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Cinéma

Jarhead - La fin de l'innocence

Avec Jarhead, Sam Mendes livre un film de guerre atypique sur la Guerre du Golfe. Une œuvre critique et visuellement maîtrisée, portée par Jake Gyllenhaal et Jamie Foxx.

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  1. Quelque part en Amérique. Anthony Swofford (Jake Gyllenhaal) est un jeune homme américain âgé d'à peine vingt ans. Passionné par l'armée de son pays et en particulier les Marines, il rêve de s'engager chez ces derniers. Après que la guerre du Golfe soit déclarée, il décide donc de rejoindre le corps armé et de laisser sa copine.

Après les procédures réglementaires, Swofford s'installe dans son unité qui lui réserve un accueil « chaleureux ». Les relations avec ses équipiers sont quelque peu difficiles et tendues au début, mais peu à peu une véritable complicité naît. Anthony se lie d'amitié avec le sergent Siek (Jamie Foxx), un homme dur mais juste. À la fin de leur entraînement, la mission « Tempête du désert » est déclenchée et l'unité de Siek est envoyée en Irak.

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Sam Mendes : un réalisateur oscaré au service du film de guerre

Auteur talentueux de Les Sentiers de la perdition et d'American Beauty pour lequel il a reçu un Oscar, Sam Mendes s'attaque maintenant au film de guerre.

L'histoire de base est inspirée du roman Jarhead écrit par Anthony Swofford, ancien marine revenu de la guerre du Golfe. Le film est axé sur la vision du jeune homme. Ainsi, le film est une transposition subjective de la guerre vue par ses yeux. Ceci se ressent esthétiquement par les mouvements de caméra. Lorsque Anthony s'entraîne en plein désert en portant sa combinaison anti-gaz, la caméra se place alors dans le masque du jeune homme et nous donne l'impression de voir avec ses yeux. Dans le même registre, on ressent les sentiments éprouvés par le personnage principal par des mouvements de caméra bien sentis (le passage du rêve) ou encore la narration qui est faite par le personnage lui-même mais qui reste discrète. Ceci étant, la narration semble porteuse d'un recul suffisant fait par Anthony des années après les faits relatés. Cet aspect apporte une dimension critique sur les événements passés au Golfe.

Une vision critique et réaliste de la guerre du Golfe

De la critique, Sam Mendes n'en manque pas et il le prouve dans son œuvre. Il fait le parti pris de donner une autre vision de la guerre du Golfe que celle donnée par les médias de l'époque. Les tirs loupés (les Américains tuent les Américains), les peurs des soldats, leur quotidien... Tout y est. Le réalisateur ne voulait en aucun cas créer un énième film de guerre vantant les mérites de l'Amérique puissante et indestructible.

Il développe une vision intéressante de la guerre se rapprochant de celle de Stanley Kubrick dans son mémorable Full Metal Jacket dont Jarhead en reprend quelques ingrédients. Les deux films commencent par l'entraînement des marines. Là où Jarhead reste édulcoré avec un sergent instructeur mou du nerf, Kubrick lui jouait à fond la carte de la vérité quitte à choquer. Par ailleurs, les deux films développent le quotidien des soldats en temps de guerre et leur psychologie, mais c'est sur ce point que les deux longs métrages divergent.

Jarhead accentue l'attente des soldats à une probable confrontation avec un ennemi qu'ils ne verront peut-être pas. Sam Mendes montre des hommes catapultés en plein désert irakien pour « sauver » leur pays en luttant contre l'ennui. On pourrait faire un rapprochement avec le livre de Dino Buzzati, Le Désert des Tartares, où des hommes sont dans un fort en plein désert et luttent contre l'ennui en attendant un ennemi probable. Ici, c'est la même chose : imaginez des machines à tuer attendant de sauter sur la moindre occasion pour vider quelques chargeurs. Les personnages sont à cran et perdent parfois les pédales. Le sous-titre annonçait la couleur : « La Guerre, c'est l'Enfer. L'attente, c'est pire... ». Le réalisateur met bien en scène cet aspect et insère dans cette critique un humour pince-sans-rire, qui tire parfois vers l'humour noir. Mendes va plus loin que Kubrick tout en restant aussi talentueux que ce dernier. Brillant.

L'esthétique et la photographie du désert

L'esthétique de l'ensemble a fait preuve d'un travail à part entière. Les scènes tournées en plein désert jouent avec les couleurs vives de la lumière du soleil se reflétant sur le sable. On a droit alors à un petit effet de flou afin de retranscrire la température ambiante du désert. La palme revient à la séquence où toute l'unité se retrouve à côté de puits de pétrole ayant été enflammés. Ces quelques séquences restent impressionnantes avec le jeu de lumière fait sur les personnages pour montrer qu'ils sont recouverts de pétrole.

Jake Gyllenhaal et Jamie Foxx : un casting réussi

Saluons le jeu des acteurs qui est particulièrement bien rendu à l'écran. Ainsi le jeune Jake Gyllenhaal est crédible en soldat fragile psychologiquement et qui finalement est déçu par la guerre, qui n'est en aucun cas similaire à ce que le gouvernement américain lui promettait. Jamie Foxx démontre son talent avec le rôle du sergent Siek qui a une personnalité ambiguë, tantôt ange tantôt démon. C'est un rôle qui est bien loin de ceux de Ray Charles dans Ray ou encore du chauffeur de taxi dans Collateral.

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Jarhead est un film de guerre atypique et profond, qui tend à donner une vision critique de la guerre du Golfe, voire acide à certains moments. Agrémentez le tout d'un humour bien distillé et vous obtenez l'un des meilleurs films de guerre dans la veine de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick. Aussi grandiose et aussi choquant que ce dernier. L'une des réussites de l'année 2006 signée Sam Mendes.

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mister_cool
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