GW contractés. Les partenaires sont Vistra (pour des centrales en Ohio et Pennsylvanie), TerraPower (la startup de Bill Gates) et Oklo (la startup de Sam Altman, le patron d’OpenAI). C’est un portefeuille impressionnant qui montre une vraie stratégie de diversification.

Les 6,6 GW de contrats nucléaires de Meta, un écran de fumée ?

La question qui se pose est légitime : si Meta investit autant dans le nucléaire, pourquoi a-t-elle besoin de 7,5 GW de gaz en Louisiane ? La réponse tient dans les délais. Le nucléaire, c’est pour demain. Le gaz, c’est pour maintenant.

Les centrales nucléaires commandées par Meta ne seront pas opérationnelles avant au moins 2030-2035. Les petits réacteurs modulaires (SMR) de TerraPower et Oklo sont encore en phase de développement et de certification. En attendant, les besoins énergétiques de l’IA sont immédiats. Le gaz permet de répondre à l’urgence.

Mais cette lecture est peut-être trop charitable. En investissant massivement dans le nucléaire, Meta se construit une image d’entreprise sérieuse sur le climat, qui mise sur les technologies bas carbone. Cette image lui permet de justifier, par contraste, ses investissements gaziers comme une solution temporaire et nécessaire. Le nucléaire devient un écran de fumée qui masque la réalité de la dépendance au gaz.

Capture de carbone et crédits compensatoires : les promesses qui cachent la réalité

Le deal Meta-Entergy inclut des promesses ambitieuses. Meta paie « l’intégralité du coût de service » du projet Hyperion. Entergy, de son côté, projette plus de 2 milliards de dollars d’économies pour les clients sur 20 ans. Le projet finance aussi 240 miles de nouvelles lignes de transmission, du stockage par batteries, et des améliorations nucléaires.

Meta s’engage en outre à aider à financer jusqu’à 2,5 GW de nouvelles énergies renouvelables, ainsi que des technologies de capture de carbone. Sur le papier, c’est un plan complet qui combine renouvelables, nucléaire, stockage et capture.

Mais la réalité physique de la capture de carbone sur une centrale à gaz est encore balbutiante. Les technologies de capture post-combustion existent, mais elles sont extrêmement coûteuses et consomment beaucoup d’énergie. Aucun projet à l’échelle d’une centrale de 1 GW n’a encore fait la preuve de son efficacité économique et technique. Les promesses de capture de carbone ressemblent davantage à un argument de vente qu’à une solution opérationnelle.

Washington s’emballe : le Sénat américain accuse Meta de sabotage climatique

Le virage gazier de Meta n’est pas passé inaperçu à Washington. En mai 2025, le sénateur démocrate Sheldon Whitehouse a envoyé une lettre cinglante à Mark Zuckerberg. Le ton est grave. Whitehouse exige des réponses sur l’impact carbone du data center Hyperion et écrit que « la volte-face de Meta par rapport à ses propres engagements climatiques risque de causer des dommages économiques plus larges ».

C’est l’un des premiers signes que le monde politique commence à s’intéresser sérieusement au décalage entre les promesses climatiques des Big Tech et leurs actes. Whitehouse, qui préside le sous-comité sénatorial sur l’environnement, n’est pas un opposant marginal. Il est l’un des élus démocrates les plus influents sur les questions climatiques.

La lettre choc de Sheldon Whitehouse à Mark Zuckerberg

La lettre de Whitehouse ne mâche pas ses mots. Le sénateur rappelle que Meta a promis en 2020 d’atteindre le net zéro sur l’ensemble de sa chaîne de valeur d’ici 2030. Il souligne que le projet Hyperion, avec ses dix centrales à gaz, compromet cet objectif de manière irréversible.

Whitehouse demande des comptes précis : quel sera l’impact carbone réel du data center ? Comment Meta compte-t-elle concilier ses engagements climatiques avec cette dépendance au gaz ? Quelles sont les alternatives envisagées ? Le sénateur donne à Zuckerberg un délai pour répondre, sous peine de voir le dossier examiné par la commission sénatoriale de l’environnement.

Cette intervention politique est importante parce qu’elle montre que le problème dépasse le simple greenwashing. Pour les élus américains, l’enjeu est aussi économique : si Meta peut se permettre de brûler du gaz sans conséquence, pourquoi les autres entreprises devraient-elles respecter leurs engagements climatiques ? La question de la régulation est posée.

Le marché mondial de l’énergie propre connaît sa première chute en 10 ans

Au niveau mondial, les signaux sont inquiétants. Selon BloombergNEF, les achats d’énergie propre des entreprises ont chuté d’environ 10 % en 2025, passant de 62,2 GW en 2024 à 55,9 GW. C’est la première baisse en près de dix ans.

Le paradoxe, c’est que Meta et Amazon ont à elles seules contracté plus de 20 GW d’énergie propre en 2025. Mais le nombre d’acheteurs uniques aux États-Unis a chuté de 51 %. Les petites et moyennes entreprises se retirent du marché, découragées par la complexité et les coûts. Le marché repose désormais sur quelques géants, mais leur crédibilité est entamée.

Si Meta, qui a bâti sa réputation sur l’innovation et la responsabilité, peut se permettre de construire des centrales à gaz tout en achetant des certificats verts, quel message cela envoie-t-il aux entreprises qui cherchent sincèrement à décarboner leur activité ? La réponse est simple : le système des engagements volontaires montre ses limites.

L’Europe en alerte : le modèle énergétique des data centers Meta peut-il s’exporter ?

La Louisiane, État du sud des États-Unis où Meta prévoit de construire dix centrales à gaz pour son data center Hyperion

La question qui se pose pour les Européens est simple : ce qui se passe aux États-Unis peut-il arriver en Europe ? Meta possède des data centers en France, notamment à Wissous, en région parisienne. La stratégie gazière américaine risque-t-elle de s’exporter sur le Vieux Continent ?

Le réseau électrique français est largement nucléaire, avec un taux de décarbonation parmi les plus élevés d’Europe. Mais la pression de l’IA pourrait pousser à construire des centrales à gaz de secours. Plusieurs projets de data centers en Europe explorent déjà des solutions hybrides mêlant renouvelables et gaz.

Les data centers de Meta en France sont-ils à l’abri de cette dérive gazière ?

En France, la situation est différente grâce au parc nucléaire. L’électricité est déjà bas carbone à plus de 90 %. Un data center raccordé au réseau français consomme une électricité beaucoup moins carbonée que son équivalent américain.

Mais la pression monte. Les besoins énergétiques de l’IA pourraient dépasser les capacités de production disponibles. EDF a déjà signalé des tensions sur le réseau dans certaines régions où les data centers se concentrent. La tentation de construire des centrales à gaz de secours, pour garantir l’alimentation en continu, est réelle.

Le modèle américain des « certificats verts décorrélés » n’a pas la même valeur en Europe. La réglementation européenne est plus stricte sur la traçabilité de l’électricité renouvelable. Les Garanties d’Origine (GO) européennes sont soumises à des règles plus contraignantes que les RECs américains. Mais les géants de la tech font pression pour assouplir ces règles.

L’UE peut-elle forcer Meta à tenir ses promesses climat ?

L’Union européenne dispose de plusieurs outils pour encadrer les pratiques des géants de la tech. La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose aux entreprises de publier des rapports détaillés sur leur impact environnemental. Les critères sont plus stricts que les standards volontaires américains.

L’UE explore aussi une régulation spécifique de la transparence énergétique des data centers, dans le cadre de la révision de la directive sur l’efficacité énergétique. Les data centers devraient déclarer leur consommation réelle d’électricité, leur mix énergétique et leurs émissions. Fini la comptabilité créative avec des certificats décorrélés.

Mais l’UE hésite encore entre fermeté et realpolitik industrielle. Le report des amendes sur les émissions de méthane, que nous avons analysé dans notre article sur le report des amendes liées au méthane, montre que Bruxelles n’est pas prête à sacrifier la compétitivité industrielle sur l’autel du climat. Les géants de la tech le savent et jouent sur cette ambiguïté.

Conclusion : le contrat climat est rompu, et maintenant ?

Le paradoxe est total. Meta n’abandonne pas l’énergie propre sur le papier. Elle continue d’acheter des certificats verts, elle investit massivement dans le nucléaire, elle promet de la capture de carbone. Mais la réalité physique, c’est dix centrales à gaz en Louisiane, 7,5 GW de capacité fossile, et des émissions qui explosent.

Le système actuel des certificats verts décorrélés permet ce double discours. Il autorise les entreprises à verdir leur bilan comptable sans changer leur consommation réelle. C’est une fiction qui a fonctionné tant que les volumes étaient modestes. Mais avec l’explosion de l’IA, les volumes deviennent trop importants pour être masqués.

Pour le jeune public qui lit cet article, le message est clair : le greenwashing tech a une date de péremption, et l’IA est en train de la faire expirer. Les promesses climatiques des GAFAM ne valent pas plus que les certificats verts qu’ils achètent. L’enjeu n’est plus de croire aux promesses, mais de mesurer l’impact réel et local des data centers.

La solution ne passe pas par un boycott des plateformes, qui serait contre-productif pour la mobilisation climatique. Elle passe par une régulation plus stricte de la transparence énergétique. Les data centers doivent déclarer leur consommation réelle, leur mix énergétique local, leurs émissions réelles. Fini les certificats décorrélés qui permettent de polluer ici en achetant des crédits ailleurs.

L’Europe a les outils pour imposer cette transparence. La CSRD et la directive sur l’efficacité énergétique des data centers sont des leviers puissants. Reste à savoir si les États membres auront la volonté politique de les utiliser. La course à l’IA ne doit pas devenir une course à la destruction climatique. Le contrat entre les géants de la tech et la société est rompu. Il est temps d’en écrire un nouveau, avec des règles claires et des sanctions réelles.

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Questions fréquentes

Pourquoi Meta quitte le RE100 ?

Meta a quitté le RE100, l'initiative mondiale pour 100 % d'énergie renouvelable, après dix ans de participation. L'entreprise a préféré partir plutôt que de se soumettre aux nouvelles exigences de transparence du pacte, alors qu'elle multiplie les projets de centrales à gaz pour ses data centers.

Qu'est-ce que le projet Hyperion de Meta ?

Hyperion est un data center géant de Meta en Louisiane, couvrant 4 millions de pieds carrés pour un coût de 27 milliards de dollars. Il sera alimenté par dix centrales à gaz représentant 7,5 GW de capacité, soit l'équivalent de la consommation électrique de tout l'État du Dakota du Sud.

Les certificats verts RECs sont-ils fiables ?

Les RECs (Renewable Energy Certificates) achetés par Meta sont souvent « non liés » : ils sont décorrélés de l'électricité physique consommée. Meta peut ainsi acheter un crédit vert au Nouveau-Mexique tout en brûlant du gaz en Louisiane, ce qui permet de verdir son bilan comptable sans changer sa consommation réelle.

Meta investit-elle aussi dans le nucléaire ?

Oui, Meta a signé des contrats nucléaires pour une capacité allant jusqu'à 6,6 GW, ce qui en fait le plus gros acheteur corporate d'énergie nucléaire aux États-Unis. Cependant, ces centrales ne seront pas opérationnelles avant 2030-2035, alors que le gaz répond aux besoins immédiats de l'IA.

L'UE peut-elle réguler les data centers de Meta ?

L'Union européenne dispose d'outils comme la CSRD et la directive sur l'efficacité énergétique pour imposer plus de transparence. Les data centers devraient déclarer leur consommation réelle et leur mix énergétique local, ce qui limiterait la comptabilité créative avec des certificats décorrélés.

Sources

  1. Qui va payer la crise - Francois Lenglet · academia.edu
  2. carboncredits.com · carboncredits.com
  3. eenews.net · eenews.net
  4. lemonde.fr · lemonde.fr
  5. mezha.net · mezha.net
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Inès Colbot @campus-echo

Étudiante en sociologie à Toulouse, je m'intéresse à tout ce qui agite ma génération : précarité étudiante, santé mentale, engagement, façons de vivre. J'anime un petit podcast sur la vie de campus le week-end.

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