
La mode est très importante : lorsque l'on est présenté à quelqu'un de nouveau, la première chose que l'on regardera, c'est l'apparence. Au-delà de la délicatesse avec laquelle le jogging est rentré dans les chaussettes trouées, de la majesté avec laquelle une ceinture détachée dévoile un caleçon sale et de l'esthétisme avec lequel se mettent à danser des bourrelets dévoilés par un pantalon taille basse, le jugement de la valeur de l'autre sera basé sur ses possessions et en particulier sur leur coût. Pour cela, nos chers bergers ont inventé un système de reconnaissance des plus efficaces : les marques.
Bien plus importantes que les opinions politiques ou l'appréhension de la vie, les marques permettent de vous classifier dans l'échelon qui vous correspond au sein de la société.
Marques de luxe contre vêtements bon marché
En théorie, cela permet de séparer les riches vêtus de textiles de première qualité tels que la peau de bébé phoque naturelle, des pauvres portant des textiles de moindre qualité tels que la peau de bébé phoque synthétique.

Pourquoi les gens suivent-ils les tendances ?
Certaines mauvaises langues disent que l'homme est un mouton parce qu'il a tendance à suivre, sans grande réflexion, les ordres qu'on indique à la masse, qu'il préfère acheter des vêtements de marque uniquement parce que les autres le font et que, si un jour, les bergers de la mode sont en surproduction de serpillières, les gens en seront tous vêtus dans la rue.
Ces mauvaises langues, qui pensent tout savoir, me font bien rire, ils se trompent complètement : un mouton, ça a des poils blancs et frisés et ça fait « bêêêêh ! »
À propos de la mode de la serpillière, beaucoup d'hommes, dont l'esprit est naturellement moins faible que celui des femmes, ont anticipé cette mode : c'est la raison pour laquelle tant d'entre eux rechignent à l'idée de se débarrasser de leurs vieux slips troués.
La mode comme démonstration de richesse
Revenons à nos moutons (enfin, façon de parler hein ! Je parle des gens qui portent des marques pas des vrais moutons qui font « bêêêêh ! », faut suivre un peu), les humains ont cette particularité d'essayer de se bouffer les uns les autres. Afin d'exercer et de démontrer leur domination, nombreux sont ceux qui dépensent de l'argent sur un tas de choses dont l'utilité se réduit à faire l'étalage de leur pouvoir monétaire. Autrefois, les bijoux remplissaient ce rôle ; la finesse avec laquelle ils étaient formés et tout le côté artistique que seule l'élite des gens cultivés pouvait apprécier donnait une très bonne excuse à cet étalage obscène de monnaie.

Désormais, ce marché des « trucs qui servent à rien mais qui coûtent cher et que c'est pour ça qu'ils font bien » s'est étendu à la masse populaire.
Considérant la masse populaire comme un ramassis de détritus sous-cultivé (bien que certains anthropologues pensent que le terme « ramassis de détritus » soit moins adapté que « prolifération de taches narcissiques »), les producteurs de ces « objets de valeur » ont donc décidé de ne pas se fatiguer et de simplement vendre des babioles inutiles telles que des téléphones portables ou des jeans invendus au marché aux puces à des prix exorbitants de façon à ce que leur image soit celle d'un « produit de luxe ». Comme quoi, efficacité n'a pas besoin de rimer avec subtilité.
Ainsi, celui qui n'a pas les moyens ou refuse de se payer un pantalon mal taillé par des enfants de 8 ans enchaînés dans des cages (eux au moins ce ne sont pas des fainéants comme nos jeunes qui ne foutent rien de leur journée à jouer aux jeux vidéos ou à fumer des joints, je te les mettrai tous à bosser dans une usine délocalisée moi, ça leur apprendrait ce que c'est que la vie tiens !)...
Celui qui n'a pas les moyens de s'acheter des pantalons dont le coût de revient est 20 fois inférieur au prix de vente, disais-je donc avant de m'interrompre, sera catalogué de ringard ou pire... De pauvre. Ah, ces gens-là ! Ils me répugnent, l'idée même d'en fréquenter m'inspire du dégoût. Ils ne sont pas comme nous. Ah, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, il y en a des pénitents ! Mais il n'empêche que ce ne sont généralement pas des gens très respectueux :
— Et pourquoi des gens sont assez cons pour acheter un nouveau portable sous prétexte que l'autre il a plus de 6 mois ?
— C'est pour mieux se moquer de toi et de ton vieux Nokia, sale pauvre.
— Qu'est-ce qu'il fait de plus que le mien, ton téléphone ?
— Il fait appareil photo.
— J'en ai déjà un d'appareil photo de meilleure qualité que ton téléphone !
Vous voyez ! Je vous le dis, aucun dialogue possible, aucune culture et aucun respect pour leurs supérieurs richiarques.
Faut-il de tout pour faire un monde ?
Enfin, comme disaient Arnold et Willy, il faut de tout pour faire un monde... Je veux dire, s'il n'y a plus de pauvres, qui va fabriquer les vêtements que je porte avec distinction ? Et puis surtout, quel est l'intérêt de porter des vêtements fabriqués par les couturiers les plus chers si l'on ne peut pas se repaître du regard envieux des autres ? Quoi de plus délicieux, en se promenant dans la rue par une belle journée à l'heure où le soleil darde ses rayons d'argent, que de voir les gens s'extasier devant le prix de vos possessions, tout en gardant votre air indifférent (une façon de dire : quoi ? Ceci ? Vous plaisantez, j'ai encore bien plus cher à la maison).

Ces derniers temps, cependant, quelque chose m'avait alarmé : beaucoup de pauvres essayaient de plus en plus de ressembler à nous, les gens normaux. En se serrant la ceinture, ils arrivaient à se payer certains de nos vêtements. Parallèlement, les marques des pauvres se mettaient à copier nos créations.
Quand la mode s'inspire d'Emmaüs
Heureusement, le talent des grands couturiers s'est encore exprimé. La solution a été de changer radicalement de style, « nous ne mangeons pas les mêmes rillettes » (je tiens au passage à remercier Steve pour cette blague).
Les vêtements ont pris leur inspiration là où personne ne les attendait... Chez Emmaüs. À l'heure où je vous écris, la mode à Londres est assez particulière. Une chose est certaine, les couturiers ont été très largement influencés par « Zézette » dans Le Père Noël est une ordure.
Ainsi, dans les vitrines des magasins les plus à la mode fleurissent les vestes miteuses de grand-mère garnies de mites bio élevées dans des greniers d'Italie, les ensembles minijupes fluos et collants dégradés effilés juste ce qu'il faut ainsi que les chemises taillées dans des rideaux de bus londonien véritables.
J'avoue moi-même m'être demandé si cela valait la peine que j'achète des vêtements aussi moches, quitte à ne pas ressembler à la majorité... Heureusement, leurs rassurants prix exorbitants, interdisant aux pauvres de se les acheter, ont ôté mes doutes...
L'avenir de la mode : quelles prochaines tendances ?
D'ici quelques années, je prédis la mode uniforme de travail, la mode cow-boy ou encore la mode sans domicile fixe (ah non, le grunge c'est déjà passé), si le manque singulier de créativité artistique des grands couturiers en tout genre ne devient pas encore plus vide que leur compte en banque n'est déjà plein.